Instruments de polyphonie. Les festivals de musique comme politique en Europe


Thèse de Bachelor, 2011
102 Pages, Note: 1

Extrait

TABLE OF CONTENTS

Chapitre I : Introduction

Chapitre II : Revue de la littérature et la théorie

Chapitre III : La France

Chapitre IV : La Grèce, la Bulgarie et l’Europe

Chapitre V : Conclusion

Œuvres citées.

I. Introduction

On appelle souvent la musique une langue internationale, et elle est omniprésente. Tandis que les musiciens lisent tous les mêmes notes et expressions musicales, il est aussi important de reconnaître la capacité de la musique à communiquer les émotions humaines. On peut souligner son importance dans nos vies en imaginant un film sans bande son ; la musique joue sur nos émotions, elle stimule des nouvelles idées, et elle nous donne des messages qui nous permettent de mieux comprendre nos contextes. Bref, elle a beaucoup de choses à nous révéler. La musique est facilement entendue, mais elle perd beaucoup de force si on ne l’écoute pas. Qu’est-ce qui nous empêche de pouvoir comprendre ses messages universels ? Est-ce que ce langage musical a le potentiel d’avoir un impact sur les relations sociales et même internationales au-dessus des niveaux personnels ?

La musique joue un rôle multiforme dans les cultures autour du monde. Elle sert comme moyen puissant d’unifier les pensées des individus. Elle donne de la joie à une célébration, de la tristesse dans une scène d’un film où il faut que le specateur soit compatissant, ou de la fierté d’un athlète aux jeux Olympiques qui entend son hymne national. Alors elle ne se trouve pas seulement dans la vie personelle ; son importance s’étend à d’autres domaines et niveaux.

Mon intérêt pour cet aspect de la musique a commencé avec l’organisation « Playing for Change », qui essaie d’engendrer la paix dans le monde à travers la musique. Ses organisateurs croient en la puissance de la musique : « L’idée pour ce projet est venue de la conviction commune que la musique a le pouvoir de faire tomber les frontières et de réduire les distances entre personnes »[1] (Playing for Change 2010). Ils créent des vidéos d’artistes du monde entier qui jouent la même chanson mais, dans leurs propre styles culturels à eux, créant ainsi une seule chanson qui est un mélange d’une douzaine d’expériences globales. C’est une image d’un immense monde riche en cultures, mais aussi d’un monde qui est assez petit pour être encerclé de fils communs créés par les partages hors frontières. « Playing for Change » illustre non seulement un lien entre les artistes qui font partie d’un grand projet global, mais ce projet montre aussi la vue d’ensemble au spectateur, y compris la capacité de la musique de traverser les frontières pour créer une seule chanson qui inclut tous les participants. On se rend compte de la beauté qui est créée grâce au mélange de styles divers culturels. Le projet a grandi et maintenant il finance des concerts, alors il ne dépend pas seulement des vidéos pour distribuer son message : « Quand les publics voient et entendent des musiciens qui ont voyagé des milliards de kilomètres de chez eux, qui sont unifiés par un but commun et par la chanson, tout le monde est touché par le pouvoir de la musique à unifier les personnes » (Playing for Change 2010). L’augmentation de la présence des médias dans les années récentes a facilité la capacité de ce projet de voyager dans mêmes les petits coins et recoins du monde pour y avoir un impact.

En pensant aux idées et aux impacts de cette organisation, je me suis demandée si les gouvernements du monde pourraient utiliser leurs pouvoirs prédominants vers des buts similaires. Est-ce que des telles initiatives musicales peuvent être utilisées dans les espaces politiques, ou est-ce qu’il faut y avoir une séparation entre la création artistique et le gouvernement ? Les échanges musicaux existent et se reproduisent inévitablement entre les personnes, mais est-ce que les gouvernements peuvent en faire partie et diriger ces forces envers des buts spécifiquement politiques, ou est-ce que ce sont des structures trop distantes ? Au premier regard, la réponse à ces questions est « oui » ; de telles politiques musicales s’illustrent, par exemple, dans la censure musicale qu’exercent les gouvernements du monde entier, par l’importance des hymnes nationaux, et par les subventions pour la création musicale.

Cependant, la réponse n’est pas aussi simple, surtout dans le contexte actuel des relations politiques et internationales. Le partage facile de la musique à de grands nombres de personnes a été renforcé et modifié par la mondialisation et par la modernisation des technologies. Ces mêmes phénomènes ont aussi eu un impact sur les identités, ce qui met en question l’unité nationale. Alors non seulement la musique a-t-elle une présence de plus en plus plus profonde et vaste ; la politique devient aussi un facteur plus pertinent à l’espace musical parce que la musique a une influence sur les relations sociales et internationales, et parce que la musique est créée et utilisée par des acteurs globaux. Cependant, la vitesse de l’augmentation des efforts en matière de politiques musicales reste assez stagnante. Donc, on peut mettre en doute à quel point les politiques culturelles des gouvernements s’accommodent du contexte social actuel. Est-ce que les acteurs gouvernementaux peuvent se mettre au même rythme que l’impact musical croissant dans le monde ?

