Les déterminants de la pérennité des coopératives agricoles en milieux périurbain et urbain du Bénin


Thèse de Doctorat, 2014
308 Pages, Note: 18/20

Extrait

TABLE DES MATIERES

REMERCIEMENTS

RESUME

ABSTRACT

LISTE DES ACRONYMES

LISTE DES FIGURES

LISTE DES TABLEAUX

SOMMAIRE

INTRODUCTION GENERALE

CHAPITRE 1. DYNAMIQUE DE L’ENTRENEURIAT SOCIAL ET L’EMERGENCE DES COOPERATIVES AGRICOLES DE TYPE D’ACTIVITES ET D’EMPLOI
SECTION 1. BREF APERÇU DU processus d’émergence du CONCEPT DE L’ENTREPRENEURIAT en économie SOCIALe et solidaire
1.1. Genèse du secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS)
1.1.1. Evolution des concepts de l’économie sociale et de l’économie solidaire
a) Evolution de la manifestation de l’économie sociale
b) L’émergence du concept de l’économie solidaire
1.1.2. Champs et étendue du secteur de l’économie sociale et solidaire
a) Etendue et reconnaissance institutionnelle de l’économie sociale et solidaire
b) Champs d’activités du secteur de l’économie sociale et solidaire
1.2. Approche conceptuelle de l’entrepreneuriat en économie sociale et solidaire
1.2.1. Approches de définitions du concept de l’entreprenariat social
a) Définition du concept de l’entreprenariat
b) Le concept de l’entreprenariat social : quelques approches de définition
1.2.2. Bref aperçu du concept de l’entrepreneur social
a) Définition du concept d’entrepreneur
b) Notion de l’entrepreneur social
1.3. Analyse du cadre de développement de l’entrepreneuriat social
1.3.1. Les facteurs favorables au développement de l’entrepreneuriat social
a) Les motivations à l’entreprenariat sociale
b) La reconnaissance juridiques des entreprisses coopératives
1.3.2. Analyse du parcours hystérique de l’entrepreneuriat social
a) Des organisations caritatives à l’émergence des coopératives sociales
b) L’entrepreneuriat social à l’ère de la mondialisation des économies
SECTION 2. INNOVATIONS SOCIALES EN ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE ET L’EMERGENCE DE COOPERATIVES D’ACTIVITES ET D’EMPLOI (CAE)
2.1. Approche conceptuelle d’innovations sociales en économie sociale et solidaire
2.1.1. Les approches conceptuelles d’innovation sociale
a) Définition du concept de l’innovation sociale
b) Acteurs et processus des innovations sociales
2.1.2. L’émergence de l’innovation sociale en économie sociale et solidaire
a) Genèse du concept d’innovation sociale en économie sociale et solidaire
b) Interprétations des auteurs de l’innovation sociale en économie sociale et solidaire
2.2. Innovations sociales et l’émergence des entreprises coopératives
2.2.1. Définition et caractéristiques des entreprises coopératives
a) Définition du concept de la coopérative
b) Caractéristiques socio-économique et juridique des entreprises coopératives
2.2.2. Cadre général du développement des entreprises coopératives
a) Innovations sociales et souplesse des entreprises coopératives
b) L’émergence des entreprises coopératives
2.3. Les années 1990 et l’émergence des coopératives d’activités et d’emploi
2.3.1. Approche conceptuelle de la coopérative d’activités et d’emploi (CAE)
3.3.2. Aperçu général de l’émergence des coopératives d’activités et d’emploi (CAE)
SECTION 3. L’EMERGENCE DES COOPERATIVES AGRICOLES EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE : un CADRE D’ANALYSE
3.1. Vers un repérage de modèles coopératifs agricoles depuis l’époque coloniale
1.3.1. Les modèles coloniaux de coopératives agricoles
a) Les coopératives de producteurs
b) Le modèle unifié des coopératifs agricoles
c) Des coopératives agricoles semi-publiques aux sociétés mutuelles
1.3.2. L’émergence de modèles coopératifs agricoles aux origines non coloniales
3.2. Le développement du mouvement coopératif agricole après les indépendances
3.2.1. Les expériences coopératives agricoles des années 1960 et
a) L’expérimentation coopérative agricole postcoloniale
b) Autres tentatives de développement coopératif agricole
3.2.2. Le mouvement coopératif agricole après les années
a) Ajustements structurels et mouvement coopératif agricole
b) Evolution des traditions coopératives agricoles depuis les années
3.3. Dynamisme du mouvement coopératif agricole depuis son origine
3.3.1. Bilan du mouvement coopératif colonial
3.3.2. Bilan de l’expérimentation coopérative postcoloniale

CHAPITRE 2. ANALYSE DE LA PERENNITE DES COOPERATIVES AGRICOLES DU BENIN PAR LE MODELE D.E.A
SECTION 1. CADRE D’ANALYSE DE LA PERENNITE DES entreprises COOPERATIVES
1.1. Approche conceptuelle de la pérennité des entreprises
1.1.1. Quelques définitions du concept de pérennité
1.1.2. Les facteurs-clés de la pérennité des entreprises
a) L’identité comme facteur explicatif de la pérennité
b) L’importance de la légitimité dans l’analyse de la pérennité de l’entreprise
c) La disponibilité des ressources comme facteur essentiel à la pérennité
1.2. Mise en perspectives théoriques de la pérennité des entreprises
1.2.1. La pérennité en entreprise : une gestion paradoxale
a) Les courants du déterminisme environnemental
b) Le volontarisme stratégique des entreprises
1.2.2. Les approches opérationnelles de la pérennité des entreprises
a) Le pérennité organisationnelle des entreprises
b) La prédominance de l’aspect financier dans l’analyse de la pérennité
1.3. Implications du concept de pérennité pour les entreprises coopératives
1.3.1. Vers un cadre d’analyse de la pérennité des entreprises coopératives
a) L’identité des entreprises coopératives
b) La légitimité des coopératives
c) La disponibilité des ressources dans les coopératives
1.3.2. La pertinence de la question de pérennité dans les entreprises coopératives
a) Le secteur coopératif face à la crise cyclique et structurelle
b) L’importance des coopératives dans la résolution des crises financières
c) Les entreprises coopératives face à la question de crise économique et de l'emploi
SECTION 2. FONDEMENTS METHODOLOGIQUES DE L’ANALYSE DE LA PERENNITE PAR L’APPROCHE DE SURVIE ORGANISATIONNELLE
2.1. Genèse de l’approche de survie organisationnelle
2.1.1. Conditions d’émergence de l’approche de survie organisationnelle
a) Limites des seuls indicateurs de performance dans l’analyse de la pérennité
b) Identification des déterminants de la pérennité organisationnelle
2.1.2. La survie, un élément intrinsèque de la pérennité
a) Les facteurs de disparition des entreprises
b) La longévité organisationnelle, un facteur inhérent à la pérennité
2.2. Modélisation de l’analyse de survie organisationnelle
2.2.1. Modélisations multidimensionnelles
a) Modèle combinant multiples variables
b) Le modèle de Lussier
2.2.2. Modélisation statistique de l’approche
a) La méthode de régression de Cox
b) La méthode de régression logistique
2.3. Notre approche méthodologique d’analyse de la survie des coopératives agricoles
2.3.1. Construction de notre modèle d’analyse
a) Le modèle théorique d’analyse
b) Notre modélisation statistique d’analyse
2.3.2. Traitement et analyse des données
a) Données d’analyse
b) Analyse des données
SECTION 3. ANALYSE DE LA SURVIE OU PERENNITE ORGANISATIONNELLE DES COOPERATIVES AGRICOLES
3.1. Présentation du cadre général de l’étude
3.1.1. Quelques caractéristiques importantes du Bénin
a) Développement humain et contextes économique et politique
b) Le secteur agricole et le développement des coopératives agricoles
3.1.2. Caractéristiques générales de l’Atlantique-Littoral, principales zones de l’étude
a) Caractéristiques naturelles de départements de l’Atlantique-Littoral
b) Situation socio-économique des départements de l’Atlantique-Littoral
3.2. Analyse de la viabilité des coopératives agricoles
3.2.1. Vers un repérage identitaire des coopératives agricoles de l’Atlantique-Littoral
a) Typologie des coopératives agricoles
b) Répartition géographique des coopératives agricoles
3.2.2. Appréciation de la viabilité des coopératives agricoles de l’Atlantique-Littoral
a) Existence réelle des coopératives agricoles
b) Niveau de fonctionnalité des coopératives agricoles
3.3. Analyse de la pérennité organisationnelle des coopératives agricoles
3.3.1. Taux de survie des coopératives agricoles au 31 décembre
3.3.2. Taux de survie à trois ans, des coopératives agricoles

