Le roman franco-chinois comme portail d’entrée dans la culture de l’Autre

Les pratiques artistiques de François Cheng


Essai Scientifique, 2011
12 Pages

Extrait

Table des matières

Résumé/Abstract

Introduction

Les romans de François Cheng

L’interculturalité au niveau de la langue

L’interculturalité au niveau de la structure

L’interculturalité au niveau de l’action

Conclusion

Références bibliographiques

Résumé:

En quoi une œuvre littéraire peut-elle être un portail d’entrée dans la culture de l’Autre? Quel peut être l’enrichissement des pratiques artistiques à la compréhension interculturelle? Dans cet article, il s’agira de nous plonger dans le monde romanesque de François Cheng. Nous allons voir comment l’auteur francophone d’origine chinoise crée un rapprochement entre sa vision du monde formée par les grandes traditions chinoises et sa façon de s’ouvrir sur l’Autre à l’aide de son amour pour la langue française.

La contribution est ancrée dans le cadre théorique de ma thèse intitulée La Chine et l’Occident. Rencontre interculturelle dans le roman franco-chinois. Celle-ci consiste en trois étapes méthodologiques visant la (re)construction du système interculturel en tant que force fondatrice du genre. La première étape envisage le roman franco-chinois comme élément d’un système interculturel déjà existant, c'est-à-dire comme mode d’expression faisant partie de la mémoire des auteurs. Lors de la deuxième étape, il s’agit de saisir la manière dont la rencontre interculturelle franco-chinoise prend forme. Quels sont les niveaux de la rencontre interculturelle chez les auteurs pris comme exemples et dans quelles traditions s’inscrivent-ils? La réalisation de la troisième étape est basée sur les étapes précédentes. Sa question-clé est celle d’une identité franco-chinoise liée au genre du roman.

L’analyse des pratiques artistiques de François Cheng en tant que romancier représente un extrait de la deuxième étape car elle a pour but de tenir compte de sa création d’un mode interculturel entre l’éloignement de son pays d’origine et ses liens actuels avec le monde culturel occidental. En conclusion, je montre que l’auteur a rédigé ses romans comme offre d’apprentissage et de découverte sur sa propre culture d’origine.

Mots-clés: roman franco-chinois; pratiques artistiques littéraires; François Cheng; offre d’apprentissage et de découverte

Abstract:

The Franco-Chinese novel as a gateway to the Cultural Other. The aesthetic practices of François Cheng

In how far can a literary work be a gateway to the Cultural Other? How can aesthetic practices have an impact on intercultural understanding? This article is going to be about immersing ourselves in the literary world of François Cheng. We will see how the Francophone author of Chinese origin creates a harmonisation between his world view which has been shaped by the great Chinese traditions on the one hand and his way of approaching the Cultural Other through his love for the French language on the other hand.

The study is enrooted in the theoretical frame of my Ph.D thesis entitled China and the Occident. Intercultural encounter in the Franco-Chinese novel. It consist of three methodological main steps which aim at the (re)construction of an intercultural system as a creative force of the genre itself. The first step comprises the consideration of the Franco-Chinese novel as part of an already existing intercultural system, that is, as a mode of expression of the authors’ memories. The second step focuses on depicting the way the intercultural encounter takes place. How to identify its levels and the traditions the authors have chosen to work with? The realization of the third step is based on the preceding ones. Its key question is whether the genre of the Franco-Chinese novel is linked to a new kind of identity formation.

The analysis of the author’s aesthetic practices as a novelist represents an extract of the second step as its aim is to elucidate his creation of an intercultural mode between the separation from his homeland and his new ties with occidental culture. To conclude, I present the novels as the author’s offer to learn and think about his original culture.

Keywords: Franco-Chinese novel; aesthetic literary practices; François Cheng; offer for intercultural understanding

Puisque échange et circulation il y a au niveau d’un groupe d’hommes, pourquoi ceux-ci ne marcheraient-ils pas entre les cultures, surtout lorsque celles-ci cherchent à tendre vers une forme de vie vraiment ouverte? (Cheng 2003: 13).

