La plume androgyne d'Angeline Solange Bonono

Du féminin à la masculinisation de l’écriture


Essai Scientifique, 2009

11 Pages


Extrait

Résumé

La préoccupation constante de l’écriture féminine est la mise en évidence des clichés où la femme revendique l’égalité de chances avec son homologue masculin. La présente étude montre qu’au-delà d’un simple travestissement, ce phénomène peut donner lieu en littérature à une masculinisation de l’écriture qui libère la femme dans l’imaginaire. La parole scripturale d’Angeline Solange Bonono, dans Soif Azur, semble prendre cette orientation, même si cette poétesse camerounaise se préoccupe surtout de la liberté du genre humain tout entier.

Mots-clés: Plume androgyne, parole scripturale, parole virile, féminin, féminisme, masculinisation, neutralisation.

Raymond Mbassi Atéba, Ph. D., Assistant titulaire au Département de langue et de littérature d’expression française de l’École Normale Supérieure de l’Université de Maroua, est l’auteur de Identité et fluidité dans l’œuvre de Jean-Marie Gustave Le Clézio. Une poétique de la mondialité, Paris, L’Harmattan, avril 2008. Il anime un dossier sur Jean-Marie Gustave Le Clézio dans le site « île en ile », www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/leclezio.html, au City University of New York. En marge de ses travaux sur l’identité, la fluidité et la mondialité, il effectue de nombreuses recherches transversales sur la pédagogie convergente, la théorie littéraire, les liens entre la littérature et l’histoire culturelle et socio-politique, l’écriture androgyne. Quelques monographies, articles publiés et communications données dans plusieurs pays du monde entier complètent ce parcours.

L’attention souvent (trop ?) accordée aux voix féminines francophones diversement célébrées à travers le fait littéraire, malgré leurs positions parfois tranchées sur certains problèmes de société, a fait oublier de réserver une oreille attentive à celles qui, même arrivées récemment dans la création littéraire, renouvellent le débat sur les genres et l’orientent peut-être vers d’autres perspectives. Et pourtant, la recrudescence de nouveaux talents féminins ayant la capacité d’influencer le champ littéraire dans son interaction avec le champ socio-politique (Pierre Bourdieu, 1992 ; Edmond Cros, 1998) amène à considérer – qu’on le veuille ou non – les nouvelles générations d’écrivaines comme des voix en quête d’une certaine légitimité. La poétesse camerounaise Angeline Solange Bonono est certainement l’une de ces « voix de l’ombre » habitée, elle aussi, par les peurs, les angoisses et les obsessions chroniques de la littérature féminine francophone de première heure. Mais où ses devancières s’illustrent par un féminisme différentialiste, nimbé de radicalisme et de moralisme, mettant un point d’honneur sur l’égalité entre les hommes et les femmes, l’auteure de Soif Azur privilégie le féminisme universaliste et libéral, où la féminité et la masculinité se neutralisent dans l’humain.

Sa parole scripturale révolutionne une mesure verbale adossée sur les sacro-saints classiques éthologique, psychologique et esthético-thématique collés à chaque genre. Un dépassement de ce que Philippe Sollers (1968 : 48-53) appelle causalité, et qui se décline en normes validées et acceptées par la religion, l’éducation, la culture. La parole scripturale doit être le produit d’une culture qui a fabriqué la femme et la figure de l’intellectuelle tel qu’elle doit être présentée aujourd’hui. C’est peut-être ce à quoi s’oppose fondamentalement Bonono, qui opère une démesure de cette mesure, de cette norme, en déplaçant la féminité vers la masculinité dans un jeu de substitution, de fluctuation et d’équivalence, le but inavoué étant de paraître, de sentir, de dire et de faire selon une condition masculine au détriment d’une condition féminine. Cette attitude s’inspire d’un intertexte social, qu’explicite Selim Yahi (1995 : 163-164) :

Le désir de se hisser socialement les pousse à adopter un certain nombre de comportements typiques dans le choix de leurs vêtements et de leur coupe de cheveux comme dans leurs prouesses intellectuelles et physiques. Malgré leur attitude délibérée, ces femmes ne semblent pas pour autant revendiquer le statut masculin même si certaines d’entre elles effacent dans leur apparence physique une grande partie de leurs caractéristiques féminines.

Effacer le féminin pour se fondre dans le masculin : telle est l’impasse dans laquelle s’inscrivent certaines figures féminines contemporaines. Cette assimilation à la condition masculine inonde le champ socio-politique des scénarii et d’exemples parfois ubuesques : dans son rapport avec le pouvoir, la femme peut parfois s’illustrer par une masculinisation voire une surmasculinisation qui rappelle la redoutable Infante de Navarre, dans La Reine morte de Henry de Montherlant. La thématique masculine de la puissance, de la guerre, de l’indélicatesse, de l’obscénité se substitue à la thématique féminine du pardon, de la délicatesse, de la pudeur, etc. On est probablement déjà dans un baroque postmoderne – toute époque classique, c’est-à-dire acceptant certaines normes, est suivie d’une époque baroque – investit la parole scripturale d’Angeline Solange Bonono à travers une énonciation spéculaire ambiguë, la volonté de puissance du féminin, le renoncement à la préciosité, l’inversion du désir[1]. Cependant, la perspective universaliste du féminisme de cette poétesse valorise l’humain dans une discordante harmonie entre le féminin et le masculin.

[...]


[1] Selon Philippe Sollers, L’Écriture et l’expérience des limites, p. 51, le désir est «l’absence même des limites, l’interminable et irresponsable énergie sans contraires dont chaque société doit détourner et canaliser la force.»

Fin de l'extrait de 11 pages

Résumé des informations

Titre
La plume androgyne d'Angeline Solange Bonono
Sous-titre
Du féminin à la masculinisation de l’écriture
Université
Free International University of Moldova  (Institut de Recherches interculturelles)
Auteur
Année
2009
Pages
11
N° de catalogue
V132036
ISBN (ebook)
9783640381401
ISBN (Livre)
9783640381470
Taille d'un fichier
541 KB
Langue
Français
mots-clé
Angeline, Solange, Bonono
Citation du texte
Raymond Mbassi Ateba (Auteur), 2009, La plume androgyne d'Angeline Solange Bonono, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/132036

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