CHAPITRE 3. LES FACTEURS DETERMINANTS DE LA PERENNITE DES COOPERATIVES AGRICOLES au BENIN
SECTION 1. CADRE THEORIQUE DE L’ANALYSE DES DETERMINANTS DE LA PERENNITE DES ORGANISATIONS
1.1. L’analyse de la pérennité des coopératives par le concept de performance
1.1.1. Approche conceptuelle de la performance des organisations
a) Quelques définitions du concept de performance
b) Les leviers de la performance organisationnelle
1.1.2. Relation entre performance et pérennité en entreprises coopératives
a) La performance comme source de pérennité
b) La performance comme source de non pérennité
1.2. Importance de la gouvernance dans l’analyse de la pérennité en coopératives
1.2.1. Concept et théories de la gouvernance en organisation
a) Le concept de gouvernance en organisation
b) Les bases théoriques de la gouvernance d’entreprise
1.2.2. L’influence de la gouvernance sur la pérennité en entreprises coopératives
a) Opérationnalisation de la gouvernance en entreprises coopératives
b) La gouvernance et la performance des coopératives
1.3. Autres facteurs déterminants de la pérennité des organisations
1.3.1. Les déterminants sectoriels et l’accompagnent
a) Le secteur d’activité
b) L'accompagnement : un critère déterminant de pérennité
1.3.2. Les déterminants individuels
a) La taille
b) Les facteurs financiers
c) Les autres facteurs individuels
SECTION 2. APPROCHE D’EFFICIENCE TECHNIQUE POUR L’ANALYSE DES DETERMINANTS DE LA PERENNITE
2.1. Approche théorique de la mesure de l’efficacité technique
2.1.1. Clarification conceptuelle de l’efficacité technique
a) Notion d’efficacité technique
b) Description du graphe de la technologie de production multi-output
c) Les modèles conceptuels de l’efficacité technique
2.1.2. Mesure de l’efficacité technique
a) Mesure de l’efficacité technique d’input de Debreu-Farell
b) Mesure de l’efficacité technique d’output de Debreu-Farell
c) Mesure de l’efficacité technique à la Chambers & al. (1996, 1998)
2.2. Les modèles retenus d’analyse des déterminants de la pérennité des coopératives
2.2.1. Modèles de l’efficacité technique du DEA et de productivité partielle
a) Le modèle de productivité partielle
b) Le modèle de l’efficacité technique du DEA
2.2.2. La méthode de dysfonctionnements pour l’analyse de la gouvernance
a) L’approche de dysfonctionnements dans l’analyse de la gouvernance
b) Construction d’un indice de gouvernance des coopératives agricoles
2.3. Variables et analyse des données
2.3.1. Les variables d’analyse
a) Les modèles mixtes
b) Choix des variables
2.3.2. L’analyse des données
a) Les données
b) Synthèse de la démarche méthodologique d’analyse
PERENNITE
SECTION 3. ANALYSE DE L’EFFICIENCE DES DETERMINANTS DE LA PERENNITE DES COOPERATIVES AGRICOLES
3.1. Caractéristiques générales des unités observées
3.1.1. Traits caractéristiques de l’ensemble de l’échantillon observé
a) Représentativité de l’échantillon
b) Traits caractéristiques des unités de l’échantillon
3.1.2. Description statistique des données de l’échantillon
a) Données statistiques du modèle technique (M1)
b) Données statistiques du modèle financier (M2)
3.2. Performance et qualité de la gouvernance au sein des unités observées
3.2.1. La performance des coopératives agricoles observées
a) L’équilibre structurel des unités observées
b) L’équilibre d’exploitation des unités observées
3.1.2. La qualité de la gouvernance au sein des unités observées
a) Analyse des résultats issus des observations
b) Relation entre la qualité de la gouvernance et la survie des coopératives agricoles
3.3. L’efficience technique des secteurs d’activités des coopératives agricoles
3.3.1. Quelques liaisons statistiques
3.3.2. Analyse comparative des scores d’efficience entre les groupes

CONCLUSION GENERALE

ANNEXES

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

REMERCIEMENTS

La réalisation de cette thèse a entraîné la sollicitation de plusieurs personnes. C’est ici l’occasion d’exprimer mes profondes gratitudes à toutes ces personnes qui ont contribué à la réussite de ce travail. Je voudrais particulièrement remercier :

Le Professeur Magloire LANHA, professeur agrégé des Universités et Directeur de Laboratoire de Microéconomie de Développement à l’Université d’Abomey-Calavi, promoteur de cette thèse, qui m’a accordé sa confiance dès mes premières discussions sur le projet et s’est personnellement investi en me garantissant tous les appuis scientifique, relationnel et logistique nécessaires à ma réussite. Je voudrais lui témoigner ma profonde gratitude pour m’avoir offert l’opportunité d’accomplir la thèse de doctorat dans un domaine novateur de la Science Sociale devenu stratégique face aux enjeux de développement en Afrique. De plus, son sens de l’écoute, sa disponibilité inconditionnelle malgré ses multiples responsabilités, ainsi que ses encouragements permanents ont été très déterminants dans l’aboutissement de cette thèse, et constitueront toujours une source intarissable d’inspiration tout au long de notre carrière.

Le Professeur Damien Akoété Ega AGBODJI, Doyen de la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FASEG), de l’Université de Lomé (Togo), membre du Comité de thèse, dont la rigueur scientifique, la disponibilité, les conseils et le soutien logistique requièrent toutes mes admirations et ma sincère reconnaissance. J’ai ainsi bénéficié d’un encadrement scientifique rigoureux et de grande qualité, marqué par ses riches expériences et ses conseils et remarques toujours judicieux.

Le Professeur Afouda Jacob YABI, professeur à la Faculté d’Agronomie de l’Université de Parakou, à qui je dois ma familiarité avec les thématiques dominantes en agro-économie et l’apprentissage de la démarche scientifique spécifique à ce domaine. Je voudrais le remercier pour la grande qualité de ses contributions scientifiques, la pertinence de ses conseils et pour son appui dont j’ai bénéficié à toutes les étapes de l’élaboration de cette thèse.

Dr Ir Guy Sourou NOUATIN, enseignant à la Faculté Agronomique et Vice-recteur de l’Université de Parakou, qui a été ma première source d’inspiration au moment de l’élaboration du projet de thèse. Je voudrais lui exprimer ma profonde gratitude d’une part pour son appui scientifique, ses critiques constructives, son accompagnement méthodologique et ses conseils toujours pertinents et, d’autre part, pour toute l’attention qu’il a toujours accordée à mes problèmes quotidiens.

J’exprime ma profonde gratitude à toute l’équipe du Centre d’Action Régional pour le Développement Rural (CARDER) Atlantique-Littoral qui a facilité ma recherche documentaire et pratique sur le terrain. J’adresse également mes sincères remerciements à toutes les personnes physiques ou morales qui ont été d’un grand soutien lors de la collecte des données.

Je remercie les responsables de la bibliothèque de la FASEG de l’Université d’Abomey-Calavi, ainsi que ceux de l’Université Africaine de Développement Coopératif (UADC). Mes remerciements vont également à l’endroit des responsables des coopératives agricoles de l’Atlantique-Littoral. Il en est de même pour les personnes ressources qui m’ont accordé de précieux temps d’investigations ainsi que leurs appuis techniques et logistiques durant la collecte ou/et le traitement des données.

Mes remerciements vont également à l’endroit du PDG du Groupe BK-Université et aux Directeurs Généraux des « Institut International de Management » et à toutes leurs équipes pour l’accueil et le soutien scientifique et logistique dont j’ai toujours bénéficié lors de nos séjours de recherche dans Lomé, Ouagadougou, Niamey, Bamako. J’exprime toute notre gratitude à mes ainés dont les lectures ont permis d’améliorer la qualité du texte.

