Toute démarche historique se doit de prendre en compte la problématique de la continuité et du changement. L’historien est toujours obligé d’envisager la question des découpages, des discontinuités et des limites. Depuis les débats entre François Simiand et Emile Durkheim, jusqu’au célèbre article de Fernand Braudel sur la «longue durée»; depuis les critiques de l’historismus allemand jusqu’aux critiques plus récentes envers le récit historiographique, les historiens ont dû problématiser les continuités et les changements dans l’histoire et la représentation du passé.
Depuis l’institutionnalisation de la discipline historique moderne, la représentation du passé a pris deux formes narratives plus ou moins antagoniques. La première, qui a ses origines dans l’«histoire-événementielle», est celle de l’édification d’une longue diachronie sous la forme d’un récit: le récit historique. En France, la fondation de la Revue Historique par Gabriel Monod en 1876 et les ouvrages de Seignobos et Langlois indiquent l’inauguration de cette «science de l’histoire». La deuxième forme «narrative» de la discipline historique est celle de l’élaboration d’une synchronie plus ou moins fixe qui permet de représenter le passé sous la forme de «l’analyse» ou de la «problématisation». Il s’agit donc d’une histoire argumentative qui se rapproche des sciences sociales. En France, nous devons à l’École des Annales cette rupture avec l’ancienne narrativité dans la représentation du passé.
La méthode de «l’interruption historique» emprunte à la méthode argumentative ou analytique l’édification de «synchronies». À savoir «le monde de Christoferens» (Christophe Colomb) et «le monde d’Alexander von Humboldt». De manière parallèle, elle emprunte de l’histoire-récit la représentation d’une longue diachronie: du monde de Christoferens au monde d’Alexander von Humboldt. Toutefois, elle rompt avec le principe diachronique en ceci que la narration est suspendue par une longue «interruption»: celle qui écarte le monde de Christoferens du monde d’Alexander von Humboldt.
Sommaire
Introduction
Première partie: Le contexte historique
Deuxième partie: Les recherches biographiques
Troisième partie: Le voyage
Quatrième partie: Du cosmos de Christoferens au cosmos d’Alexander von Humboldt
Cinquième partie: L’opus magnum
Conclusion
Objectifs et thématiques
L'ouvrage examine la rupture historique entre le monde de Christophe Colomb («Christoferens») et celui d'Alexander von Humboldt, en analysant comment l'historiographie moderne a construit et transformé ces deux figures pour définir la transition vers les temps modernes.
- La problématique de la continuité et du changement dans la représentation du passé.
- L'analyse comparative des «mondes» comme catégories heuristiques.
- La thèse de la sécularisation et le passage du «monde chrétien» au «monde moderne».
- Le rôle de l'imagination poétique et de la géographie mythique dans la construction du savoir historique.
- L'examen des sources biographiques et des récits de voyage en tant que documents intellectuels.
Auszug aus du livre
Introduction
Toute démarche historique se doit de prendre en compte la problématique de la continuité et du changement. L’historien est toujours obligé d’envisager la question des découpages, des discontinuités et des limites. Depuis les débats entre François Simiand et Emile Durkheim, jusqu’au célèbre article de Fernand Braudel sur la «longue durée»; depuis les critiques de l’historismus allemand jusqu’aux critiques plus récentes envers le récit historiographique, les historiens ont dû problématiser les continuités et les changements dans l’histoire et la représentation du passé.
Depuis l’institutionnalisation de la discipline historique moderne, la représentation du passé a pris deux formes narratives plus ou moins antagoniques. La première, qui a ses origines dans l’«histoire-événementielle», est celle de l’édification d’une longue diachronie sous la forme d’un récit: le récit historique. En France, la fondation de la Revue Historique par Gabriel Monod en 1876 et les ouvrages de Seignobos et Langlois indiquent l’inauguration de cette «science de l’histoire». La deuxième forme «narrative» de la discipline historique est celle de l’élaboration d’une synchronie plus ou moins fixe qui permet de représenter le passé sous la forme de «l’analyse» ou de la «problématisation». Il s’agit donc d’une histoire argumentative qui se rapproche des sciences sociales.
Résumé des chapitres
Introduction: Cet essai problématise la tension entre continuité et changement dans l'historiographie, en opposant le récit historique traditionnel à l'histoire argumentative des sciences sociales.
Première partie: Le contexte historique: Ce chapitre explore le climat intellectuel et religieux vers l'an 1500, marqué par une attente apocalyptique et une vision du monde dominée par la théologie mystique.
Deuxième partie: Les recherches biographiques: Cette section analyse comment Humboldt a réinterprété Christophe Colomb en le transformant en un découvreur «moderne» et scientifique, tout en notant les contradictions de cette lecture.
Troisième partie: Le voyage: Ce chapitre étudie la nature des expéditions de Christophe Colomb et leur importance symbolique comme pont entre l'esprit des croisades et l'ère des découvertes.
Quatrième partie: Du cosmos de Christoferens au cosmos d’Alexander von Humboldt: Ce chapitre examine les transformations des représentations cosmologiques, de la vision terrestre médiévale à la vision scientifique et globale d'Alexander von Humboldt.
Cinquième partie: L’opus magnum: Cette partie se concentre sur l'analyse du Libro de Profecías et du Kosmos pour mettre en lumière le contraste entre la quête spirituelle et la quête scientifique de la connaissance.
Mots-clés
Christophe Colomb, Alexander von Humboldt, Histoire, Cosmologie, Sécularisation, Temps, Espace, Historiographie, Monde, Modernité, Moyen Âge, Progrès, Science, Représentation, Découverte.
Questions fréquemment posées
Quel est le sujet principal de cet ouvrage ?
L'ouvrage analyse la construction historiographique de deux figures majeures, Christophe Colomb et Alexander von Humboldt, pour interroger la manière dont l'histoire traite les ruptures temporelles et le passage du monde médiéval à la modernité.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes incluent la sécularisation, les changements de paradigmes cosmologiques, la relation entre expérience vécue et mémoire historique, ainsi que la critique de l'historiographie coloniale.
Quel est l'objectif de la recherche ?
L'objectif est de déconstruire la «méthode de l'interruption historique» pour mieux comprendre comment la science et la raison ont progressivement supplanté la théologie dans la représentation du monde occidental.
Quelle méthode scientifique est employée ?
L'auteur utilise une approche comparative basée sur le montage de deux synchronies historiques, évitant les causalités téléologiques pour favoriser une mise en perspective critique des sources documentaires.
Que traite le corps du texte ?
Le corps du texte traite de la transition entre l'imagination poétique et prophétique de la fin du Moyen Âge et la rigueur scientifique de l'époque des Lumières et du romantisme.
Quels sont les mots-clés essentiels ?
Les concepts fondamentaux incluent la «sécularisation», la «géographie mythique», l'«imagination poétique» et le «déplacement des fonctions» historiques.
Comment le Libro de Profecías est-il interprété ?
Le texte refuse de le réduire à un simple «délire de vieillesse» de Colomb et l'interprète au contraire comme un document cohérent reflétant l'appartenance de son auteur au monde médiéval.
En quoi le voyage de Humboldt est-il une «redécouverte» ?
Humboldt effectue une redécouverte scientifique et historique qui reformule le projet colombien à travers le prisme de la raison et du progrès, inscrivant ainsi l'Amérique dans une nouvelle ligne temporelle universelle.
- Citation du texte
- Alejandro Cheirif Wolosky (Auteur), 2015, Le voyage comme interruption. Du monde de Christoferens au monde d’Alexander von Humboldt, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/231405