L’AFRICOM dans la politique américaine de sécurité en Afrique. L'évolution doctrinale à l’épreuve des contraintes géostrategiques


Etude Scientifique, 2012
180 Pages, Note: 16

Extrait

Table of Contens

AVERTISSEMENT

DEDICACES

REMERCIEMENTS

LISTE DES SIGLES ET DES ABREVIATIONS

LISTE DES ILLUSTRATIONS

LISTE DES ANNEXES

RESUME

ABSTRACT

SOMMAIRE

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE: L’AFRICOMET LE RENFORCEMENT DES CAPACITES DES ARMEES AFRICAINES
CHAPITRE I : LA PLACE DE LA FORMATION MILITAIRE DANS L’AGENDA DE L’AFRICOM
CHAPITRE II : UNE APPRECIATION CRITIQUE DE L’ASSISTANCE SECURITAIRE AMERICAINE EN AFRIQUE
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE
DEUXIEME PARTIE: L’AFRICOM DANS LE RENFORCEMENT DE LA PRESENCE MILITAIRE AMERICAINE EN AFRIQUE
CHAPITRE III : LA PLACE MARGINALE DE LA DIPLOMATIE DANS LES ACTIONS DE L’AFRICOM
CHAPITRE IV : L’AFRICOM: UN COMMANDEMENT FIDELE A LA CULTURE STRATEGIQUE AMERICAINE

CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE

CONCLUSION GENERALE

BIBLIOGRAPHIE

ANNEXES

TABLE DES MATIERES

AVERTISSEMENT

Les opinions exprimées dans ce mémoire sont purement personnelles à son auteur et n’engagent que lui. Elles ne traduisent en rien, la position officielle de l’université de Yaoundé II.

DEDICACES

A notre mère, Madame FOUMANE née TANGONO AKONO Marie pour son soutien et éducation;

A notre grand Frère, FOUMANE André Désiré pour son soutien.

REMERCIEMENTS

Nos remerciements s’adressent à nos parents qui ont consenti tous leurs efforts pour prendre soin de nous et améliorer notre condition d’homme; ainsi qu’à nos frères et sœurs pour leur soutien moral, financier et matériel.

Nous exprimons aussi notre sincère gratitude à notre directeur de mémoire, le Pr. Wullson MVOMO ELA, pour son orientation et son encadrement tout au long de cette recherche. Nous exprimons également nos remerciements aux responsables de l’Ecole Supérieure Internationale de Guerre (ESIG), où nous avons en grande partie mené cette étude. Nous pensons aux colonels BOUBA BAKARI, chef de Groupement Enseignement Général, SEME ANDONG Pierre, chef de Groupement Enseignement Opérationnel et ETOUNDI Emmanuel, chef de la Division Soutien, qui ont fait preuve de disponibilité et d’attention à notre égard.

Nous ne saurions oublier d’adresser un merci particulier aux stagiaires de la neuvième promotion de l’ESIG. Notamment au Commandant KUMA Pley, officier supérieur américain qui nous a beaucoup renseigné sur les activités militaires américaines; au colonel BILOA, ainsi qu’au commandant MELOU Hervé. Nous pensons aux officiers originaires de divers Etats africains qui nous ont édifiés sur les activités militaires américaines dans leurs Etats respectifs.

LISTE DES SIGLES ET DES ABREVIATIONS

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LISTE DES ILLUSTRATIONS

Les Cartes:

Carte n°1: Zone de responsabilité des commandements militaires américains. Sources: www.wikipedia.org, Consulté le 7 juillet 2013;

Carte n°2: le terrorisme en Afrique. Sources: journal.liberation.fr , consulté le 7 Septembre 2014;

Carte 3: ZEE dans le Golfe de Guinée. Sources: http://aquaculture-aquablog.blogspot.com/2010/01/afrique-de-grands-pecheurs-ruines-par.html, consulté le 2 Avril 2014;

Carte n° 4: bases de surveillance américaines en Afrique. Sources: www.jeuneafrique.com, consulté le 5 Septembre 2014.

LISTE DES ANNEXES

ANNEXE I: carte du Golfe de Guinée (prise de vue satellite), Source: www.memoireonline.com, consulté le 6 Septembre 2014;

ANNEXE II: les ressources pétrolières du Golfe de Guinée, source: BP Statistical Review of World energy, 2002;

ANNEXE III: La piraterie maritime en 2012, Source: http://lechoduchampdebataille.blogspot.com/2012/01/lutte-contre-la-piraterie-maritime.html, consulté le 6 Septembre 2014.

ANNEXE IV : Les initiatives militaires américaines en Afrique depuis 2002, Source: www.mémoireonline.com, consulté le 6 Septembre 2014;

ANNEXE V: Regional Program Funding,

- Table 1: East Africa Regional Strategic Initiative (EARSI), Source: PKO, NAD and INCLE figures provided by the U.S. Department of State Bureau of African Affairs.$, in thousands;

- Table 2. Assistance Provided through Section 1206 of the FY2006 NDAA $, in thousands, Source: U.S. Department of Defense.

ANNEXE VI: Résolution 2039 du conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 29 Février 2012 et concernant la sureté et la sécurité maritimes dans le golfe de Guinée;

ANNEXE VII: Communiqué final des chefs d’Etats et de gouvernements de la CEEAC, de la CEDEAO et de la CGG sur la sureté et la sécurité maritimes dans le golfe de Guinée;

ANNEXE VIII: Mémorandum d’entente entre la CEEAC, CEDEAO et la CGG sur la sureté et la sécurité dans l’espace maritime de l’Afrique Centrale et de l’Ouest

RESUME

Depuis les attentats des ambassades américaines en Afrique de l’Est et surtout ceux du 11 Septembre 2001, l’Afrique, qui n’était que périphérique dans la planification stratégique américaine, du coup, a acquis de l’importance. Considéré comme étant un terreau du terrorisme international, elle fait l’objet d’une attention particulière. D’où la création d’un commandement unifié qui lui est dédié. Dans la mesure où elle est née dans un environnement stratégique particulier, cette structure est encadrée par une nouvelle doctrine qui insiste plus sur la prévention des conflits. C’est pourquoi dans ses activités quotidiennes, l’AFRICOM met l’accent sur le renforcement des capacités des armées africaines. L’objectif officiel de cet effort est de permettre aux partenaires d’assurer leur propre sécurité face aux nouvelles menaces. Pour assurer la réalisation de cette évolution doctrinale, ce commandement s’attèle également à la conduite d’activités civiles et humanitaires. Mais face aux enjeux qui existent sur le continent africain, l’opérationnalisation de la nouvelle approche sécuritaire se trouve quelque peu mise à mal. Les américains demeurant fidèles à leur culture stratégique qui met en bonne place, la mobilisation et l’utilisation de l’outil militaire dans le déploiement extérieur. Ce qui prédispose l’AFRICOM à renforcer une présence militaire sur le terrain. Et ce loin de la bienveillance et de l’altruisme profus dans le discours officiel américain.

MOTS CLES: AFRICOM; doctrine; culture stratégique; contraintes géostratégiques.

ABSTRACT

Since the attacks on American embassies in East Africa and especially those of September 11, 2001, Africa, which was only peripheral in American strategic planning, so, has gained importance. Considered as a breeding ground for international terrorism, it is the subject of special attention. Hence the creation of a unified command dedicated to it. Born from a particular strategic environment, this structure is framed by a new doctrine that puts more emphasis on conflict prevention. That is why in his daily activities, AFRICOM focuses on strengthening the capacity of African armies. The official aim is to enable them to provide their own security against new threats. To ensure the realization of this doctrinal evolution, this command is also conducting civil and humanitarian activities. But faced with the challenges that exist on the African continent, the implementation of the new security approach is somewhat undermined. This is because Americans remain tied to their strategic culture that prominently gives preference to the mobilization and use of the military tool in the US foreign deployment. That predisposes AFRICOM to strengthen a military presence on the ground. Far from the benevolence and altruism professed in American public communication.

KEY WORDS: AFRICOM; doctrine; strategic culture; geostrategic constraints.

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INTRODUCTION

I. CONTEXTE DE L’ETUDE

Depuis la chute du mur de Berlin, la politique africaine des Etats-Unis, qui jusque-là était concentrée sur l’endiguement du communisme connait une réorientation. Ce continent qui était alors considéré comme un appendice colonial de l’Europe occidentale[1] fait désormais l’objet d’une relative attention. Washington s’y attèle depuis lors à la consolidation de la démocratie, l’enrayage des crises, le soutien au développement économique ou encore la lutte contre les pandémies[2]. Avec la décennie 1990, marquée par les attentats des ambassades américaines de Dar es-Salaam et de Nairobi en Août 1998, l’Afrique se révèlera comme un terrain fragile et favorable au terrorisme international. Un phénomène qui atteindra d’une manière inédite le territoire américain, le 11 Septembre 2001 avec les attentats de New York et de Washington. En réponse, l’administration Bush lance une riposte planétaire contre le terrorisme ou encore Global War On Terror [3]. Cette action anti-terroriste s’étendra aussi au continent africain. Il s’agit d’une implication sécuritaire qui aboutit, le 6 Février 2007, à l’annonce par le président G. W. Bush, de la création d’un commandement unifié pour l’Afrique. Ce qui apparait comme un tournant majeur et un acte inédit dans la politique africaine des Etats-Unis, et cela pour deux raisons. Premièrement, avant la création de ce commandement, le déploiement militaire américain y était assuré par trois commandements différents. Il s’agit du Commandement Central (US CENTCOM), du Commandement du Pacifique (US PACOM) et du Commandement européen (US EUCOM)[4]. Chacun d’eux abordant les questions de sécurité en Afrique selon ses approches. Or un tel partage ne permettait pas aux Etats-Unis de mettre sur pied une politique de sécurité cohérente. La deuxième raison traduisant l’originalité de cet acte posé par l’administration Bush concerne le passage d’une coordination civile à une coordination militaire des activités sécuritaires américaines en Afrique. Car, avant la création de l’AFRICOM, celles-ci étaient sous la responsabilité du Département d’Etat qui, aujourd’hui, est quelque peu en deuxième ligne. La primauté étant désormais reconnue au Département de la Défense. Cela consacre la militarisation de la politique américaine en Afrique. Puisque Plusieurs tâches civiles sont remplies par des militaires. Il en est ainsi de l’assistance humanitaire, du développement économique, de l’assistance civique ou encore de l’assistance sanitaire[5]. Cette nouvelle approche tranche avec l’approche sécuritaire post-bipolaire des Etats-Unis en Afrique, qui s’est caractérisée par une marginalisation relative du continent dans la planification stratégique américaine. Cela était perceptible lors de l’entrée, à la Maison Blanche de G. W. Bush. Ce dernier pensant que ce continent ne correspondait pas aux intérêts stratégiques nationaux des Etats-Unis, d’où son hostilité aux opérations de rétablissement de la paix en Afrique[6]. Mais cet état de chose sera rapidement remis en cause par les attentats du 11 Septembre 2001. Le chef de fil du réseau Al-Qaïda ayant séjourné en Afrique, notamment au Soudan. C’est quelques années plus tard que le président Bush, avec beaucoup de réalisme mettra sur pied, le commandement américain pour l’Afrique. Par ailleurs cet événement historique intervient dans un contexte marqué par la percée sur le continent africain, de puissances émergentes comme la Chine, le Brésil ou encore l’Inde. A cela s’ajoute le délabrement de l’environnement sécuritaire du Golfe Arabo-persique, par ailleurs source d’approvisionnement important de Washington en ressources énergétiques. Or avec 100 milliards de barils prouvés[7], l’Afrique se présente comme une alternative fiable sur le plan de la sécurité énergétique des Etats-Unis. Même si ce nouvel outil géopolitique semble être fondamental pour relever de tels défis, il butte cependant sur une certaine prudence et même une inquiétude de la part des africains. L’on peut aisément comprendre sur cette base, la prolifération de déclarations de la part des autorités américaines. Et ce dans la perspective de rassurer les sceptiques. On peut dans ce sens, lire sur le site du Commandement Américain pour l’Afrique que l’AFRICOM cherche à « bolser security on the continent, to prevent and respond to humanitarian crises, to improve cooperative efforts with African nations to stem transnational terrorism, and to sustain enduring efforts that contribute to African unity »[8]. Au-delà de ce discours officiel, ce travail se propose d’analyser la réalité du déploiement de cette institution sur le continent africain. Ce qui revient à interroger les intentions fondamentales qui ont motivé la création d’un commandement spécifiquement dédié à l’Afrique.

II. INTERET DU SUJET

Sur le Plan heuristique, ce travail a le mérite d’analyser la mise sur pied de l’AFRICOM à l’aune de l’évolution doctrinale que connait la politique américaine de sécurité en Afrique. Il montre notamment comment la puissance américaine essaie de s’adapter à l’évolution de l’environnement stratégique africain. Et ce afin de faire face aux nouveaux défis sécuritaires qui s’y posent. En tant qu’outil géopolitique, le commandement américain pour l’Afrique permettrait dans ce sens aux USA, de mieux faire face aux enjeux géostratégiques qui existent sur ce continent. Au-delà des déclarations officielles faisant état de la bienveillance des autorités américaines, nous essayons d’explorer la réalité du déploiement de cette institution sur le terrain ainsi que les variables qui conditionnent ce comportement. L’on essaye également de mettre en exergue, l’émergence de l’Afrique comme nouveau pivot géostratégique. Du fait de la compétition dont elle fait désormais l’objet entre les grandes puissances. Relativement aux menaces non conventionnelles qui règnent sur le continent, ce travail tente une explication de la difficile adaptation des solutions américaines à l’évolution de l’environnement sécuritaire. L’on insiste notamment sur la place de la culture stratégique américaine dans le déploiement de la nouvelle institution. Par ailleurs, ce travail met en lumière les grandes tendances qui caractérisent l’assistance militaire américaine en Afrique, ainsi que les principales variables qui la structurent. Au-delà de sa mission officielle, nous explorons d’autres fonctions de cette assistance. Celle-ci est de plus en plus utilisée comme tremplin devant favoriser la percée militaire de Washington sur le terrain.