Je remercie également mes frères et sœurs ainsi que tous les membres de ma famille et les amis dont les encouragements et le soutien constants m’ont beaucoup marqués.

A vous tous, merci encore une fois.

RESUME

Cette thèse s’est intéressée aux déterminants de la pérennité des coopératives agricoles du Bénin. A cet effet, trois axes ont caractérisé la démarche scientifique adoptée. Le première, relatif à la question de pérennité vise à évaluer le taux de pérennité à trois ans des coopératives agricoles du Bénin. Le deuxième axe a consisté à déterminer l’effet des facteurs tels que "la performance" et "la qualité de la gouvernance" sur la pérennité des coopératives viables. Le troisième axe a comparé les divers secteurs d’activités en présence afin d’analyser leurs atouts sur la pérennité des coopératives agricoles observées. Pour y parvenir, plusieurs modèles d’efficiences techniques ont été combinés.

Les résultats obtenus révèlent que seuls 47,12% des coopératives agricoles du Bénin parviennent à franchir le cap de leur troisième année d’existence. Pour la plupart des coopératives viables, la performance et la qualité de la gouvernance constituent les fondements de leur pérennité. Par ailleurs, les résultats concèdent un avantage comparatif aux coopératives des secteurs de palmier à huile et de cultures maraichères, en termes de chances de pérennité. Cependant les variations de scores d’efficience observées sous l’effet de changement de modèles retenus, ne favorise pas une conclusion tranchée sur l’influence du secteur d’activité sur la pérennité des coopératives agricoles.

Mots clés : Pérennité, Coopératives d’activités et d’emplois, Gouvernance, Performance

ABSTRACT

This thesis was interested in the determiners of the sustainability of the agricultural cooperatives of Benin. For that purpose, three axes characterized our scientific approach adopted. The first one, concerning the question of sustainability aims, estimates the rate of sustainability in three years of the agricultural cooperatives of Benin. The second axis consisted in determining the effect of factors such as «the performance " and " the quality of the governance " on the sustainability of the viable cooperatives. The third axis compared the diverse business sectors in presence to analyze their assets on the sustainability of the observed agricultural cooperatives. To reach there, several models of technical efficiencies were combined.

The obtained results reveal that only 47,12 % of the agricultural cooperatives of Benin succeed in turning the corner of their third year of existence. For the most part of the viable cooperatives, the performance and the quality of the governance establish the foundations of their sustainability. Besides, the results grant a comparative advantage to the cooperatives of the sectors of palm tree with oil and truck farmings, in terms of chances of sustainability. However the variations of scores of efficiency were observed under the influence of change of reserved models, do not favor a conclusion cut on the influence of the business sector on the sustainability of the agricultural cooperatives.

Keywords : Sustainability, Cooperatives of activities and jobs, Governance, Performance

SIGLES ET ACRONYMES

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

LISTE DES FIGURES

Figure 2. 1 : Schéma conceptuel pour l’analyse de la pérennité des coopératives

Figure 2. 2 : Notre modèle d’analyse

Figure 2. 3 : Répartition des coopératives agricoles par maillon d’activité

Figure 2. 4 : Répartition des coopératives agricoles par filière

Figure 2. 5 : Evolution du nombre de coopératives agricoles par filière

Figure 2. 6 : Etat fonctionnel ou non des coopératives agricoles

Figure 2. 7 : Etat fonctionnel ou non des coopératives agricoles

Figure 2. 8 : Taux de survie des coopératives agricoles au 31 décembre

Figure 3. 1 : Trilogie de la performance organisationnelle

Figure 3. 2 : Relations de cause à effet entre viabilité et performance

Figure 3. 3 : Graphe de la technologie de production

Figure 3. 4 : Illustration de la mesure d'efficacité : cas de deux intrants

Figure 3. 5 : Mesure de Debreu-Farell en input

Figure 3. 6 : Mesure de Debreu-Farrell en output

Figure 3. 7 : Fonction distance directionnelle

Figure 3. 8 : Le modèle de la pérennité des coopératives agricoles

Figure 3. 9 : Composition des ressources durables

Figure 3. 10 : Taux de charge d’exploitation (TCE) des unités observées

Figure 3. 11 : Evolution du Taux de charge d’exploitation (TCE) des unités observées

Figure 3. 12 : Distribution des coopératives agricoles sur les classes d’indices de gouvernance

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 0. 1 : Synthèse de spécification des relations qui existent entre les aspects axiologique, méthodologique et théorique de la thèse

Tableau 1. 1 : Nombre de coopératives et de membres dans les colonies britanniques (1959)

Tableau 2. 1 : Variables selon les thématiques

Tableau 2. 2 : Synthèse de la répartition des coopératives agricoles par commune

Tableau 2. 3 : Synthèse de la répartition des coopératives agricoles par année de création

Tableau 2. 4 : Synthèse de l’évolution de création des coopératives agricoles

Tableau 2. 5 : Synthèse de taux de survie à trois ans des coopératives agricoles

Tableau 2. 6 : Statistiques de taux de survie à trois ans des coopératives agricoles

Tableau 3. 1 : Processus de déclin des entreprises

Tableau 3. 2 : Grille des prises de décisions

Tableau 3. 3 : Variables de mesure de la qualité de gouvernance des coopératives agricoles

Tableau 3. 4 : Modèles DEA applicables à l’analyse de l’efficience des coopératives agricoles

Tableau 3. 5 : Représentativité de l’échantillon

Tableau 3. 6 : Traits caractéristiques des unités de l’échantillon

Tableau 3. 7 : Statistique descriptive des données du Modèle M1 des unités observées

Tableau 3. 8 : Statistique descriptive des données du Modèle M2 des unités observées

Tableau 3. 9 : Ratio moyen « Ressources Durables » sur « Emplois Stables » (RD/ES)

Tableau 3. 10 : Corrélations de rang de Pearson entre indices de coûts et caractéristiques des coopératives agricoles

Tableau 3. 11 : Comparaison des indices de coûts par groupe

Tableau 3. 12 : La qualité de la gouvernance des coopératives agricoles du Bénin

Tableau 3. 13 : Test de la Loi d Khi Deux Inversé sur les indices de gouvernance

Tableau 3. 14 : La qualité de gouvernance des coopératives agricoles par secteur d’activité

Tableau 3. 15 : Test de Bessel K sur la relation entre TCE et survie des coopératives agricoles

Tableau 3. 16 : Test de Bessel K sur la relation entre qualité de gouvernance et survie des coopératives agricoles

Tableau 3. 17 : Statistiques descriptives des unités observées par secteur d’activité

Tableau 3. 18 : Statistiques descriptives de liaisons entre secteur d’activité et survie des coopératives agricoles

Tableau 3. 19 : Efficience comparative des coopératives agricoles par secteur d’activité

Tableau 3. 20 : Test de corrélation de Bessel J entre modèles retenus et survie des coopératives agricoles observées par secteur d’activit

SOMMAIRE

INTRODUCTION GENERALE

CHAPITRE 1. DYNAMIQUE DE L’ENTRENEURIAT SOCIAL ET L’EMERGENCE DES COOPERATIVES AGRICOLES DE TYPE D’ACTIVITES ET D’EMPLOI

SECTION 1. BREF APERÇU DU processus d’émergence du CONCEPT DE L’ENTREPRENEURIAT en économie SOCIALe et solidaire

SECTION 2. INNOVATIONS SOCIALES EN ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE ET L’EMERGENCE DE COOPERATIVES D’ACTIVITES ET D’EMPLOI (CAE)

SECTION 3. L’EMERGENCE DES COOPERATIVES AGRICOLES EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE : un CADRE D’ANALYSE

