La notion « de transparence » a évolué en tant que notion essentielle liée aux stratégies de démocratisation et de décentralisation ainsi que celles des structures d'autonomie administrative communale. Aujourd'hui au Cameroun, on aime utiliser le terme « redevabilité ».
Cependant, malgré la pertinence de cette notion, il semble qu’il manque fréquemment des représentations exactes relatives aux conditions de sa mise en application, c’est pourquoi les tentatives variées de dresser un système de redevabilité au niveau communal restent souvent infructueuses. L’on omet fréquemment que les représentations que l’on peut se faire au sujet de la redevabilité sont souvent marquées d’une estampille occidentale qui est à peine compatible avec les structures sociales des sociétés dans les pays en voie de développement.
Le but de ce travail est d'examiner les conditions d'implémentation d’un système de redevabilité fonctionnel au niveau communal et d’étudier son applicabilité à l’aide de données spécifiques au Cameroun.
L'intérêt de se travail se résume à la question suivante, quels mécanismes scientifiques en considération des réalités des pays comme le Cameroun peuvent être utilisés afin que les décisions politiques au niveau local soient prises convenablement pour tous, et que chacun y trouve finalement son compte, et non pas seulement quelques uns.
Table des matières
I. Introduction – La redevabilité, une idée des sociétés modernes
II. Nécessité et conditions générales d’un système de redevabilité fonctionnel
A. Le concept fondamental de redevabilité
B. La redevabilité comme mécanisme de contrôle de l’agent
C. Les conditions à remplir pour avoir un modèle fonctionnel de redevabilité dans les pays en voie de développement
1. Les aspects constitutifs de la redevabilité
2. Les conditions générales pour une redevabilité
D. Conclusion
E. La « transmissibilité « du concept de redevabilité
III. Les conditions d’un système efficace de redevabilité au Cameroun
A. Situation actuelle de la décentralisation et de l’autonomie administrative communale
B. Structure de pouvoir au niveau local et fondement socio-culturel
1. Le Cameroun une société entre tradition et structures modernes de développement – Rôle de la société civile –
2. Point d’intersection entre les structures traditionnelles et modernes dans le cadre de la décentralisation et de l’autonomie communale
3. Perception de la population sur le pouvoir et la redevabilité des chefs et représentants locaux
4. La perception de la redevabilité par la population
5. Les perceptions de la redevabilité chez les groupes intermédiaires
C. La redevabilité envers la population – Un modèle pour l’avenir ?
1. Une responsabilité propre des administrations locales
2. A quelle volonté les administrations locales sont-elles soumises ? Celle des citoyens ou celle du gouvernement central ?
3. Droit d’information -Droit d’information des citoyens
D. Intérêt de la population dans le contrôle des mécanismes de sanction
1. Les populations se sentent-elles concernées par l’exécution des tâches communales ?
2. Comment les populations comprennent-elles les relations administratives existant au niveau communal ?
3. Le rôle et l’importance des organisations de la société civile
4. Les mécanismes de sanction
E. Conclusion
IV. Perspectives
V. Résultat Général
Objectifs et thématiques de l'ouvrage
Cette étude analyse les défis liés à l'implémentation d'un système de redevabilité fonctionnel au sein des communes camerounaises, en explorant la tension entre les modèles administratifs occidentaux et les réalités socio-culturelles locales profondément ancrées dans des structures traditionnelles.
- Analyse du concept de redevabilité dans les sociétés modernes versus traditionnelles.
- Évaluation de l'état actuel de la décentralisation et de l'autonomie administrative au Cameroun.
- Rôle des chefferies traditionnelles, des grandes familles et des tontines dans la gouvernance locale.
- Le défi de la transformation de l'État minimal vers un État social moderne.
- Recherche de mécanismes de contrôle et de sanction adaptés au contexte camerounais.
Auszug aus dem Buch
b) La grande famille comme référent social
Une analyse de Geschiere indique que la grande famille est encore aujourd'hui le référent de la vie sociale. Jusqu’à ce que l’administration coloniale ne définisse et ne force les réalités à des adaptations juridiques certaines, ces sociétés traditionnelles vivaient plutôt dans un environnement communautaire avec des valeurs bien définies dans des petits villages. Ces villages étaient certes caractérisés par certaines règles juridiques, mais seule la vie communautaire prédominait, elle était fondée non pas sur les valeurs juridiques, mais plutôt sur les relations interpersonnelles. En cas de conflit, on convenait relativement vite à une séparation des familles qui fondaient alors une nouvelle agglomération à un autre lieu.