Sur le plan pratique, ce sujet permettrait aux autorités politiques et militaires africaines de se rendre à l’évidence de ce que représente pour leurs Etats, l’implication progressive des Etats-Unis dans les questions sécuritaires sur le continent. Celles-ci pourraient aussi s’interroger de manière lucide sur les enjeux de la création d’un commandement unifié pour l’Afrique. Elles pourraient de cette façon avoir une idée claire sur le type de rapports qu’il faudrait entretenir avec l’AFRICOM. En ce moment où l’Afrique essaie de construire une architecture de paix et de sécurité, ce travail tente une mise en lumière des revers qui pourraient accompagner une adhésion aveugle des africains aux programmes sécuritaires américains. Cela pourrait leur permettre d’éviter la perte du contrôle de ce dispositif sécuritaire en gestation. Elles pourraient ainsi maîtriser les problématiques sécuritaires sur le continent. C’est la conscience géopolitique des africains qui est à ce niveau interpelée. Et ce dans la mesure où ils peinent à mettre sur pied, un dispositif sécuritaire autonome à l’échelle continentale. Une situation qui les rend dépendants de l’assistance sécuritaire étrangère. Or c’est ce soutien exogène qui favorise la percée des forces impérialistes sur leur sol. C’est notamment le cas de l’AFRICOM.

III. CONSTRUCTION DE L’OBJET

Elle passe par la clarification conceptuelle (1) et la délimitation du sujet (2).

1. Clarification conceptuelle

a. L’AFRICOM

Ce concept désigne le sixième commandement combattant que les Etats-Unis ont créé et qui concerne le continent Africain. Sa création avait été annoncée le 6 Février 2007 par l’administration Bush, dans la cadre de l’ Unified Command Plan. Il entre officiellement en fonction le 1er Octobre 2008. Jusqu’ici, sa base est restée à Stuttgart en Allemagne, au centre du commandement européen (EUCOM). Et ce, du fait de l’hostilité des autorités africaines à l’installation de celle-ci sur leur sol[9]. Ce commandement unifié est venu se substituer à trois autres qui, jusqu’alors assuraient la responsabilité des activités sécuritaires américaines en Afrique. Il s’agit de l’US EUCOM, de l’US PACOM et de l’US CENTCOM. Cependant, l’AFRICOM diffère en principe des autres en ceci qu’il n’a pas vocation à faire la guerre. En fait, Pour Henry Ryan, un haut responsable du ministère américain de la défense, cette structure n’a ni vocation à lutter contre le terrorisme ni à endiguer l’offensive chinoise[10]. Donc, officiellement, ce commandement a pour but de protéger les intérêts de sécurité nationale des Etats-Unis par le renforcement de la capacités militaires des pays africains et des organisations régionales, et si nécessaire, par la conduite des opérations militaires afin de combattre la criminalité internationale et de créer un environnement de paix susceptible de garantir la bonne gouvernance et le développement durable en Afrique[11].

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Carte n°1: Zone de responsabilité des commandements militaires américains. Sources: www.wikipedia.org[12]

b. POLITIQUE AMERICAINE DE SECURITE (en Afrique):

Après les années de Guerre Froide pendant lesquelles le déploiement américain en Afrique était essentiellement structuré par l’endiguement du communisme, c’est à partir des années 1990 que l’on peut parler d’une véritable implication de Washington dans les problématiques sécuritaires africaines. En réalité, la politique africaine des Etats-Unis en matière de sécurité depuis la chute du mur de Berlin peut s’appréhender en trois phases. La première qui va de 1991 à 1994 est celle dite de l’engagement. Initié sous Bush Sr, l’accent était mis sur les questions humanitaires avec pour point culminant la participation de Washington à la mission des Nations Unies en Somalie en 1992[13]. La deuxième phase va de 1994 à 1998, avec pour postulat que les Etats-Unis n’avaient qu’un intérêt limité en Afrique. D’où la non-intervention au Rwanda en 1994. La dernière phase va de 1998 à 2001. Il s’agit de la réponse aux attentats des ambassades américaines en Afrique de l’Est et surtout aux attaques des Twin Towers[14]. Ce dernier événement a donné à l’Afrique, une importance aux yeux de Washington. Pour être quelque peu complet sur la question de la politique de sécurité américaine sur le continent, l’on peut ajouter une dernière phase qui va du 6 Février 2007 à nos jours. Elle commence par la création de l’AFRICOM qui est un acte inédit dans l’histoire américano-africaine.

c. DOCTRINE:

Généralement, toute action stratégique se réalise selon un répertoire opérationnel. Le contenu de ce dernier très souvent, varie selon le contexte et les circonstances. Il s’arrime à l’évolution de l’environnement. C’est une relecture des finalités politiques en fonction des défis auxquels on fait face. Ce cadre variable qui régit l’action stratégique peut porter le nom de doctrine. Ce concept désigne plus spécifiquement, l’ensemble des conceptions qui sous-tendent une stratégie. Elle opère un choix parmi la diversité des solutions envisagées par la théorie en fonction des circonstances et des besoins du moment[15]. Elle peut également être assimilée comme une construction intellectuelle qui formule le savoir jugé nécessaire et suffisant pour guider les personnels militaires – mieux l’ensemble des forces – dans leur action opérationnelle. Dans ce sens, elle prescrit les règles et les conditions optimales de leurs conduites d’action[16]. Par ailleurs, la doctrine fournit aux chefs à différents niveaux, des principes pour organiser les moyens dont ils disposent et elle énumère des modes d’action possible parmi lesquels ils peuvent choisir en fonction du contexte[17]. Ceci montre que d’une manière générale, toute doctrine est amenée à évoluer, à connaître des transformations. C’est ce qui la différencie fondamentalement de la culture.

- De la différence entre doctrine et culture

Le débat relatif à la permanence et à la contingence des méthodes régissant l’action stratégique renseigne sur la cloison qui existe entre ces deux concepts. La culture stratégique a été consacrée depuis les années 1980 par les relations internationales et les études stratégiques. L’idée la plus saillante qui est ici mise en exergue est celle selon laquelle les actions des autorités sont influencées et orientées par l’expérience et les préférences historiques[18]. Les expériences historiques occupent ici, une place primordiale dans la mesure où elles se sédimentent dans le répertoire d’actions des sociétés. Elles leur offrent ainsi un ensemble de solutions applicables à différentes situations. Cette fidélité à l’histoire est soutenue par Ken BOOTH. Pour lui en effet, l’histoire est l’introduction idéale aux études stratégiques. Car c’est elle qui permet de comprendre les traditions nationales et les idiosyncrasies de la pensée stratégique; elle seule donne une idée de la complexité des causes et de la dynamique des évènements; elle montre ce qui est durable et ce qui est transitoire[19]. Cette posture aboutit à l’élaboration de lois et de règles relatives aux invariants de toute action stratégique. C’est la position des «scientifiques» à la tête desquels se trouve JOMINI.

La culture s’oppose à la doctrine dans le mesure où la dernière, loin de s’atteler à mettre en évidence, des invariants, insiste sur l’efficacité pratique. Dans la perspective de Colin S. GRAY, la doctrine enseigne ce qu’il faut faire et comment être préparé à le faire[20] ; elle explique les objectifs, identifie les tâches et façonne les outils de l’organisation; elle aide une organisation militaire – ou une société – à entretenir la cohésion interne sur la manière de se préparer et de poursuivre les opérations[21]. Elle précise, pour ce faire, les règles et les procédures permettant de conduire l’action[22]. Même si elle s’attèle à fixer un guide pour l’action, force est de préciser que celui-ci n’est valable que dans un environnement donné. Le contenu doctrinal étant sujet à des transformations afin de prévenir la désuétude. L’objectif est également de produire un répertoire d’actions producteur d’efficacité. De ceci, l’on peut retenir que la doctrine est l’ensemble de principes définis dans un contexte spécifique, destinés à régir l’action, l’organisation et l’emploi des forces afin d’atteindre les buts stratégiques.

- De la nature de la doctrine

Dans son acception traditionnelle, elle se limitait au domaine militaire. Il s’agissait de permettre au général de mener ses batailles avec la plus grande efficacité. Elle se fixait pour but d’amener à la bataille, le maximum de moyens dans les conditions les plus favorables[23]. Cette approche était pertinente à l’époque où la stratégie pouvait encore se limiter à l’art du général. L’action stratégique pouvait encore être perçue comme étant limitée au seul domaine opérationnel comme le montrait JOMINI[24]. Mais avec l’élargissement contemporain de ce domaine, la doctrine a vu son champ s’élargir pour englober non seulement la guerre mais aussi les opérations autres que la guerre ou la manœuvre de crise[25]. A l’époque contemporaine, la doctrine n’est plus limitée à la seule autorité militaire. Cet acteur traditionnel est de plus en plus concurrencé par le pouvoir politique. Celui-ci intervenant désormais tant dans la définition des moyens que dans leur mise en œuvre, y compris sur le terrain[26].

d. CONTRAINTES GEOSTRATEGIQUES

Au-delà des discours et des intentions, l’environnement stratégique est constitué d’éléments qui peuvent rendre caduques toutes les prévisions. Cet environnement est constitué de réalités et de contraintes dont la complexité est traduite dans le concept même de stratégie. En tant qu’art de l’action finalisée, volontaire et difficile, la stratégie est au cœur de la praxéologie ou science de l’action[27]. La difficulté de cette action est liée à un ensemble d’obstacles et de contraintes. C’est toute la substance de l’incertitude dont parle CLAUSEWITZ[28]. La réalisation des objectifs d’une action stratégique est profondément conditionnée par la configuration des forces en présence. Elle nécessite des moyens conséquents qui relèvent de la rationalité des acteurs.

Le besoin des américains de réaliser leurs objectifs en Afrique est mis à l’épreuve par certaines contraintes. Celles-ci sont d’abord stratégiques dans la mesure où elles entravent une meilleure conduite des actions des USA sur le continent. Elles sont géostratégiques dans la mesure où elles relèvent de l’échelle macrogéographique. C’est-à-dire une dimension spatiale suffisante pour exclure la constitution d’un théâtre unique[29]. Les contraintes auxquelles les USA font face aujourd’hui s’étendent à l’échelle de tout le continent africain. Leur prise en compte devrait permettre à Washington de perpétuer son influence à l’échelle globale. Parmi elles, l’on peut citer la présence grandissante de la Chine et d’autres Etats émergeants sur le continent, la croissance de nouvelles menaces qui entravent son accès aux ressources énergétiques. La stratégie de compétition chinoise par exemple, est basée sur le «Consensus de Beijing». Contrairement au «Consensus de Washington», celui-ci vise un «développement sans condition»[30]. Par ailleurs, les exportations africaines vers Pékin ont cru de 40%. Elles sont en effet passées de 4,8 millions en 2001 à 28.8 millions USD en 2006[31]. A cela s’ajoutent les nombreuses menaces qui planent sur les intérêts américains sur le continent. C’est le cas de la piraterie maritime ou encore du terrorisme. Tout ceci montre que le déploiement de la puissance américaine en Afrique se fait face à des réalités assez complexes qui entravent sans cesse ses actions. Ce qui nécessite une posture assez particulière.

2. Délimitation du sujet

La délimitation du sujet se fait sur le plan spatial (a) et sur celui temporel (b).

a. Délimitation spatiale

Le cadre spatial de notre travail est l’Afrique. Puisque ce continent, qui aujourd’hui, compte 54 Etats fait, depuis la chute du mur de Berlin, l’objet d’un important déploiement de la part des Etats-Unis. Et ce, pour y traquer les facteurs d’insécurité et pour s’approvisionner en ressources énergétiques. Malgré une prise en compte du continent dans sa généralité, il faut dire que certaines régions sont davantage ciblées par les actions de l’AFRICOM par rapport à d’autres. C’est le cas du Sahel, de la Corne de l’Afrique mais aussi du Golfe de Guinée qui vont faire l’objet d’un traitement particulier. Ce continent est hétérogène sur le plan sociologique. On y retrouve non seulement des populations francophones, anglophones mais aussi lusophones. Un bon nombre d’entre elles utilisant également des langues locales. Cette hétérogénéité sociologique se perçoit également à travers les appartenances religieuses. L’on y trouve ainsi des chrétiens, des musulmans ou encore des animistes.

L’autre composante spatiale de ce travail concerne les Etats-Unis. Puisque cet Etat fait montre aujourd’hui, d’une grande mobilisation pour les questions sécuritaires en Afrique. Washington investit le plus de moyens dans sa sécurité. Cela se traduit par le fait que ses dépenses militaires représentent entre 45 et 50% de celles mondiales[32].

b. Délimitation temporelle

Le cadre temporel qui nous intéressera ici s’étend de 1990 à nos jours. Ce choix a été fait par ce que 1990 est la date du début d’une réelle implication des Etats-Unis dans les questions de sécurité en Afrique, en raison de la dissémination de la menace, y compris dans cette région qui jusque-là, avait été sous le joug des puissances européennes. Washington est passé d’une posture de retrait à une prise en charge des questions de sécurité sur le continent. Cette dynamique aboutit, en 2007 à la création d’un commandement unifié pour l’Afrique.

IV. REVUE DE LA LITTERATURE

Bien que sa création soit récente, l’AFRICOM a déjà fait l’objet d’une littérature non négligeable. Que ce soit de la part des chercheurs ou encore des autorités officielles. Leurs différentes contributions peuvent se classer en deux courants. Le premier regroupe ceux des auteurs qui adoptent une approche réaliste pour décrire cette structure pendant que le deuxième est constitué de ceux qui louent son altruisme. Ces perceptions se traduisent également dans la réception africaine de ce commandement.