Certains pays qui conçoivent l’importance de la musique par rapport à la société ont essayé de combler ce vide. La France est un bon exemple d’un pays qui profite de l’importance du mélange politico-musical. La musique a toujours fait partie de son idée de la nation et aujourd’hui le soutien des politiques culturelles et musicales est devenu intrinsèque au fonctionnement du gouvernement. Une des meilleures représentations de cela est la Fête de la Musique, une fête nationale qui se passe tous les 21 juin (solstice d’été) depuis 29 ans et qui a, comme objectifs principaux, la création et le partage de la musique entre les citoyens. Sa croissance énorme en France et dans le monde montre son impact sur les Français ainsi que sur les citoyens du monde entier. En utilisant cette initiative particulière, le gouvernement français, surtout celui qui a créé la Fête de la Musique dans les années quatre-vingt, est un exemple concret de la relation entre la politique et la musique.

Plusieurs pays ont des événements similaires, alors que beaucoup de gouvernements ne mettent pas d’accent fort sur l’importance des initiatives musicales dans le domaine politique. Quelle est la meilleure approche ? Cette question devient encore plus ambiguë quand on monte au-dessus des gouvernements nationaux. L’Union européenne est devenue une force puissante, et sa compétence politique continue à augmenter. Cependant, l’unification des Européens dans les espaces politiques et économiques est beaucoup plus claire que l’intégration culturelle. Pour aborder ces questions, il faut regarder comment les gouvernements ont utilisé la musique pour renforcer leurs propres identités. Après, nous aurons une meilleure idée du potentiel des initiatives comme les festivals musicaux pour renforcer l’unité culturelle.

Dans ce mémoire je testerai l’hypothèse que les initiatives musicales, les festivals de musique en particulier, sont un moyen puissant mais négligé de renforcer l’unité d’une communauté politique. Pour la tester, je me pencherai sur la situation de la France et de sa politique musicale à travers La Fête de la Musique, les situations sociales qui l’ont provoqué et aussi ses conséquences pour l’identité nationale française. Ensuite nous regarderons des initiatives similaires dans deux autres pays européens : la Fête de la Musique en Grèce et le festival Varna en Bulgarie. On verra après si ces trois cas nous donnent suffisamment d’information sur la possibilité d’appliquer ces idées au niveau européen pour augmenter la légitimité culturelle de l’Union Européenne.

La méthodologie que j’utilise pour répondre aux questions précédentes est interdisciplinaire et se base sur des approches des humanités et des sciences politiques. J’utilise des textes primaires (recherches et observations personnelles de la Fête de la Musique en France, interviews, journaux) ainsi que secondaires pour étudier les dynamiques et les effets du festival musical en France, en Grèce et en Bulgarie. Pour spécifier la relation avec l’unité communautaire, je garderai en esprit les contextes des identités nationales et la façon dont l’État a appliqué ces initiatives. Ensuite je ferai des analyses sur les avantages et sur les limites de la politique des festivals de musique. Avec ces informations j’appliquerai la question du mélange de la politique et de la musique au niveau européen pour voir les perspectives d’un festival musical européen.

II. Revue de la littérature et la théorie

Dans la littérature reliée à la question du festival musical en tant que politique, on trouve beaucoup d’arguments divers sur les effets de la musique dans le domaine gouvernemental. Pour se concentrer sur la place des fêtes de musique dans le contexte de la mondialisation, il faut comprendre les conceptions éxistantes des rapports de la politique culturelle et de la musique avec l’identité nationale et à l’unité des communautés sociales. La littérature dans ces cadres nous donnera les bases pour tester le rôle du festival musical dans des pays spécifiques.

