La relation entre l’auteur et le sujet littéraire dans la poésie de Guillaume Apollinaire

Une réflexion sur le statut d'auteur d'après les théories de Roland Barthes et Michel Foucault


Dossier / Travail, 2012
17 Pages, Note: 1,0

Extrait

Table des matières

1. Introduction

2. « Qu’importe qui parle ? » : le statut de l’auteur d’après Roland Barthes et Michel Foucault
2.1. Roland Barthes : La mort de l’auteur
2.2. Michel Foucault : Qu’est-ce qu’un auteur ?

3. Analyse des poèmes Annie et Guerre de Guillaume Apollinaire
3.1. Analyse du poème Annie de Guillaume Apollinaire
3.2. Analyse du poème Guerre de Guillaume Apollinaire

4. « L’anonymat littéraire ne nous est pas supportable » : une réflexion

5. Résumé

6. Bibliographie

1.Introduction

D’après le symboliste américain Stuart Merrill, « l e poète doit être celui qui rappelle aux hommes l'Idée éternelle de la Beauté dissimulée sous les formes transitoires de la vie imparfaite ». [1] Si nous pouvons en croire cette citation, la vie de l’individu créateur de textes littéraires constitue toujours l’essence de son œuvre. Les lettres contemporaines, elles aussi, ont adopté cette façon de penser, si bien que déjà dans les écoles, chaque lecture s’accompagne d’une prise en compte détaillée de la biographie de l’auteur pour pouvoir faire ressortir le sens profond de l’œuvre. Cette tendance est notamment le fruit d’un esprit du temps qui aspire à la réponse de toutes questions ouvertes et à la découverte de chaque secret restant.

Néanmoins, jusqu’aujourd’hui, de nombreux opposants ont pris position en la défaveur de cette théorie en se prononçant contre l’existence de l’auteur et pour l’autonomie du texte. Ce fut particulièrement Roland Barthes qui a déclenché un débat essentiel au sujet des lettres avec son pamphlet La mort de l’auteur, ainsi que Michel Foucault dont le manifeste Qu’est-ce qu’un auteur ? fut basé immédiatement sur les pensées de Roland Barthes, qui encore aujourd’hui font partie intégrante de la légitimité de l’écriture autoréférentielle.

Comme la poésie de l’avant-gardiste Guillaume Apollinaire peut être considérée comme un reflet de ses expériences personnelles marquées par la guerre, les femmes et son esprit révolutionnaire, nous examinerons dans ce qui suit le rôle du sujet de l’auteur dans sa poésie pour élucider dans quelle mesure elle est conciliable avec les thèses de Roland Barthes et de Michel Foucault. Cette question est particulièrement intéressante dans le contexte de l’avant-gardisme parce qu’à cette époque-là, l’absence possible de l’auteur regagnait de nouveau de l’importance pour la première fois depuis longtemps.

Dans une première partie, nous nous ferons une idée d’ensemble des aspects principaux des théories de Roland Barthes et de Michel Foucault en ce qui concerne le statut de l’auteur qui serviront de base à ce devoir. Dans ce contexte, nous nous poserons les questions suivantes : Dans quelle mesure, l’absence de l’auteur est-elle nécessaire pour la lecture et quelles fonctions lui reviennent malgré tout ?

Dans la partie suivante, nous analyserons dans ce contexte deux poèmes de Guillaume Apollinaire, à savoir Annie tiré des Alcools et Guerre des Calligrammes. Le point essentiel de ces analyses sera porté sur le rôle du sujet qui se compose de deux aspects, le sujet lyrique et le sujet autobiographique. Alors que le terme du sujet lyrique décrit le sujet qui est immédiatement présent dans un poème, le sujet autobiographique est celui qui constitue la base réel d’un poème. Avec l’aide de cette analyse du sujet, nous essayerons d’établir dans quelle mesure la poésie d’Apollinaire est marquée par sa personnalité et si elle seule serait capable d’exister uniquement grâce à sa qualité autoréférentielle.

Finalement, nous réfléchirons sur une phrase de Michel Foucault qui dans son manifeste Qu’est-ce qu’un auteur ? a dit que l’anonymat de l’auteur nous est insupportable.[2] Dans ce contexte, nous aborderons l’influence de l’homme et de la société sur la question du statut de l’auteur.

Pour conclure, nous mettrons en exergue les résultats essentiels de ce devoir sous forme d’un résumé.

2.« Qu’importe qui parle ? » : le statut de l’auteur d’après Roland Barthes et Michel Foucault

Dans ce premier chapitre, nous nous consacrerons aux textes La mort de l’auteur de Roland Barthes et Qu’est-ce qu’un auteur ? de Michel Foucault en faisant ressortir leurs thèses principales qui serviront de base à ce devoir. Jusqu’aujourd’hui, ces deux écrits sont considérés comme les plus influents plaidoyers en faveur de l’exclusion de l’auteur de l’interprétation littéraire.

