L’un des mythes cosmogoniques les plus répandus dans l’histoire culturelle de l’Afrique subsaharienne est sans nul doute celui de Muntu (l’Homme) – qui se décline au pluriel en Bantu, peuple qui formait depuis l’Antiquité le royaume de Kouch-Napata-Méroé et qui a éclairé l’essentiel de la philosophie égyptienne et, par extension, grecque. À travers une lecture ethnocritique révélatrice du symbolique et des idéosèmes culturels propres au contexte africain, il est possible de démontrer qu’une totalité spirituelle et socio-historique fondée sur les rémanences du mythe de Muntu traverse Onitsha et L’Africain de Jean-Marie Gustave Le Clézio. L’intertexte culturel et les savoirs africains s’inscrivent alors de façon massive et ostentatoire dans ces deux œuvres qui dévoilent l’authenticité culturelle longtemps bafouée et mésestimée, mais désormais désirée de l’Afrique. Ainsi, en transitant par la relation des personnages à l’altérité africaine et par leur quête de l’authenticité originelle, Le Clézio réinvente l’humanité africaine à l’aune des mythes modernes de la diversité culturelle et de la mondialité : le mythe de Muntu est-il d’essence fondamentaliste – intégriste – ou transcendantale – fluide ?
Mots-clés : Muntu, Bantu, idéosèmes, ethnocritique, authenticité, relation, fluidité.
Table des matières
1. Le mythe de Muntu : de l’authenticité originelle à la relation
2. Ethno-mythème ou ethno-épistémème I : Le voyage de la reine de Méroé, du Royaume d’Axoum en Afrique centrale
3. Ethno-mythème ou ethno-épistémème II : L’Animisme
4. De l’ethno-mythème au logo-mythème : la transcendance du mythe de Muntu
Objectifs et thématiques de l'ouvrage
Cette étude propose une lecture ethnocritique des œuvres autobiographiques Onitsha et L’Africain de J.M.G. Le Clézio, afin de démontrer comment le mythe de Muntu structure l'identité et la vision du monde des personnages, tout en interrogeant la relation complexe entre l'altérité européenne et les savoirs traditionnels africains.
- Analyse du mythe cosmogonique de Muntu comme fondement de l'identité culturelle bantoue.
- Étude de la figure paternelle dans le contexte de l'expérience coloniale et de son africanisation.
- Exploration des dimensions symboliques, spirituelles et animistes dans la narration leclézienne.
- Réflexion sur la transcendance de l'ethnisme vers une dimension universelle et humaine.
Auszug aus dem Buch
1. Le mythe de Muntu : de l’authenticité originelle à la relation
Si l’on peut reprocher à la Négritude d’avoir quelquefois expérimenté un racisme anti-européen, dû en partie à la mémoire des moments honteux et à des événements traumatiques comme l’esclavage et la colonisation qui ont constitué l’essentiel des relations entre l’Europe et l’Afrique jusqu’à une époque relativement récente, il semble aujourd’hui difficile de concevoir le mythe de Muntu dans sa radicalité, sans l’envisager dans ses transferts et ses échanges avec l’altérité européenne ou asiatique, dans un monde devenu plus que jamais un village planétaire. Édouard Glissant prévient contre une telle posture en démontrant comment les cultures ataviques, qui s’opposent aux cultures composites, reconduisent la racine et sont vouées à la déstabilisation voire à la mort, du fait de leur refus d’admettre la relation avec l’Autre dans l’ouverture et la relativité. Jean-Marie Gustave Le Clézio, interrogé sur cette problématique en ce qui concerne les civilisations africaines et amérindiennes, observe :
À propos des cultures amérindiennes - cela doit être vrai des africaines, des océaniennes - elles étaient des cultures de communication qui furent violées, mutilées, tuées. N'ont eu aucune chance. De résistance aujourd'hui, parfois de refus, d'exécration. Sans doute en sortiront-elles. Ne retrouveront jamais l'intégralité de la liberté. Au mieux resteront des témoins, au pire des curiosités.
Résumé des chapitres
1. Le mythe de Muntu : de l’authenticité originelle à la relation: Ce chapitre introduit le mythe de Muntu en soulignant la nécessité de le dépasser pour l'inscrire dans une dynamique de relation et d'échange avec l'altérité dans un monde globalisé.
2. Ethno-mythème ou ethno-épistémème I : Le voyage de la reine de Méroé, du Royaume d’Axoum en Afrique centrale: L'auteur analyse comment les références historiques et légendaires africaines servent de trame aux parcours des protagonistes et à leur remise en question du système colonial.
3. Ethno-mythème ou ethno-épistémème II : L’Animisme: Cette partie explore la spiritualité et l'animisme comme fondements d'une identité en résonance avec la nature, s'opposant ainsi aux préjugés du discours colonial.
4. De l’ethno-mythème au logo-mythème : la transcendance du mythe de Muntu: Ce chapitre final examine la transformation psychologique du père, Raoul Leclézio, et comment son parcours vers une "dégénérescence" coloniale mène à une synthèse universelle de l'identité humaine.
Mots-clés
Muntu, Le Clézio, Onitsha, L'Africain, ethnocritique, africanité, identité, colonialisme, animisme, mythe, cosmogonie, altérité, culture bantoue, mondialité, mémoire.
Foire aux questions
Quel est le sujet principal de cet ouvrage ?
L'ouvrage analyse l'œuvre de J.M.G. Le Clézio, spécifiquement Onitsha et L’Africain, sous le prisme du mythe de Muntu et de la construction identitaire au sein de contextes coloniaux et interculturels.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes principaux incluent la quête d'identité, la rencontre avec l'altérité, la reconstruction du passé à travers la figure paternelle, ainsi que la valeur des savoirs traditionnels et spirituels africains.
Quelle est la thèse centrale ou la question de recherche ?
L'auteur cherche à démontrer comment Le Clézio utilise les rémanences du mythe de Muntu pour réinventer l'humanité africaine et transcender le simple cadre historique vers une portée universelle.
Quelle approche méthodologique est employée ?
L'étude adopte une lecture ethnocritique, visant à articuler la poétique littéraire avec l'ethnologie du symbolique pour analyser la polyphonie culturelle des textes.
Quels sont les éléments clés du développement ?
Le développement traite du mythe de Muntu, du voyage symbolique lié à la reine de Méroé, de la spiritualité animiste et de la transformation idéologique du père, Raoul Leclézio, perçu comme un "colon dégénéré".
Quels termes caractérisent le mieux cette recherche ?
Les mots-clés incluent Muntu, ethnocritique, africanité, identité, colonialisme, altérité et mondialité.
Comment la figure paternelle est-elle traitée dans l'étude ?
La figure du père est analysée non seulement comme un lien biologique, mais comme une construction poétique et idéologique qui s'africanise en rejetant le dogme colonial au profit d'une expérience intime.
Quelle est la signification de la "dégénérescence" du père ?
Dans ce contexte, la "dégénérescence" désigne un changement de posture idéologique positif : le renoncement aux privilèges coloniaux pour embrasser une fraternité réelle avec les populations africaines et leurs modes de vie.
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- Raymond Mbassi Ateba (Author), 2009, Epistémè - figurations et transfigurations du mythe de Muntu, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/132028