Le constructivisme

Pour aborder cette question de la relation entre la politique musicale et l’identité, il est utile de commencer avec le constructivisme. Une grande partie de la littérature dans le cadre des relations internationales met un accent sur le rôle des facteurs concrètes (l’économie, la sécurité) ; cependant, le constructivisme reconnaît l’importance d’étudier les intersubjectivités (Wendt 1994). Selon ce point de vue, la structure politique globale se définit par les relations sociales et les interêts partagés. Alors, selon ce point de vue les identités ne sont pas immuables et sont déterminées par la nature des relations entre des différents groupes et par les valeurs communes (Viotti et Kauppi 2010). Le système global « est déterminé par les interactions des États [et d’autres acteurs]. . . et les réseaux nombreux entre eux » (Green 2002, 4). Dès lors, le partage des idées entre les gens a une grande influence sur les structures sociales et ainsi sur les identités nationales. On peut même constater que les conceptions des relations sociales sont les bases essentielles des liens à la nation ; de telles « communautés imaginées » sont particulièrement sensibles à notre époque en raison des relations décroissantes du temps et de l’espace (Anderson 1991). Cette influence d’idées partagées souligne l’importance de la politique culturelle à la réalité politique. Les partages culturels ont la capacité d’unifier et de définir les liens entre des grands nombres de gens, et c’est l’intêret culturel partagé et la communication des valeurs communes qui renforcent la distinction entre les membres d’une nation et les personnes de l’extérieur.

Le constructivisme indique aussi la capacité des identités à changer : « Les acteurs ont des identités. . . qui sont fondées sur la culture, [et] qui déterminent la perception et les intêrets. . . . [Donc] il y a l’impression grandissante qu’il faut étudier plus profondement la construction des intêrets. . . dans les contextes complexes des codes culturels et des normes » (Green 2002, 6). Alors la modification d’idées culturelles (qui peut se communiquer à travers les arts, et la musique en particulier, en raison de leur représentations des communautés culturelles) a la capacité de changer les identités. Les représentations culturelles et artistiques peuvent motiver les acteurs politiques à profiter de cette malléabilité de l’identité parce que l’unité communautaire peut entraîner le soutien pour les actions collectives ; alors une identité unifiée d’un territoire politique peut augmenter l’efficacité et la légitimité des politiques par son gouvernement (Green 2002 ; Münch 2001 ; Pedersen 2008 ; Field 1998). Cette idée souligne l’importance de l’interaction des individus et de la capacité des leaders politiques à communiquer avec eux sur un niveau personnel pour pouvoir toucher les idées des gens.

L’identité nationale

On voit donc la plasticité des relations sociales qui finissent par devenir, dans leur forme plus concrète, les identités. Dans la littérature traditionnelle dans le domaine des relations internationales, les éléments les plus importants de l’identité sont les histoires, des mythes et des souvenirs indirects partagés ; un territoire et un gouvernement communs ; et une seule culture commune publique qui rend cette collectivité distincte des autres (Parekh 2008 ; Smith 1992, 2001 ; Green 2002 ; Gutiérrez 2001). Selon Anthony Smith, un des auteurs les plus consultés pour ce sujet, l’identité nationale se base sur les liens au passé : « c’est l’idée de la continuité partagée. . . des souvenirs partagés des périodes précédentes. . . [et] la conviction collective qu’il y a un destin commun de cette unité et de sa culture » (58, 1992). Que les expériences anciennes jouent un rôle aussi important pour les gens aujourd’hui nous donne un sense de la puissance et la pérennité d’une identité une fois établie. On trouve aussi dans la littérature des arguments que l’État contrôle l’information en ce qui concerne les identité nationales ; donc l’individu a plus tendance à recevoir plutôt que de créer son identité nationale (Jervis 1976). On pourrait constater que la musique a la capacité de renforcer ces traditions partagées quand des idées nationales qui ont longtemps continué sont reprises dans des chansons et disseminées, ou quand la musique traditionnelle garde sa popularité dans un contexte moderne. Dans ces cas, la musique sert à renforcer l’idée d’une histoire, une culture, et des souvenirs partagés d’un groupe. Cependant, cette conception de l’identité nous amène de savoir son rôle par rapport au contexte actuel.

Bien qu’on puisse souligner l’importance du rôle de l’histoire dans l’identification politique, il faut aussi consulter la littérature qui soutient que les identité ne sont pas statiques. Si on se concentre sur la théorie de l’identité sociale, on voit que l’identité individuelle est importante à l’identification avec un groupe ; que l’identité a un impact direct sur les actions ; que la distinction entre les gens intérieurs et extérieurs d’un groupe est essentielle à l’identité ; et que les identités multiples pour une personne sont possibles, et il faut distinguer entre les différents niveaux ainsi que reconnaître les intéractions entre ces niveaux (Tajfel et Turner 1986 ; Purdie 2003). Donc on peut dire que les valeurs individuelles ont un impact sur la nation, mais aussi que les valeurs de la nation ont un impact sur l’individu, alors c’est un cercle qui s’adapte toujours aux modifications dans les structures sociales. Comme Alexender Wendt le dit, les « identités collectives varient selon la situation, le temps et l’endroit et si elles sont bilatérales, régionales ou globales » (1994, 388). Alors l’identité est muable et elle est toujours en train d’être recomposée en raison des changements dans les environnements et des échanges sociaux (Münch 2001 ; Dieckhoff 2003 ; Rusciano 2003 ; Pederson 2008). On peut même constater que cette idée de la souplesse et de l’adaptabilité de l’identité nationale devient de plus en plus pertinente dans le contexte moderne des technologies et de la mondialisation ; « au fur et au mesure que les technologies violent l’intimité des individus, la mémoire personnelle—une des sources les plus privées de l’identité—a des fortes chances d’acquérir de l’importance » (Pedersen 2008). Si la mémoire personnelle est plus pertinente aux identités, la création culturelle et les expériences actuelles remplacent de plus en plus l’histoire vécue de manière indirecte. Alors l’identité nationale garde sa pertinence à ses membres en restant près du mouvement de la culture dans le contexte social.