CHAPITRE 2. ANALYSE DE LA PERENNITE DES COOPERATIVES AGRICOLES DU BENIN PAR LE MODELE D.E.A

SECTION 1. CADRE D’ANALYSE DE LA PERENNITE DES entreprises COOPERATIVES

SECTION 2. FONDEMENTS METHODOLOGIQUES DE L’ANALYSE DE LA PERENNITE PAR L’APPROCHE DE SURVIE ORGANISATIONNELLE

SECTION 3. ANALYSE DE LA SURVIE OU PERENNITE ORGANISATIONNELLE DES COOPERATIVES AGRICOLES

CHAPITRE 3. LES FACTEURS DETERMINANTS DE LA PERENNITE DES COOPERATIVES AGRICOLES au BENIN

SECTION 1. CADRE THEORIQUE DE L’ANALYSE DES DETERMINANTS DE LA PERENNITE DES ORGANISATIONS

SECTION 2. APPROCHE D’EFFICIENCE TECHNIQUE POUR L’ANALYSE DES DETERMINANTS DE LA PERENNITE

SECTION 3. ANALYSE DE L’EFFICIENCE DES DETERMINANTS DE LA PERENNITE DES COOPERATIVES AGRICOLES

CONCLUSION GENERALE

ANNEXES

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

INTRODUCTION GENERALE

Depuis les années 1990, de nouveaux modèles de l’innovation sociale en entrepreneuriat émergent, invitant les chercheurs en sciences sociales à ouvrir « la boîte noire des dispositifs » pour y découvrir « le lien social dans la machine ». Si l’entreprise demeure l’institution décisive du capitalisme, son rôle semble avoir changé dans le temps et dans l’espace. Désormais, il est plus que question d’entreprendre autrement (Rafael, 2013 ; Alcaras & al, 2011 ; Avise, 2009). L’entrepreneuriat social fait ainsi irruption, interpellant les domaines de l’économie sociale et solidaire. Cela a favorisé l’éclosion des coopératives dites "coopératives d’activités et d’emploi" (CAE), dans l’optique de sortir de la logique d’une économie caritative et créer de véritables emplois (Gardin, 2010). A l’heure de l’affirmation de ce type de coopératives, il nous semble pertinent d’interroger les déterminants de la pérennité des coopératives agricoles en Afrique subsaharienne en conjuguant une perspective historique à une analyse empirique des données. La présente thèse vise à identifier et analyser les facteurs susceptibles d’avoir un pouvoir explicatif de la pérennité des coopératives agricoles des milieux périurbain et urbain du Bénin.

1. L’entrepreneuriat en économie sociale : une dynamique spécifique

L’entrepreneuriat social ou tout simplement l’entrepreneuriat dans le secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS), a émergé des deux côtés de l’Atlantique, pendant que l’on sortait des décennies où l’on privilégiait le travail salarié (Boussaguet, 2009). Cette notion qui est résolument tournée vers une forme particulière d’entrepreneuriat, imprime une touche entrepreneuriale à une catégorie d’activités a priori associatives (Carlo & Jacques, 2001).

L'approche américaine de l’entreprenariat social attache une grande importance au potentiel de transformation et d'innovation de l'entrepreneur, qu’Ashoka appelle « Changemaker » ; c'est-à-dire une personne qui possède le potentiel de changer le monde. Sous le même vocable, une certaine polysémie de l’entrepreneuriat social se construit dans le paysage hexagonal. Cette approche européenne accorde une plus grande importance au projet social de l'entreprise, à sa gouvernance participative et à l'encadrement de sa lucrativité (Barthélémy & Slitine, 2011). En Afrique, une troisième approche vit le jour sous le vocable de "Social Business" développée par Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006 (Wélé I., 2008). Cette approche voit en l'entrepreneuriat social, une réponse aux problèmes de pauvreté par des entreprises qui n'attendent aucun retour de dividende. Cette démarche fondée sur la philanthropie des apporteurs de capitaux, va favoriser l’émergence de la théorie de "Bottom Of the Pyramide" selon laquelle le subside aux besoins du bas de la pyramide de Maslow constitue un marché immense, tout en résolvant des problèmes de pauvreté.

S’inscrivant dans la logique que « le profit financier n’est pas une fin en soi», l’entrepreneur social adopte, le plus souvent une démarche caractérisée par une éthique et une valeur sociale tournée vers des pratiques plus humanistes (Boncler, 2002). La motivation entrepreneuriale devient alors autre que la recherche du profit, le gain financier ou l’enrichissement personnel. L’entrepreneur social s’engage pour obtenir une rentabilité sociale générée à long terme, plutôt que des gains financiers atteints à court terme (Omrane & Fayolle, 2010). Dans cette dynamique, il cerne les besoins sociaux, particulièrement collectifs, non explorés par le marché, auxquels ni le secteur public ni les entrepreneurs privés n’ont pu répondre et essaie de les combler de manière efficace. Il s’agit d’un « engagement social » (Hlady-Rispal, 2002), qui fait de l’entrepreneuriat social, une avenue captivante et un véritable levier de la relance des activités socio-économiques (Bacq & Janssen, 2008).

2. Emergence du mouvement coopératif agricole en Afrique subsaharienne

Dans la plupart des pays africains notamment en Afrique subsaharienne, l’émergence du mouvement coopératif agricole est souvent reliée à l’impérialisme et aux expériences coloniales, à savoir : britanniques, françaises, belges et Portugaises (Develtere, 1998). Ces quatre puissances coloniales qui, de façons différentes, ont introduit la coopération moderne dans leurs anciennes colonies, ont développé selon le schéma de caractérisation systémique de Patrick Develtere & al. (2009), quatre modèles coopératifs : le modèle coopératif unifié, le modèle d’économie sociale, le modèle des mouvements sociaux et le modèle des producteurs.

Le modèle coopératif unifié introduit par les Britanniques dans leurs colonies repose sur une structure à plusieurs niveaux et une unité administrative spécialisée. Les sociétés primaires forment des sociétés coopératives secondaires, appelées unions dans certains pays, qui à leur tour forment des organisations tertiaires appelées coopératives nationales. Les organisations tertiaires forment ensuite les organisations faîtières (Develtere & al, 2009). En Tanzanie, au Ghana et au Zimbabwe par exemple, ces organisations faîtières formèrent des fédérations. Le modèle d’économie sociale prit racine dans de nombreux pays francophones et hispaniques. Dans la tradition de cette économie, la coopérative agricole constitue l’une des nombreuses entités juridiques ou institutionnelles qui rassemblent des personnes poursuivant les mêmes objectifs économiques et sociaux. Parallèlement à la promotion générale des coopératives agricoles, des mesures sectorielles ont favorisé l’éclosion des coopératives et mutuelles dans divers domaines. Les associations, les mutuelles, les trusts, etc. représentent ainsi, des formes apparentées aux coopératives agricoles (Develtere & al, 2009).

Dans la tradition des mouvements sociaux, assez différente des deux premières, une organisation sociale ou un groupe d’intérêt établi comme syndicat, association de femmes ou d’agriculteurs, conduit ses membres à se rassembler au sein d’une coopérative (Develtere, 1998). Cette dernière qui représente un des instruments d’action collective, constitue le fondement du système dual et très libéral belge, introduit dans leurs colonies en Afrique centrale : Congo, Rwanda-Urundi. Cela a favorisé d’une part, la promotion des coopératives dans les pays indépendants (Zaïre / Congo, Rwanda et Burundi), confiée à des agences gouvernementales très marginales ; et d’autre part, le choix de la formule coopérative par un grand nombre de mouvements sociaux et d’organisations non gouvernementales, pour promouvoir les intérêts de leurs membres ou groupe cible (Develtere & al, 2009). Le modèle coopératif des producteurs, développé par les Portugais dans leurs colonies, donne la perception de la coopérative comme des véhicules économiques pour les producteurs agricoles. Cela a favorisé la liaison des secteurs associatif et coopératif au ministère de l’Agriculture dans toutes ses colonies, à l’exception de la Guinée-Bissau.

L’éclosion rapide des coopératives agricoles en Afrique subsaharienne est favorisée par le rôle prépondérant que joue le secteur agricole dans le développement socio-économique des pays (FAO, 1992 ; FIDA, 2001; Banque Mondiale, 2007 ; BAD, 2006). Créées au départ selon des modèles importés conçus essentiellement pour servir des intérêts externes, les coopératives agricoles sont devenues l’une des principales formes d’organisation économique et sociale populaire pour réduire la pauvreté (Develtere & al, 2009). Leur fonctionnement au fil des temps a permis de construire ainsi des « modèles indigènes » (Develtere, 1998), qui se sont développés et structurés constamment pour répondre à des besoins non ou mal satisfaits par les services publics (Avise, 2007). Cependant, il convient de souligner que ces coopératives étaient perçues comme de associations volontaires localement intégrées, entretenant de relations de dépendance avec l’Etat qui les empêchait de fonctionner comme de vraies entreprises. Leurs membres ont une identité collective, participent à la vie associative de la coopérative, et partagent ainsi, les mêmes caractéristiques que d’autres types d’organisations de l’économie sociale et solidaire.