Introduction

En quoi l’Art est-il une porte d’entrée dans la culture de l’Autre? Comment un artiste peut-il créer un lien interculturel sur la base de ses pratiques artistiques? Dans cette étude, il sera question des pratiques artistiques de François Cheng en tant que romancier. Ses romans seront étudiés comme exemples du mode interculturel créé par le genre émergent du roman franco-chinois. L’étude est basée sur l’hypothèse que l’auteur a rédigé ses romans comme offre d’apprentissage et de découverte de sa propre culture d’origine.

L’analyse des pratiques artistiques de François Cheng représente un extrait de mon projet de thèse intitulé La Chine et l’Occident. Rencontre interculturelle dans le roman franco-chinois. Celui-ci consiste en trois étapes méthodologiques visant la (re)construction du système interculturel en tant que force fondatrice du genre.

Lors de la première étape, le roman franco-chinois est analysé comme mode d’expression faisant partie de la mémoire, réelle ou fictive, des auteurs de leur pays d’origine. Il est ainsi décrit comme élément d’un système interculturel existant en dehors du roman franco-chinois[1]. Dans la deuxième étape, les différents niveaux de la rencontre interculturelle sont examinés. Il s’agit de situer le genre dans l’espace et le temps et de décrire la constitution des formes d’interculturalité tant au niveau de la langue que de la structure et de l’action. Finalement, la troisième étape est destinée à saisir le roman franco-chinois comme prise de position des auteurs quant à leur identité.

L’étude des pratiques artistiques de François Cheng comme romancier représente un élément de la deuxième étape. En nous plongeant dans son monde romanesque, nous verrons comment l’auteur francophone d’origine chinoise a réussi à créer un rapprochement entre sa vision du monde formée par les grandes traditions chinoises et sa façon de s’ouvrir à l'Autre.

Les romans de François Cheng

C’est seulement pendant les années 1980 que la carrière de François Cheng en tant que romancier français commence. Depuis son arrivée en France, en 1948, il s’est efforcé de faire du français sa véritable langue de création et a déjà publié des essais, des livres d’art et de la poésie dans la langue de son pays d’exil[2] A cette époque il se sent enfin capable de rédiger un roman et d’ainsi trouver un nouveau moyen d’expression pour ses propres expériences:

Je traînais en moi ce trop-plein de tranches de vie et de successives ruminations pour que je n’éprouve le besoin de les décharger dans une forme capable de les recevoir et de les transformer en quelque substance plus durable, plus significative. (Cheng 2003: 75).

En 1985, François Cheng débute par la rédaction de son premier roman Le Dit de Tian-yi, pour lequel il obtiendra le prix Femina lors de sa publication en 1998. Il sera suivi par L’éternité n’est pas de trop, en 2002, qui est son dernier roman jusque-là[3]. Afin de bien saisir la dimension interculturelle que l’auteur a créée, il faut d’abord esquisser brièvement le contenu de ces deux romans:

Dans le premier roman, Tian-yi, jeune lycéen chinois pendant la guerre sino-japonaise, s’éprend de Yumei, la fille cadette du Seigneur Lu. Quand celle-ci fuit devant ses frères tyranniques, il décide d’aller la rejoindre en compagnie de son ami poète Haolang qui, une fois Yumei retrouvée, tombe à son tour amoureux. Après avoir découvert le lien secret qui s’est déjà établi entre ses deux amis, Tian-yi va chez un vieux peintre calligraphe qui l’aide à trouver sa voie. Plus tard, il se rend en France pour étudier la peinture occidentale et y fait aussi la connaissance d’autres modes de pensée. Il retourne dans une Chine maoïste à la veille de la Révolution culturelle en 1957: Croyant Haolang mort au camp de rééducation, Yumei s’est suicidée. Par hasard, Tian-yi apprend que son ami est toujours vivant et décide de le rejoindre dans un camp en Sibérie chinoise en s’y faisant envoyer lui-même. Les deux amis sont enfin réunis, mais seulement pour peu de temps: Haolang se laisse délibérément tuer par les Gardes rouges.