- Les études liées à une perception réaliste de l’AFRICOM

Ici, ce qui est le plus mis en visibilité par les auteurs, c’est la défense et même la promotion des intérêts américains. C’est notamment le cas de Timothy A. HAZEN qui, dans son étude sur ce commandement, aborde la question des objectifs. Il estime en effet qu’il est destiné à faire coexister les activités civiles à côté de celles traditionnelles relevant de la force militaire. Ainsi, à côté de la formation des armées africaines et du soutien humanitaire qui relèvent du soft power, se trouve la lutte contre le terrorisme[33]. Par ailleurs, après une observation de ces activités, il note que cette institution est condamnée à mettre l’accent sur l’usage de la force militaire. Sinon il fera face à de nombreuses critiques et pire, il risquera d’entraver les intérêts américains sur le continent[34].

Ces travaux ont le mérite d’aborder le champ d’action du commandement américain pour l’Afrique et surtout de montrer la nouvelle orientation de la politique sécuritaire des Etats-Unis sur le continent. C’est-à-dire celle qui perçoit les activités civiles comme étant des facteurs de prévention et de résolution des conflits. En outre cette étude montre la place prépondérante qu’occupe l’intérêt national dans l’agenda américain, en relevant la consubstantialité entre ce commandement et la lutte contre le terrorisme. Cependant, parlant des programmes de formation, l’auteur ne montre pas comment ils sont répartis à travers le continent et quels sont leurs implications sur la sécurité en Afrique.

Une approche semblable à celle-là est adoptée par Alain FOGUE. Pour lui, l’AFRICOM est une structure qui met l’accent sur la lutte contre le terrorisme et qui prend pour prétexte, les questions humanitaires, le développement, et la prévention des conflits en Afrique[35]. Sa vocation, poursuit-il est la lutte préventive et active contre le terrorisme dont la menace contre les intérêts américains en Afrique est une réalité. Il montre par ailleurs que sa création a été motivée par le souci de Washington de protéger ses intérêts sans cesse croissants sur le continent.

Cette démarche pour le moins réaliste est très proche de la notre parce que plaçant l’intérêt des Etats-Unis au centre même des préoccupations de cette structure. Cette étude a également la vertu de montrer la place périphérique qu’occupent les problématiques humanitaires et civiles dans l’agenda réel de l’AFRICOM. Etant donné que celles-ci ne servent que de tremplin à la réalisation des objectifs de politique étrangère des Etats-Unis. Mais, ce travail aborde plus la question des raisons qui ont présidé à la création du commandement américain pour Afrique. C’est-à-dire qu’il se focalise sur le pourquoi de sa mise sur pied. Si notre approche, comme celle d’Alain FOGUE, s’intéresse à la question du pourquoi, elle répond plus à une démarche appréciative du fonctionnement et du déploiement de cette institution. Et c’est à travers cette appréciation que nous espérons identifier les motivations géopolitiques qui ont conduit à sa création. Nous essayons également de dégager les grandes tendances qui en découlent mais aussi d’aborder l’aspect lié aux résultats.

De son coté, Stefan GÄNZLE écrit que le commandement Américain répond à un souci du DOD de jouer un rôle majeur dans la formulation et la conception de la politique étrangère de Washington en Afrique[36]. La création de cette structure, d’après lui, permet au Pentagone d’avoir une place importante dans le trio «développement, diplomatie et défense» en matière de politique africaine. Cela étant du à l’impératif de lutte contre le terrorisme sur le continent[37]. La composante civile est, selon lui, instrumentalisée pour une meilleure acceptation des actions du Pentagone[38].

Ce travail est important dans la mesure où il trouve en la lutte contre le terrorisme, la raison fondamentale de la création du commandement américain. Tout comme dans les travaux évoqués plus haut, l’intérêt des Etats-Unis est mis en avant. Il nous permet de comprendre pourquoi ce commandement militaire associe des civils. Mais il n’aborde pas les conséquences de cette militarisation de la politique étrangère américaine sur le continent. Puisque sur le plan des faits, celle-ci commence à produire des résultats. Un autre aspect qu’élude ce travail concerne les conséquences de la focalisation de l’AFRICOM sur la défense des intérêts américains.

- Travaux portant sur une vision altruiste de l’AFRICOM

Dans ce groupe, les auteurs s’attèlent à montrer la bienveillance du commandement américain pour l’Afrique. C’est notamment le cas soit des autorités américaines, soit de chercheurs associés à l’opération de charme à la quelle s’est livré Washington pour légitimer sa nouvelle structure.

C’est notamment le cas de Theresa WHELAN. Après avoir rassuré que la création de l’AFRICOM n’aura aucun impact sur la souveraineté des Etats Africains, elle avait précisé que cette structure était destinée à renforcer le partenariat entre Washington et les Etats du continent. De telle manière que celui-ci soit bénéfique pour tous[39]. Unique en son genre du fait de la participation des civils, ce commandement va surtout s’atteler à travailler avec les africains pour les aider à faire face aux défis sécuritaires liés à l’assistance humanitaire, à l’aide en cas de catastrophe, aux maladies, à la déforestation, à l’action civique ainsi qu’à la construction des capacités des armées africaines[40].

Ces déclarations de WHELAN Theresa montrent la reconversion civile du traitement de l’insécurité en Afrique. Celle-ci n’étant plus seulement basée sur des menaces militaires mais également sur le délabrement de la structure sociale du fait de la mauvaise gouvernance, de la multiplication des conflits internes et du manque des capacités régulatrices de l’Etat. Cependant, cette présentation du commandement américain élude – peut-être à dessein – d’aborder la question de la défense des intérêts stratégiques.

Allant quelque peu dans le même sens, Rich JUERGENS pense que l’AFRICOM est différent des autres commandements combattants. En effet, contrairement à l’EUCOM, au PACOM ou encore au CENTCOM, cette structure n’a pas pour mission principale de mener des opérations militaires. Il s’agit plutôt de construire les capacités des armées partenaires, de promouvoir la démocratie, la croissance économique ou encore de favoriser l’éclosion d’un marché libre[41]. L’autre marque de la spécificité de ce commandement est sa structure interministérielle qui tranche avec celles des autres commandements américains[42].

Démontrer la spécificité du commandement américain pour l’Afrique permet de voir le souci de Washington d’adapter sa nouvelle stratégie aux réalités africaines. Puisque l’environnement sécuritaire de ce continent ne répond pas aux exigences stratégiques post- Guerre Froide qui ont présidé à la mise sur pied des autres Commandements. Mais ce travail présente la faiblesse de ne pas montrer si l’AFRICOM fonctionne vraiment comme il a été annoncé par les autorités américaines et si il se démarque vraiment de l’approche traditionnelle dans la quelle sont inscrits les autres. C’est-à-dire la priorisation des opérations militaires.

- Sur la réception de l’AFRICOM en Afrique

Le commandement américain pour l’Afrique a fait l’objet d’une véritable polémique dès sa création. Il n’a pas suscité autant d’enthousiasme qu’espéraient les autorités américaines. Cette réception a été duale. Certains y étaient favorables tandis que d’autres en étaient réfractaires.

- L’opinion défavorable à l’AFRICOM.

Cette tendance était animée soit par des hommes politiques, soit par des scientifiques, ou encore par des journalistes, sans compter l’opinion publique africaine d’une manière générale. Pour M. SAADOUNE, cette institution essuie de nombreuses critiques. Certains considèrent qu’elle consacre la militarisation de la politique extérieure américaine sur le continent[43]. Cet auteur prend l’exemple de Mark FANCHER, membre de la conférence américaine des avocats noirs. Pour ce dernier en effet, ce commandement n’est rien d’autre qu’un instrument visant à garantir l’accès de l’industrie pétrolière américaine aux larges réserves énergétiques de l’Afrique[44].

Ces travaux ont le mérite de montrer le degré d’hostilité des africains à l’égard de la mise sur pied de ce cette structure. Ils montrent toute la difficulté qu’éprouvent les américains à se déployer sur le continent. L’on peut comprendre avec SAADOUNE que l’opposition à l’AFRICOM ne se déroule pas uniquement en Afrique. Mais également sur le territoire américain. Notamment au sein de la communauté noire plus ou moins solidaire de ses «frères» africains. Face à cette opposition, l’on pourrait également avoir l’impression que finalement les africains ont compris les enjeux stratégiques qui entourent le déploiement américain sur leur sol. Ces derniers éprouveraient ainsi une crainte face à la militarisation de leur continent.

C’est justement ce que l’on peut reprocher à ces travaux. Puisqu’ils n’expliquent pas ce qui pourrait être à la base de ce sursaut «patriotique» brusque. Est-ce le résultat d’un processus d’éveil stratégique? Ou alors un simple mouvement d’humeur. Par ailleurs, ces travaux s’attèlent à montrer la posture des africains face à l’AFRICOM sans montrer son véritable déploiement sur le continent. C’est justement là un des points focaux de notre travail.

Pour sa part, Amadou BAMBA NIANG stigmatise ce commandement. Il pense que son objectif principal est de mettre l’Afrique sous-tutelle. C’est depuis les années 1990 que le général James Jones, commandant de l’EUCOM, note l’importance de la mise sur pied d’un commandement unifié pour l’Afrique. Malgré les messages de bienveillance qu’envoient l’amiral Robert MOELLER, l’installation de l’AFRICOM sur le continent le mettra en ligne de mire de tous les groupes anti-américains dont les actions pourront s’intensifier sur le continent[45].

Ces travaux de NIANG établissent bien un lien entre la militarisation de l’Afrique par Washington et la possibilité de l’augmentation de l’insécurité. Etant donné que l’installation des infrastructures de l’AFRICOM dans un Etat, du coup l’expose aux attaques de certains groupes politico-militaires actifs sur le continent. L’auteur soulève un aspect qui parait assez pédagogique. Celui-ci est lié au danger que représente l’assistance militaire américaine pour les Etats africains. En réalité, plus on bénéficie des «faveurs», de la superpuissance[46], plus on apparait comme l’ennemi des groupes armés africains. C’est une thèse qui s’est vérifiée notamment lors de l’attaque du centre de Westgate au Kenya, le 21 Septembre 2013. Cela n’est pas surprenant lorsqu’on sait que ca pays est l’un des principaux bénéficiaires de l’aide militaire américaine sur le continent.

Si les revers de l’aide militaire américaine sont mis en lumière ici, l’on peut tout de même noter l’absence de l’analyse liée au rôle que pourraient jouer les principaux alliés de l’AFRICOM. L’auteur aurait pu explorer le rôle que jouent des Etats comme l’Ethiopie, le Maroc ou encore le Nigéria qui ont ce statut. Par ailleurs, il insiste sur des conjectures liées à la mise sur pied de l’AFRICOM. Même s’il se base sur l’expérience, il reste focalisé sur des probabilités sans apprécier la réalité des actions de cette institution.

- L’opinion favorable à l’AFRICOM

Si l’opinion africaine a été en majeure partie défavorable à la mise sur pied du commandement américain pour l’Afrique, quelques voix se sont tout de même levées pour exprimer leur adhésion. La plus intéressante et la plus polémique est sans doute celle de la présidente Ellen Johnson Sirleaf. L’acceptation par la présidente libérienne de l’AFRICOM est soulevée par allAfrica dans un article[47]. Celui-ci revient sur un rapport publié en 2011 et qui explique les véritables raisons de ce soutien à l’institution américaine. L’on peut y lire que l’objectif, pour la présidente Ellen Johnson, est de protéger et promouvoir les intérêts de certaines industries américaines. Notamment la Soros Fund Management ainsi que la Newmont Mining Corporation, respectivement dirigées par Georges Soros et Nathaniel Rothschild. Tous les deux sont de grands hommes d’affaires américains qui ont de l’influence dans la politique de leur pays. Ils sont, selon ce rapport, impliqués dans la reconfiguration du paysage politique de plusieurs Etats africains. Alors, en demandant l’installation de la base de l’AFRICOM dans son pays, Ellen Johnson voulait se positionner comme une alliée importante de Washington sur le continent[48]. C’est en récompense de cela, selon cet auteur, qu’elle a reçu le Prix Nobel de la Paix juste avant les élections de 2011. L’objectif étant de favoriser sa victoire lors de ce scrutin.

L’on voit bien qu’il est évoqué ici certains des problèmes les plus fondamentaux du continent africain, à savoir la cécité stratégique et le manque de volonté politique. L’auteur montre bien comment un dirigeant préfère brader son pays, voire tout un continent au profit de ses intérêts personnels et de ses calculs politiques. Il est également mis en exergue, le jeu trouble auquel jouent certains chefs d’Etats avec des industriels étrangers. Donnant du coup à ces derniers, un énorme pouvoir dans le jeu politique de leurs pays. L’auteur présente avec une pertinence certaine, le prototype même des dirigeants de l’Etat postcolonial. Ceux qui n’ont pas le courage de refuser ou au moins de dénoncer la domination extérieure. Ceux qui se soucient très peu de l’avenir de leurs populations. Enfin, un autre aspect intéressant de ce travail est la mise à nue du rôle des grands groupes industriels dans la politique extérieure des Etats. Ceux-ci, forts de leur pouvoir financier, financent les campagnes électorales de différents candidats. En retour, leurs préférences sont mises en avant dans l’agenda du président élu. Ils peuvent ainsi «dicter leurs lois» dans la politique internationale. Y compris en matière de reconfiguration du paysage politique des Etats étrangers.