3. L’émergence d’une nouvelle génération de coopératives agricoles

Au regard du statut perçu et de la pratique courante des coopératives, la mondialisation des économies amorcée depuis la fin des années 1970, serait devenue pour les coopératives agricoles en particulier, la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase. Des mouvements coopératifs existants se déstabilisent graduellement, engendrant ainsi des problèmes socio-économiques, aussi bien dans les pays voie de développement qu’émergents (Omrane & Fayolle, 2010), et même dans les pays développés (Monzón & Chaves, 2012 ; Avise, 2007). Les questions de chômage, de pauvreté, d’exclusion sociale, etc. redeviennent entières et inquiètent plus d’un. Face à ces mutations profondes, les pouvoirs publics ont été contraints de promouvoir l’entrepreneuriat par des incitations financières, des formations à la création d’entreprise proposées par les agences nationales de promotion de l’emploi (ANPE), etc. Cependant, les résultats de ces dispositifs restent mitigés.

En réponse à cette situation, les dernières innovations sociales en économie sociale et solidaire en date des années 1990, ont fait émerger un nouveau modèle de coopératives dites "coopératives d’activités et d’emploi" (CAE), dans un contexte de forte valorisation de l’entrepreneuriat. Il s’agit en effet, de permettre aux pauvres de prendre eux-mêmes des initiatives de création de richesses et d’emplois durables en déployant leurs propres capacités (Alcaras & al, 2011). Cela a favorisé l’efflorescence d’un nouveau type de coopératives agricoles, dans l’optique de sortir de la logique de l’économie caritative et créer de véritables emplois. La formule « CAE » permet aux chômeurs de créer leur propre emploi sans risques, tout en conservant leurs avantages sociaux (Rousselle, 2011). La CAE se veut ainsi, la « coopérative des entrepreneurs » (Bost, 2011), dans laquelle les entrepreneurs salariés sont à la fois responsables de leur devenir économique et partie prenante d’une entreprise collective où se mutualisent les expériences, dans un esprit d’entraide et de convivialité (Boudes, 2012).

Désormais perçues comme de véritables entreprises à l’instar des entreprises classiques, les coopératives agricoles se positionnent sous des formes hybrides d’économies de marché, non marchandes et non monétaires. Si elles ne se superposent pas au stéréotype marchand d’orthodoxie économique (Eme & Laville, 1999), leurs ressources proviennent cependant, d’origines diverses : marchandes (vente de produits agricoles), non marchandes (subventions et dons) ou non monétaires (bénévolat). A partir des années 2000, une nouvelle demande sociale se construit progressivement dans des pays en développement. Les gouvernements sont encouragés à créer des conditions favorables à l’essor de ce type particulier d’entreprise. C’est sans doute l’une des raisons du constat d’une croissance accéléré des coopératives dans les pays de l’Afrique de l’ouest. Pour preuve, le nombre de coopératives au Ghana, est passé de 1.000 en 1992 à 2.850 en 2005 soit un accroissement de 185% en treize ans ; dans la même période, ce nombre passe au Sénégal de 2.000 à 6.000 (Develtere & al.n 2009).

4. Les coopératives agricoles du Bénin et la problématique de leur pérennité

Le regain d’intérêt que connait la coopérative agricole contemporaine au Bénin, plus ancrée dans les économies périurbaines et urbaines, est fortement soutenu par l’idée que le secteur agricole répond au double besoin d’augmenter la production agricole et d’améliorer les conditions de vie des coopérateurs par des activités créatrices d’emploi et de revenus. Aussi, contribue-t-il à faire passer l’agriculture d’autosuffisance à une production purement commerciale (PSRSA[1], 2010). La coopérative agricole béninoise, désormais perçue sous l’angle d’entreprise commerciale privée possédée et contrôlée par leurs membres, va parallèlement, à la quête de nouvelles formes organisationnelles plus en phase avec des modèles culturels évolutifs. Nouvelle innovation sociale, au regard des critères définis par Chambron, David et Deverey[2], elle associe à sa réalisation, des parties prenantes diverses, participe à leur « autonomisation » en leur permettant de prendre part à la construction de l'entreprise collective, et constitue un véritable lieu de changement pour ses membres.

Mais, un sujet tout aussi préoccupant reste celui de la capacité de ces coopératives agricoles à offrir des possibilités d’emplois durables aux coopérateurs et autres travailleurs éventuels, afin d’espérer réduire les distorsions liées au chômage, à la pauvreté, à l’exclusion sociale, etc. D’après les résultats des études dont celles réalisées en 2007, par l’institut français de la statistique et des études économiques, environ 50% des entreprises de l’économie sociale et solidaire parviennent péniblement à franchir le cap de leur troisième anniversaire d’existence. Or du point de vue de l’analyse de certains auteurs, la CAE se situe comme un vecteur d'une action citoyenne qui ambitionne de co-construire les politiques publiques en matière de travail et d'emploi (Laville, 2009). Elle permet de "réconcilier l’économique et le social” (Avise, 2009, 2006). Au regard de ces enjeux économiques et sociaux que comporte la mission de la CAE, les coopératives agricoles contemporaines, qui s’y engagent doivent être, non seulement dynamiques et efficaces, mais surtout durables.

Les tenants de la thèse systémique parlent de la pérennité de l’organisation ; « le seul objectif que poursuit une organisation est sa pérennité... » (Morin & al, 1994 ; 38). Certains auteurs (Wélé I., 2008 ; Otero, 2000), accompagnent l’analyse de pérennité du concept de la "viabilité", qui constitue selon Cull & al. (2007), un facteur décisif de longévité et de croissance à long terme des entreprises. Ainsi, pour servir ses clients de façon durable et offrir des possibilités d’emplois permanents, toute organisation doit se doter des moyens d’assurer sa propre continuité, c’est-à-dire devenir une organisation pérenne ou viable (Boyé & al. 2006). La pérennité reflète ainsi, « le degré auquel la stabilité et finalement la croissance de l’organisation ont des chances d’être maintenues au cours des épreuves du temps » (Morin & al, 1994 ; 84). On espère en effet qu’une coopérative agricole dynamique, qu’il s’avère indispensable d’inscrire dans une logique de pérennité, contribue à « générer des effets positifs sur une réduction de la pauvreté » (Wélé, 2008 ; 3). C’est d’ailleurs cet espoir qui est exprimé par la GIZ (2012), en ces termes : « l’entrepreneuriat coopératif agricole aide à réduire la pauvreté en permettant la génération de revenus et la création d’emplois durables… et en permettant aux gens de faire les choix qui répondent aux mieux à leurs besoins…». Toutefois, cet espoir ne doit pas occulter le débat sur les moyens d’y parvenir.

Si en théorie, toutes ces définitions du concept de pérennité sont admises, dans la pratique, la pérennité semble souvent se réduite à son aspect financier (Yaron, 1992 ; Robinson, 2001)[3]. Du point de vue de l’analyse de Robinson (2001), les organisations pour être pérennes, devront pouvoir générer de flux de valeur suffisants pour assurer leur autonomie financière. De ce point de vue, la pérennité en coopérative agricole devra mesurer la capacité de l’organisation à « couvrir, par ses produits d’exploitation, l’ensemble de ses charges ..., ainsi que la capitalisation pour la croissance » (CGAP, 2001 ; 4). Mais depuis quelques années, "gouvernance" et "performance" apparaissent dans la littérature des organisations, comme des lettres d’or qui marquent la plupart des débats sur la pérennité des entreprises. Au plan managérial, cela a conduit à l’émergence des théories organisationnelles dont l’influence s’est largement répandue pour devenir des principales branches de la théorie comportementale des organisations. Certaines littératures disponibles mettent en évidence des liens étroits entre la qualité de la gouvernance des organisations et leur performance (Rock & al., 2001 ; Labie, 2001). Incarner une bonne gouvernance d’entreprise en coopératives agricoles représente dès lors un souci mais également une ambition afin d'assurer une protection efficace pour les coopérateurs et aussi les différents partenaires de la coopérative.

