Comment Ibn Khaldūn se positionne-t-il face à l’astrologie ?


Dossier / Travail de Séminaire, 2011

20 Pages, Note: 16/20


Extrait

Table des matières

1. Introduction
2. Prémisses
2.1. Ibn Khald n
2.2. La Muqaddima t
2.2.1. Parcours historique vers l’Occident
2.3. L’astrologie arabe

3. L’astrologie dans la Muqaddima t

4. Conclusion

Bibliographie

1. Introduction

Dans le cadre du séminaire de littérature arabe en histoire et chronologie, l’objet de ce travail se focalisera sur Ibn Khald n (732/1332-†808/1406), célébrissime historien, et le confrontera à l’astrologie ( [Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten] )1, science qui prétend déterminer le temps et qui a toujours fait couler beaucoup d’encre, notamment en littérature arabe. Dans ce domaine, on peut d’ailleurs dégager trois approches : (1) les auteurs qui admettent la magie et l’acceptent2, (2) les auteurs qui l’admettent et la condamnent3, et finalement, (3) les auteurs qui la réfutent totalement4. Nous tenterons de démontrer pourquoi Ibn Khald n fait parti de cette dernière catégorie, à l’aide de passages consacrés à l’astrologie dans sa fameuse Muqaddima t ([Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten] ).

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de situer correctement le contexte et les concepts utiles à ce travail. Dans cette optique, la première partie fera donc brièvement le point sur Ibn Khald n, sa Muqaddima t, en s’attardant sur le parcours historique de cette dernière, et enfin, l’astrologie arabe. La seconde section, quant à elle, sera plus directement orientée vers notre problématique puisqu’elle décrira l’astrologie telle qu’elle transparaît dans la Muqaddima t. De ces quelques recherches, nous tirerons finalement des conclusions.

2. Prémisses

2.1. Ibn Khald n

5 [Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten] était à la fois religieux et rationnel.6 Il se voyait lui-même comme un homme de science.7 Himmich résume son travail comme étant le portrait temporel d’une « totalité culturelle qui a fait son temps. »8

A travers les études qu’offre son œuvre, Ibn Khald n apparaît comme un « politologue, économiste, sociologue, anthropologue, juriste-théologien, mais aussi philosophe de l’histoire et de la culture. »9 Sa curiosité inapaisable et ses grandes connaissances le poussèrent à aborder une multitude d’apports dans une synthèse ordonnée.10 Ainsi, il ne se contente pas d’évoquer uniquement les arabes, il s’attarde aussi sur les grecs, les hébreux, les perses, les berbères, les romains, et les byzantins.11 Actuellement, de nombreux érudits affirment que cet auteur a dressé les grandes lignes de l’anthropologie et de la sociologie modernes.12 Cependant, que savons-nous exactement de lui?

Ce savant naît dans un contexte instable car la chute des Almohades est suivie par une permanente lutte dynastique pour l’Afrique du Nord. Par ailleurs, le monde arabe doit également faire face à d’autres heurts : l’Orient doit contrer les violentes invasions turco- mongoles tandis que la Reconquista progresse considérablement dans la péninsule ibérique. Talbi résume brièvement, et correctement, la vie de ce grand homme qui vécut en des temps troublés :

La vie d’Ibn Khald n est un tryptique dont le premier volet (20 ans) fut occupé par l’enfance et la formation, le second (23 ans), par la poursuite des études et les aventures politiques, et le troisième (31 ans), par une existence de savant, de professeur et de magistrat. Les deux premières périodes eurent pour scène l’Occident musulman, la dernière fut à cheval sur le Maghrib et l’Égypte.13

Ibn Khald n naît à Tunis le 1er rama-.n 732 / 27 mai 1332 dans une famille aristocrate arabo-andalouse. Il étudie le Coran et les sciences rationnelles auprès d’illustres maîtres.14 Dans les années qui suivent, il alterne principalement politique et écriture15: il passe surtout la première moitié de sa vie dans les grandes cours en Tunisie, au Maroc, en Algérie et en Andalousie,16 avec un notable emprisonnement de 22 mois pour manque de soumission en 758/1357.17

Entre 785/1384 et 789/1388, quand il perd sa femme et la plupart de ses enfants en mer18 alors qu’ils tentaient de le rejoindre en Egypte, il se réfugie dans les fonctions de juge, chercheur et enseignant.19 Ajoutons que, dans sa vie, beaucoup de ses soi-disant proches n’ont pas hésité à le trahir, par jalousie.20 Il est possible que ces expériences douloureuses fussent ce qui le poussa à se distancer impassiblement lorsqu’il observait la société,21 comme constaté dans sa Muqaddimat.

