Le présent mémoire vise à exposer, dans un corpus de poèmes choisis de Stéphane Mallarmé (1842-1898) et de Rainer Maria Rilke (1875-1926), la représentation symbolique de la mort comme un point de transition menant à la gloire éternelle des artistes.
La mort a traditionnellement été un sujet de réflexion et d’inspiration dans la littérature. Les mystères de l'au-delà et d'une vie possible après la mort ont occupé les pensées les plus profondes des plus grands écrivains, mais aussi des philosophes et des théologiens. De nos jours, de nombreuses questions restent toujours sans réponse sur ce sujet, même pour la science, aussi avancée soit-elle. La vie et la mort sont généralement opposées l’une à l’autre ; et pour l'homme, cette dernière représente la fin de la vie humaine et de la jouissance paisible des choses terrestres.
C’est ainsi qu’à travers les millénaires, les discussions sur ces sujets ont abondé. Au deuxième siècle, le philosophe Sénèque aurait dit la phrase que nous avons insérée comme épigraphe ci-dessus : la vie est une réflexion constante sur la mort. En ces termes, et paradoxalement, la mort n’est pas quelque chose qui existe seulement à partir du moment où la vie arrive à son terme ; elle est présente depuis longtemps, et elle nous accompagne même pendant toute la durée de notre vie. D'autre part, la quête d’un moyen qui mène à l’immortalité fait même l'objet d'études scientifiques.
Dans la littérature, toutefois, il semble que la limite entre la vie et la mort n’existe pas, comme l’atteste l’œuvre des poètes symbolistes de la fin du XIXème. L'univers est à ce point tellement idéalisé que les génies de l'époque, en utilisant ce qu'ils ont appelé la langue pure, ont introduit la symbolique de la mort dans la littérature. Dans le monde imaginaire des poètes symbolistes, il est non seulement possible de vivre après la mort, mais aussi de mourir dans la vie. L’immortalité est réalisable dans leur monde dont la gloire est symbolisée par l’œuvre littéraire d’un artiste : les hommages y remplacent les deuils, les cultes poétiques prennent le pas sur les cérémonies funèbres, les tombes poétiques se substituent aux tombes physiques et la mort symbolise le passage vers le royaume de la vie éternelle.
Table des matières
I. Introduction
A. Le Parnasse
B. Le symbolisme
II. Un parcours sur le sujet de la mort avant les poètes symbolistes
III. La représentation symbolique de la mort
A. Orphée : personnage inspirateur
B. La Nature et les deux poètes
C. La Nature comme inspiration poétique
D. La métamorphose : la mort qui aboutit à la vie ?
E. Le symbole de la tombe : une écriture dans l’éternité
IV. Conclusion
Objectifs et thématiques
Ce mémoire examine la représentation symbolique de la mort dans l'œuvre de Stéphane Mallarmé et de Rainer Maria Rilke, en explorant comment ces poètes transforment ce phénomène inéluctable en un processus de transition vers une immortalité poétique.
- Analyse comparée des concepts de mort et de survie chez Mallarmé et Rilke.
- Étude du mythe d'Orphée comme figure inspiratrice de la métamorphose.
- Rôle de la Nature comme vecteur de sens dans la poésie symboliste.
- Symbolique de la tombe et des "tombeaux poétiques" comme lieux de glorification éternelle.
- Examen de la "langue pure" et de la forme poétique comme outils de dépassement de la finitude.
Auszug aus dem Buch
C. La Nature comme inspiration poétique
Ceci étant, nous en venons désormais à notre corpus de poèmes de Rilke et Mallarmé. Dedans, nous trouvons quantités de choses périssables et de choses immortelles reprises poétiquement, comme dans les deux extraits suivants, qui sont des sonnets rilkeniens suivants des sonnets à Orphée que nous allons étudier. Voici le premier :
Errichtet keinen Denkstein. Laßt die Rose nur jedes Jahr zu seinen Gunsten blühen. Denn Orpheus ists. Seine Metamorphose in dem und dem. Wir sollen uns nicht mühen […] (Rilke : 1949, p. 49).