5. Questions de recherche

Les arguments ci-dessus développés sur la pertinence de la pérennité des coopératives agricoles du Bénin, ainsi que les différents points d’inquiétude que suscite la question, justifient l’intérêt d’entreprendre une analyse approfondie sur les déterminants de la pérennité de ce type particulier d’entreprise. En effet, au-delà des aspects normatifs évoqués plus haut, les expériences en coopératives agricoles suscitent quelques débats sur l’opérationnalisation de sa pérennité. En général, les réflexions soulèvent quelques inquiétudes quant à la survie organisationnelle ou opérationnelle des coopératives agricoles béninoises. D’aucuns évoquent également la question de la pérennité financière de ces coopératives, au regard des spécificités du secteur agricole : risques agro-climatiques, caractère saisonnier et risque «covariant» que les activités agricoles induisent (Chalmers, 2005). Ceci montre l’intérêt d’une approche d’analyse de la pérennité des coopératives agricoles, fondée non seulement sur la survie organisationnelle, mais également sur l’efficience. Pour y parvenir, notre démarche d’analyse repose sur la question fondamentale de recherche suivante :

« Au regard des contextes d’évolution et des expériences des coopératives agricoles du Bénin, quels sont les facteurs qui ont un pouvoir explicatif sur leur pérennité ? ».

Il s’agit à travers cette question d’analyser les facteurs tels que : la performance, la qualité de la gouvernance, ainsi que le secteur d’activité, qui sont susceptibles d’expliquer la pérennité et d’évaluer leurs effets significatifs sur la celle des coopératives agricoles viables du Bénin. A cet effet, trois questions subsidiaires sont posées comme il suit :

§ Les coopératives agricoles du Bénin parviennent-elles toutes, à franchir le cap de leur troisième année d’existence ? En d’autres termes, quel est le taux de pérennité à trois ans, des coopératives agricoles du Bénin ?

§ Les facteurs explicatifs de la pérennité d’entreprise, notamment la performance et la qualité de la gouvernance, ont-ils des effets significatifs sur la pérennité des coopératives agricoles du Bénin ?

§ Le secteur d’activité ou domaine de spécialisation de la coopérative agricole influence-t-il sur la pérennité de cette dernière ? Autrement dit, une différence de secteur d’activité de la coopérative agricole du Bénin, entraine-t-elle une différence de pérennité ?

6. Objectifs et hypothèses de recherche

La présente thèse vise à identifier et apprécier les facteurs déterminants de la pérennité de coopératives agricoles du Bénin. Pour y parvenir, l’une des tâches préalables consiste à analyser et apprécier la survie organisationnelle des coopératives agricoles et voir quelle est leur capacité à se maintenir au cours des épreuves du temps. Cette démarche permet d’une part, d’analyser comment les coopératives agricoles réalisent un juste équilibre pour parvenir à leur troisième anniversaire d’existence ; et d’autre part, d’apprécier l’influence de leurs performances et comportements managériaux, ainsi que celle de leur secteur d’activité, sur leurs chances de pérennité. Ainsi, de façon plus spécifique, cette thèse vise à :

§ Apprécier la survie organisationnelle ou opérationnelle des coopératives agricoles du Bénin en examinant si celles-ci parviennent à franchir le cap de leur troisième anniversaire d’existence. En d’autres termes, il s’agit d’évaluer le taux de pérennité à trois ans, des coopératives agricoles du Bénin.

§ Analyser les facteurs notamment "la performance" et "la qualité de la gouvernance" des coopératives agricoles du Bénin en vérifiant si elles ont une influence significative sur la pérennité de celles-ci.

§ Comparer les diverses secteurs d’activités ou domaine de spécialisation des coopératives agricoles en présence en appréciant leurs atouts en matière de pérennité de celles-ci. Il s’agit en réalité, en d’autres termes, de vérifier si une différence de secteur d’activité de la coopérative agricole du Bénin, entraine une différence de pérennité.

En vue d’atteindre ces objectifs spécifiques, trois hypothèses de recherche sont testées dans cette thèse. Ces hypothèses sont formulées comme il suit :

Hypothèse 1 : Les coopératives agricoles du Bénin sont toutes pérennes à trois ans

Selon plusieurs études, près de la moitié des entreprises créées restent encore en activité après trois années d’existence ; et une entreprise sur deux disparait pratiquement en cinq ans. Cette hypothèse cherche donc à vérifier si toutes les coopératives agricoles du Bénin, parviennent à franchir le cap de leur troisième année d’existence, pour espérer avoir la chance de vivre encore plus longtemps, afin d’offrir des possibilités d’emplois permanents.

Hypothèse 2 : Plus les coopératives agricoles du Bénin se conforment aux mécanismes de gestion classique, plus elles sont pérennes.

Faut-il le rappeler, "gouvernance" et "performance" marquent, depuis quelques années, la plupart des débats sur la pérennité des entreprises. Notre démarche ici, consiste à analyser ces facteurs notamment économiques (performance) et managériaux (qualité de la gouvernance), et voir s’ils ont une influence significative sur la pérennité des cas particuliers des coopératives agricoles viables du Bénin.

Hypothèse 3 : Une différence de secteur d’activité ou domaine de spécialisation de la coopérative agricole entraine une différence de pérennité.

D’après plusieurs études, les secteurs d’activités, tout comme l’ambition du projet, les appuis financiers et la prise de conseil (ACPE, 2013), auxquels il faudrait ajouter le lieu d’implantation (Perraud & al., 2008) et les processus entrepreneuriaux (Bertrand, 2013), constituent les facteurs principaux qui influencent la pérennité des entreprises. La vérification de cette hypothèse, permet de clarifier l’opinion sur la capacité de chaque secteur d’activité à inscrire la coopérative agricole dans une perspective de pérennité.

7. Spécification de l’approche méthodologique de la recherche

Les modèles de recherche adoptés dans la présente thèse sont l’approche de survie organisationnelle et la méthode de frontières d’efficience. Ce dernier modèle est emprunté de la théorie néo-institutionnelle sur les fondements de l’existence des firmes, et dont la paternité est souvent accordée à Coase (1937) et Williamson (1975). Les fondements de ce choix de modèles se justifient d’une part, par les limites des indicateurs financiers classiques dans l’analyse de la pérennité des entreprises sociales et d’autre part, par l’intérêt desdites approches. En effet, depuis deux à trois décennies, la littérature scientifique sur l’efficience et sa mesure, s’avère aussi étendue que variée, montrant ainsi l’intérêt croissant que les chercheurs en sciences sociales accordent à ce concept dans l’analyse de la pérennité. En général, les méthodes des frontières permettent de focaliser l’attention sur la mesure des coûts, des revenus, des inputs, des outputs, et de lier l’efficience relative aux meilleures pratiques des entreprises ; car reposent sur une mesure objective qui exclut l’influence des facteurs exogènes (Barr & al, 1993). L’un des atouts majeurs de ces approches réside également dans son adéquation avec des activités de production multiple, tant en outputs qu’en inputs (Perelman, 1996).

Dans la pratique, il existe une pluralité des méthodes d’évaluation par les frontières : les méthodes paramétriques et les méthodes non paramétriques. Notre approche s’inscrit dans une perspective de méthodes non paramétriques. Le modèle d’analyse utilisé est la méthode Data Envelopment Analysis (dea). Cette méthode qui repose sur le concept d’"efficience technique", implique à la fois l’efficacité technique et l’efficacité allocative, qui selon Capelle-Blancard & Chauveau (2002), traduit l’habileté des dirigeants à choisir parmi les programmes de production techniquement efficaces, celui qui lui assure le profit le plus élevé, ou mieux, l’habileté à choisir les inputs dans des proportions optimales. A partir des données désagrégées sur la période de 2010 à 2013, cette méthode nous permet de mesurer les scores d’efficience des coopératives agricoles béninoises. Outre l’approche DEA, d’autres méthodes d’analyse ont été utilisées pour renforcer la solidité des jugements apportés par les scores d’efficience. Ainsi, les techniques d’indices de productivité partielle sont utilisées pour apprécier la performance des coopératives agricoles, et la méthode de dysfonctionnement a servi à apprécier la qualité de leur gouvernance. Le tableau 0.1 (page suivante) après donne une synthèse de spécification qui permet de saisir les relations qui existent entre les aspects axiologique, méthodologique et théorique de la présente thèse.