Si ce travail identifie le positionnement politique de la présidente libérienne comme étant le principal facteur de son soutien à l’AFRICOM, il omet de souligner les besoins liés la réhabilitation de l’appareil sécuritaire. Cela est pertinent dans la mesure où ce pays sort d’une guerre très sanglante. L’une des conséquences étant l’hyper-fragilisation du dispositif sécuritaire national. Si l’AFRICOM s’intéresse notamment à la formation des armées, on pourrait comprendre le besoin du Libéria de bénéficier de cet «avantage» en ayant sa base sur son territoire.

Il ya également un besoin pour cet Etat de l’Afrique de l’Ouest de jouer un rôle géopolitique important. Puisqu’en se positionnant comme pivot américain dans la région, il pourrait se servir de cette influence pour avoir une emprise sur les questions sécuritaires et politiques qui y sont soulevées. Il pourrait alors passer d’un petit Etat perdu aux confins de l’Afrique à un acteur géopolitique important. C’est justement un des aspects les plus importants qu’aborde notre étude.

V. PROBLEMATIQUE

La politique étrangère des Etats-Unis a traditionnellement considéré l’Afrique comme étant périphérique par rapports aux intérêts géostratégiques américains à travers le monde. Si depuis la fin de la guerre froide, l’on a perçu certaines actions de cet Etat en faveur de la sécurité sur le continent, cette tendance va s’intensifier après les attentats du 11 Septembre 2001, avec la mise sur pied de plusieurs programmes d’assistance militaire. Ce continent commençait alors à devenir un enjeu sécuritaire important pour Washington.

L’engagement américain pour les questions de sécurité en Afrique connait un tournant décisif lorsque l’administration Bush décide de créer, le 6 Février 2007, un commandement unifié dédié à cette partie du monde. Cet acte est considéré comme étant inédit. Puisque jusqu’ici, la tâche désormais dévolue à l’AFRICOM était autrefois assurée par trois commandements différents que sont le PACOM, l’EUCOM et le CENTCOM. La création de cette structure s’inscrit dans une logique d’évolution de la doctrine américaine de sécurité dans le monde. Et ce suite aux expériences douloureuses d’Irak et d’Afghanistan. On comprend logiquement pourquoi sa mise sur pied s’est accompagnée d’une grande mobilisation discursive de la part des autorités américaines. Et ceci en vue, non seulement d’affirmer sa spécificité, mais également de faire taire les critiques y relatives. Ce discours insistait surtout sur la bienveillance de cette institution en mettant en avant l’assistance humanitaire, sécuritaire ou encore le développement économique et la bonne gouvernance en Afrique. Cependant, l’appréciation du déploiement du commandement américain pour l’Afrique nécessite une plus grande lucidité. Une telle grille de lecture devant permettre de mieux appréhender les objectifs de cette institution.

QUESTION PRINCIPALE:

Alors, face à l’environnement stratégique africain, quelles sont les motivations géostratégiques et géopolitiques qui ont présidé à la mise sur pied de l’AFRICOM?

QUESTION SECONDAIRES:

Qu’est-ce qui explique l’implication des Etats-Unis dans les questions sécuritaires en Afrique au point de créer un commandement qui lui est uniquement dédié? Qu’est-ce qui explique l’évolution que connait la doctrine américaine de sécurité en Afrique?

A quels résultats aboutit la formation que proposent les Etats-Unis aux armées africaines notamment sur le plan de la performance et de la stabilité régionale?

VI. HYPOTHESES

Comme tout travail scientifique, notre étude part d’une hypothèse principale (1) et des hypothèses secondaires (2).

1. Hypothèse principale

Au travers du déploiement de l’AFRICOM en Afrique, il est possible de comprendre que sa mise sur pied a été motivée non seulement par le souci de Washington d’adapter ses réponses sécuritaires à l’environnement stratégique africain, marqué par la prégnance de nouvelles menaces, mais également par le besoin du renforcement de ses capacités militaires sur le terrain. Et ce afin de mieux dissuader les puissances émergentes qui y sont en pleine expansion et tous ceux qui s’attaquent aux intérêts américains.

2. Hypothèses secondaires

Dans le souci de s’adapter aux réalités sécuritaires africaines, le commandement américain fait de l’assistance sécuritaire, un référentiel important de son agenda. Pour cela, il propose aux africains, de multiples programmes de formation et exercices qu’il organise annuellement. Cette démarche vise à les rendre capables de faire face aux nouvelles menaces dans un contexte marqué par une évolution de l’environnement sécuritaire.

Malgré la bienveillance dont fait preuve, le discours officiel américain, l’AFRICOM demeure fidèle à la culture stratégique américaine qui met en bonne place, l’usage ferme de la force militaire dans l’engagement extérieur. Cette posture permet à Washington de mieux répondre aux contraintes géostratégiques liées à la promotion de ses intérêts en Afrique.

VII. CONSTRUCTION DE LA DEMARCHE

Après avoir déterminé notre approche théorique(1), nous allons tabler sur nos choix méthodologiques(2).

1. Approche théorique

Dans le cadre de ce travail, nous allons mobiliser la théorie réaliste. Car, elle permettrait le mieux d’analyser ce sujet. Selon les réalistes, les Etats sont les principaux acteurs des relations internationales, ils sont motivés par la défense de leurs intérêts définis en termes de puissance[49] et la confrontation d’intérêts opposés condamne la scène internationale à de nombreux conflits. Cette théorie nous permet de mieux percevoir les visées stratégiques de l’AFRICOM en Afrique et les stratégies des Etats de la zone pour tirer un bénéfice de ce partenariat.

L’autre théorie pertinente ici est celle constructiviste. Elle postule que les objets n’ont pas de réalité matérielle, mais n’existent que parce qu’un ensemble de personnes croient et disent qu’ils existent et agissent en conséquence[50]. Toujours selon cette théorie, la politique mondiale est déterminée par une structure cognitive composée des idées, croyances, valeurs, normes et institutions partagées par les acteurs[51]. Le constructivisme permettra de faire ressortir les processus cognitifs qui président à la définition et à la désignation des menaces par l’acteur qui, ici est la puissance américaine.

2. Approche méthodologique

Elle concerne la collecte (a) et l’analyse des données (b).

a. Collecte des données

Relativement aux techniques de collecte des données, nous allons recourir à la recherche documentaire – en analysant des documents officiels, des ouvrages, des articles de presse et autres revues scientifiques –. Nous mobiliserons également la recherche empirique par le canal des entretiens individuels effectués avec des officiers américains et africains.

b. Analyse des données

Les sciences sociales proposent un arsenal méthodologique pour analyser les faits et autres données à la disposition du chercheur. Dans le cadre de notre recherche, nous mobiliserons la méthode historique. En effet, en tant qu’instrument de l’explication causale, cette méthode participe de l’étude des phénomènes sociaux en marche. Car, on peut difficilement imaginer une explication qui ne soit diachronique, c’est-à-dire génétique et donc révélatrice des changements et des métamorphoses[52]. Cette méthode permettra de montrer la trajectoire du partenariat stratégique des Etats-Unis en Afrique. Cependant, du fait des limites de l’approche diachronique – étant plus descriptive qu’explicative – l’on va lui ajouter le fonctionnalisme. Cette méthode répond plus à une démarche synchronique. C’est-à-dire qu’elle s’attache à mettre en lumière les rapports qui relient entre eux, les phénomènes qui se produisent simultanément[53]. Cette méthode nous permettra de mieux cerner les contours de ce sujet. Elle repose sur la notion de fonction qui se rapporte «aux processus vitaux ou organiques dans la mesure où ils contribuent au maintien de l’organisme»[54]. Le fonctionnalisme va nous permettre d’explorer les fonctions manifestes et latentes du commandement américain pour l’Afrique.

L’ analyse stratégique apparait comme une méthode pertinente pouvant permettre une meilleure explication des rapports existant entre les acteurs évoqués dans cette étude. La mobilisation de la stratégie comme cadre d’analyse présente en effet un certain nombre d’avantages. Elle pourrait notamment bien renseigner sur les finalités réelles de l’AFRICOM. Cela est vrai dans la mesure où l’action finalisée est au cœur de toute stratégie[55]. Cette dernière elle-même consiste à mettre en œuvre une praxis avec une certaine logique, elle est une gestion de la fin, des voies et des moyens, donc la stratégie est une façon de conduire l’action[56]. La référence à l’analyse stratégique permettra ainsi d’explorer la démarche, les logiques, les moyens et même les intelligences de ce commandement dans la perspective d’atteindre ses objectifs.

VIII. PLAN D’ORGANISATION DU TRAVAIL

Les principaux axes d’analyse qui constituent l’architecture de ce travail sont au nombre de deux. Le premier concerne l’AFRICOM et le renforcement des capacités des armées africaines (première partie) tandis que le deuxième montre le rôle de cette institution dans le renforcement de la présence militaire américaine en Afrique (deuxième partie).

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Depuis les attentats du 11 Septembre 2001, après ceux de Dar Es-Salaam et de Nairobi en 1998, l’Afrique est durablement inscrite dans la riposte planétaire contre le terrorisme lancée par les Etats-Unis. Ce continent qui jusque-là n'était que très périphérique dans la planification stratégique américaine, du coup, acquiert de l'importance aux yeux de la superpuissance. Afin de prévenir les flux probables des membres d' Al-Qaïda vers la Corne de l'Afrique du fait de l'intervention en Afghanistan, en Octobre 2001, Washington décide d'y créer la CJTF-HOA. Mise sur pied en Octobre 2002 par le CENTCOM, cette force multinationale sous commandement américain est transférée, le premier Octobre 2008, au commandement américain pour l'Afrique. La création d’un commandement spécifique pour ce continent marque le début d'une ère nouvelle dans les relations américano-africaines. Non seulement, elle révèle la place désormais importante qu'occupe l'Afrique dans le dispositif géopolitique américain, mais également elle traduit la volonté de Washington de prendre en charge les problématiques sécuritaires locales. Or si l'insécurité est l'une des variables explicatives de la réorientation de ce pays vers le continent, celle-ci revêt un aspect particulier. Elle n'est plus forcément le fait d'une puissance rivale, mais de plus en plus de groupuscules disséminés et imprévisibles. Faire face à de telles menaces exige un engagement de proximité et de contact loin du «fétichisme technologique» qu'alimentait la Révolution dans les Affaires Militaires (RMA)[57].

En effet, Dans un contexte marqué par des guerres de faible ampleur et dont l'inéluctabilité du contact est de mise, les américains redoutent le «syndrome somalien». Car le peuple américain est réticent aux engagements militaires extérieurs parce qu'ils engendrent des pertes. Or d'après l'opinion américaine, la vie américaine est sacrée[58]. Dans le souci de concilier nécessité de traitement de l'insécurité et préservation des vies américaines, les autorités de Washington optent pour la formation de « Proxy forces ». Il s'agit de forces sous-traitantes combattant au profit des intérêts américains[59]. Pour y parvenir, l’AFRICOM met l'accent sur le renforcement des capacités des armées africaines.

Depuis les attentats du 11 Septembre 2001, le continent africain est considéré comme un vivier pour le terrorisme international. Les Etats africains ne contrôlant pas l’ensemble de leurs espaces territoriaux, du fait du manque de moyens financiers, matériels et humains. C’est dans ce sens que l’habilitation des forces africaines apparaît de manière claire dans le discours politique qui accompagne la mise sur pied du commandement américain. Il s’agit ici de pallier les carences des armées africaines et de les rendre plus efficaces face aux nouvelles menaces. Cependant, même si des programmes d’assistance sécuritaire sont mis en pratique avec en bonne place, la formation militaire (Chapitre I), ceux-ci ont néanmoins, malgré leur raison d’être, certaines tendances et certains résultats qui méritent d’être évoqués au travers d’une analyse critique (Chapitre II).

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Lors de sa création le 6 Février 2007, les autorités américaines assignaient un certain nombre de missions au commandement dédié à l’Afrique. Parlant de cette institution, Theresa WHELAN énonçait que: “this new Command will strengthen our security cooperation with Africa and help to create new opportunities to bolster the capabilities of our partners in Africa…[60]. Cette déclaration est assez représentative de la place qu’occupe la formation militaire dans l’agenda de cette structure. Vu sous cet angle, ce commandement s’écarte en principe de la ligne directrice des cinq autres. La plupart d’entre eux étant nés au sortir de la seconde guerre mondiale. Mis sur pied depuis 1945, ce réseau de commandements avait pour principale mission, d’endiguer l’expansion de l’Union Soviétique. Il s’agissait également pour les Etats-Unis d’assurer une permanence mondiale contre une menace croissante et multiple et de contrôler plusieurs crises simultanément[61]. Or le contexte de création de l’AFRICOM n’est pas le même. Car, même si la Chine est un adversaire de plus en plus sérieux pour Washington, elle ne l’est pas autant que l’était l’URSS. Par ailleurs, l’opposition entre Washington et Pékin est plus économique et commerciale. C’est peut-être pour cela que les ambitions militaires de cette institution ne sont pas affirmées avec la plus grande fermeté et la plus grande visibilité. Elle s’attèle plutôt – officiellement – à former les armées africaines. Répondant ainsi à un encadrement doctrinal spécifique (Section I), avec une place centrale reconnue à la formation militaire (Section II).

SECTION I: ENCADREMENT DOCTRINAL DE L’AFRICOM

L’AFRICOM, à en croire les autorités américaines, présente un caractère particulier en ceci qu’il n’est pas concentré sur le combat tel que c’est le cas avec les autres commandements combattants américains dans le monde, mais plutôt sur la prévention des conflits[62]. Cette démarche est l’aboutissement d’une évolution doctrinale qui consacre l’approche globale de la sécurité comme nouveau paradigme d’engagement militaire américain (A), une telle doctrine présentant de nombreux enjeux dans l’environnement africain (B).

