La question de l'utopie. «L'île des esclaves» de Marivaux et «Utopia» de Thomas More


Dossier / Travail, 2008

12 Pages, Note: 3,0

Anonyme


Extrait

Table des matières

1. Introduction

2. Définition du terme utopie

3. « L´Île des esclaves »
3.1 Résumé de l´œuvre
3.2 Éléments utopiques
3.3 Intention de Marivaux

4. « Utopia »
4.1 Résumé de l´œuvre
4.2 Intention de More

5. Comparaison des deux œuvres

6. Bibliographie

1. Introduction

Dans le mémoire présent je m´occuperai de la question de l´utopie en m´attachant particulièrement à la comparaison de l´œuvre de Marivaux (1688-1763) et de More (1478-1535).

Pour débuter ce mémoire je traiterai l´origine du terme utopie.

Dans la deuxième partie je prêterai attention à l´œuvre de Marivaux en résumant la pièce et en présentant quelques éléments utopiques. A la fin de la deuxième partie je m´approcherai de l´intention de l´auteur.

La troisième partie traite l´œuvre de Thomas More et la fa­çon de procéder sera la même.

Ensuite, je porterai mon regard sur la comparaison des deux ouvrages et pour conclure, je résumerai brièvement mes résultats.

2. Définition du terme utopie

Tout le monde a déjà entendu le terme utopie. Mais qu´est-ce que c´est exactement?

Le terme utopie est un néologisme premièrement introduit par Thomas More dans son ouvrage « Utopia » en 1516.

Le mot vient du grec ancien et il se compose du préfixe privatif “ou” qui signifie “pas” et du nom „topos“ qui signifie „lieu, endroit“, cela implique qu´Utopia est un endroit qui n´existe nulle part. Mais utopie est de même une synthèse du nom „topos“ et du préfixe grec „eu“ (français: bon) qui représente un lieu de bonheur. Le titre lie deux mots antithétiques. Pour cette raison le terme utopie contient un jeu des mots. « Utopia is itself a pun referring to a nonexistent good place »[1]

Dans le cas de More et dans le sens courant c´est une conception imaginaire d´une société idéale mais on utilise ce terme aussi pour un projet chimérique qui ne tient pas compte de la réalité.[2] Jean Goldzink désigne l´utopie comme « [l]a représentation d´une société meilleure conforme à la raison, un contremodèle imaginaire où une sage législation efface les tares et les injustices des sociétés réelles. »[3]

Par la fiction les écrivains voulaient prendre ses distances par rapport au présent, tout en le critiquant indirectement, et pour éviter la censure. Ils avaient pour ambition d´élargir le champ du possible et de l´explorer.[4]

Une utopie désigne également un genre littéraire qui souvent ressemble à un récit de voyage mais ayant pour cadre des sociétés imaginaires. Le genre s´est répandu en Occident depuis l´ouvrage de More et il était très en vogue du XVIe au XVIIIe siècle.[5] « En effet, le siècle des Lumières est la seule période de l´histoire de la littérature française durant laquelle on voit se manifester un vif intérêt pour l´utopie de la part des grands romanciers. »[6]

3. « L´Île des esclaves »

L´Île des esclaves est une comédie en un acte composée des onze scènes et en prose. La pièce a été représentée pour la première fois le 5 Mars 1725 par les Comédiens Italiens à l’Hôtel de Bourgogne.

Il y a cinq acteurs importants et quelques insulaires. Les cinq personnages principaux sont Iphicrate, un maître athénien avec son valet Arlequin et Euphrosine, une maîtresse athénienne avec sa servante Cléanthis et en dernier Trivelin, le magistrat de l´île. Les noms d´Arlequin et de Trivelin sont tirés du théâtre italien, cela signifie de la commedia dell´arte. Les autres trois noms sont originaires du grec ancien: Euphrosine signifie la joie, Iphicrate est une personne puissante qui règne par la force et Cléanthis est le nom d´une fleur de bonne renommée.

La scène se déroule dans une île qui s´appelle L´Île des esclaves. Mais c´est où? Nous disposons de très peu d'indices à cet égard. Marivaux choisit ici une île utopique et le lecteur apprend seulement que les quatre échoués viennent d´Athènes.