La présente étude s’est focalisée sur les départements de l’Atlantique et du Littoral, au Sud du Bénin. Le choix de ces départements est dû au fait que ces derniers sont bien représentatifs dans la cartographie des coopératives agricoles des milieux périurbain et urbain du Bénin. L’enquête sur le terrain a porté sur un échantillon de type intentionnel non probabiliste (Savoie-Zajc, 2003), conformément aux pratiques de recherche en sciences sociales. Les caractéristiques des sujets, notamment leur capacité potentielle à fournir l’information recherchée, ont été donc privilégiées par rapport au nombre de sujets. Le choix a été fait de mener des entretiens avec les responsables des coopératives agricoles en milieux périurbain et urbain. Cette démarche a conduit à retenir, au départ, un échantillon de quarante (40) coopératives agricoles. Jusqu’à la fin de la collecte de données, des changements ont été apportés à la composition de l’échantillon, en fonction de la disponibilité des informations capitales (informations financières), ou des suggestions qui nous ont été faites par nos informateurs-clés. A terme, dix-neuf (19) coopératives agricoles au total, ont été effectivement suivies et observées.

Tableau 0. 1 : Synthèse de spécification des relations qui existent entre les aspects axiologique, méthodologique et théorique de la thèse.

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8. Justification et intérêt de l’étude

Depuis leur introduction en Afrique, tout le monde semble s’accorder sur le rôle combien important que jouent les coopératives agricoles dans le développement socio-économiques des pays subsahariens. Pour plusieurs auteurs, ces coopératives contribuent à résorber des problèmes majeurs auxquels les pays sont confrontés, notamment la création d’emplois, la réduction de la pauvreté, l’extension de la protection sociale et la représentation des intérêts de la majorité silencieuse des pauvres. Selon une étude réalisée par l’Organisation Internationale du Travail (OIT, 1997), le secteur coopératif de 15 pays d’Afrique subsaharien représentait 158.640 emplois directs, 5.937 emplois indirects et 467.735 travailleurs indépendants. Des rapports des mouvements qui renseignent sur les effets du secteur coopératif en termes d’emploi direct, les coopératives agricoles emploieraient de milliers de personnes ; par exemple 77.400 au Kenya, 28.000 en Ethiopie, 3.130 au Ghana, etc. (Develtere & al, 2009). D’après Lemma (2009), les coopératives éthiopiennes recrutent chaque année, plus de 21.000 travailleurs saisonniers.

Si jusqu’ici, l’impact des coopératives agricoles sur la réduction de la pauvreté en Afrique subsaharienne n’a pas encore été étudié de façon systématique, les praticiens, les gouvernements et les partenaires au développement engagés dans le développement coopératif admettent cependant, que les coopératives agricoles représentent un potentiel important pour la réduction de la pauvreté, parfois plus efficace que d’autres formes d’organisation économique (Birchall, 2003). Certains auteurs soulignent même, le potentiel des coopératives agricoles à réduire le coût des transactions pour les membres confrontés à des marchés incomplets et insuffisamment informés (Delgado & al 1997). Selon Develtere & al. (2009), les membres des coopératives agricoles, pour la plupart, appartiennent exclusivement aux masses pauvres. Par ailleurs, en tant qu’instruments modernes de coopération et de solidarité, les coopératives agricoles proposent de nouveaux mécanismes de protection sociale qui complètent les institutions traditionnelles. Cette « protection sociale » perçue comme l’ensemble des mécanismes de sécurité que procure l’environnement social à une personne ou communauté en cas de danger ou de perte de revenu (Develtere & al., 2009), fait de l’épargne une stratégie importante pour réduire les risques.

Au-delà de leur singularité, l’intérêt d’une étude sur la pérennité des coopératives agricoles se situe à un autre niveau : il s’agit de voir si la recherche de la pérennité des coopératives agricoles ne constitue pas un « modèle alternatif » à la recherche de la valeur. En effet, à l’heure actuelle de la mondialisation croissante des économies, le renforcement de la compétitivité de l’entreprise agricole est une condition indispensable pour ses performances (Sabin[4], 2000). La coopérative agricole contemporaine se retrouve ainsi face aux nouveaux défis de marché et au devoir de rester un acteur majeur du développement socio-économique des pays. Pour être capable de se confronter aux marchés, le nouveau cadre d’une performance globale de la coopérative agricole, exige que celle-ci mène de front d’efficacité économique, de gestion optimale de l’emploi et du potentiel naturel et de l’espace (Sabin, 2000). La tendance à l’internationalisation avec la diminution de la protection des marchés nationaux, oblige ainsi, la coopérative agricole à se soucier davantage de la réalité des marchés en recherchant l’adéquation offre - demande et en favorisant l’émergence d’un véritable chef d’entreprise. Ce dernier devra, veiller à l’organisation de son entreprise de façon à lui donner la capacité de s’adapter rapidement à de nouveaux besoins (anticiper les mutations, optimiser les investissements, et réduire les charges fixes).

9. Difficultés rencontrées lors de la recherche

La réalisation de cette thèse n’a pas été sans peines. Une première difficulté porte sur les guides méthodologiques de la recherche. En effet, ceux-ci rivalisent de conseils sur la constitution des échantillons, l’élaboration des canevas d’entretien ou des grilles d’observation ainsi que sur les diverses précautions à prendre relativement aux conditions matérielles de collecte des données. Tout y est décrit comme si les divers contextes de recherche étaient empreints d’ordre et de rationalité. Cependant, sur le « terrain » et dès nos premiers essais, nous avons vite constaté que des écarts importants par rapport aux normes méthodologiques en usage allaient se produire. Au lieu de les camoufler pour donner l’impression d’un respect impeccable des normes, nous avons choisi de rendre compte de ces particularités avec lesquelles nous avons dû composer, y voyant une contribution à la démythification des conditions d’exercice du métier de chercheur.

En effet, nous avions conçu, dans notre bureau, un schéma qui nous paraissait tout à fait rationnel pour la réalisation des entretiens sur le terrain : des entretiens en groupes seraient menés avec les coopérateurs et les responsables des coopératives agricoles, alors que des entretiens individuels centrés seraient conduits avec des groupes homogènes composés exclusivement des responsables d’appui au développement des coopératives agricoles. Une fois sur le terrain, le menu n’était pas tout à fait conforme à la commande. En conséquence, il nous est arrivé de nous retrouver avec des responsables des coopératives agricoles et même ceux chargés de leur encadrement, d’opposer un refus catégorique de collaboration. Tout en utilisant au mieux notre pouvoir de négociation, nous n’avions d’autre choix que de « faire avec ». Avec un peu de recul, nous considérons que ces écarts par rapport aux conditions théoriques de recherche, loin de nuire à notre collecte de données, nous ont permis de mieux saisir le contexte culturel du monde paysan béninois.

Une deuxième difficulté est surtout relative à la rareté et à la valeur aléatoire des informations. En effet, la documentation chiffrée sur les coopératives agricoles s’est avérée rare. La seule documentation disponible, est aussi peu abondante, dispersée et parfois malaisément accessible. En conséquence, nous avons dû compléter les données officielles obtenues auprès des structures, par des relevés que nous avons recueillies sur le terrain.

10. Structure de la thèse

La présente thèse est organisée en trois (03) chapitres complétés par une introduction générale et une conclusion générale. Le chapitre 1 est consacré à l’analyse de l’impact du dynamisme de l’entrepreneuriat social sur l’émergence des coopératives agricoles de type d’activités et d’emploi. A cet effet, une analyse du parcours historique du concept de coopérative a permis de cerner les différentes innovations sociales de l’économie sociale et solidaire qui ont favorisé l’émergence des coopératives agricoles actuelles (type de coopératives d’activités et d’emploi), en Afrique subsaharienne.

Le chapitre 2 consacre l’analyse de la pérennité des coopératives agricoles du Bénin par l’approche de survie organisationnelle. Ce chapitre traite ainsi de l’objectif spécifique 1, portant sur l’analyse et l’appréciation de la survie organisationnelle et opérationnelle des coopératives agricoles du Bénin, et a permis de tester l’hypothèse 1 relative à la pérennité organisationnelle des coopératives agricoles du Bénin.