Quelques auteurs font référence à l’importance des facteurs extérieures de l’identité. Si la mondialisation change les interactions globales, les valeurs et les significations communes ainsi que les structures sociales actuelles, les identités nationales comprises, seront remises en question (Wendt 1994). Benedict Anderson soutient que la réalité qu’on vit indirectement devient plus pertinente si les échanges internationales ont assez d’impact sur nos représentations mentales des idées partagées (1991). Ces arguments soulignent la puissance des influences culturelles qui touchent les niveaux mentaux et affectifs des individus.

L’identité européenne

Ce mémoire éxamine la relation entre la musique et la politique en France ainsi qu’en Europe, alors il faut aussi considerer les identités à ce niveau supranational. La question de l’identité européenne se pose souvent : est-ce qu’elle devient de plus en plus pertinente pour les individus, et est-ce qu’elle ménace les identités nationales ? Selon les conceptions traditionnelles de l’identité nationale, cette question se pose trop souvent. Bien qu’il y ait une présence grandissante de la mondialisation et des interactions à travers les frontières nationales en Europe, cette influence supranationale peut faire partie des identités multiples d’un individu, mais l’identité nationale domine encore (Smith 1992 ; Huntington 1993 ; Gutiérrez 2001). C’est en raison de l’importance des liens historiques que l’Europe n’est pas une ménace aux nations : « Le renouveau de mythes ethniques, de souvenirs et de traditions. . . nous rappelle la nature fondamentalement sans mémoire de n’importe quelle culture cosmopolite aujourd’hui. Une telle culture doit être délibérément, même artificiellement, construite d’éléments des cultures nationales déjà existantes » (Smith 1992, 66). Ainsi, de ce point de vue, l’importance d’une base historique à une identité légitime semble affirmer la dominance de la nation plutôt que les entités supranationales. Ces auteurs nous indiquent aussi les problèmes en créant des valeurs fausses et des liens ténus supranationaux (Huntington 1993 ; Smith 1992 ; Smith 2001) ; on peut utiliser comme exemple d’une telle illusion la musique pop commercialisée qui ne représente qu’une petite population occidentale mais qui s’impose dans les cultures autour du monde.

Certains auteurs soutiennent ensuite que les barrières linguistiques qui éxistent entre les pays de l’Europe renforcent encore plus cette prédominance des nations dans ce contexte. Le manque d’une seule langue pour la communication au-dessus des barrières nationales en Europe met en question la possibilité d’une culture européenne (Field 1998 ; Kalijarvi 1963). En plus, la présence croissante de la langue anglaise ménace les institutions et les populations nationales ; cela déclenche une contre-révolution nationale contre l’unité européenne pour affirmer les langues nationales (Hagège 1996 ; Field 1998).

Pourtant, bien que certains auteurs de ce point de vue ne rénoncent pas à la possibilité d’une identité européenne plus forte à l’avenir, beaucoup de la littérature sur ce sujet soutient qu’il faut mettre encore plus d’accent sur l’importance de l’identité européenne. D’ici, on soutient qu’il faut mettre un accent considérable sur le mouvement et sur le potentiel de l’identité européenne en raison des développements des partages et de la coopération internationaux ; ces évolutions affectent ensuite les relations sociales, les conceptions d’autres cultures, et les liens aux espaces en dehors de la nation (Wendt 1994 ; Münch 2001 ; Parekh 2008 ; Pedersen 2008). Alors ce point de vue met l’accent sur les influences actuelles plutôt que de souligner seulement le primordialisme. Richard Münch décrit comment on peut atteindre une identité européenne plus forte en disant qu’il faut avoir une influence sur les esprits et sur les comportements des individus ; cela n’est pas facile mais c’est possible parce que les échanges globaux nécessitent le mouvement vers l’unification supranationale (2001). Il y a une convergance internationale grandissante des valeurs en raison des partages hors frontières qui entraînent ensuite une convergence des actions ; alors une identité européenne devient de plus en plus pertinente. Par exemple, on peut voir qu’une convergence des intêrets musicaux se développe dans le monde, un phénomène qui s’illustre à travers la Fête de la Musique : sa présence internationale ainsi que la présence des musiques du monde à chaque fête augmentent au fil du temps. Selon Münch, bien que les effets de la mondialisation s’intensifient, l’identité nationale « ne doit pas être abandonnée, et elle n’a pas à s’amenuiser selon les gains de l’identité européenne » (171, 2001). Cela souligne la possibilité de l’hybridité des identités, par rapport à ceux du point de vue qui considèrent la relation entre l’identité nationale et l’identité européenne d’être compétitive.