Ce premier quatrain du sonnet V de Rilke, écrit en alexandrins et rimes croisées, nous découvre un champ lexical attaché à la Nature, comme il suit : une stèle (qui renvoie par extension à une pierre ; cf. le mot allemand Denkstein), une rose, une sous-entendue succession de saisons, l’épanouissements des fleurs et le processus de la métamorphose, que nous apprendrons dans la sous-partie suivante. Tous ces substances et éléments élèvent des images, des images qui demeurent indicibles, voire inabordables.
Résumé des chapitres
I. Introduction : Ce chapitre pose le cadre théorique en explorant la thématique de la mort dans la littérature, tout en présentant les auteurs Mallarmé et Rilke et les mouvements du Parnasse et du symbolisme.
II. Un parcours sur le sujet de la mort avant les poètes symbolistes : L'auteur retrace l'évolution de la perception de la mort à travers différentes époques littéraires, du romantisme au naturalisme, pour souligner la rupture introduite par le symbolisme.
III. La représentation symbolique de la mort : Ce chapitre central analyse en profondeur les symboles de la mort à travers la figure d'Orphée, le rôle de la Nature, le concept de métamorphose et la symbolique de la tombe.
IV. Conclusion : Ce chapitre synthétise les réflexions menées et confirme que, chez Mallarmé et Rilke, la mort n'est pas une fin absolue, mais une transition vers une survie poétique éternelle.
Mots-clés
Symbolisme, Mort, Immortalité poétique, Stéphane Mallarmé, Rainer Maria Rilke, Orphée, Nature, Métamorphose, Tombeau, Langue pure, Idée, Image, Transformation, Transmutation, Lyrisme.
Foire aux questions
Quel est le sujet principal de ce mémoire ?
Le travail traite de la représentation symbolique de la mort dans la poésie de Stéphane Mallarmé et Rainer Maria Rilke, explorant comment ils transforment la fin de la vie humaine en une transition vers l'immortalité par le biais de l'écriture.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes clés incluent la métamorphose, le rôle du mythe d'Orphée, l'influence de la Nature comme dictionnaire poétique et la fonction sacrée des tombeaux littéraires.
Quelle est l'hypothèse centrale de l'auteur ?
L'auteur postule que la mort, chez Mallarmé et Rilke, ne signifie pas l'anéantissement, mais constitue une étape de transformation symbolique permettant aux poètes d'atteindre une gloire éternelle dans le monde de l'imaginaire.
Quelle méthodologie est employée ?
L'approche est synthétique et herméneutique, se concentrant sur une analyse proche des textes, du lexique et des structures poétiques pour extraire une compréhension symbolique des œuvres choisies.
Que contient le corps principal de l'analyse ?
Le corps traite du contexte historique (Parnasse et Symbolisme), de l'évolution du concept de mort, ainsi que d'une étude détaillée de figures mythologiques et d'éléments naturels comme la fleur et la pierre.
Quels termes définissent le mieux cette étude ?
Les mots-clés incluent principalement le symbolisme, la métamorphose poétique, l'immortalité, ainsi que les noms des deux poètes étudiés.
Quel rôle joue la figure d'Orphée chez Rilke et Mallarmé ?
Orphée est central : pour Rilke, il est un dieu omniprésent dans la Nature qui chante la métamorphose ; pour Mallarmé, il représente l'origine du langage pur et de la tâche poétique de déchiffrement.
Pourquoi le symbole de la "tombe" est-il si important ?
Pour les auteurs, la tombe n'est pas un lieu de repos physique, mais un "tombeau poétique" qui sert à garantir la pérennité de l'œuvre d'un artiste et à assurer sa survie à travers la mémoire littéraire.
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- Victor Santamaria (Author), 2016, Rainer Maria Rilke et Stéphane Mallarmé. Représentation de la mort en tant que transition vers l’immortalité poétique, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/334578