Ibn Khald n meurt au Caire, à 74 ans, le 25 rama-.n 808 / 17 mars 1406, sans héritier ni disciple.22 Comme il propose une logique d’interprétation qui ne colle pas aux attentes de son époque, il ne touche pas les débats de son temps. En revanche, il s’inscrit dans les nôtres.23 Lepape le qualifie à juste titre de « célèbre inconnu » car il est de ces auteurs dont la réputation est immense mais improportionnelle à son nombre de lecteurs.24

La grande œuvre de cet érudit, le Kit b al- ’ Ibar ([Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten]) ou Livre des Exemples, est divisée en trois livres. Cette analyse est tellement large que beaucoup la qualifient d’« histoire universelle. »25 Ibn Khald n nous présente le livre I, ou Muqaddimat, comme une synthèse de connaissances, et surtout, comme une introduction aux livres II et III.26 Toutefois, notre auteur entreprit d’autres ouvrages dans d’autres contextes : le plus important est le Tarif (1 ), ou Autobiographie.27 Bien entendu, ce fût la Muqaddimat qui fit couler le plus d’encre et qui étonna de par la rigueur de sa philosophie historique.

2.2. La Muqaddima t

La Muqaddimat est donc le livre qui introduit le K. al- ’ Ibar. Mais elle dépasse le genre de l’introduction, car elle ne fait pas moins de 1 300 pages en français,28 et 700 pages en arabes, d’où le fait que la traduction du titre par Prol é gom è nes 29 soit discutable.30 Himmich souligne que ces Prol é gom è nes historiques renferment une philosophie « concrète et incarnée, traduisant l’anémie en cours et répondant à la gravité de la situation. »31 Ibn Khald n rompt avec son temps. Rosenthal nous explique :

Rational in its approach, analytical in its method, encyclopaedic in detail, it represents an almost complete departure from traditional historiography, discarding conventional concepts and clichés and seeking, beyond the chronicle of events, an explanation - and hence a philosophy - of history. […] In rejecting idle superstition and denouncing uncritical acceptance of historical data, Ibn Khaldûn adopted a scientific method totally new to his age, and used a terminology to drive home his ideas.32

Il s’inscrit dans un mouvement différent de ses collègues historiens qui sont surtout des compilateurs au Moyen-Âge car il ne présente pas seulement plusieurs versions, il ose trancher. Il débute d’ailleurs son ouvrage en appelant à l’esprit critique. En 778/1377, il rédige sa fameuse Muqaddimat et l’achève en cinq mois, bien qu’il n’aura de cesse de la corriger jusqu’à la fin de sa vie.33 Il a 43 ans, est intellectuellement mûr, et vit en famille sous la protection d’un prince respecté.34 Notons que, bien que cette œuvre ait fait l’objet de nombreuses études, le thème des sciences occultes n’a que peu fréquemment été traité.35

2.2.1. Parcours historique vers l’Occident

Puisque ce travail s’inscrit dans le cadre d’un séminaire littéraire sur les chronologies, il est judicieux d’examiner le parcours historique qu’a suivi cet ouvrage jusqu’à nous. Assurément en avance sur son temps, Ibn Khald n dû faire face à l’incompréhension ; ce n’est qu’au XIXème siècle que son œuvre deviendra notoire36 car son accession à une relative lisibilité fut d’abord l’œuvre de l’érudition occidentale entre les XIXème et XXème siècle.37 Les épisodes les plus marquants de ce parcours feront l’objet des paragraphes suivants.

En 1773, un manuscrit de la Muqaddimat et des K. al- ’ Ibar est retrouvé.38 Ce manuscrit contient la version la plus complète, terminée en 804/1402, et fut d’ailleurs utilisée par Quatremère.39 Elle était probablement dérivée d’une copie de la Muqaddimat, conservée à Istanbul, portant la signat]ure d’Ibn Khald n et révisée par ses soins.40 Le copiste de cet exemplaire, A2mad b. Mu2ammad al-Tuwaq , termina soigneusement son travail en 1146/1733.41 Au XVIIIème siècle, la Muqaddimat s’attire la curiosité des milieux intellectuels ottomans42: cette première copie a circulé parmi plusieurs bibliothèques turques dès 1176/176243 et sa première traduction en Turc, par P r -Z.de Me2med, date de 1143/1749.44

A la suite de l’expédition en Egypte de Bonaparte,45 Sylvestre de Sacy publie en 1806 des extraits de la Muqaddimat, en version arabe, puis en traduction française.46,

[...]