Toutefois, la distance entre la Commission de l’Union Européenne et les populations européennes est immense, et peu de liens notables existent en raison des influences économiques ou politiques. Une grande partie de la littérature relève des implications d’un tel balancement en indiquant la carence culturelle dans la relation entre l’Union et les individus (Field 1998 ; Munch 2001 ; Pedersen 2008 ; Eder 2009 ; Dewey 2010). Cette distance nous rappele l’importance d’une identité unifiée à un gouvernement central : « La création d’une ‘communauté imaginée’ donnerait aux institutions européennes. . . une légitimité qu’elles n’ont pas encore » ; ce manque d’initiatives culturelles a entraîné « un soutien public qui est insuffisant pour l’intégration politique plus profonde » (Field 1998, 249). On a tendance à isoler les questions politiques du domaine culturel et artistique. Cependant, cette séparation projète une ombre sur le pouvoir de la subjectivité et sur l’utilité potentielle de la culture. Comme le dit Thomas Pedersen, « si l’identité politico-culturelle n’est pas une priorité dans les vies des citoyens européens contemporains, même des conditions qui apparaîtraient favorables au developpement d’une identité européenne forte ont peu de chances de la produire » (2008, 67). Bien qu’une identité européenne ait des limites en raison de la puissance profondement historique des nations, on voit dans la littérature dans ce domaine de l’identité qu’elle pourrait avoir du potentiel si on adopte des bonnes initiatives unifiantes.

La politique culturelle

D’autres auteurs constatent qu’il y a un certain « devoir » pour les citoyens européens de s’identifier à l’Union européenne, mais le côté du « vouloir » est plus faible. La culture se présente alors comme un moyen possible et plus efficace pour le gouvernement de l’Europe de toucher les individus au niveau culturel. Donc il faut aussi se pencher sur l’importance de la politique culturelle dans les relations entres les gouvernements et leurs peuples. Il semble que les initiatives économiques et politiques illustrent la puissance concrète et alors de la confiance et de la fierté vis-à-vis de l’État, donc on peut dire que ces pouvoirs tangibles créent efficacement des moyens pour renforcer l’identité nationale. Cependant, en raison de la nature complexe de l’identité nationale, il est aussi important de considérer l’importance des initiatives qui sont plus pertinentes au public à un niveau individuel, et qui auraient des impacts personnels ainsi que la capacité d’entraîner des changements d’idées de la nation. Comme J.P. Singh le dit, « la politique culturelle rend saillantes les questions de l’identité et de l’expression. . . et le pouvoir des symboles. Les arts et l’industrie du spectacle évoquent des souvenirs collectifs et forment notre compréhension du présent » (2010, 2). La politique culturelle se propose comme remède qu’il faut étudier pour consolider les liens faibles entre un gouvernement et les individus parce qu’elle renforce, selon certains auteurs, les valeurs et les activités partagées.

La littérature sur la politique culturelle aborde son importance à l’identité nationale. Elle a un pouvoir direct et puissant : les échanges culturelles ont la capacité de changer les identités parce que le dynamisme de la culture montre aux individus des représentations alternatives de la réalité éxistante (Singh 2010). Valerie Hudson et Martin Sampson expliquent le rôle de la « culture en tant qu’instrument politique, une force dynamique qui est un élément de la compétition du pouvoir politique » plutôt qu’en tant que postulat statique qui joue un rôle moins important que d’autres actions politiques (1999, 668). Cette idée de l’utilité de la culture nous rappèle l’importance de l’unité communautaire à la légitimité d’un gouvernement. L’État peut fournir et distribuer des ressources culturelles ; ce pouvoir a une grande influence sur la structure de la société et sur la capacité des citoyens de participer à la culture. Comme Carole Rosenstein le dit, « Les politiques [culturelles]. . . peuvent fournir les occasions pour les personnes de développer leur capacité de critiquer et de réaffirmer leur valeurs partagées et publics en termes qui résonnent avec leurs propres expériences » (2010). En plus, des influences subjectives partagées comme la culture donnent de la signification aux influences qui sont plus concrètes ; c’est cette signification qui entraîne l’action par des individus (Wendt 1994). La culture aborde le niveau personnel, quelque chose que les autres types de politique ne peuvent pas faire de manière aussi efficace ; donc on peut voir l’importance de sa capacité d’engager les personnes.