Mais ce n´est pas seulement le lieu qui dégage un anonymat et qui crée une distance par rapport à la pièce, mais c´est aussi le temps: Marivaux déplace l´action dans l´Antiquité (c´est probablement la Grèce antique) et il combine ces éléments avec des mœurs contemporaines et avec la tradition du théâtre italien.[7]

3.1 Résumé de l´œuvre

Après un naufrage Iphicrate et Arlequin constatent qu’ils sont débarqués sur « L´Île des esclaves », une île fondée par des esclaves révoltés. Ils constatent que les coutumes sur l´île sont tout autrement comme d´habitude: les valets et les maîtres doivent échanger leurs rôles. Tandis qu´Arlequin se réjouit du renversement des pouvoirs en refusant d’obéir à Iphicrate, celui a très peur de perdre son rôle comme maître. Le magistrat de l’île, Trivelin, demande aux deux hommes d´échanger leurs noms, leurs habits et leurs fonctions. Mais les deux ne sont pas les seuls qui sont échoués. Quand la dame athénienne Euphrosine et sa servante Cléanthis arrivent, Trivelin leurs demande aussi à échanger leur statut. Puis il veut que Cléanthis trace le portrait de sa maîtresse afin qu´elle se connaisse et qu´elle se corrige. Elle obéit et met surtout la coquetterie d´Euphrosine en évidence. Ensuite Trivelin exige qu’Euphrosine convient de ces reproches. Enfin elle prend conscience de son comportement. Arlequin doit faire pareil et caractériser son maître Iphicrate. Celui reconnaît volontiers son portrait ce que satisfait Trivelin. Après qu’ils ont fait des reproches mutuels, Iphicrate se rend compte de son mauvais comportement et Arlequin lui pardonne. Cléanthis imite son exemple et elle est également prête de pardonner Euphrosine qui aussi reconnaît son abus. A la fin, les quatre personnes reprennent leur statut initial. Trivelin est content et les félicite finalement. Il tire la morale du renversement des pouvoirs, qui est plutôt un « déguisement thérapeutique »[8], en disant aux esclaves: « …nous aurions puni vos vengeances comme nous avons puni leurs duretés. » et aux maîtres: «…vous avez été leurs maîtres, et vous en avez mal agi ; ils sont devenus les vôtres, et ils vous pardonnent ; faites vos réflexions là-dessus. La différence des conditions n’est qu’une épreuve que les dieux font sur nous : je ne vous en dis pas davantage. »[9]

3.2 Éléments utopiques

Dans l´œuvre de Marivaux il y a quelques éléments utopiques (ou autrement dit quelques éléments peu réalistes) concernant surtout l´époque de jadis. Je les énumérerai dans ce qui suit. Mais je discuterai la plupart des éléments utopiques sous le numéro 5: comparaison des deux œuvres.

Premièrement, les maîtres et les esclaves doivent échanger leurs rôles. « TRIVELIN: Eh bien, changez de nom à présent ; soyez le seigneur Iphicrate à votre tour ; et vous, Iphicrate, appelez-vous Arlequin, ou bien Hé. »[10] Les maîtres perdent donc leur noblesse parce qu´ils traitent les esclaves d´une façon barbare et humiliante. En ce qui concerne Trivelin, qui a mis en place cette passation des pouvoirs, il considère ce régime politique comme une bonne idée: « […] Ce sont nos lois à cet égard; mettez à profit leur rigueur salutaire. […] Vous voilà en mauvais état, nous entreprenons de vous guérir; vous êtes moins nos esclaves que nos malades, et nous ne prenons que trois ans pour vous rendre sains, c'est-à-dire humains, raisonnables et généreux pour toute votre vie. »[11] Dans cette pièce, les insulaires font de la politique utopique. En outre, les valets commencent à s´émanciper dans plusieurs œuvres de Marivaux mais un tel changement serait impensable au XVIIIe siècle car la noblesse était une valeur dominante. A cause de cela, c´est un point qui ressemble peu réaliste.

Deuxièment, les personnages principaux, qui ont chaviré, se retrouvent dans une île éloignée. Le lecteur n´apprend pas où elle est située. Cette caractéristique est typique pour une utopie, mais j´entrerai dans le détail de ce trait par la suite.

3.3 Intention de Marivaux

En ce qui concerne l´intention de Marivaux, on pourrait dire qu´il y a une moralité qui doit être tirée par les personnages dans la pièce mais aussi par les lecteurs (ou par les spectateurs) hors de cette fiction.