Changement d’époque dans L’éternité: A la fin de la dynastie des Ming, Dao-sheng, médecin dans un monastère taoïste, est amoureux depuis longtemps de Lan-ying, femme du Deuxième Seigneur Zhao. Un jour, il quitte le monastère pour la retrouver et la découvre finalement dans un temple bouddhiste où elle vient souvent pour y accomplir ses dévotions. Pour la revoir, il revient tous les jours au temple. Lorsqu’ elle tombe gravement malade, il obtient la permission de la soigner et lui dévoile sa véritable identité: Il est le violoniste qu’elle a aperçu trente ans plus tôt lors de l’anniversaire du Vieux Seigneur. Les amants décident de ne plus se séparer et commencent à se voir en secret. Cependant, le changement d’esprit de Lan-ying est remarqué par son mari qui avait depuis longtemps perdu tout intérêt pour elle. Pendant que Dao-sheng voit régulièrement Lan-ying et est en plus distrait par l’arrivée de deux missionnaires jésuites, Zhao réussit à trouver sa véritable identité: Il s’agit du jeune violoniste d’autrefois qu’il avait puni sévèrement parce qu’il avait regardé trop longtemps sa fiancée. Fou de rage et de jalousie, l’homme mourant essaie d’étrangler Lan-ying, qui peut seulement être sauvée par Dao-sheng. Les deux amants enfin seuls se séparent pourtant: Lan-ying se retire au couvent, Dao-sheng retourne au monastère. Ils meurent le jour de leur réunion prévue, sans s’être retrouvés.

Les deux romans traitent de la recherche de l’être aimé qui est aussi recherche de la vérité. Parallèlement, les deux protagonistes sont aussi à la recherche d’une rencontre avec l’Occident. Se produisent ainsi des rencontres avec l’Autre de plusieurs manières. Par la suite, ces rencontres avec l’Autre en tant que formes d’interculturalité symboliques seront présentées. J’évoquerai d’abord la langue, ensuite la structure des romans et enfin le niveau de l’action, qui est le plus significatif.

L’interculturalité au niveau de la langue

Quand l’auteur commence à rédiger ses romans dans les années 1980, l’expression littéraire en français n’est plus un choix, mais l’emploi de cette langue lui est devenu «une nécessité évidente» (Cheng 2003: 34). Elle s’est imposée à lui au fur et à mesure et lui permet maintenant de prendre ses distances envers une vision du monde enracinée dans la culture chinoise:

Cet arrachement et cet écart, ne m’ayant pas fait me perdre en chemin, m’auront permis de me ré-enraciner, non seulement dans ma terre d’accueil […], mais proprement dans l’être puisque, par cette nouvelle langue, j’ai accompli l’acte […] de nommer à neuf les choses, y compris mon propre vécu. (Cheng 2003: 79).

L’emploi du français fournit donc la base d’un nouveau point de vue de l’auteur. Mais comment peut-on caractériser le langage utilisé dans les deux romans et quels aspects font deviner quel est ce nouveau point de vue de l’auteur émigré?

En lisant Le Dit et L’éternité, on constate d’abord l’usage du français standard. François Cheng ne s’écarte pas de la langue employée par d’autres auteurs d’origine française de la deuxième moitié du 20e siècle.

[...]


[1] Le travail de cette première étape est basé sur les études approfondies sur la notion de mémoire culturelle de la philologue allemande Aleida Assmann. A voir p. ex.: Erinnerungsräume. Formen und Wandlungen des kulturellen Gedächtnisses, München: Beck: 1999.

[2] Pour un aperçu actuel de l’œuvre riche et variée de François Cheng voir p. ex.: Bertaud, Madeleine, François Cheng. Un cheminement vers la vie ouverte, Paris: Hermann 2009.

[3] Par la suite, j’utiliserai les abréviations Le Dit et L’éternité.

Fin de l'extrait de 12 pages

Résumé des informations

Titre
Le roman franco-chinois comme portail d’entrée dans la culture de l’Autre
Sous-titre
Les pratiques artistiques de François Cheng
Université
Université Sorbonne Nouvelle Paris III  (Centre d'études et de recherches comparatistes)
Cours
Colloque sur l'interculturel (Angers 2011)
Auteur
Année
2011
Pages
12
N° de catalogue
V321428
ISBN (ebook)
9783668209510
ISBN (Livre)
9783668209527
Taille d'un fichier
807 KB
Langue
Français
mots-clé
Franco-Chinese Novel, aesthetic literary practices, François Cheng, offer for intercultural understanding, roman franco-chinois, pratiques artistiques littéraires, offre d’apprentissage et de découverte
Citation du texte
Dr. des. Lena Bisinger (Auteur), 2011, Le roman franco-chinois comme portail d’entrée dans la culture de l’Autre, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/321428

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