A. L’évolution de la doctrine sécuritaire américaine en Afrique depuis 1990

Face à une multiplication des conflits post-guerre froide en Afrique, les Etats-Unis ont fait preuve d’une certaine prudence relativement aux interventions militaires directes sur le continent africain. Privilégiant plutôt l’assistance militaire. Cette dynamique s’accentue avec l’échec de l’intervention en Somalie où 18 soldats américains avaient perdu la vie[63]. La chute de l’URSS ayant érigé les Etats-Unis en superpuissance, ces derniers vont se concentrer sur les Military Operations Other Than War (MOOTW) (1) qui seront plus tard remplacées par les opérations dites de Stability Operations (2).

1. La doctrine “Military Operations Other Than War”

Depuis la fin de la Guerre Froide, l’engagement sécuritaire américain sur le continent africain s’est opéré dans le cadre d’une doctrine militaire baptisée Military Operations Other Than War ou opérations militaires autres que la guerre. Définie par le Département de la Défense et publiée le 16 Juin 1995, elle est basée sur le postulat selon lequel dans un contexte d’incertitude – lié à l’effondrement de l’URSS, – seule la suprématie militaire peut garantir une assurance contre la nouvelle donne[64]. Cette doctrine a également pour arrière-plan, la doctrine de sécurité américaine annoncée à Aspen en Aout 1990. Celle-ci insistait sur la nécessité de la présence à l’avant destinée à manifester l’«engagement en temps de paix» pour la protection de leurs intérêts à l’étranger, la capacité de réponse rapide et efficace aux crises régionales et l’aptitude à reconstituer des moyens de défense important au cas où l’Union Soviétique redeviendrait une menace[65].

La doctrine MOOTW fait suite à un rapport du Département de la Défense paru dans la Bottom-up review publiée en Octobre 1993. Les conclusions de ces travaux mettent l’accent sur une stratégie fondée sur l’engagement, la prévention et le partenariat, afin de contrer les risques et de saisir les opportunités offertes par la nouvelle ère[66]. En tant que paradigme d’engagement militaire, cette doctrine consacre l’utilisation des capacités militaires dans des opérations militaires autres que le combat direct généralement dans un cadre multinational ou interministériel[67].

Fondées sur la prévention des conflits, les MOOTW englobent les opérations en faveur de la paix, les actions humanitaires effectuées par les armées ainsi que toutes interventions militaires de nature limitée. Ces opérations se rangent sous deux groupes. Celles qui se font en temps de paix, il s’agit notamment de la lutte contre la drogue, du secours apporté en cas de catastrophe, du soutien aux autorités civiles, de la construction de la paix et de l’assistance extérieure[68]. Le deuxième concerne celles des opérations qui se déroulent dans un environnement conflictuel. L’on peut noter ici, des frappes et des raids qui seraient le fait des forces américaines, des opérations d’imposition de la paix, de soutien à une insurrection, des actions anti-terroristes, ou des missions de maintien de la paix[69]. C’est cette doctrine qui a présidé à la mise en place d’institutions telles que la Force de Réponse aux crises Africaines (ACRF) lancée en Septembre 1996. Celle-ci sera très vite remplacée par l’Initiative de Réponse aux Crises africaines (ACRI) destinée à former les officiers africains dans le maintien de la paix tel que défini par le Chapitre VI de la charte des Nations Unies. Cette initiative sera elle-même remplacée par African Contigency Operations Training and Assistance (ACOTA). Créée en 2004, cette dernière est destinée à renforcer les capacités des armées africaines à participer à des opérations militaires telles que définies dans le chapitre VII de la Charte des Nations Unies[70].

Parmi les autres programmes de formation qui ont été mis sur pied dans le cadre de cette doctrine, l’on peut citer l’ International Military Education Training (IMET). Ce programme prévoit la formation d’officiers dans les écoles américaines. Ainsi, jusqu’en 2001, les militaires de 31 Pays africains y avaient reçu un enseignement[71]. Si la doctrine MOOTW s’est avérée importante dans le sens du renforcement des capacités des armées africaines pour faire face à la prolifération des conflits de l’ère post-guerre froide, celle-ci s’est avérée particulièrement nocive face à un environnement sécuritaire évolutif. Pour le général Vincent DESPORTES, elle est très marquée par une culture classique et donc inadaptée à gérer les nouvelles formes de crises[72]. En effet, elle martèle que les armées existent « to win the Nation’s War »[73]. C'est-à-dire pour gagner des guerres de nations. Ce qui relève pourtant de l’ancienne approche militariste. Sur le terrain la doctrine MOOTW s’est avérée limitée. D’où sa substitution par un autre paradigme d’engagement militaire qui se veut plus adapté.

2. La doctrine “Stability Operations”

Lorsqu’il s’interrogeait sur la «possibilité de trouver une façon efficace de n’utiliser qu’une partie de la puissance »[74], Henry KISSINGER mettait à nu ce qui allait constituer l’un des obstacles les plus redoutables aux engagements militaires américains. Fondamentalement basée sur la suprématie militaire, l’action extérieure américaine rencontre de nombreuses difficultés. D’où le besoin d’une révision de la doctrine d’engagement.

Sur le plan théorique, le problème de la dialectique permanence/contingence du cadre d’action stratégique est clairement posé. Généralement, l’on identifie deux grandes tendances. La première, qui est représentée par Antoine Henry JOMINI, insiste sur l’existence de principes universels et immuables qui sous-tendent toute action stratégique. La deuxième représentée par Carl Von CLAUSEWITZ insiste sur l’incertitude permanente et donc sur la nécessaire révision de la doctrine d’action[75]. En effet, assimilant la stratégie à une science, JOMINI estime qu’elle peut être soumise à des maximes dogmatiques qui approchent les axiomes des sciences positives[76]. En d’autres termes, toute stratégie devrait obéir à des règles sécrétées par l’expérience historique et dont la négligence pourrait mener à l’échec. A l’opposé de cette conception, l’approche défendue par CLAUSEWITZ s’oppose à toute élaboration de règles. Pour lui, toute guerre – ou plus largement – toute stratégie est le royaume de l’incertitude et le domaine du hasard. En conséquence, les trois quarts des évènements sur lesquels repose l’action sont plongés dans le brouillard d’une incertitude plus ou moins profonde[77]. C’est tout le sens des concepts de «brouillard de la guerre» ou encore de «friction». Les partisans de cette thèse montrent la difficulté de l’opérationnalisation de méthodes et techniques préalablement définies. Une telle situation est favorisée par l’imparfaite connaissance des intentions et des capacités de l’ennemi; l’imprécision des calculs et des solutions[78]. Le Maréchal de SAXE notait déjà que «la guerre est une science couverte de ténèbres dans l’obscurité desquelles on ne marche pas d’un pas assuré»[79]. L’activité guerrière ou stratégique échapperait ainsi à toute schématisation ou mathématisation. C’est pourquoi, face à la complexité de l’environnement conflictuel, les théoriciens de la nature «artistique» de la stratégie estiment qu’elle doit être adaptée à un contexte particulier. Cela commande la définition de nouveaux objectifs politiques.

Ce débat paradigmatique entre permanence et contingence du cadre d’action stratégique renseigne assez bien sur l’évolution qu’a connue la doctrine d’engagement des Etats-Unis implémentée par l’AFRICOM. En effet, puisque fondée sur la suprématie militaire, la doctrine MOOTW s’avérait de plus en plus inadaptée face à l’évolution des réalités sécuritaires du monde. Les interventions militaires en Irak et en Afghanistan sur ce plan sont assez instructives. En Irak par exemple, malgré l’expédition militaire américaine, sur le plan politique, les tensions entre sunnites et chiites s’aggravent, ainsi que le conflit avec les Kurdes et le Premier ministre Nouri Al-Maliki n’est plus aimé ni par son gouvernement, ni par la population. Par ailleurs, la corruption s’est répandue dans tous les secteurs du pays, et la stabilité et la sécurité sont loin d’être rétablies[80]. Cet échec est également reconnu par le Département américain de la Défense qui note que la réussite d’une action étrangère ne s’apprécie pas que sur le plan militaire, mais aussi en termes de reconstruction des infrastructures, de soutien au développent économique, d’établissement de l’Etat de droit, d’instauration d’une gouvernance responsable, d’établissement des services essentiels, et de construction d’une nation où les autorités militaires sont soumises à celles civiles[81].

En réalité, la sonnette d’alarme sur la nécessité de réviser la doctrine d’engagement extérieur des Etats-Unis a été tirée par l’ US Marines Corps. C’était dans un document intitulé « Marines Corps Concept for a Changing Security Environment ». Publié en 2006, ce document note l’importance mais également l’insuffisance des opérations militaires classiques. Il met alors l’accent sur l’entrainement et le conseil des forces de sécurité de la nation hôte, le rétablissement des services de base, la promotion de la bonne gouvernance ou encore le développement économique[82]. Le Marines Corps a été relayé par le secrétaire à la défense Robert Gates. S’opposant à la pensée militaire classique qui est animée par les élus et les grands groupes militaro-industriels, ce dernier indique un nouveau principe directeur pour la stratégie de défense nationale, à savoir l’équilibre. Il s’agit d’une meilleure intégration des moyens militaires et civils dans le sens d’une meilleure coopération civilo-militaire[83]. Ces recommandations de R. Gates sont pertinentes d’autant plus que dans les guerres d’aujourd’hui, l’efficacité militaire ne se mesure plus par le degré destruction – si chère à Washington – mais par la capacité des forces armées à créer les conditions d’un dialogue et d’un consensus politique[84].

Cette inquiétude des autorités américaines relativement à leurs engagements militaires à l’étranger a entrainé la conception d’une nouvelle doctrine en 2010. C’est celle des Stability Operations. Il s’agit d’une approche globale placée sous l’autorité du Département d’Etat en collaboration avec d’autres agences et services. Le concept de Stability Operations a trois composantes. Notamment, les activités de réponses initiales qui visent la création d’un environnement sain et sécurisé ainsi que la réponse aux besoins humanitaires immédiats de la population; ensuite les activités de transformation qui concernent la sécurité dans son sens large, la reconstruction et l’habilitation des forces de sécurité partenaires; enfin, les activités de soutien qui se focalisent sur les efforts à long terme destinés à reconstruire les capacités de l’Etat bénéficiaire et à créer des conditions favorables au développement durable[85]. Ainsi contrairement aux autres Commandements américains qui sont centrés sur le combat, l’AFRICOM insiste en priorité sur la prévention des conflits[86]. Ce commandement est considéré comme un laboratoire de mise en œuvre expérimentale d’une approche globale de la sécurité. Puisque ses activités sont basées sur l’assistance sanitaire, l’aide humanitaire, l’action humanitaire contre les mines, la réponse aux catastrophes, la réforme du secteur de sécurité ainsi que sur les opérations de soutien à la paix[87]. C’est cet encadrement doctrinal qui fait du Commandement Américain pour l’Afrique, un commandement spécifique pouvant répondre à des enjeux spécifiques.

B. Les enjeux de la doctrine “Stability operations”

Depuis son adoption en 2010, cette doctrine représente un grand espoir pour les autorités américaines. Puisqu’elle devrait permettre de mieux aborder les problématiques sécuritaires sur le continent. En réalité, il s’agit d’adapter les réponses sécuritaires américaines (2) à la spécificité de l’environnement africain (1).

1. la spécificité de l’environnement sécuritaire africain

Depuis la fin de la guerre froide, le continent africain se trouve dans une spirale conflictuelle qui s’assimile à une pandémie. En effet, ce continent est l’un des plus touchés par une suite ininterrompue de guerres permanentes et de violences folles[88]. Il s’agit en majeure partie de guerres intra-étatiques. On est passé des guerres interétatiques – dont le champ de références était structuré par un ordre politique articulé autour de l’Etat-nation – à des guerres où la destruction se fait de l’intérieur[89]. L’affrontement des volontés – dialectique des volontés, – en tant qu’essence de la stratégie n’a plus lieu entre les Etats. Il se déroule désormais au niveau des individus[90]. Ceux-ci s’opposent soit entre eux, soit à l’Etat auquel ils font un certain nombre de reproches.

Parmi les variables explicatives de ces conflits, se trouve en bonne place, le processus de démocratisation mal négocié qui avait donné lieu depuis 1990, à de nombreux conflits aux conséquences dramatiques[91]. Ainsi une rébellion serait la réaction à une répression politique. Par ailleurs, on peut également considérer les actions de ces groupes violents comme la recherche de la justice sociale. Il s’agit notamment de l’inégalité dans le revenu des ménages ainsi que l’inégalité dans la propriété des terres[92]. Cet aspect pose le problème de la bonne gouvernance politico-économique qui est encore quelque peu absente dans la gestion des Etats africains.

Cette multitude de conflits a des conséquences qui entament véritablement les capacités régulatrices et distributrices de l’Etat. En effet, pendant la guerre civile, l’Etat détourne une partie de ses ressources des activités productives vers des activités destructives. Le plus souvent, il augmente ses dépenses militaires. Or une telle augmentation présente le risque d’entrainer la diminution des sommes affectées à d’autres secteurs tels que la santé et l’infrastructure[93]. Le cas du Tchad est assez illustratif de la logique d’augmentation des dépenses militaires en période de conflit. En effet, depuis l’arrivée au pouvoir d’Idriss Déby en 1990, l’on a assisté à la signature des accords de paix entre le gouvernement et les rebelles du Mouvement pour la Démocratie et la Justice du Tchad (MDJT), notamment à Tripoli, en Janvier 2002. Ceux-ci prévoyaient la cessation des hostilités et l’amnistie générale. Cependant la résurgence des hostilités en Mars-Avril 2006 a entrainé une augmentation presque vertigineuse des dépenses militaires. Celles-ci sont passées de 68,9 millions USD en 2005 à 446,0 millions USD en 2007[94]. Il fallait pour le président Déby, combattre les rebelles du Front Uni pour le Changement (FUC). Par ailleurs, entre 2002 et 2007, les dépenses consacrées aux secteurs sociaux n’ont augmenté que de 9% contre 19% pour le secteur de la sécurité. Pour être plus précis, la part des services sociaux dans les dépenses publiques de ce pays entre 2006 et 2008 est passée d’environ 23% à moins de 20%[95].