La politique culturelle peut ensuite renforcer la puissance historique et symbolique d’une nation. Le rôle de la culture dans la persévérance des traditions et des expériences partagées la rend un aspect essentiel de l’identité nationale. Selon Natividad Gutiérrez, la politique culturelle est « inextricablement liée aux trois impératifs de l’état-nation : la standardisation des pratiques, la construction de l’homogénéité et la délimitation d’une culture commune pour tous les citoyens dans une souveraineté territoriale donnée » (2001, 4). Sans culture unifiée, une nation n’a pas de signification et elle est faiblement unifiée par des institutions distantes. Alain Dieckhoff exprime l’idée que d’être membre d’une nation nécéssite plus que des sources objectives de l’unité ; des émotions compréhensives, des idées et des intêrets subjectifs d'une identité doivent aussi être présents (2001). Cela suggère la nécéssité d’une culture englobante qui inclurait idéalement tous les citoyens d’un espace politique.

Dans la littérature, on trouve aussi que la culture est importante et pertinente aux contextes politiques grâce à sa capacité d’adapter aux citoyens et à leur environnement. On a des exemples comme l’art moderne, la musique populaire, et l’argot dans des langues nationales, qui nous montrent combien la culture évolue au fil du temps. Cela est surtout important pour un état qui doit constamment se mettre à jour parce que « son expression complète ne peut être appréciée que dans un contexte moderne, bien que son évolution et sa construction révèlent des liens perceptibles avec une accumulation de différents passés historiques » (Gutiérrez 2001, 7). La culture est ainsi devenue un instrument utilisé par toutes les nations grâce à sa capacité de représenter la modernité (Dieckhoff 2001) ; donc les gouvernements peuvent utiliser la politique culturelle pour atteindre la légitimité ainsi que pour se rajeunir.

Le contexte moderne modifie les dynamiques dans plusieurs réseaux. Comme Smith le dit, les technologies et la communication « ont augmenté la conscience public des autres cultures et des autres peuples à de plus nombreux niveaux, le résultat étant que les vieilles certitudes apparentes quant à l’unité culturelle de la nation. . . ont été mises en question » (128, 2001). Donc, les structures sociales et les intersubjectivités changent rapidement. Il faut ensuite examiner les moyens de communication culturels qui ont la capacité de vulgariser ces nouvelles idées.

La musique et son potentiel politique

La musique, qui véhicule des idées, des représentations culturelles et des moyens d’expression et de se divertir, se présente comme un moyen possible pour communiquer aux individus; cependant, elle reste peu utilisée dans le cadre de la politique à l’époque actuelle.

Si la musique est un aspect important de la culture, elle a le potentiel d’avoir un impact décisif sur la pertinence et sur les dynamiques des identités d’aujourd’hui. En outre, si ces positions sont vraies, un manque de reconnaissance de l’importance de la politique musicale peut entraîner des résultats pernicieux pour le statut de l’identité. Pour examiner ces questions sur la puissance potentielle de la musique (et ensuite du festival musical), concentrons-nous sur les effets possibles du mélange de la politique et la musique.

Dans le cadre de la politique musicale, il faut voir d’abord si et pourquoi la musique elle-même a la capacité d’aider aux buts politiques. Premièrement, certains disent qu’elle est puissante dans sa capacité de toucher et d’inclure beaucoup de gens : « Mise en forme d’un partage, elle unifie des groupes et contribue à leurs mobilisations » (Donegani 2004, 5). Par exemple, à un match de football, l’hymne national traduit son message national très facilement au public. Il peut évoquer des sentiments patriotiques ou même hostiles ; en tout cas, il touche les émotions chez ceux qui l’entendent. Un seul haut-parleur peut toucher beaucoup de gens, et ils ne sont pas obligés de faire un effort pour entendre le message qui est exprimé. Alors pour partager une idée ou une valeur à une vaste population, la musique est un moyen utile grâce à son accessibilité vaste et à sa popularité public en tant que mode d'expression (Albarea 1997). Elle est encore plus puissante devant un grand public qui entend ensemble non seulement mais écoute ensemble aussi, comme à un concert ou à une fête musicale. De surcroît, l’expérience musicale peut être individuelle et communautaire en même temps : « un moment d’engagement avec la musique peut être interprété en terms de son importance esthétique, mais les expériences esthétiques ne peuvent pas être complètement divorcées de l’identité collective » (Biddle et Knights 2007). Mise en place en tant que politique, la musique offre un vue alternatif du domaine gouvernemental : « elle rivalise la tendance moderne à réduire la politique en termes rationnels » (Bleiker 2005). Ce partage de valeurs est pertinent pour la question de l’identité nationale.

