L'influence de la langue latine savante sur la langue française au XVIe siècle


Essai, 1998
7 Pages
Angelika Felser (Auteur)

Extrait

L’influence de la langue latine savante sur la langue française au XVIe siècle

Par « influence de la langue latine savante sur la langue française au XVIe siècle » l'on entend l’influence que le latin écrit et le langage technique fixé par écrit ont exercé sur la langue française.

Dès les premiers textes considérés comme français (« Les Serments de Strasbourg » de 842, « Séquence de Sainte Eulalie » de 882/83), les Français empruntent des mots savants à des textes écrits en grec ou en latin. Ainsi des mots tels que « honestet, nobilitet, virginitet » ont été empruntés très tôt (voir la « Séquence de Sainte Eulalie »).

Au XIIe et XIIIe siècle, l’influence de la langue latine savante sur la langue française est considérable et augmente, désormais grâce à l’influence qu’elle exerce dans les domaines du droit, de l’église et des sciences.

L'influence atteint son apogée entre le XIVe et le XVIe siècle, « Renaissance » du XIIe siècle.

Les humanistes essayaient de restituer la langue latine dans sa pureté antique.

Les points suivants ont favorisé cette évolution:

a) Les textes découverts à cette époque entraînent une vague énorme de traductions et favorisent ainsi l’influence de la langue latine, ce qui mène à une véritable mode par rapport à l’emploi de la langue latine.

b) La langue latine savante entre dans plus en plus de domaines et devient le langage administratif, documentaire, judiciaire ainsi que scientifique.

Pourtant, il faut souligner que ce sont, avant tout, les langages techniques (des domaines du droit, de l’église, de l’enseignement et de la philosophie) qui adoptent les mots latins savants afin de remplir les carences de la langue française. Le latin savant leur fournit des mots abstraits ainsi que des moyens d’expression simples et univoques remplaçant de périphrases ambivalentes et compliquées.

L’humanisme fait naître l’idée de vulgariser les connaissances de l’antiquité, ce qui est possible grâce à la traduction des œuvres antiques.

Parmi les traducteurs, on peut citer d’ailleurs, les réformateurs de l’orthographe comme

Louis Meigret (1541) : « Traité du monde » (Aristote), (1548) : « Le Menteur » (Lucien)

Jacque Peletier du Mans (1547) : en partie « Odyssée » (Homère)

Geoffrey Tory (1532) : « Civiles Institutions » (Plutarque).

De même, Jacques Lefèvre d’Etaples (Faber Stapulensis) se met à traduire la Bible sous la protection de François Ier : « La Sainte Bible en françois » (1530).

Même si la langue française jouit d’un prestige de plus en plus grand, il lui manque des moyens d’expressions pour bien rendre les œuvres anciennes.

C’est la traduction qui permet d’enrichir le vocabulaire français. Si le traducteur français n’a pas d’homologues du mot à traduire, il prend le mot en question directement à la langue dans laquelle le texte est rédigé.

D’après Pierre Guiraud, en français moderne, il y a à peu près 2800 mots d’origine latine ou grecque, dont 24% ont été empruntés à l’ancien français et 55% au moyen français (dont 22,5 % au XIVe siècle, 8,5% au XVe siècle et 24% au XVIe siècle). Selon Heinz-Jürgen Wolf, les Français empruntent environ 30% de la somme totale de leurs mots savants au XVIe siècle.

De l’ensemble de ces mots, l’on peut distinguer trois sortes d’influence de la langue latine savante: premièrement, des « mots savants », deuxièmement, des « mots demi-savants », troisièmement, des « relatinisations ».

Par « mots savants », on entend l’emprunt direct d’un mot latin sous sa forme originale pris de textes latins ou bien de langages techniques latins :

« client » (< cliens), « culture » (< cultura), « famille » (< familia), « question » (< quaestio), « sujet » (< subjectum).