Pour le cas du Mali, ce pays s’est vu envahir en Mars 2012 par des groupes insurgés de nature différente. Il s’agissait du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), Ansar Eddine, AQMI ou encore le MUJAO[96].Cette invasion rapide s’explique par l’incapacité de cet Etat à assurer le contrôle sur l’ensemble de son territoire, ses capacités de régulation étant très réduites. En effet, suite à l’insurrection des Touaregs de 2000, le gouvernement s’est engagé dans une riposte dans le Nord du Pays. Les dépenses militaires franchissaient pour la première fois, la barre des 80 millions USD. En fait, celles-ci passaient de 76,3 millions en 1999 à 88,5 millions USD en 2000[97]. Or malgré ces efforts qui permettent d’atteindre la somme de 153,0 millions USD en 2012[98], le pays ne sera pas épargné. Car il ne disposait que de 33 chars d’assaut (12 T-55 et 21 T-34 de fabrication russe); 2 BM-21; 8 canons D-30 et une dizaine d’obusier de différents calibres; 4 avions de combat (MIG-21), 10 avions de transport, 4 hélicoptères d’interception et deux de transport[99]. Ce qui en fait une armée modeste et donc incapable d’assurer le contrôle de 1 240 192 km² de superficie. Ce pays devient donc une terre fertile à l’installation de groupes criminels divers.

Ceci montre clairement que la menace aux intérêts américains en Afrique n’est plus prioritairement liée à l’aspect militaire, mais plutôt au potentiel de fragilisation des Etats africains. Les facteurs les plus importants étant la pauvreté, la mauvaise gouvernance, les épidémies, le manque de démocratie ou encore les faibles capacités des forces de défense. Ce qui commande une adaptation des réponses sécuritaires américaines à l’environnement africain.

2. L’adaptation des réponses sécuritaires à l’environnement africain

Depuis la chute du mur de Berlin et surtout les attentats du 11 Septembre, l’Afrique représente un enjeu important pour la sécurité américaine. En effet, selon les autorités américaines, ce continent s’avère particulièrement fertile aux nouvelles menaces comme le terrorisme, la piraterie maritime ainsi que diverses activités criminelles. Washington attribue cet état de choses à l’incapacité des africains à contrôler l’ensemble de leurs territoires. Pour désigner ces Etats, le Département d’Etat américain parle fort-à-propos d’Etats défaillants (falling states), d’Etats fragiles (weak states) et même souvent d’Etats faillis (failled states). Ce dernier type d’Etat est celui qui exerce une autorité limitée sur son territoire et qui abrite des zones de «non-droit»[100]. Cette réalité a fait dire au gouvernement américain que: « Weak State like Afghanistan, can pose as great danger to our national interest as strong »[101]. Pourtant tel qu’indiqué plus haut, certains Etats africains présentent ces caractéristiques.

La réduction des capacités de régulation inhérente aux conflits et à l’insuffisance des moyens met à rude épreuve, la sécurité américaine. Etant donné que certaines régions africaines sont devenues des havres pour les terroristes. Parce que disposant de grands «espaces non gouvernés» qui permettent aux terroristes et criminels de se réfugier, acquérir et entreposer des armes, recruter des membres et surtout mener des opérations[102]. C’est le cas du Sahara, qui, en quelques années est devenu un espace de «non-droit» où les contrebandiers et trafiquants en tout genre ont tracé une série de pistes en marge des voies officielles, où les migrants développent leurs propres réseaux de route et où AQMI a pris possession du Nord-est du Mali qui échappe à l’autorité de l’Etat central[103]. Dans un tel contexte caractérisé par l’asymétrie qui est une forme de menace multiple, diffuse et imprévisible, l’adoption d’approches militaires classiques liées au combat s’avère limitée. Il faut pour cela mettre en place des approches multiples, afin de la contrer[104]. Cette menace est liée à des problèmes sociaux courants tels que le bien-être, la santé, l’éducation, la démocratie. C’est toute la signification du concept de sécurité humaine. L’on comprend ainsi le sens de la doctrine Stability Operations qui semble plus adaptée à un tel environnement sécuritaire. Puisqu’abordant la sécurité dans son sens le plus large afin de prévenir les crises.

La définition de la sécurité des Etats-Unis rime désormais avec la stabilité des Etats africains. C’est la raison pour laquelle, “Preventing conflicts, stabilizing crisis and building security sector capacity are essential elements of America’s National Security approach[105]. Cette approche proactive destinée à éviter les conflits reflète l’évolution de la stratégie du Département de la Défense. Ainsi, il affirme: “We want to help develop a stable environment in which civil society can be built and that the quality of life for the citizenry can be improved[106]. Le nouveau paradigme d’engagement militaire américain est donc beaucoup plus basé sur la prévention que sur la réaction.

La focalisation de Washington sur le facteur humain – qui est central dans la conflictualité contemporaine – pourrait faire croire que finalement, ce pays a abandonné l’un des principes fondamentaux de sa culture stratégique. C’est-à-dire qu’il a cessé non seulement de se prévaloir de son statut d’hyperpuissance – qui conduit àl’« over-confidence » – mais également de mépriser l’ennemi[107]. Cette tendance laisse également transparaître une sorte de politisation de la stratégie américaine tant souhaitée par l’Amiral Mullen. Ce dernier, lors de son discours du 3 Mars 2010 à l’Université du Texas, avait proposé une relecture de la culture stratégique de son pays. Rejetant l’idée de rupture entre action politique et action des armées, il estime que la défense et la diplomatie ne sont pas exclusives chacune mais doivent se compléter tout au long du processus compliqué de l’action internationale[108]. Il s’agit donc d’une réorientation clausewitzienne de la pensée militaire américaine. Cette-à-dire que les autorités américaines ressentent désormais le besoin de subordonner l’action militaire à des objectifs politiques plus larges. Notamment ceux liés à la construction d’une société stable et autonome. C’est la raison pour laquelle l’AFRICOM met en bonne place, la formation des armées africaines pour que celles-ci puissent assurer elles-mêmes leur propre sécurité.

SECTION II – LA FORMATION MILITAIRE: UN REFERENTIEL IMPORTANT DANS LE FONCTIONNEMENT DE L’AFRICOM

Dans la nouvelle stratégie du DOD en Afrique, la sous-traitance des questions de sécurité aux forces africaines est cardinale. Pour y parvenir, le nouveau Commandement américain qui a la charge de la mise en œuvre de cette stratégie, assure la formation des armées africaines pour les rendre capables de faire face aux défis sécuritaires sur le continent. D’ailleurs, parlant de l’AFRICOM, le DOD avait précisé: “Its principal mission will be in the area of security cooperation and building partnership capability.” Cette déclaration montre la place importante qu’occupe la coopération sécuritaire dans les objectifs du commandement américain. Cette activité est en majeure partie focalisée sur la lutte contre le terrorisme (A) ainsi que sur la lutte contre la piraterie maritime (B).

A. La mobilisation américaine en faveur de la lutte contre le terrorisme en Afrique

Dans le cadre de la Global War On Terror (GWOT) engagée par l’administration Bush en 2001, l’Afrique est un client assez important. En effet, c’est sur ce continent que deux ambassades américaines ont été visées par la nébuleuse Al-Qaïda en 1998. Il s’agit de celles de Nairobi et de Dar es-Salaam. Les attentats du 11 Septembre 2001 ont accru l’inquiétude des autorités américaines de voir ce continent devenir un véritable bastion terroriste. Pour prévenir cette éventualité, l’AFRICOM s’attèle à combattre la menace terroriste toujours prégnante sur le continent (1) en multipliant des programmes de lutte contre le terrorisme (2).

1. Prégnance de la menace terroriste en Afrique

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Carte n°2: le terrorisme en Afrique. Sources: journal.liberation.fr , consulté le 7 Septembre 2014

Depuis l’éviction du FIS (Front Islamique du Salut), vainqueur des élections algériennes de 1992, ce pays fait face à une grande insurrection. En effet, sous l’effet de la frustration, ce mouvement politique se transformera en GIA (Groupe Islamique Armé) et entrera dans la clandestinité pour combattre le gouvernement. Devenue GSPC en 1998, cette insurrection connaît une évolution doctrinale qui sera consacrée par son alliance, le 11 Septembre 2006, à Al-Qaïda, devenant Al-Qaïda au Maghreb Islamique[109]. Dans le nouveau label, l’objectif est de mener le jihad non seulement en Algérie, mais aussi à d’autres pays du Maghreb tels que le Maroc, la Libye, ou encore la Tunisie[110]. Au vu de l’extension géographique de ce groupe et des liens qu’il noue avec d’autres groupes considérés comme terroristes à travers l’Afrique, il est possible de parler d’une multinationale du terrorisme sur le continent. Et cela en raison d’une alliance composée de personnels de toutes nationalités, aux parcours professionnels et humains très différents[111]. Ce qui en fait une menace transnationale, dans le sens où elle implique la connexion entre groupes à travers le continent: l’action clandestine devenant plurielle, ouverte et solidaire. Cette connexion se fait entre des groupes qui ont un sens similaire de la lutte, une connaissance commune de la clandestinité, un usage de méthodes voisines et par conséquent un besoin identique de matériels et de supports[112]. Cette tendance se fait déjà sentir en Afrique du Nord où l’on évoque de plus en plus des liens entre AQMI et Boko Haram. Les deux groupes seraient en intelligence depuis 2010 lorsque l’Emir d’AQMI, Abdel Malek avait publiquement proposé son soutien à la rébellion nigériane à travers l’apport en hommes, en équipements et en matière de formation[113]. Sur le terrain, il est même indiqué que Boko Haram se livre à des prises d’otages au compte d’ AQMI, en échange d’argent, d’armes, et de munitions[114].

L’Afrique de l’Est est également considérée comme une région prolifique au terrorisme international. Elle abrite des groupes intégristes dans plusieurs de ses Etats comme l’Ethiopie, l’Erythrée, les Comores, l’île Tanzanienne de Zanzibar, et même le Soudan qui est désormais considéré comme un sanctuaire pour les fondamentalistes islamistes désireux d’essaimer dans les pays voisins[115]. Cependant le pays qui attire le plus d’attention dans la région est la Somalie. En effet depuis la chute de Siyad Barré en 1991, le territoire est divisé en trois entités distinctes. Le Somaliland au Nord, le Puntland à l’Est et la côte méridionale qui pourrait être considérée comme le cœur politique du pays. Or cette dernière partie n’est sous aucun contrôle effectif, malgré le renversement de l’Union des Tribunaux Islamiques en Décembre 2006 par l’armée éthiopienne et surtout l’instauration d’un gouvernement de transition en 2009. En réalité, dans ce territoire, s’épanouissent milices privées, gangs mafieux, mouvements islamistes, groupuscules armés de tous types[116].

Au nombre des groupes islamistes en activité dans le pays l’on a celui qui est baptisé Al-Ittihaad al-Islami (Unité de l’Islam). Celui-ci est actif dans l’Ogaden éthiopien et en Somalie méridionale. Ce groupe, du fait de ces liens historiques avec Al-Qaïda, est très souvent mis en cause dans les attentats qui sont fomentés dans la région. Selon un Rapport du Département d’Etat américain, il serait responsable des attentats d’Addis-Abeba en 1996 et 1997. Par ailleurs, depuis 2007, lors de l’invasion éthiopienne, un autre groupe fait parler de lui. Il s’agit d’ Al-Shabaab qui est un mouvement à idéologie islamiste sunnite avec pour objectif, la création d’un Etat islamique en Somalie. Ce groupe s’est illustré le 21 Septembre 2013, lorsqu’il a attaqué le centre commercial de Westgate à Nairobi. Une attaque qui était une réaction à la campagne militaire que le Kenya avait entreprise en Octobre 2011. Ce Faisant, cet attentat venait démontrer comme d’autres par le passé, l’ampleur de la menace terroriste dans cette région en particulier et en Afrique en général. D’où l’urgence pour Washington de la combattre, notamment en formant les forces de défense africaines.

2. La multiplication des programmes de lutte contre le terrorisme en Afrique

Le redimensionnement doctrinal et géographique de certains groupes locaux tels que le GSPC algérien ainsi que leur connexion à d’autres groupes africains pour finalement s’insérer au «réseau djihadiste transnational» fait de l’Afrique, une zone d’intérêt stratégique pour les Etats-Unis. Ceux-ci craignant en effet que la région toute entière ne tombe aux mains des islamistes. Pour ce faire, les américains mettent en avant, la coopération militaire avec les nations partenaires. Lors du séminaire organisé du 8 au 10 Février 2003 à Washington par le Centre Africain d’Etudes Stratégiques (CESA), Paul Wolfowitz déclarait: « La lutte mondiale contre le terrorisme n’est pas seulement une affaire américaine ou du monde développé; elle concerne également de plus en plus l’Afrique. Nous coopérons étroitement avec nombre de nos partenaires africains afin de lutter contre le terrorisme »[117].

Ainsi, dans la partie Nord-ouest du continent, L’engagement américain est consécutif à l’existence de grands espaces mal gouvernés et non contrôlés qui pourraient constituer des sanctuaires pour les terroristes[118]. C’est pourquoi en 2002, le Département d’Etat lançait la Pan-Sahel Initiative (PSI). Ce programme vise à aider le Mali, le Tchad, le Niger et la Mauritanie à combattre la contrebande, les criminels internationaux et les mouvements terroristes[119]. L’Initiative Pan-Sahel comporte une partie de formation et d’appui de 60 jours pour renforcer les aptitudes des forces de police et de sécurité, la sécurité des aéroports et les procédures d’immigration et de douane[120]. Par la suite, naîtra le Trans-Sahara Counter-terrorism Partnership (TSCTP) en 2005. Il est censé combattre l’extrémisme violent et défaire les organisations terroristes qui règnent au Maghreb et au Sahel en renforçant les capacités anti-terroristes et la coordination régionale et en discréditant l’idéologie terroriste[121].