La grande famille est encore aujourd’hui le point de référence de la vie sociale. Dans ce type de relations traditionnelles dans lesquelles la vie communautaire n’est définie que par des appartenances communautaires et la relation que les gens entretiennent entre elles, les étrangers sont sceptiques parce qu'ils ne disposent pas du contrôle social propre du groupe.
La situation selon laquelle, la confiance existe seulement dans les relations personnelles, complique la tâche à la coopération avec le groupe. Dans des structures pareilles qui orientent leurs intérêts en fonction de ceux de la « grande famille », on peut à peine exiger une redevabilité au niveau des administrations locales, c’est-à-dire que les membres de la famille ne portent pas un œil critique aux actions de leur chef, car ils ont confiance en lui.
Résumé des chapitres
I. Introduction – La redevabilité, une idée des sociétés modernes: Ce chapitre introduit la redevabilité comme une invention rationnelle des sociétés modernes, soulignant les difficultés de son transfert dans des sociétés où dominent encore les liens de confiance personnels et traditionnels.
II. Nécessité et conditions générales d’un système de redevabilité fonctionnel: L'auteur théorise le concept de redevabilité via la théorie de l'agent et du principal, précisant les prérequis techniques et juridiques nécessaires pour qu'un tel mécanisme de contrôle puisse fonctionner.
III. Les conditions d’un système efficace de redevabilité au Cameroun: Cette section centrale examine en profondeur l'autonomie administrative au Cameroun, le rôle prédominant des structures traditionnelles (chefs, clans, tontines) et l'inadéquation des réformes de décentralisation actuelles face à ces réalités.
IV. Perspectives: Ce chapitre propose une réflexion prospective, suggérant qu'un changement de conduite ne peut émerger que d'une évolution lente des valeurs sociales, idéalement portée par des acteurs locaux capables de faire le pont entre tradition et modernité.
V. Résultat Général: Synthèse finale confirmant que le modèle occidental de redevabilité est difficilement transposable sans une profonde mutation préalable des structures sociales et des modes de légitimation du pouvoir au Cameroun.
Mots-clés
Redevabilité, Cameroun, Décentralisation, Autonomie communale, État néo-patrimonial, Chefs traditionnels, Société civile, Gouvernance locale, Relations claniques, Tontines, Démocratie, Contrôle social, Réforme administrative, Traditions, Développement social.
Questions fréquemment posées
De quoi traite principalement cet ouvrage ?
Le livre traite de la difficulté d'appliquer des concepts occidentaux de "redevabilité" et de "bonne gouvernance" dans un pays comme le Cameroun, où les structures sociales traditionnelles restent le moteur principal de la vie quotidienne.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes clés incluent la décentralisation, le rôle des chefs traditionnels dans l'administration, l'influence des réseaux néo-patrimoniaux et le besoin d'adapter les institutions modernes aux réalités culturelles.
Quel est l'objectif de la recherche ?
L'objectif est d'examiner si et comment un système de redevabilité peut être instauré au niveau communal au Cameroun, en tenant compte du fossé entre les structures étatiques formelles et les pratiques communautaires.
Quelle méthode est employée ?
L'auteur utilise une approche d'analyse socio-politique, en combinant des théories de gouvernance avec une analyse contextuelle des structures sociales et historiques du Cameroun.
Que contient le corps principal de l'ouvrage ?
Le corps du texte analyse l'histoire administrative du Cameroun, le fonctionnement des chefferies, le rôle des élites locales et les tentatives de réformes de la décentralisation depuis 1996.
Quels sont les concepts clés de l'ouvrage ?
Les concepts fondamentaux sont la redevabilité, le néopatrimonialisme, la dualité entre tradition et modernité, ainsi que les mécanismes de sanction sociale et légale.
Quel rôle jouent les chefs traditionnels dans ce système ?
Les chefs traditionnels sont décrits comme des pivots incontournables qui, par leurs réseaux et leur légitimité coutumière, influencent la gestion des affaires locales, souvent au détriment de l'autorité démocratique des maires élus.
Pourquoi la décentralisation rencontre-t-elle des obstacles au Cameroun ?
La décentralisation est freinée par l'absence d'une véritable culture démocratique locale, le manque de ressources financières pour les communes et la persistance de systèmes de domination personnelle basés sur la famille et le clan.
- Citation du texte
- Peter Becker (Auteur), 2014, Redevabilité et autonomie communale, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/278259