Alternances codiques et français parlé en Afrique


Recension Littéraire, 2000
7 Pages, Note: sehr gut

Extrait

Dans les pays dits d’expression française, la situation linguistique est généralement poly- glossique. Le français s’ajoute aux langues vernaculaires comme langue officielle, d’enseigne- ment et de communication internationale. Il occupe donc une fonction véhiculaire. En Afrique francophone, un individu est souvent amené à apprendre plusieurs langues. Le parler bilingue (l’emploi juxtaposé de différentes variétés linguistiques) qui peut en résulter, notamment celui entre une langue véhiculaire (terme employé pour la communication entre des personnes ayant des langues premières différentes) et une langue vernaculaire (terme employé pour les variétés parlées sur un territoire déterminé), est souvent observé en Afrique. Le choix d’une langue véhi- culaire apparaît parfois même comme nécessaire pour garantir ou pour faciliter la communication entre des locuteurs de parlers vernaculaires différents. Tout contact de langue entraîne des con- flits. Le choix de langue obéit alors aux règles déterminées par le contexte polyglossique donné. En ce qui concerne le français oral d’Afrique, il présente certaines particularités.

D’une manière générale, les données sur des situations linguistiques en Afrique francopho- ne font défaut. L’emploi des langues en Afrique Noire n’a éveillé l’intérêt des chercheurs que dans les années quatre-vingt. Pour cette raison, les Actes du Colloque dirigé par A. Queffélec doi- vent être considérées comme une contribution importante dans le domaine de la recherche lin- guistique. Les études présentées par les participants au colloque jouissent d’un intérêt spécial; d’autant plus que la plupart des articles montrent les résultats d’enquêtes réalisées auprès des Africains francophones.

Ce colloque est consacré à étudier tant l’usage que les attitudes adoptées à l’égard du français parlé au Maghreb et en Afrique Noire. Il vise à approfondir la situation du français oral spécifique en Afrique dans des contextes marqués par un plurilinguisme généralisé. Comme l’indique le titre des actes, Alternances codiques et fran ç ais parléen Afrique, cet ouvrage focalise d’une part l’importance fondamentale des phénomènes d’alternance codique et d’autre part, les particularités du français oral d’Afrique. Néanmoins, cinq articles abordent les méthodes d’enquête, le traitement des données ou les conditions de production en français.

Les actes rassemblent les textes de 32 communications (et ne pas de 31 comme apparaît dans l’introduction du livre) concernant 13 pays de l’Afrique francophone: le Maroc, l’Algérie, la Tunisie,1 la Mauritanie, le Cameroun, le Mali, le Sénégal, la Guinée, le Burkina Faso, le Bénin, le Burundi, le ex Zaïre et le Congo. L’Île Maurice, le Madagascar, mais aussi la France et le Québec forment parfois objet de comparaison.

1. Selon Glessgen, le français parlé au Maghreb présente des convergences linguistiques ayant souvent des sources dans les interférences de l’arabe. (cfr . GLESSGEN, MARTIN-DIETRICH (1996): «Das Französische im Maghreb: Bilanz und Perspektiven der Forschung». RJb, 47, p. 28-63.)

MARIBEL SÁNCHEZ CÁRDENAS

La présentation du livre est critiquable. Après une brève introduction, les articles apparaissent par ordre alphabétique des auteurs. Une conclusion générale mettant en perspective les différentes interventions manque. Il aurait été préférable de regrouper les articles par thèmes et d’y ajouter des rapports de synthèse.

Bien que plusieurs classements soient possibles pour ce recueil d’articles, je propose six groupes concernant les thèmes suivants: méthodes d’enquête; conditions de production en français; alternance codique; aspects sémantiques; particularités morphologiques; syntaxiques et morpho-syntaxiques, et intonation et prosodie.