Un autre levier anti-terroriste de l’AFRICOM au Maghreb et au Sahara est l’Opération de liberté durable dans le Trans-Sahara (Operation Enduring Freedom Trans-Sahara – OEF-TS). Il a pour but d’aider les pays de ces régions à combattre l’idéologie terroriste et le terrorisme à travers le partage de l’information, l’interopérabilité des systèmes de communication, l’organisation d’exercices militaires multinationaux conjoints et combinés afin de promouvoir la coopération entre Etats[122]. Ce programme concerne des pays tels que l’Algérie, le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie, le Maroc, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et la Tunisie. Les armées de ces différents Etats doivent être capables de mener des opérations conjointes contre les groupes terroristes[123]. Ce programme est rentré sous la responsabilité de l’AFRICOM à la fin de l’Année 2008.

En Afrique de l’Est, Washington a mis sur pied l’Initiative Anti-terroriste pour l’Afrique de l’Est (IAEA) en Juin 2003. Son but est de juguler la menace terroriste dans cette région. Il concerne entre autres des domaines comme la sécurité des côtes et des frontières, la formation d’agents de police, d’immigration et de douane, la sécurité portuaire et aéroportuaire ou encore le démantèlement des réseaux financiers des terroristes[124]. Un an plus tôt, le CENTCOM mettait sur pied le Groupement des Forces Interarmées et multinationales pour la corne de l’Afrique (CJTF-HOA). Celui-ci a pour mission, de démasquer, combattre, désorganiser et écarter toute activité terroriste dans la Corne de l’Afrique[125]. Ainsi cette force entraine les forces de sécurité dans la région en matière de lutte anti-terroriste.

Dans le cadre de ces programmes, le commandement américain organise environ une quinzaine d’exercices militaires par an avec ses partenaires africains. Parmi ceux qui concernent la lutte contre le terrorisme, l’on peut citer l’exercice Fintlock. Débuté en 2006, il est planifié par la Special Operations Command (SOCOM), dans la perspective de développer les capacités et la collaboration entre les forces de sécurité dans la protection des populations civiles. Se déroulant dans les nations du Sahel, il a pour mission de promouvoir la coopération régionale afin de permettre aux africains de stabiliser l’Afrique du Nord-Ouest. Et cela en réduisant les sanctuaires et les soutiens aux organisations extrémistes[126]. L’on peut également citer Africa lion. Il s’agit d’un exercice bilatéral annuel entre les Etats-Unis et le Maroc. Il est destiné à promouvoir l’interopérabilité et la compréhension mutuelle des tactiques, techniques et procédures de chaque nation[127].

Toutes ces initiatives montrent à suffisance le degré d’engagement de l’AFRICOM dans la lutte contre le terrorisme en Afrique. Un tel engouement se perçoit aussi dans la lutte contre la piraterie maritime sur le continent.

B. La mobilisation américaine en faveur de la lutte contre la piraterie maritime en Afrique

La piraterie maritime est l’une des plus grandes menaces auxquelles le continent fait face aujourd’hui. Appréhendé sous un prisme essentiellement intra-africain, ce phénomène cause d’énormes dommages aux Etats du continent. Mais si l’on aborde la question sous une perspective internationale, on se rend très vite compte des enjeux que représente son éradication. En effet, la piraterie maritime constitue une entrave au principe de la liberté des mers. Or lorsqu’on sait que l’espace maritime abrite 90% du commerce mondial, on comprend très logiquement pourquoi face à l’ampleur de la menace (1), les Etats-Unis mettent sur pied des programmes de formation pour la juguler (2).

1. L’ampleur de la menace

Lorsqu’on parle de piraterie maritime en Afrique, deux régions viennent à l’esprit. Il s’agit de la Corne de l’Afrique et du Golfe de Guinée. Car, ce sont deux zones qui sont le théâtre d’attaques de pirates qui ont lieu sur le continent. Elles ont toutes les deux en commun d’être des zones stratégiques. En effet la Corne de l’Afrique est située à proximité d’une grande route maritime qui assure le trafic entre l’Extrême-Orient et l’Europe. Avec 20410 navires y ayant transité en 2007, elle assure, avec le Canal de Suez, plus de 7.5% du transport maritime mondial[128]. De son coté, le Golfe de Guinée est la région qui produit le plus de pétrole en Afrique. En 2007, les Etats-Unis y importaient 18% de leur consommation. Ce chiffre devrait atteindre 25% en 2025[129].

L’ampleur de la menace ne peut s’apprécier qu’au travers des chiffres qui sont publiés sur ce phénomène. Même si la côte Est-africaine connait une baisse d’attaques depuis 2012 avec 99 incidents contre 286 en 2011[130], la Somalie dont les ressortissants en sont les principaux acteurs, est toujours en déliquescence. Par ailleurs, pendant que le nombre d’incident diminue, leur taux de réussite augmente. C’est ainsi que sur 99 incidents signalés en 2012, 13 se sont débouchés sur des détournements de navires – ce qui fait un taux de réussite de 13,13% – alors qu’au cours de l’année précédente, ce chiffre était de 11,54%. Puisque sur 286 attaques, seuls 33 navires avaient été détournés[131]. Cette tendance «baissière» vient quelque peu édulcorer la réputation pas très enviable de ce pays d’Afrique de l’Est. Et surtout lorsqu’on sait que c’est depuis le 4 Avril 2008 que ce pays se révèle comme étant un acteur important du paysage maritime international à travers la saisie d’un Navire de croisière[132]. Ce yacht qu’on appelait le Ponant avait à son bord, une trentaine de membre d’équipage dont 22 français. Par ailleurs, sur les 293 attaques enregistrées la même année, le Golfe d’Aden et la Corne de l’Afrique en concentraient 92 auxquelles s’ajoutent 19 attaques perpétrées dans les eaux territoriales somaliennes[133].

Pour ce qui est du Golfe de Guinée, il faut dire qu’il est devenu la deuxième région du monde la plus affectée par les actes de piraterie. Parlant des chiffres, selon les Bureau Maritime International, on est passé de 40 incidents en 2008 à 64 en 2012 en passant par 51 en 2011[134]. Ce qui traduit une réelle croissance de ce phénomène dans la région.

Une telle situation ne peut être qu’alarmante lorsqu’on sait que la plupart des échanges commerciaux, de nos jours s’opèrent beaucoup plus par voie maritime. Sur le plan financier, selon des estimations de 2012, les Etats de la zone du Golfe de Guinée perdraient 2 millions USD par an du fait de ce phénomène[135]. Si l’on ajoute à cela les pertes subies par les Etats industrialisés du fait du détournement des navires et des attaques des plateformes pétrolières, on peut comprendre la mobilisation américaine à ce sujet. Dans l’approche de l’AFRICOM, si le traitement social de la question est envisagé, il n’empêche que l’accent soit mis sur la formation des forces de sécurité africaines pour mieux y faire face.

2. La formation des armées africaines dans la lutte contre la piraterie maritime

La piraterie maritime représente une grande entrave à la santé de la marine marchande internationale. En effet, dans son rapport de 2004, le BMI estimait que son impact économique se chiffrait à 16 Milliards USD par an. Le niveau élevé de ces pertes est en grande partie du à la maritimisation économique[136]. Cette nouvelle donne de l’économie mondiale est alimentée par les stratégies maritimes de différents Etats du monde. Ceux-ci menant une politique «locale» visant à développer les littoraux nationaux et une géostratégie «globale» envisageant l’insertion de la nation entière dans les réseaux maritimes internationaux[137]. Or cette propension vers les mers est particulièrement prononcée aux Etats-Unis. Et ce du fait de leur position Géographique. En effet, dans la perspective de Alfred Tayer MAHAN, « Si un Etat est situé de manière à n’être ni forcé à se défendre, ni poussé à s’étendre du coté de la terre, ses aspirations seront dirigées vers la mer »[138]. Si l’insularité peut expliquer le besoin de Washington de contrôler l’espace maritime, les motivations sont également économiques. C’est pourquoi en tant que nation maritime, il fait de la libre navigation dans les mers, une condition essentielle à sa prospérité économique. D’où son engagement pour la lutte contre piraterie maritime sur les côtes africaines. Pour ce faire, il travaille en synergie avec les Etats côtiers.

[...]


[1] Le comportement des autorités américaines vers l’Afrique était ambigu. Car elles ne voulaient pas s’aliéner leurs alliés de l’OTAN. Voir P. DUIGNAN, L. H. GANN, L’Afrique et les Etats-Unis. Une histoire, Paris, Economica (trad.), 1990, pp. 368-369.

[2] Yves BOYER, «Le regain d’intérêt américain pour l’Afrique: quelles conséquences militaires et stratégiques», Note de la Fondation Pour la Recherche Stratégique, décembre 2006.

[3] Caroline PAILHE, «La politique pyromane de Washington: les transferts militaires des Etats-Unis vers le Moyen-Orient», Rapport du GRIP, Bruxelles, 2009, p.12.

[4] Lauren PLOCH, “Africa Command. US Strategic interest and the role of the US military in Africa”, Congressional Research Service, July 22, 2011, disponible sur www.fas.org , consulté le 15 Mars 2013.

[5] PLOCH, ibid.

[6] Face à la non-intervention des Etats-Unis au Rwanda en 1994, G. W. Bush faisait observer que même si «personne n’aime voir cela sur son écran de télévision», la décision de l’administration Clinton était la bonne. Voir Peter SCHRAEDER, «Finie la rhétorique, vive la géopolitique», Politique africaine, n°82, Juin 2001, p.136.

[7] Alain FOGUE, « le commandement militaire américain pour l'Afrique (AFRICOM) : un élément du projet géostratégique américain en Afrique », Diploweb.com, 21 Novembre 2011.

[8] “About AFRICOM,” United States Africa Command website, available online at http://www.africom.mil/AboutAFRICOM.asp, consulté le 14 Décembre 2013.

[9] Alain FOGUE, « AFRICOM…», op. cit.

[10] Cité par Alain FOGUE, ibid.

[11] Ibid.

[12] Consulté le 7 juillet 2013

[13] Stefan GANZLE, “AFRICOM and US Africa policy: ‘pentagonising’ foreign policy or providing a model for joint approach?,” African Security Review, Institute for Security Studies, March 2011, p. 73.

[14] Ibid.

[15] Hervé COUTAU-EGARIE, «Doctrine», in Thierry de MONTBRIAL, Jean KLEIN, Dictionnaire de stratégie, Paris, Paris, PUF, 2000, p. 193.

[16] Lucien POIRIER, Le Chantier stratégique. Entretiens avec Gérard Chaliand, Hachette-Pluriel, 1997, p. 129. Cité par Pascal VANNESSON, «Penser les guerres nouvelles: La doctrine miliaire en question», Pouvoirs, n° 125, pp. 81-82.

[17] Pascal VANNESSON, «Penser les guerres nouvelles: La doctrine miliaire en question», ibid., p. 82.

[18] Bruno COLSON, «Culture stratégique», in Thierry de MONTBRIAL, Jean KLEIN, op. cit., p. 150.

[19] Cité par Bruno COLSON, ibid. p. 151

[20] Colin S. GRAY, Modern strategy, Oxford University Press, New York, 1999, p. 36.

[21] Ibid. p. 37.

[22] Loup FRANCART, « L a démarche doctrinale », Objectif doctrine, janvier 1999, p. 10-12. Cité par Pascal VANNESSON, «Penser les guerres nouvelles: La doctrine miliaire en question», op. cit., p. 82.

[23] Hervé COUTAU-BEGARIE, «Doctrine», in Thierry de MONTBRIAL, Jean KLEIN, op. cit., p. 193

[24] Vincent DESPORTES, L’Amérique en Armes. Anatomie d’une puissance militaire, Paris, Economica, 2002, 158.

[25] COUTAU-BEGARIE, ibid.

[26] Ibid.

[27] Thierry de MONITBRIAL, «Stratégie», in Thierry de MONTBRIAL, op. cit., p. 527

[28] Carl Von CLAUSEWITZ, De la guerre, Paris, Perrin (trad.), 2006, p. 78.

[29] Martin MOTTE, «Géostratégie», in Thierry de MONTBRIAL, ibid., p. 268.

[30] Parlant du «Consensus de Washington», les USA ont proposé, dans le cadre de l’AGOA, des accords commerciaux pour 37 Nations éligibles. A condition que celles-ci libéralisent, dérégulent, privatisent et ne sapent pas les intérêts de politique étrangère des Etats-Unis. SAUTMAN, HAIROUG, 2007, p. 82. Cité par Darrel D. IRWIN, “How the Dragon of Prosperity Uses State Power and Resources in Africa to Displace Western Influence”, National Strategy Forum Review, Volume 22, Issue 1, Winter 2013, p. 12.

[31] Ibid., p. 14

[32] Caroline PAILHE, «La politique pyromane…», op. cit., p. 19.

[33] Timothy A. HAZEN, «AFRICOM: A new National Security Approach for the 21st Century?», National Strategy Forum Review, Volume 22, Issue 1, Winter 2013,disponible sur le site www.nationalstrategy.com.pp. 6-7.

[34] Ibid., pp. 9-10.

[35] Alain FOGUE, « le commandement militaire américain pour l'Afrique (AFRICOM)…», op. cit.

[36] Stefan GÄNZLE, “AFRICOM and US Africa policy”, op. cit., p. 76.

[37] Ibid., p. 80.

[38] Ibid., p. 76.

