"Et elle était belle comme la lune"

En quoi les stéréotypies des contes arabes dénotent-elles l’esprit d’une culture?


Etude Scientifique, 2009

17 Pages, Note: 17/20


Extrait

Inhaltsverzeichnis

Introduction

1. Généralités sur le conte arabe
1.1. Caractéristiques du conte
1.2. Qu’entend-on par « arabe » ?
1.3. Bref historique du conte arabe

2. Le conte comme révélateur d’imaginaire
2.1. Stéréotypie
2.2. Éléments récurrents dans les contes arabes

Conclusion

Bibliographie

Introduction

« Quelques savants ont prétendu que les Arabes étaient, de tous les peuples, celui que la nature a doué de l'imagination la plus propre à faire des contes1 » explique Gudin de la Brenellerie. Un nombre immense de contes n’est ni publié, ni inventorié2, mais nous disposons d’un corpus assez varié pour en dégager l’essence qui est à la fois diversifiée et homogène. Les éléments récurrents ont souvent un lien avec le quotidien, l’imaginaire de ceux dont ils occupent la sphère. De tout temps, la littérature a été le reflet de la réalité dans laquelle elle a été cultivée. Le conte, en particulier, a traversé les siècles, a été arrangé de diverses manières, mais est toujours le miroir d’un esprit bien ancré.

Dans ce travail, les Mille et une nuits, œuvre colossale et célébrissime, qui ont déjà fait l’objet de nombreuses recherches, ne sera pas abordé. Nous parlerons de contes moins connus mais tout aussi intéressants. Les contes qui ont servi de base à ce travail se retrouvent dans : Contes arabes du Maghreb3, Tales from the Arab Tribes4, Contes du monde arabe5 et Les cent et une nuits6. A travers diverses historiettes, nous essayerons d’en dégager les stéréotypes afin de les accorder avec une valeur propre à la mentalité arabe. Mais avant cela, il convient de rappeler les grandes lignes du conte traditionnel.

1. Généralités sur le conte arabe

1.1. Caractéristiques du conte

Le conte est une histoire brève qui, le plus souvent, nous emporte vers un monde entre réel et imaginaire7. Il est souvent transmis oralement, mais ce n’est pas toujours le cas, comme nous le verrons à la fin du point suivant.

Lié à la sphère enfantine et féminine8, ses fonctions principales sont l’élévation de l’imagination (car l’absence d’imagination emprisonne dans des aspirations inintéressantes9 ) mais aussi l’éducation morale10. Il sert aussi à expliquer l’origine de l’enfant11. Aujourd’hui, dans certaines zones coupées du monde, le conte constitue un divertissement de soirée. Il assure un équilibre psychique aussi bien aux adultes qu’aux enfants et ce, grâce aux différentes émotions que l’on éprouve à son écoute (recul, frayeur, exaltation, pitié, identification,…). En effet, il évacue les angoisses et remplit la fonction cathartique12.

1.2. Qu’entend-on par « arabe » ?

Avant d’aller plus loin, il faut définir le monde auquel appartient le conte de ce travail. Mais quels critères choisir ? Géographiques ? Religieux ? Temporels ? Il est difficile de trancher. M. Chebel débute son Imaginaire du monde arabo-musulman avec une définition géographique précise et adéquate :

Le monde arabo-musulman s’étend de l’Atlantique, à l’extrême ouest (al-Maghr î b al-Aks â), jusqu’en Asie méridionale, à l’est et, de là, coudoyant les tropiques au sud et frôlant la zone méditerranéenne au nord, il atteint l’Afrique orientale, la côte swahilie et se jette […] dans les territoires îliens du Pacifique13.

L’autre caractéristique qui unit le monde arabo-musulman, au-delà de la morpho-géographie, c’est la continuité spatiale. En effet, des liens intimes […] lient l’Orient (le Machreq) à l’Occident arabe (le Maghreb).14

La base de ce travail appartiendra donc au monde arabo-musulman, différent du monde musulman (où on aurait du inclure une partie de l’Inde, par exemple).

1.3. Bref historique du conte arabe

Chez les Arabes, l’ ’ aj b15 est principalement reflété par les légendes et les contes16, genres qui nourrissaient l’imaginaire arabe durant la période préislamique17. Complètement de tradition orale aux premiers temps18, le conte a une origine difficile à dater avec précision. Nous savons qu’il en existe sur les animaux avant le IVe siècle19 et que dès le VIe siècle, les Arabes expérimentent des histoires extraordinaires qui dépeignent un humain face à des êtres fantastiques tels que les génies, les monstres ou les enchanteurs20. Lors de l’avènement de l’Islam, le conte connaîtra une teinte plus religieuse mais restera encore de l’ordre du merveilleux21. Cependant, les contes populaires n’ont vraiment été rassemblés qu’à partir du XIIIe/XIXe siècle.22.

Auparavant, le conteur avait un rôle appréciable dans la société arabo-musulmane23. Les samar24 restent une coutume perpétuée de génération en génération25. Pour les classes populaires, le centre de la soirée sera un conteur public, et pour les plus riches, il s’agira d’un conteur soigneusement sélectionné26.