1. Méthodes d ’ enqu ê te. Deux communications envisagent l’abord d’un corpus linguisti- que sur le français oral: Rydalevsky, “De la collecte et du traitement des données orales” (p. 345- 352) et Epanga Pombo, “Méthodes d’enquête sur le français parlé au Zaïre” (p. 183-188).

Le premier auteur fournit quelques précisions techniques relatives au matériel d’enregistre- ment et à sa mise en oeuvre. Il conseille l’utilisation de magnétophones à bobines. En outre, il at- tire l’attention sur la nécessité d’harmoniser mieux encore les procédures de saisie informatique et précise l’intérêt de se tenir à des applications communément employées. Tout conscient des inévitables écueils auxquels le transcripteur se trouve quotidiennement confronté, il souligne l’importance de la fidélité de la transcription. Il évoque, par exemple, la notation des pauses, de la longueur vocalique, de l’intonation, des itérations ou des échanges de propos .

Le deuxième auteur est plus pragmatique. Il propose les enregistrements des productions langagières orales des émissions radiophoniques et télévisées, des audiences dans les tribunaux, des débats parlementaires, des conversations quotidiennes dans différents lieux publics et des in- terviews. Les locuteurs doivent appartenir à différentes couches socio-professionnelles, socio- culturelles et socio-économiques. Les données sont sélectionnées sur la base des critères de qua- lité, de fréquence, de dispersion géographique, d’origine ou de provenance. Cette sélection est soumise à l’appréciation des étrangers usagers de la norme du français standard afin de vérifier deux points: la conformité des structures recensées à la norme du français standard et à la varié- té commune locale; et la communicabilité ou non entre les usagers de différentes variétés et aus- si entre les usagers de la variété étudiée.

2. Conditions de production en fran ç ai s. Quatre auteurs présentent globalement la situa- tion plurilingue d’Afrique ou d’un pays africain: “Que fait-on ici en français?” par Arnauld / Re- naud (p. 7-29), “Les conditions de production du français au Mali” par Canut (p. 81-92), “Quel sociolecte urbain à composante française à Kinshasa? Configurations actuelles et représenta- tions” par Kashema (p. 261-278) et “Les Tribunaux Populaires de la Révolution (TPR), une tri- bune pour le français populaire sous la révolution burkinabé” par Prignitz (p. 331-344).

Arnauld et Renaud partent du fait que le “français d’Afrique” s’efface au profit de “français en Afrique” caractérisé par les besoins de communication propres. Ainsi, il n’y a pas une situation du français en Afrique, mais les principes d’une typologie des dynamiques linguistiques liées aux situations de production d’une parole francophone. Les auteurs mettent à point une typologie con- cernant les conditions de production. Le dynamisme de la parole francophone fait d’elle une réali- té sociale. Pour cette raison, la parole est toujours liée au contexte de sa production et doit être étu- diée dans cette perspective. La situation linguistique, même si elle est chaque fois unique, se caractérise pour Arnauld et Renaud par trois attributs: le différé, le nécessaire et le local. Chaque attribut apparaît soit positivement, soit négativement. De cette manière, ils forment huit types de situations de parole francophone. Cette typologie formerait un moyen de faire progresser la com- préhension des pratiques d’alternance, de mélange ou de communication véhiculaire.

Canut pense que la dynamique du français au Mali ne semble pas encore s’orienter vers une dialectalisation. Les particularités syntaxiques qu’il présente dans son travail seraient trop peu nombreuses et ne permettraient aucune généralisation. De plus, la présence du français est très

QUEFFéLEC: « ALTERNANCES CODIQUES ET FRAN Ç AIS PARL È EN AFRIQUE »

faible sur le territoire malien. La langue véhiculaire et non marquée par une communauté “eth- nique” particulière est le bambara. Cependant, 50 % des personnes interrogées refusent le rem- placement du français par une autre langue à l’école. Dans la représentation des informateurs, le français ne constitue pas seulement la langue officielle, mais il existe toute une mythification de cette langue considérée comme la langue de la réussite ou une langue plus moderne que le bam- bara. Par contre, les représentations sur le bambara varient entre une langue “juste bon à faire la cuisine et à chanter” et un outil de promotion sociale. Néanmoins, la relation entre le français et le bambara risque d’évoluer encore très vite avec les écoles bilingues français / langues natio- nales.

