A Dassa-Zoumè, au cœur du Bénin, la transhumance est bien plus qu’un simple déplacement de troupeaux. C’est un système vivant, qui noue des liens profonds entre les communautés, leurs animaux et leur territoire. Cette recherche s’intéresse aux tensions qui émergent entre les savoirs ancestraux et les politiques publiques, dans un contexte marqué par le changement climatique, la raréfaction des pâturages et des conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs. A partir d’observations sur le terrain et de rencontres avec des pasteurs, des cultivateurs, des chefs locaux et des agents de l’Etat, cette recherche met en lumière les multiples dimensions de la pratique : économiques, certes, mais aussi thérapeutiques, spirituelles et politiques. Si cette tradition séculaire renforce la résilience et l’identité culturelle des communautés, elle se heurte à des politiques souvent éloignées des réalités du terrain.
L’analyse appelle à une approche plus inclusive et interculturelle, capable de valoriser les connaissances locales tout en répondant aux défis sanitaires et environnementaux. La transhumance apparaît ainsi comme un fait social à part entière, qui invite à repenser la gouvernance des mobilités pastorales et à imaginer des politiques mieux informées, respectueuses des héritages et adaptées aux enjeux d’aujourd’hui.
Table des matières
- Introduction
- I. Fondement méthodologique
- II Résultats
- 2.1 Mobilité comme construction sociale à Dassa-Zoumè
- 2.2 L'animal comme médiateur social à Dassa-Zoumè
- 2.3 Territoires vécus et frontières négociées
- 2.4 Temporalités et rythmes culturels
- 2.5 Pouvoirs et résistances
- III. Discussion
- 3.1 Le pastoralisme : une pratique multidimensionnelle
- 3.2 Le pastoralisme : un fait de mobilité structurante
- 3.3 Transhumance et pastoralisme à Dassa-Zoumè : entre héritages culturels et politiques publiques
- 3.4 Mobilité, territoire et identité : une lecture croisée
- 3.5 Vulnérabilité et mutations contemporaines
- Conclusion
Objectif et thèmes principaux
Cette recherche vise à analyser de manière critique les mobilités pastorales à Dassa-Zoumè, au Bénin, en adoptant une approche socio-anthropologique. L'objectif est de comprendre comment cette pratique, confrontée aux savoirs locaux et aux politiques publiques, peut être préservée et réinventée pour contribuer à une gouvernance plus inclusive et résiliente face aux défis contemporains.
- Dynamiques socio-anthropologiques de la transhumance
- Interaction entre savoirs endogènes et politiques publiques
- Impact du changement climatique et de la pression foncière
- Gestion des conflits entre agriculteurs et éleveurs
- Rôle des mobilités pastorales dans l'identité et la résilience communautaires
- Gouvernance inclusive et interculturelle des mobilités
Extrait du livre
2.1 Mobilité comme construction sociale à Dassa-Zoumè
A Dassa-Zoumè, la mobilité pastorale va bien au-delà d'un simple déplacement pour nourrir les troupeaux. Elle s'ancre dans une réalité sociale complexe, tissée par les coutumes, les savoirs locaux et la manière dont les habitants perçoivent leur territoire. Les chemins suivis par les éleveurs dans les arrondissements de Gbaffo, Akoffodjoulé, Kpingni et Tré sont chargés de mémoire: ils reprennent les routes ancestrales de transhumance, transmises oralement, et inscrivent les pasteurs dans une continuité où se déplacer devient une façon d'habiter le monde. Comme le souligne un éleveur : « Nous suivons les mêmes chemins que nos pères, car c'est ainsi que nos troupeaux trouvent la vie » (2023).
Cette mobilité s'appuie sur des réseaux de solidarité qui dépassent les frontières administratives, faisant de Dassa-Zoumè un carrefour entre le Bénin, le Nigéria et le Togo. Les alliances matrimoniales, les pactes de voisinage et les accords coutumiers créent un tissu relationnel qui facilite les déplacements. Un agriculteur de Gnonkpingnon (Gbaffo) le confirme : « Quand les troupeaux arrivent, nous savons qu'ils suivent une coutume ancienne. Nos accords nous obligent à partager la terre, même si des tensions peuvent surgir » (2024). Ces arrangements forment une véritable diplomatie locale, où chefs de village, dignitaires religieux et médiateurs jouent un rôle clé pour réguler les conflits liés à l'accès à l'eau et aux pâturages.