Un public bourgeois (ou même féminin) ne pouvait sans doute pas traîner dans les cabarets pour entendre les conteurs : nous pensons que c’est cette clientèle avide qui payait les copistes avec considération pour transcrire ces histoires orales27. Cette littérature contentait un groupe pour lequel elle était avant tout un délassement. Chraïbi constate judicieusement : « Et c’est probablement l’existence d’une telle classe sociale qui a contribué matériellement, à son développement puis à sa survie [du conte].28 »

Car les contes furent amplement dépréciés. Par exemple, au XIVe siècle dans les écoles de théologie de l’Egypte mamelouke29, les copistes ne devaient pas mettre sur papier les livres qui ne profitaient pas à Dieu, les « ouvrages d’imagination » : cela apparaissait comme une perte de temps30. Plus tard, mais avant qu’on ne commence à collecter les contes31, le début du XVIIIe siècle est marqué par une Europe ouverte au contenu des contes, et un Orient qui n’apprécie pas les historiettes composées dans une autre langue que la langue littéraire32. Outre l’inutilité pour la religion, le véritable argument contre les contes fut qu’ils étaient trop aisément compréhensibles, et donc méprisables33. Le terme khur fa34 provient de la racine kh r f qui renferme l’idée de « radotage ». La khur fa n’est donc pas faite pour les têtes réfléchies35. Dés lors, nous comprenons les préjugés véhiculés sur les contes merveilleux.

Il est évident que langue et tradition orale sont des vecteurs conséquents dans l’élaboration de l’imaginaire36. Chraïbi propose de diviser cette tradition en trois composantes populaires37. Ainsi, nous dégageons une tradition narrative savante (pour laquelle il existe beaucoup d’écrits, en arabe classique), une moyenne (pour laquelle il y a des textes manuscrits, dans une langue se situant entre dialecte et classique) et une populaire (c’est une tradition orale, transmise en dialecte, nous y retrouvons tout le folklore)38. Dans ce travail, nous ne nous pencherons que sur les contes moyens et populaires.

[...]


1 Gudin de la Brenellerie P.-P., Histoire ou recherche sur l ’ origine des contes, vol. n°2, Paris, Dabin, 1803, p. 9.

2 Propp Vl., Morphologie du conte, Paris : Seuil, coll. « Points » n°12, 1970, p. 10.

3 Scelles-Millis J., Contes arabes du Maghreb, Paris, Maisonneuve, 1970.

4 Campbell C. G., Tales from the Arab Tribes, London, Lindsay Drummond, 1949.

5 Muzi J., Contes du monde arabe, Paris, Flammarion, 1983.

6 Gaudefroy-Demombynes M., Les cent et une nuits, Paris, Éditions Sinbad, 1982.

7 Blachère R., Histoire de la litt é rature arabe des origines à la fin du XVe si è cle de J.-C., Paris, Adrien- Maisonneuve, 1952-1966, p. 740.

8 Blachère, p. 738.

9 Bettelheim Br., Psychanalyse des contes de f é es, Paris, Laffont, 1976, p. 186.

10 Compagnon A., La litt é rature, pour quoi faire ?, Paris, Collège de France/Fayard, 2007, p. 42.

11 Blachère, p. 743.

12 Bahi M., « Lecture dans les contes de la région de Tadla-Azilal », dans Horizons maghr é bins. Le droit à la m é moire (2003 : n°49), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail & CIAM, p. 122.

13 Chebel M., L'imaginaire arabo-musulman, Paris, PUF, 1993, p. 13.

14 Chebel, p. 14.

15 ’ Aj b signifie « merveilleux ».

16 Chebel, p. 216.

17 Dubois G., Imaginaire et th é rapie du langage, coll. « Orthophonie », Paris, Masson, 2001, p. 84.

18 Chebel, p. 216.

19 Karimi G., « Le conte animalier dans la littérature arabe avant la traduction de Kalila wa dimna », dans Bulletin d ’é tudes orientales (1975 : Vol. 28), p. 51.

20 Blachère, p. 740.

21 Dubois, p. 84.

22 Chraïbi A., « Classification des traditions narratives arabes par ’’contes-types’’ : application à l’étude de quelques rôles de poète », p. 29.

23 Dubois, p. 84.

24 Veillée de tradition arabe.

25 D’Outreligne N., « A la recherche du merveilleux », dans Horizons maghr é bins. Le droit à la m é moire (2003 : n°49), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail & CIAM, p. 52.

26 D’Outreligne, p. 52.

27 Wiet G., Introduction à la litt é rature arabe, Paris, Maisonneuve, 1966, p. 102.

28 Chraïbi, p. 42.

29 Wiet, p. 103.

30 C’est ce qu’affirme Subki († 1370), cité par Wiet, p. 103.

31 Chraïbi, p. 29.

32 Wiet, p. 267.

33 Wiet, p. 264.

34 Ce terme signifie « récit merveilleux ».

35 Blachère, p. 741.

36 Dubois, p. 83.

37 Chraïbi, dans p. 29.

38 Chraïbi, p. 31.

Fin de l'extrait de 17 pages

Résumé des informations

Titre
"Et elle était belle comme la lune"
Sous-titre
En quoi les stéréotypies des contes arabes dénotent-elles l’esprit d’une culture?
Université
University of Louvain
Note
17/20
Auteur
Année
2009
Pages
17
N° de catalogue
V187408
ISBN (ebook)
9783656107330
ISBN (Livre)
9783656107514
Taille d'un fichier
528 KB
Langue
Français
mots-clé
conte, contes, arabe, arabes, stéréotypes, culture, imaginaire, arabo-musulman, maghreb, fable
Citation du texte
B.A. Caroline De Groot (Auteur), 2009, "Et elle était belle comme la lune", Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/187408

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