Ensuite, quelques auteurs constate qu’elle a une puissance symbolique qui est très forte pour communiquer des idées. Elle peut exprimer des images dans sa mélodie, même dans les chansons sans mots : « La musique est un langage qui met en jeu des structures et des formes inscrites dans des rapports d’homologie avec d’autres registres d’expression » (Donegani 2004, 13). Elle peut communiquer les dimensions les plus profondes d’une culture partagée ; sa façon de remplacer les fonctions des langues normales suggère sa capacité de redéfinir les interactions et les identités éxistantes (Albarea 1997 ; Franklin 2005). Les sons organisés dans une chanson fonctionnent alors comme un langage, ou un moyen pour exprimer des sentiments et des idées, mais à travers une mélodie plutôt que les mots. Cet autre moyen de comprendre est un espace de communication distinct mais important : « Le texte musical est. . . une expérience sonore agencée de telle manière qu’elle puisse évoquer une expérience du monde et se prêter à une interprétation symbolique » (Donegani 2004, 15). Donc les émotions évoquées par le contenu et par l’organisation d’une mélodie peuvent se traduire en valeur (parce que les messages de la musique peuvent toucher à l’esprit et aux émotions) et en action (si les émotions évoquées sont assez fortes pour motiver l’individu); cette capacité de la musique est importante car les valeurs communes sont importantes à l’unification d’une identité. Pourtant, on peut aussi dire que la complexité de la musique rend difficile sa capacité de communiquer de manière universelle, alors il faut reconnaître les limites. On peut soutenir que le langage musical « est constitutivement intraduisible, ce qui fait douter de son caractère de langage » ; alors la musique elle-même a besoin d’être décodée par des significations directement compréhensibles (De Lara 2004, 79). Pour que la musique soit un moyen efficace de la communication, il faut un contexte pour « décoder » ses messages. Un contexte pourrait être des explications en mots, des représentations visuelles, ou même des environnements subjectifs et multiformes comme un festival.

La littérature constate aussi que la musique, à son tour, peut créer des significations et donner du sens au contexte social. Comme Mélanie Heard le dit, « quelles que puissent être ses relations avec un texte, un symbole, un programme, une pratique sociale, quelle que puisse être aussi la participation de l’observateur dans la construction de la réalité qu’il perçoit, la musique peut être définie comme un monde » (2004, 109). Elle a la capacité de se lier aux endroits et aux environnements des individus ; de sucroît, elle ajoute du sens à un espace et peut en devenir symbole (Whiteley et. al 2004 ; Franklin 2005 ; Albarea 1997). La musique a la capacité de représenter les détails ainsi que des grandes vues d’ensemble dans un seul message : « chaque identification musicale aura ses propres conditions définies de l’expérience qui se compose d’aspects materiaux spécifiques et symboliques » (Biddle et Knights 2007). Ensuite, quand de la musique historique est mise dans un espace moderne, elle donne l’impression de la richesse historique. Ensuite, quand de la musique contemporaine est mise dans un vieil espace, elle renforce des sens de la modernité, de l’évolution et de l’adaptabilité qui sont liés à l’endroit. Donc, quand cet espace est la nation, la musique peut être un rappel des gloires historiques, des réussites et des situations actuelles, ou de l’espoir commun pour l’avenir (Pasler 2009). Cela renforce l’unité d’une identité ainsi que le soutien populaire de l’État.

Ensuite, certains auteurs disent que la musique est aussi puissante grâce à sa fonction historique. Non seulement est-elle un moyen de s’amuser et de s’exprimer depuis le début de la civilisation, mais elle sert aussi de magnétophone pour se souvenir des événements passés à travers l’histoire. Comme Roberto Alberea le dit en parlant du rôle de la musique, « nous sommes en face...d’une expérience globale, pas seulement sonore » (1997, 63). Les chansons qui ont des bases historiques servent de rappels d’un partage solide et donc elles renforcent la mémoire collective d’un groupe. Les reprises de vieilles chansons jouées à un festival de musique, par exemple, peuvent donner un sentiment de continuité partagée avec les autres gens qui l’écoutent.