Marivaux expose que tous les quatre personnages éprouvent l´envie de puissance, non seulement les esclaves, mais encore les maîtres. De plus, Trivelin raconte que les premiers esclaves dans l´île étaient pleins de vengeance: « Quand nos pères, irrités de la cruauté de leurs maîtres, quittèrent la Grèce et vinrent s'établir ici dans le ressentiment des outrages qu'ils avaient reçus de leurs patrons, la première loi qu'ils y firent fut d'ôter la vie à tous les maîtres que le hasard ou le naufrage conduirait dans leur île, et conséquemment de rendre la liberté à tous les esclaves; la vengeance avait dicté cette loi; vingt ans après la raison l'abolit, et en dicta une plus douce. […] »[12]. Marivaux traite ici la question de la nature humaine et il démontre au lecteur le désir de tyrannie chez les hommes. Pour l´auteur, le monde idéal est organisé par la raison. Bien que le monde, qu´il a construit, ne soit pas parfait parce qu´à la fin de son œuvre il y a une reprise du pouvoir par les maîtres, Marivaux avait une stratégie : Les maîtres doivent prendre conscience de leur orgueil et par conséquent améliorer leur comportement envers les humbles. Et bien que les personnages reprennent leur statut initial, tout le quatre sont contents, par exemple Arlequin qui n´été pas vraiment adapté dans son rôle de maître: « C´est qu´il est trop petit pour mon cher ami, et que le sien est trop grand pour moi. »[13] C´est aussi exactement ce que Jean Goldzink constate : « […] dans l´échange croisé du maître et de l´esclave, chacun se sent comme déguisé, acteur d´un rôle qui ne lui convient pas, renvoyant à l´autre l´image d´un visage qui s´est durci en masque ridicule ou odieux. »[14] Avec cette stratégie Marivaux suscite la pitié car par l´échange fictif des rôles « le spectateur doit apprendre à devenir un peu plus pur en jouant à faire semblant »[15]

Ce qui est frappant est l´absence d´amour dans cette pièce en comparaison avec les autres ouvrages de Marivaux. Fidèle à la tradition utopique, Marivaux exhibe sans détour une portée philosophique et politique.[16] Il dénonce également la distance entre la classe sociale supérieure et la classe sociale inférieure : chacun devait obtenir ce qu´ il mérite.

[...]


[1] Murfin, Ross and Supryia M. Ray: The Bedford Glossary of Critical and Literary Terms, Bedford/ St. Martins 2003, p.

[2] Larousse, Dictionnaire de français: « utopie », Cornelsen 2002, p.1355.

[3] Goldzink, Jean: (De) Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain, L’île des esclaves, Flammarion 1989, p.149.

[4] http://expositions.bnf.fr/utopie/arret/d0/index.htm , consulté: 12.09.08

[5] Goldzink, Jean: (De) Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain, L’île des esclaves, Flammarion 1989, p.149.

[6] Ansart, Guillaume: Réflexion utopique et pratique romanesque au siècle des lumières : Prévost, Rousseau, Sade, Lettres Modernes Minard 1999, p.8.

[7] Ibid., p.149.

[8] Goldzink, Jean: (De) Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain, L’île des esclaves, Flammarion 1989, p. 8.

[9] Ibid., p. 202.

[10] Goldzink, Jean: (De) Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain, L’île des esclaves, Flammarion 1989, p. 162.

[11] Ibid., p.165.

[12] Ibid., p.164.

[13] Goldzink, Jean: (De) Marivaux, Pierre Carlet de Chamblain, L’île des esclaves, Flammarion 1989, p. 198.

[14] Ibid., p.8-9.

[15] Ibid., p. 150.

[16] Ibid., p.8.

Fin de l'extrait de 12 pages

Résumé des informations

Titre
La question de l'utopie. «L'île des esclaves» de Marivaux et «Utopia» de Thomas More
Université
Johannes Gutenberg University Mainz
Note
3,0
Année
2008
Pages
12
N° de catalogue
V278292
ISBN (ebook)
9783656713937
ISBN (Livre)
9783656713555
Taille d'un fichier
1183 KB
Langue
Français
mots-clé
marivaux, thomas, more
Citation du texte
Anonyme, 2008, La question de l'utopie. «L'île des esclaves» de Marivaux et «Utopia» de Thomas More, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/278292

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