1 Auteur inconnu, « ‘Ilm al-Tanj m », W k b dy, date inconnue, <http://ar.wikipedia.org/wiki/ >, consulté le 13/06/11.

2 C’est le cas des astrologues, tel que ‘Umar b. al-Farrukh n al- abar .

3 Al-Ghaz li en est un exemple.

4 Ab Tamm m fait parti de ces auteurs.

5 Auteur inconnu, « Ibn Khald n », W k b dy, date inconnue, <http://ar.wikipedia.org/wiki/! _() *>, consulté le 19/04/11. Traduction libre : « Ibn Khaldûn est considéré comme l'un des scientifiques dont la civilisation islamique est fière. »

6 HORRUT, Ibn Khald û n, un islam des "Lumi è res"?, Paris : Complexe, 2006, p. 22.

7 FROMHERZ, Ibn Khaldun, Life and Times, Edinburgh: Edinburgh University Press, 2010, p. 2.

8 HIMMICH, Ibn Khald û n: un philosophe de l'histoire, Rabat : Marsam Editions, 2006, p. 34.

9 HORRUT, p. 19.

10 LEPAPE, « L'inventeur de la sociologie », Le Monde diplomatique, janvier 2003, <http://www.monde- diplomatique.fr/2003/01/LEPAPE/9892>, consulté le 17/04/11.

11 Ibid..

12 Ibid..

13 TALBI, « Ibn Khald n », in Encyclop é die de l ’ Islam, t. III, Leiden : Brill, 1960-2009, p. 54.

14 HORRUT, p. 211.

15 Ibid..

16 HORRUT, p. 13.

17 Ibid.. p. 211.

18 FROMHERZ, p. 41.

19 HORRUT, p. 212.

20 FROMHERZ, p. 41.

21 Ibid..

22 HORRUT, p. 212.

23 LEPAPE.

24 Ibid..

5

25 HORRUT, p. 13.

26 Ibid., p. 15.

27 Ibid.. p. 17.

28 DAOULATLI, « Ibn Khaldoun. Un historien témoin de son temps et un précurseur », La Presse de Tunisie, date inconnue, <http://archives.lapresse.tn/index.php?opt=51&categ=1&supplement=1662>, consulté le 18/04/11.

29 Titre retenu par De Slane.

30 HORRUT, p. 19.

31 HIMMICH, p. 26.

32 ROSENTHAL (trad.), The Muqaddimah, an Introduction to History, Chichester: Princeton University Press, 1969, pp. ix-x.

33 DAOULATLI.

34 HORRUT, p. 19.

35 COULLAUT CORDERO, “Ibn Jald n frente a las ciencias esotéricas”, in MARTOS QUESADA Juan (ed.), Miradas espa ñ olas sobre Ibn Jald ú n, Madrid: Ibersaf, 2008, p. 351

36 Auteur inconnu, « 600e anniversaire de la mort du penseur Abder-Rahman IBN KHALDÛN (1332-1406) », Organisation des Nations Unies pour l' é ducation, la science et la culture, 11 septembre 2006, <http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=31133&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html>, consulté le 11/05/11.

37 HIMMICH, p. 21.

38 VIGUERA, CORTÉS MARTÍNEZ, Ibn Jald ú n: el Mediterr á neo en el siglo XIV: auge y declive de los imperios, Sevilla-Granada: Fundación El legado andalusí, 2006, p. 64.

39 Ibid..

40 Ibid..

41 Ibid..

42 LEPAPE.

43 VIGUERA, CORTES MARTINEZ, p. 64.

44 TALBI., p. 54.

45 LEPAPE.

46 HORRUT, p. 113

Fin de l'extrait de 20 pages

Résumé des informations

Titre
Comment Ibn Khaldūn se positionne-t-il face à l’astrologie ?
Université
University of Louvain
Note
16/20
Auteur
Année
2011
Pages
20
N° de catalogue
V187413
ISBN (ebook)
9783656106890
ISBN (Livre)
9783656106579
Taille d'un fichier
611 KB
Langue
Français
mots-clé
Muqaddimat, Ibn Khaldun, astrologie, arabe, arabes, superstition, astres, histoire, historien, critique
Citation du texte
B.A. Caroline De Groot (Auteur), 2011, Comment Ibn Khaldūn se positionne-t-il face à l’astrologie ?, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/187413

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