Les savoirs qui guident les déplacements sont à la fois pratiques et symboliques. Les éleveurs possèdent une connaissance fine des saisons, des zones herbeuses et des points d'eau, mais aussi des repères culturels et spirituels qui donnent sens à leur parcours. Les haltes sur des lieux rituels, les sacrifices ou les prières de protection révèlent la dimension identitaire de ces trajets.
Enfin, la mobilité constitue un outil de régulation sociale et politique. Elle permet de gérer les tensions autour des ressources, d'éviter les conflits par la dispersion des troupeaux et de maintenir un équilibre entre les communautés. Les accords coutumiers, négociés entre éleveurs et agriculteurs, préviennent les affrontements en instaurant des règles de partage. Ainsi, à Dassa-Zoumè, la transhumance n'est pas seulement une réponse écologique ou économique : c'est une pratique sociale qui structure les rapports de pouvoir, les identités collectives et les formes de coopération dans cet espace frontalier stratégique.
Résumé des chapitres
Introduction: Présente la transhumance comme un système social complexe confronté à de multiples défis (climat, ressources, conflits), soulignant la nécessité d'une approche attentive aux savoirs locaux face aux politiques publiques.
I. Fondement méthodologique: Décrit l'approche qualitative et socio-anthropologique adoptée, basée sur le terrain à Dassa-Zoumè, combinant observation participante et entretiens avec divers acteurs pour analyser la mobilité pastorale.
II Résultats: Présente les principales découvertes de l'étude, structurées en sous-sections explorant la nature multidimensionnelle de la transhumance à Dassa-Zoumè.
2.1 Mobilité comme construction sociale à Dassa-Zoumè: Explique comment la mobilité pastorale est ancrée dans une réalité sociale complexe, façonnée par les coutumes, les savoirs locaux, les réseaux de solidarité et les repères culturels et spirituels.
2.2 L'animal comme médiateur social à Dassa-Zoumè: Met en lumière le rôle central du bétail, au-delà de sa valeur économique, en tant que support de l'histoire familiale, vecteur de prestige, de savoirs ancestraux et élément rituel structurant les relations sociales.
2.3 Territoires vécus et frontières négociées: Analyse la perception des territoires pastoraux comme des espaces vivants, tissés de mémoire collective et de symboles, où les frontières sont des zones de passage et de négociation plutôt que des barrières rigides.
2.4 Temporalités et rythmes culturels: Décrit l'organisation de la mobilité pastorale selon des rythmes multiples (naturels, religieux, sociaux, économiques), souvent en contradiction avec les logiques administratives de l'État, générant frictions et adaptations locales.
2.5 Pouvoirs et résistances: Révèle la transhumance comme une pratique politique de négociation et de résistance, permettant aux éleveurs d'affirmer leur souveraineté territoriale, de défendre les droits coutumiers et de s'adapter aux défis contemporains.
III. Discussion: Approfondit l'analyse du pastoralisme comme un fait social total, en confrontant les observations de terrain aux théories anthropologiques et sociologiques pour en saisir les dimensions multiples.
3.1 Le pastoralisme : une pratique multidimensionnelle: Souligne que le pastoralisme à Dassa-Zoumè est un fait social total, mêlant inextricablement les dimensions économique, sociale, politique, juridique et symbolique.
3.2 Le pastoralisme : un fait de mobilité structurante: Décrit la mobilité pastorale comme un principe d'organisation sociale, façonnant le territoire, renforçant les solidarités et agissant comme un espace politique où s'affirment les droits coutumiers face aux régulations étatiques.
3.3 Transhumance et pastoralisme à Dassa-Zoumè : entre héritages culturels et politiques publiques: Examine les tensions entre les savoirs locaux, héritages culturels et les politiques publiques étatiques, illustrant la transhumance comme une forme de résistance et de souveraineté flexible.
3.4 Mobilité, territoire et identité : une lecture croisée: Montre que la mobilité pastorale est un vecteur identitaire qui ancre les pasteurs dans leur communauté, réaffirme leur souveraineté territoriale et constitue un espace de socialisation et de transmission des savoirs.