Kashema observe que l’universalité du lingala est contesté à Kinshasa auprès de la popula- tion jeune. Le lingala semble occuper une place de choix au niveau des langues nationales, mais la première place lui est de plus en plus contestée par les autres linguas francas ou régionales, te- lles le swahili, le munukutuba... et le ciluba. Mais face au français et à ses avatars, il passe au se- cond rang. Pour cette raison, Kashema constate avec surprise que 43,3% des informateurs évo- quent comme langue seconde le français et seulement 38% mentionnent le lingala.

Les Tribunaux Populaires de la Révolution en Burkina Faso ont été mis en place pour sanc- tionner les abus financiers imputables aux gestionnaires de la République avant la révolution d’a- oût 1983. L’objectif était de mobiliser la population par la radio. Le français jouait un rôle véhi- culaire dans la mesure que la révolution a voulu gommer au maximum les différences ethniques. Cette langue incarnait donc un idéal politique, social et symbolique. Prignitz constate que le dis- cours est spontané et reflète le style le plus vernaculaire, c’est-à-dire parlé. Il relève un vocabu- laire teinté des préoccupations du moment ainsi que des expressions de l’usage courant. La pro- duction langagière analysée montre des traits de l’oralité, telle la tendance à la forme synthétique ou analytique et se réalise sans souci de beau langage pour les règles morpho-syntaxiques. En re- lation avec l’appropriation de la langue étrangère, Prignitz lie cette production à une “norme afri- caine” ou à un “standard burkinabé”.

3. Alternance codique. Les études sur l’alternance codique font l’objet de neuf articles: “L’alternance codique chez les locuteurs burundais: comment, pour quoi?” par Frey (p. 213-228), “L’alternance codique français / arabe dialectal tunisien dans des conversations téléphoniques” par Darot (p. 119-129), “Contraintes syntaxiques dans l’alternance codique arabe marocain - français” par Fallous (p. 197-204), “L’alternance de langues comme marqueur du changement des genres discursifs et de l’accentuation de l’intersubjectivité” par Bensalah (p. 39-49), “Re- marques sur l’alternance codique conversationnelle en Algérie” par Derradji (p. 131-141), “Afri- canisation du français et francisation du kirundi: recherches sur le parler bilingue des burundais francophones” par Hatungimana (p. 247-260), “Attitudes et représentations linguistiques d’une population universitaire dakaroise face au “francolof” par Masuy (p. 293-305), “Français oral et “camfranglais” dans le sud du Cameroun” par De Féral (p. 205-212), “Le mélange des codes en français de Guinée illustré par le journal Le Lynx” par Diallo (p. 155-168).

Frey analyse des conversations téléphoniques de locuteurs bilingues français / kirundi. Ses objectifs consistent à mettre en évidence les conditions de production du discours mixte français / kirundi ainsi que les motivations et les intentions plus ou moins conscientes des locuteurs. L’arti- cle se compose de trois parties: une description linguistique, les paramètres de la situation de com- munication et les stratégies discursives. Frey considère que le discours mixte pourrait être l’état d’une mutation linguistique et se pose la question de la créolisation du français (ou du kirundi).

[...]

Fin de l'extrait de 7 pages

Résumé des informations

Titre
Alternances codiques et français parlé en Afrique
Université
University of Basel
Note
sehr gut
Auteur
Année
2000
Pages
7
N° de catalogue
V274136
ISBN (ebook)
9783656670599
ISBN (Livre)
9783656669883
Taille d'un fichier
392 KB
Langue
Français
mots-clé
alternances, afrique
Citation du texte
María Isabel Sánchez (Auteur), 2000, Alternances codiques et français parlé en Afrique, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/274136

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