On peut aussi soutenir que sa capacité affective rend la musique un outil profond et inimitable, surtout dans le domaine politique. Quand on écoute une mélodie, on interprète l’organisation des sons d’une certaine compréhension à soi qui est pertinente à l’individu. Une mélodie qui se lie à une image ou à une expérience augmente les sensations qui y sont attachées ; alors l’expérience musicale est touchée directement par le contexte. Donc, la musique a un impact sur les émotions ; mais la façon d’invoquer ces émotions est aussi importante. Bien que la musique elle-même ait la capacité de toucher les émotions des individus, la distance affective qu’elle garde est aussi très importante à sa puissance. La musique peut être aussi générale et souple pour inclure et pour être pertinente à beacoup de personnes :

Les émotions, en présence desquelles la musique place l’auditeur, ne sont pas privatisées ou subjectivisées mais plutôt « impersonnalisées » de telle manière que l’articulation entre le registre esthétique de l’oeuvre et le registre sociologique des valeurs s’agencent dans la production d’une relation où l’intime et le public témoignent de leur commune contribution à l’édification de la communauté humaine (Donegani 2004, 16).

Cette impersonnalisation d’émotions peut ensuite entraîner l’unification des gens qui participent à la même expérience musicale parce qu’elle aborde des aspects personnels ainsi que des aspets plus généraux et pertinents de manière englobante. La musique a la capacité d’être « l’insertion de l’expérience personnelle des émotions dans la sphère publique de cadres sociaux » (De Lara 2004, 88). Alors quand une musique se présente à un grand public, par exemple à un festival, sa mélodie et son message ont la capacité d’entrer dans les esprits des individus pour être adaptées à leurs expériences personnelles. Toutefois, la musique vient tout de même d’une source plus haute et englobante , ce qui illustre que les individus présents participent tous ensemble à un phénomène commun.

Le dernier, et non le moindre aspect puissant selon la littérature sur la musique et la politique est sa capacité d’évoquer le plaisir. Ce qui est lié au bonheur ou à l’intêret a plus de valeur que ce qui n’est lié qu’à l’obligation. L’attachement augmente la volonté d’en apprendre ; alors, comme Horace l’a exprimé, « l’utilité est une relation qu’on developpe avec quelquechose qui est encouragée par le plaisir qu’elle amène » (Pasler 2009, 60). Cette face de la musique suggère la capacité de la politique musicale de changer les conceptions sur les relations politiques, qui sont normalement méthodiques et distantes de l’individu. Le bonheur dérivé de la musique devient plus utile politiquement quand elle est dans un contexte festif avec d’autres citoyens.

Le mélange du transfert d’émotions et d’idées avec la capacité de toucher beaucoup de gens individuellement montre que la musique pourrait être un instrument politique très efficace et unique. Même dans un public divers, à travers la musique on peut éprouver de la solidarité car on crée des goûts communs ensemble, sans égard pour les différences sociales (Pasler 2009). Alors la musique peut être vue comme un moyen de surmonter les différences pour qu’une unité englobante soit légitime.

La littérature constate aussi que le plaisir évoqué par la musique donne des occasions rares au gouvernement de créer une politique attachante et interéssante pour ses citoyens. Pour un gouvernement qui veut créer des liens proches et significatifs avec ses citoyens (plutôt que de rester loin de leurs intêrets et de leurs désirs), la musique a le potentiel d’être utile si elle est utilisée de manière efficace. Le principe de l’utilité publique, qui se concentre plus sur les interêts des citoyens que sur les besoins, est d’assurer que ce type de politique est avantageux au plus vaste nombre (Pasler 2009).

Une vue essentielle : la France à la troisième République

Composing the Citizen : Music as Public Utility in Third Republic France par Jan Pasler est un livre que j’ai beaucoup utilisé dans mes recherches de la littérature. Ce texte décrit la puissance de la musique à la création de la troisième République en France (1870-1914). Pasler parle de l’utilité de la musique en tant qu’instrument politique et les façons nombreuses dont les leaders nationaux français en ont profité. Elle décrit aussi combien les citoyens français à l’époque ont vu la musique comme un besoin social. Les exemples donnés dans ce livre soulignent l’importance historique donnée à la musique en France, ainsi que quelques idées importantes sur la relation entre la musique et la politique.

[...]


[1] Toutes les traductions de ce mémoire sont les miennes.

Fin de l'extrait de 102 pages

Résumé des informations

Titre
Instruments de polyphonie. Les festivals de musique comme politique en Europe
Note
1
Auteur
Année
2011
Pages
102
N° de catalogue
V311440
ISBN (ebook)
9783668099432
ISBN (Livre)
9783668099449
Taille d'un fichier
878 KB
Langue
Français
mots-clé
instruments, europe
Citation du texte
Kaia Smith (Auteur), 2011, Instruments de polyphonie. Les festivals de musique comme politique en Europe, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/311440

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