3.5 Vulnérabilité et mutations contemporaines: Aborde les vulnérabilités des sociétés pastorales face au changement climatique et à la pression démographique, critiquant les politiques de sédentarisation qui ignorent la résilience et l'ingéniosité des pratiques locales.
Conclusion: Synthétise la complexité du pastoralisme à Dassa-Zoumè comme un fait social total, soulignant sa résilience face aux mutations et appelant à des politiques publiques inclusives et interculturelles.
Mots-clés
Transhumance, pastoralisme, Dassa-Zoumè, Bénin, mobilités pastorales, savoirs endogènes, politiques publiques, socio-anthropologie, gestion des conflits, changement climatique, résilience, gouvernance, territoires vécus, identité culturelle.
Foire aux questions
De quoi traite cette étude fondamentalement ?
Cette étude aborde les dynamiques de la transhumance à Dassa-Zoumè, au Bénin, en adoptant une approche socio-anthropologique pour comprendre les mobilités pastorales, les savoirs locaux et leur interaction avec les politiques publiques.
Quels sont les principaux domaines thématiques explorés ?
Les thèmes centraux incluent l'analyse des savoirs ancestraux et des politiques publiques, l'impact du changement climatique, la rareté des pâturages, les conflits agriculteurs-éleveurs, et les dimensions économiques, thérapeutiques, spirituelles et politiques de la transhumance.
Quel est l'objectif principal ou la question de recherche ?
L'objectif est d'analyser de manière critique les mobilités pastorales pour comprendre comment cette pratique peut être préservée et réinventée, contribuant ainsi à une gouvernance plus inclusive et résiliente face aux défis actuels.
Quelle méthode scientifique est employée dans cette recherche ?
La recherche utilise une approche qualitative d'inspiration socio-anthropologique, basée sur des observations participantes et des entretiens semi-directifs menés sur le terrain avec divers acteurs de la mobilité pastorale.
Que couvre la partie principale de l'étude (Résultats et Discussion) ?
La partie principale expose les résultats de l'étude, décrivant la transhumance comme une construction sociale, le rôle du bétail comme médiateur social, les territoires vécus, les rythmes culturels, et les pouvoirs et résistances inhérents à cette pratique.
Quels mots-clés caractérisent le mieux ce travail ?
Les mots-clés essentiels sont : Transhumance, pastoralisme, Dassa-Zoumè, Bénin, mobilités pastorales, savoirs endogènes, politiques publiques, socio-anthropologie, gestion des conflits, résilience, gouvernance.
Comment les animaux sont-ils perçus au-delà de leur valeur économique à Dassa-Zoumè ?
Au-delà de leur valeur économique, le bétail est considéré comme un vecteur de l'histoire familiale, un support de prestige, un gardien des savoirs ancestraux et un acteur rituel qui structure les relations sociales et apaise les conflits.
Comment la transhumance influence-t-elle les frontières et les territoires à Dassa-Zoumè ?
La transhumance transforme les frontières administratives en des zones de passage et de négociation, où les pasteurs créent des territoires vécus, chargés de mémoire collective et de symboles, contestant ainsi les délimitations rigides de l'État.
Quelles sont les tensions entre les rythmes pastoraux et les politiques étatiques ?
Il existe un décalage entre les rythmes naturels, sociaux et religieux qui guident la transhumance et les régulations fixes de l'État (certificats, calendriers), générant des frictions et obligeant les pasteurs à s'adapter entre savoirs locaux et contraintes institutionnelles.
Comment les pasteurs manifestent-ils leur résistance face aux politiques de sédentarisation ?
Les pasteurs expriment leur résistance par la mobilité elle-même, en réaffirmant leur place dans la société, en préservant leur autonomie, en contournant les interdictions et en maintenant les itinéraires ancestraux, défendant ainsi une souveraineté basée sur l'usage et les coutumes.
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- Towimin Ange Armel Akpassoumala (Autor), 2025, Dynamiques de la transhumance à Dassa-Zoumè (Bénin). Approche socio-anthropologique des mobilités pastorales, connaissances endogènes et politiques publiques, Múnich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1682746