[39] Theresa WHELAN,“Why Africom”, US Department of Defense, August 2007. Disponible sur le lien (http://no0ilcanarias.files.wordpress.com/2012/10/why-africom-whelan-august20071.pdf), consulté le 13 Novembre 2013

[40] Ibid.

[41] Rich JUERGENS,“AFRICOM: Combatant Command for the 21st Century”, Joint Forces Staff College, 13 June, 2008, pp. 8-10.

[42] Ibid., p. i.

[43] M SAADOUNE, «L’AFRICOM opérationnelle le 1er Octobre», Le quotidien d’Oran, 30 Septembre 2008. Disponible sur www.algeria-watch.org , consulté le 8 Septembre 2014.

[44] Ibid.

[45] Amadou Bamba NIANG, «L’Africom: un commandement pour mettre l’Afrique sous-tutelle», Afribone, 19 Novembre 2007, www.afribone.com , consulté le 9 Septembre 2014.

[46] Ce concept sera utilisé pour designer les Etats-Unis d’Amérique.

[47] allAfrica, «Liberia: Report Reveals Why Ellen Wants Africom in Liberia», 11 Octobre 2012. Disponible sur http://allafrica.com/stories/201210110846.html, consulté le 10 Septembre 2014.

[48] Ibid.

[49] Hans MORGENTHAU, Politics among Nations. The struggle for power and peace, New York, Alfred A. Knopf, second edition revised and enlarged, 1955, pp. 3-12.

[50] Dario BATISTELLA, Théories des relations internationales, 2eédition, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences politiques, 2006, p.287

[51] M. Finnemore, K. Sikkink, «Taking Stock, The constructivist Research Program in international relations and comparative politics», Annual Review of Political Science, 2001, pp. 391-416.

[52] Madeleine GRAWITZ, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 2001. p. 422.

[53] J-C. Loubet DEL BAYLE, initiation aux méthodes des sciences sociales, Paris-Montreuil, L’Harmattan, 2007, p.24.

[54] Madeleine GRAWITZ, ibid., p.424.

[55] DESPORTES Vincent, PHELIZON J. F., Introduction à la stratégie, Paris, Economica, 2007, p. 30.

[56] Ibid.

[57] Ce concept qui fait de la supériorité technologique, un élément déterminant pour la victoire se trouve limité dans un contexte où la menace est diffuse au sein de la population. Les frappes de précision et à distance n'ont plus droit de cité. Voir Général Vincent DESPORTES, Le piège américain. Pourquoi les Etats-Unis peuvent perdre les guerres d'aujourd'hui, Paris, Economica, 2011, pp. 249-254.

[58] Ibid., p.222.

[59] Ibid.

[60] Theresa WHELAN, “Why AFRICOM,” op. cit.

[61] Philippe BOULANGER, Géographie militaire, Paris, Ellipses, 2006, pp. 214-217.

[62] Theresa WHELAN, “Why AFRICOM,” op. cit.

[63] Robert BERSCHINSKY, «African Dilemma: The Global War On Terrorism, capacity Building, Humanitarianism, and the future of U.S. Security Policy in Africa.», Strategic Studies Institute of the U.S. Army War College, November 21, 2007, disponiblesurhttp://www.strategicstudiesinstitute.army.mil/pdffiles/pub827.pdf. consulté le 15 Mai 2014.

[64] Nicole VILBOUX , Les stratégies de puissance américaines, Paris, Ellipses, 2002, p. 25

[65] Ibid., pp. 26-27.

[66] Ibid., p.30.

[67] DOD, Chairman of the Joint Chiefs of Staff, Joint Pub 3-07 : Joint Doctrine for Military Operation Other Than War, Washington DC, 16 juin 1995, p. I-1.

[68] N. Vilboux, Les stratégies de puissance américaines, op.cit. p. 31.

[69] Ibid.

[70] Dibril DIOP, «l’Afrique dans le nouveau dispositif sécuritaire des Etats-Unis. De la lutte contre le terrorisme à l’exploitation des opportunités commerciales. Les nouveaux paradigmes de l’interventionnisme américain», CERIUM, Université de Montréal, juin 2009, p. 6.

[71] Niagalé BAGAYOKO-PENONE, «Approches française et américaine de la sécurité en Afrique subsaharienne», La Revue Internationale et Stratégique, n. 42, été 2001, p. 166.

[72] Vincent DESPORTES, Le piège américain. Pourquoi les Etats-Unis peuvent perdre les guerres d'aujourd'hui, op. cit., p. 274.

[73] Ibid., pp. 274-275.

[74] Henry KISSINGER, Nuclear Weapon, cité par V. DESPORTES, ibid., p.274.

[75] Philippe BRAILLARD, Gianluca MASPOLI , «La «Révolution dans les affaires militaires: paradigmes stratégiques, limites et illusions», Annuaire Français de Relations Internationales, Volume III, 2002, p. 632.

[76] Antoine-Henri JOMINI, Précis de l'art de la guerre, Paris, Perrin, 2001, p. 287.

[77] Carl Von CLAUSEWITZ, De la guerre, op. cit., p. 78.

[78] Gérard CHALIAND, Arnaud BLIN, Dictionnaire de stratégie militaire, Paris Perrin, 1998, p. 232.

[79] Cité par Gérard CHALIAND, ibid., p. 34.

[80] Al-Ayat, «Irak, l’échec américain», Courier International, 15 Mars 2013 Disponible sur www.courrierinternational.com consulté le 28 janvier 2014.

[81] JCS, Stability Operations, Joint Publication 3-07, 29 Septembre 2011, p. vii.

[82] Paul HAERI, De la guerre à la paix, pacification et stabilisation post-conflit, Paris Economica 2008, p. 67.

[83] Vincent DESPORTES, Le piège américain…, op. cit., p. 264.

[84] Frank BURBAGE, «L’efficacité militaire: spécificité et paradoxe», Entretien avec le colonel Patrick Destremau, Cahiers Philosophiques, 2010/1, n° 121, pp. 109-113.

[85] JCS, “Stability Operations” Joint Publication 3-07, op. cit. pp. vii-viii.

[86] Statement of General Cater HAM before the Senate Armed Services Committee, DOD, 2012 Posture, United States Africa Command, March 1st , 2012, disponible sur le site de l’AFRICOM www.africom.mil. consulté le 22 Novembre 2013.

[87] Yves AUNIS, «AFRICOM, un laboratoire de mise en œuvre de l’approche globale», in Diplomatie, 15 Février 2011.

[88] Jean Du Bois de GAUDUSSON, «Nouveaux conflits, Solutions nouvelles?», Questions Internationales, n° 5, janvier-février 2004, p. 4.

[89] Bernard WICHT, «Vers l’ordre oblique: la contre guérilla à l’âge de l’infoguerre», in Hervé COUTAU-BEGARIE (dir.), Stratégies irrégulières, Paris, Economica, 2010, pp. 831-836.

[90] Ibid., p. 835.

[91] Alain FOGUE, Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique noire, Paris, L'Harmattan, 2008, p. 10.

[92] Banque Mondiale, Briser la spirale des conflits. Guerre civile et politique de développement, Paris, Nouveaux Horizons, 2005, pp. 87-88.

[93] Ibid., p.31.

[94] Voir données statistiques du SIPRI.

[95] Unicef, Les enfants, les DSRP et les budgets au Tchad, Notes de Synthèse, février 2009, p. 3.

[96] Cherif OUAZANI, «Operation Remobilisation», Jeune Afrique, n. 2683, du 10 au 16 Juin 2012, p. 24.

[97] Données du SIPRI.

[98] Ibid.

[99] Cherif OUAZANI, «Operation Remobilisation», op. cit., p. 27.

[100] JCS, Stability Operations, Joint Publication 3-07, op. cit., p. ix.

[101] White House, National Security Strategy of the United State of America, Washington, DC, Septembre2002, p. v.

[102] BELLAMY, «L’engagement des Etats-Unis en matière de sécurité en Afrique», Bulletin de la sécurité africaine, n° 1, Juin 2009, Centre d’Etude Stratégique d’Afrique, disponible sur le lien http://www.africacenter.org, consulté le 4 Février 2014.

[103] Emmanuel GREGOIRE, «Le Sahara. Quelques signes inquiétants de conflits à venir…», Les Grand Dossiers de Diplomatie, n. 7, février-mars 2012, p. 90.

[104] Sophia CLEMENT-NOGUIER, «Un concept aux multiples facettes. Sécurité du fort contre asymétrie du faible», Revue Internationale et Stratégique, n. 51, Automne 2003, p. 92.

[105] 2010 Quadrennial Defense Review.

[106] DOD, “News Briefing with principal Deputy under Secretary Henry from pentagon”, February 7, 2007.

[107] Vincent DESPORTES, J. F., PHELIZON , Introduction à la stratégie, Paris, Economica, 2007, p. 74.

[108] Cité par DESPORTES (Vincent), Le piège américain…, op. cit., p. 266

[109] William ASSANVO, «Etat de la menace terroriste en Afrique de l’Ouest», Les Notes d’Ovida, n° 12, juillet 2012. Disponible sur www.ovida-afrido.org consulté le 11 Mai 2013.

[110] Ibid.

[111] Franck-Emmanuel CAILLAND, Bruno DELAMOTTE, «Terrorisme et contre-terrorisme après les attentats du 11 Septembre 2001», in Pascal BONIFACE (dir.), Les leçons du 11 Septembre, Paris, PUF, 2001, p. 60.

[112] Nathalie CETTINA, terrorisme, l’histoire de sa mondialisation, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 20.

[113] Jean-Pierre FILIU, «Could Al-Qaeda turn African in the Sahel? », Carnegie Papers, number 112, June 2010, disponible sur http://carnegieendowment.org/files/al_qaeda_sahel.pdf consulté le 15 Mai 2013.

[114] Emmanuel OGALA, “exclusive: Boko Haram gets N40million donation from Algeria”, Premium Times, May 13, 2012. http://premiumtimesng.com, Consulté le 2 Mars 2014.

[115] A. R. GANDOUR, Jihad humanitaire. Enquête sur les ONG islamiques, Paris, Flamarion, 2002. Cité par Dibril DIOP, «l’Afrique dans le nouveau dispositif sécuritaire des Etats-Unis. De la lutte contre le terrorisme à l’exploitation des opportunités commerciales. Les nouveaux paradigmes de l’interventionnisme américain», op. cit., p. 4.

[116] Patrick DOMBROWSKY, «Dangereuse Corne de l’Afrique», Géostratégiques, n. 38, 1er trimestre 2013, p. 17.

[117] Cité par Dibril DIOP, «L’Afrique dans le nouveau dispositif sécuritaire des Etats-Unis…» op. cit, p. 6.

[118] Ibid., p. 13-14.

[119] Pierre ABRAMOVICI, «Activisme Militaire de Washington en Afrique», Le Monde Diplomatique, Juillet 2004, p. 14.

[120] D. DIOP, juin 2009, op. cit. p. 14.

[121] Lauren PLOCH, “Africa Command: U.S Strategic Interests and the Role of the U.S. Military in Africa”, Congressional Research Service, Report for Congress, July 2007.

[122] Alain FOGUE, «Le Commandement Militaire Américain pour l’Afrique», op. cit.

[123] Lauren PLOCH, Juillet 2007, op. cit.

[124] D. DIOP, juin 2009, op. cit. p. 12.

[125] A. FOGUE, Ibid.

[126] Informations disponibles sur le site d’AFRICOM.

[127] Ibid.

[128] Simon LETENDRE, «Le péril maritime: l'exemple du canal de SuezHYPERLINK "http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=695"»HYPERLINK "http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=695", Perspective Monde HYPERLINK "http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=695",HYPERLINK "http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=695" Université de SherbrookeHYPERLINK "http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=695", HYPERLINK "http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=695"HYPERLINK "http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=695"24 février 2008.

[129] Luis AMARO, «L’Afrique de l’Ouest, la nouvelle aventure des impérialismes états-unien et européen», Investig’Action, disponible sur http://www.michelcollon.info/IMG/article_PDF/article_a2843.pdf, consulté le 6 Septembre 2014.

[130] International Maritime Organization, Annual Report on Acts of Piracy and armed Robbery Against Ships, London, April 2, 2013, p. 2.

[131] Ibid.

[132] Hassan DJAMA FARAH, «Djibouti: un hub anti-piraterie et un acteur principal de médiation dans la crise somalienne», Diplomatie, n. 56, mai-juin, 2012, p. 44.

[133] Rapport annuel 2008 du Bureau Maritime International consacré à la piraterie.

[134] Ces données sont issues d’un croisement entre les rapports du BMI de 2008 et de 2011, mais également celui de l’IMO de 2012.

[135] E. Susan RICE (Remarks by), At a security Council Debate on Piracy and Maritime Armed Robbery in the Gulf of Guinea, New York, February 27, 2012.

[136] Ce concept traduit l’augmentation impressionnante des flux commerciaux à travers la mer. Voir Martin MOTTE, «Stratégie maritime», in Thierry de MONTBRIAL et Jean KLEIN, Dictionnaire de stratégie, op. cit., p.563.

[137] Ibid., p. 560

[138] Cité par Martin MOTTE, «Stratégie maritime», ibid., p. 559.

Fin de l'extrait de 180 pages

Résumé des informations

Titre
L’AFRICOM dans la politique américaine de sécurité en Afrique. L'évolution doctrinale à l’épreuve des contraintes géostrategiques
Université
University of Yaounde II
Cours
science politique
Note
16
Auteur
Année
2012
Pages
180
N° de catalogue
V354617
ISBN (ebook)
9783668417984
ISBN (Livre)
9783668417991
Taille d'un fichier
2566 KB
Langue
Français
mots-clé
AFRICOM; politique de sécurité
Citation du texte
André Désiré Foumane (Auteur), 2012, L’AFRICOM dans la politique américaine de sécurité en Afrique. L'évolution doctrinale à l’épreuve des contraintes géostrategiques, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/354617

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