2.1.Roland Barthes :La mort de l’auteur

D’après Roland Barthes, l’auteur est devenu une panacée pour tous les problèmes qui se posent dans le contexte de l’interprétation littéraire, constituée par une société qui, au fil du temps, a découvert la valeur de l’individu.[3]

C’est la raison pour laquelle notre culture réduit la littérature catégoriquement à l’auteur et sa biographie en examinant la fiction du texte sur des correspondances avec la réalité pour pouvoir ainsi trouver le sens de l’œuvre.[4]

Barthes se réfère à Stéphane Mallarmé pour clarifier le fait qu’il est nécessaire de remplacer l’auteur par le langage parce que l’écriture, qui est dans ce cas considérée comme l’état définitif de la lecture des textes littéraires, suppose une impersonnalité. Dès que l’écriture s’accompagne de cette impersonnalité indispensable, c’est seulement la langue qui performe. Ces expressions performatives ne constatent pas seulement des faits, mais ils les créent.[5]

Certes, le langage connaît un sujet, mais pas une personne : dans notre culture, l’auteur est considéré comme le passé de son propre livre, c’est-à-dire qu’il vit, pense et souffre toute sa vie pour son livre. Par contraste, le nouvel idéal de l’auteur d’après Barthes est le scripteur qui est né en même temps que son texte.[6]

Le texte n’est pas une construction composée de plusieurs mots, mais plutôt un espace multidimensionnel dans lequel des différentes écritures s’affrontent. Aucune de ces écritures n’est originelle parce que le texte est un réseau d’une multitude de citations qui étaient déjà utilisées. Cette approche fait penser à la théorie d’intertextualité de Julia Kristeva qui part du principe d’un texte universel. Le seul pouvoir du scripteur est de mélanger les différentes écritures qu’il tire de ce dictionnaire fictif, mais sans jamais s’appuyer sur une d’elles. [7]

Avec l’absence de l’auteur, le déchiffrage d’un texte n’est plus nécessaire : par l’attribution d’un auteur, le texte est usuellement limité à un sens définitif qui ressort de la supposition que l’auteur pourrait être découvert derrière son œuvre à l’aide de divers contextes comme les conditions sociales ou la psyché. D’après Barthes, l’écriture peut seulement être démêlée, c’est-à-dire que son espace peut certes être parcouru, mais jamais percé. Ainsi, l’écriture conduit à une exemption systématique du sens, si bien qu’il n’y a aucun secret à dévoiler. [8]

Barthes parvient finalement à la conclusion que le vrai lieu de l’écriture est la lecture, c’est-à-dire que le lecteur en personne est l’espace où toutes les citations qui composent une écriture forment une unité qui ne peut pas être répétée : « l a naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur » . [9]

2.2. Michel Foucault : Qu’est-ce qu’un auteur ?

Michel Foucault reprend la théorie de la mort de l’auteur de Roland Barthes, en faisant remarquer que celle-ci est déjà connue dans la philosophie et les lettres depuis longtemps. Dans le contexte de cette théorie, Foucault se consacre à deux sujets principaux : l’auto-référentialité de l’écriture et le rapport entre la mort et l’écriture.[10]

En ce qui concerne l’auto-référentialité, Foucault constate que l’écriture s’est affranchie de l’expression et qu’ainsi, elle ne se réfère qu’à elle-même. L’écriture est un jeu de signes qui tient moins compte du contenu signifié que de la nature même du signifiant. Le but est de créer un espace dans lequel le sujet écrivant disparait sans cesse.[11]

Concernant le rapport entre la mort et l’écriture, Foucault renvoie au fait qu’à l’époque, l’écriture était un moyen pour conjurer la mort, alors qu’aujourd’hui, l’œuvre a le droit de tuer son auteur. Dans ce contexte, la mort signifie l’effacement des caractères individuels du sujet écrivant. [12]

[...]


[1] Henry (1927), S. 93.

[2] Foucault (2001), S. 1017.

[3] Barthes (2000), S. 186.

[4] Ebd.

[5] Ebd., S. 187, 182.

[6] Ebd., S. 188, 189.

[7] Ebd., S. 190.

[8] Ebd., S. 191.

[9] Ebd., S. 192, 193.

[10] Foucault (2001), S. 1009.

[11] Ebd., S. 1008.

[12] Ebd., S. 108, 109.

Fin de l'extrait de 17 pages

Résumé des informations

Titre
La relation entre l’auteur et le sujet littéraire dans la poésie de Guillaume Apollinaire
Sous-titre
Une réflexion sur le statut d'auteur d'après les théories de Roland Barthes et Michel Foucault
Université
Johannes Gutenberg University Mainz
Note
1,0
Auteur
Année
2012
Pages
17
N° de catalogue
V262657
ISBN (ebook)
9783656513476
ISBN (Livre)
9783656512905
Taille d'un fichier
571 KB
Langue
Français
mots-clé
Apollinaire, Foucault, Barthes, Lyrik, Avantgarde, Subjekt, Autorschaft, Autor
Citation du texte
Bachelor of Arts David Schumann (Auteur), 2012, La relation entre l’auteur et le sujet littéraire dans la poésie de Guillaume Apollinaire, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/262657

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