Aussi des mots comme « classique » (1548), « concret » (1508-1517), « dépravation » (1532), « désuétude » (1596), « divaguer » (1534), « érosion » (1541), « exceller » (1544), « fébrile » (1503), « imperméable » (1546), « indélébile » (1528), « secteur » (1542), « semestre » (environ 1596), « véhicule » (1551) en servent d'exemples.

Les mots savants ne furent « francisés » que d’un degré superficiel. D’après Arnulf Stefenelli, 50 % de ces mots d’emprunts sont des substantifs. Ils ont été pris dans le vocabulaire pour y remplir des tâches différentes:

- remplir des carences linguistiques et donner ainsi au lecteur la possibilité de s’exprimer de façon plus différenciée (surtout au niveau abstrait),
- réduire les homonymies (« inviter » « « envier ») ainsi que des polysémies (« éducation » « « nourriture »),
- enrichir le vocabulaire scientifique de plus de termes techniques qui seraient plus dignes de la science, plus élevés.

Pourtant, les mots savants ne contribuèrent pas toujours à l’élargissement du vocabulaire, mais aussi -selon Walther von Wartburg- parfois à la dispersion de différentes familles de mots francais et, par conséquent, à la perte de la « motivation » morphologique.

Ainsi, le lexème savant « maturité » brisa le rapport dérivatif entre « mûreté », « mûrison » et la base adjectivale « mûr ».

Ceci ne fut pas la règle, car, selon Stefenelli, il arriva également que les Français adoptèrent outre les radicaux, toute la famille du mot. Ainsi l’on emprunta le verbe « fatiguer » et la dérivation « fatique ».

Des « mots demi-savants » sont des mots -à l’origine, populaire- qui n’ont pas subi tous les développements phonétiques et sémantiques, par exemple le mot latin « spiritus » devient « l’esprit » en langue française moderne (on garde le <s> devant les consonnes) ou bien le mot latin « utilem » qui devient « utile » en ancien français . Cela veut dire qu'on garde le [«] instable ou bien muet).

Comme la qualité de la langue latine reste un idéal, l’on relatinise, soit sous forme d’une « relatinisation externe », soit sous celle d’une « relatinisation interne ».

L’on parle d’une « relatinisation externe », lorsqu’on se réfère à la forme d’un mot.

Il s’agit d’une relatinisation d' un mot populaire ou d’un mot dérivant du latin -faisant partie intégrale du français- lorsqu'il est rapproché du mot originaire duquel il s’est éloigné à cause des lois phonétique.

Ainsi, le mot « verté » (ancien français) est rapproché au mot latin « veritas », ce qui donne «la vérité » en français moderne.

Des mots comme « aver » (mot populaire) et « estoire » (mot populaire), relatinisés en « avare » et « l’ histoire » sous l’influence des mots latins « avarus » et « historia », en servent également d’exemples.

D'autres exemples sont « entrerompre » > interrompre, « e(spere) > sphère/espérer, « ochaison » > « occasion ».

Par contre, les « relatinisations internes » concernent le rapprochement sémantique du mot populaire au mot latin savant.

Ainsi, le mot « curieux » qui d’abord n’eut que le sens de « avoir souci de qc » adopte au XVIe siècle le sens de « qui cherche à connaître ce qui ne le regarde pas ». Le mot la « peine » prend à partir du XIIe siècle aussi la signification du mot latin classique (la « punition » (le supplice)).

Les relatinisations ont plusieurs fonctions. Ils remplissent les carences linguistiques, comblent le vocabulaire français de variantes stylistiquement plus élevées et font disparaître les conflits d’homonymies. Ainsi, ils différencient la signification:

[...]

Fin de l'extrait de 7 pages

Résumé des informations

Titre
L'influence de la langue latine savante sur la langue française au XVIe siècle
Université
University of Münster  (Romanistisches Institut)
Auteur
Année
1998
Pages
7
N° de catalogue
V377998
ISBN (ebook)
9783668561212
ISBN (Livre)
9783668561229
Taille d'un fichier
472 KB
Langue
Français
mots-clé
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Citation du texte
Angelika Felser (Auteur), 1998, L'influence de la langue latine savante sur la langue française au XVIe siècle, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/377998

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