Les objectifs spécifiques 2 et 3 relatifs respectivement aux facteurs et atouts des secteurs d’activité favorables à la pérennité des coopératives agricoles, sont traités dans le chapitre 3 qui met en exergue les principaux déterminants de la pérennité notamment : la performance, la qualité de la gouvernance, d’une part ; et analyse les atouts de chaque domaine de spécialisation de la coopérative sur sa pérennité, d’autre part. Ce chapitre permet ainsi, de tester les hypothèses 2 et 3 de recherche. La conclusion générale, consacre la synthèse des résultats et les recommandations de politiques pour une redynamisation du secteur de coopératives agricoles du Bénin. Mais avant, un bref rappel de la problématique de la recherche est nécessaire. Les limites repérées de l’étude, ont conduit à des suggestions d’études d’approfondissement des différents aspects non furetés par la présente thèse.

CHAPITRE 1. DYNAMIQUE DE L’ENTRENEURIAT SOCIAL ET L’EMERGENCE DES COOPERATIVES AGRICOLES DE TYPE D’ACTIVITES ET D’EMPLOI

INTRODUCTION

Depuis deux à trois décennies, l’entreprenariat dans le secteur de l’économie sociale et solidaire s’est progressivement enraciné et apparaît aujourd’hui comme un des axes centraux des politiques de développement aussi bien dans les pays développés que dans ceux émergents et/ou en voie de développement. Ayant donné naissance au départ à des coopératives perçues sous l’angle des associations (Defourny & al., 2001 ; Develtere & al., 2009), le phénomène, au cours du temps, a enregistré de véritables mutations en réponse aux préoccupations de l’emploi, de l’exclusion sociale et de la pauvreté absolue au sein des communautés (Avise, 2007 ; Omrane & Fayolle, 2010). Cela a conduit à l’émergence de nouvelles coopératives dites coopératives d’activités et d’emploi (CAE), désormais perçues comme de véritables entreprises à l’instar des entreprises classiques (Develtere & al., 2009 ; Avise, 2009 ; Stervinou & Noël, 2008). Ce chapitre est organisé en trois sections. La première section donne un aperçu du processus d’émergence du concept de l’entrepreneuriat dans le secteur de l’économie sociale et solidaire. La deuxième section analyse l’émergence entrepreneuriale et les innovations sociales dans le secteur ainsi que leur impact sur l’efflorescence des coopératives d’activités et d’emploi. La troisième section enfin, fait une analyse de l’émergence des coopératives agricoles en Afrique subsaharienne.

SECTION 1 . BREF APERÇU DU processus d’émergence du CONCEPT DE L’ENTREPRENEURIAT en économie SOCIALe et solidaire

Le concept de l’entreprenariat dans le secteur de l’économie sociale et solidaire a émergé pendant que l’on sortait de décennies où l’on privilégiait le travail salarié (Boussaguet, 2009). Ce type particulier d’entrepreneuriat qui a favorisé de profondes innovations sociales, apparaît aujourd’hui comme une véritable manette pour la redynamisation des activités socio-économique (Weerawardena & Mort, 2006 ; Bacq & Janssen, 2008 ; Stryjan, 2006). Ce mouvement dans son dynamisme recouvre diverses formes et pratiques ; ce qui ne facilite guère une définition simpliste unanime du concept (CESE, 2008). Cependant, les débats suscités depuis les années 1990, sur l’entrepreneuriat social en tant que thématique de l’entrepreneuriat, ont favorisé un développement des recherches qui permettent de mieux cerner les réalités que recouvrent ce champ (Boutillier, 2011 ; Bacq & Janssen, 2008 ; Draperi, 2007 ; Defourny & Nyssens, 2008). Cette section donne une littérature sur l’émergence du concept de l’entrepreneuriat en économie sociale et solidaire, un mouvement qui semble-t-il, est porté par plusieurs évolutions profondes communes à la plupart des pays du monde. A cet effet, il convient d’abord, de comprendre autant que faire se peut, la genèse du secteur de l’économie sociale et solidaire au sein d’une économie mondialisée.

1.1. Genèse du secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS)

Le champ de l’économie sociale et solidaire est pluriel et constitue aujourd’hui un objet de débats aussi bien conceptuels et théoriques que juridiques et paradigmatiques (Chopart & al., 2006). Pour mieux appréhender la genèse du concept de l’économie sociale et solidaire (ESS), il semble nécessaire de faire un détour par l’histoire de l’évolution des concepts de l’économie sociale et de l’économie solidaire.

1.1.1. Evolution des concepts de l’économie sociale et de l’économie solidaire

Dans la littérature des organisations sociales, les concepts de l’économie sociale et de l’économie solidaire ont évolué historiquement de façon distincte. Cependant, des vocables comme « l’économie sociale », « l’économie solidaire », « l’économie sociale et solidaire » sont parfois utilisés pour désigner le même champ d’action.

a) Evolution de la manifestation de l’économie sociale

Sans nul doute, le terme «économie sociale» a fait sa première apparition dans la littérature économique au 19e siècle. En effet, en 1830 l’économiste libéral français Charles Dunoyer publia un Traité d’économie sociale, qui préconisait une approche morale de l’économie. Pendant la période de 1820 à 1860, une école de pensée composite, dont les tenants sont souvent qualifiés d’ économistes sociaux, s’est développée du côté de la France (Archambault & al., 2010). La plupart des théoriciens de cette école étaient influencés par les écrits de T. Malthus et S. de Sismondi, mais aussi par l’existence de « défaillances du marché » pouvant aboutir à des déséquilibres (Monzón & Chaves, 2012).

Les débats sur l’économie sociale se sont ensuite accompagnés des expériences européennes, notamment allemandes (Schulze, 1808 – 1895 ; Ruffeisen 1818 – 1888), anglaises (les équitables pionniers de Guise, Owen 1771 – 1858) ou françaises (Fourier, 1772 – 1837), Familistère de Guise de Godin, 1817 – 1888) (Alcaras & al., 2011). Beaucoup d’économistes et de sociologues y ont participés, parmi lesquels on peut retenir Frédérick Le Play (1806 – 1862) qui définit l’économie sociale comme la « science de la vie heureuse ». Durant la seconde moitié du 19e siècle, l’économie sociale, sous l’influence de deux grands économistes en la personne de John Stuart Mill et Léon Walras, a connu un profond changement. S. Mill accorda une attention substantielle à l’associationnisme économique des travailleurs organisés soit en coopérative, soit en mutuelle.

Dans son ouvrage reconnu comme "le plus influent" à savoir : « Principes d’économie politique », il a dépeint méticuleusement les avantages et les défauts des coopératives de travailleurs, et appelle à un encouragement de ce type d’organisation, au regard de leurs vertus économiques et morales (Monzón & Chaves, 2012). De son côté, Léon Walras (1834 – 1910), à l’instar de Mill, fit remarquer que les coopératives étaient capables de remplir une fonction importante pour résoudre les conflits sociaux en assumant «un rôle économique de grande envergure, non pas en éliminant le capital, mais en rendant le monde moins capitaliste, et un rôle moral non moins fondamental consistant à introduire la démocratie dans les rouages des processus de production» (Monzón, 1989). Dans cette logique, il définit l’économie sociale comme l’étude des principes éthiques d’organisation de la société.

L’ouvrage de Walras intitulé « Etudes d’économie sociale : théorie de la répartition de la richesse sociale », publié en 1896[5] à Lausanne, marque une rupture par rapport à l’approche initiale de l’économie sociale décrite dans le modèle de Le Play. Avec Walras, l’économie sociale devient à la fois une facette des sciences économiques et une branche de l’activité économique, prolifique en coopératives, mutuelles et associations (Monzón, 1989). Mais vers la fin du 19e siècle, les traits distinctifs essentiels du concept moderne d’économie sociale ont été façonnés, en s’inspirant des valeurs de l’associationnisme démocratique, du mutualisme et du coopérativisme (Monzón & Chaves, 2012).

Les manifestations de l’économie sociale sont multiples et diverses. Tantôt, l’économie sociale est conçue comme une réponse atténuant les tensions créées par la « question sociale » (Avise, 2007), tantôt elle est perçue comme l’une des voies d’émancipation collective du monde de travail, mais aussi souvent comme moyens de résistance face à l’expansionnisme de l’Etat (Alcaras & al. 2011). L’économie sociale représente ainsi, les germes d’une mutation de l’ordre économique et social (Gilly & Perrat, 2003 ; Avise, 2009) qui lui confère un caractère politique qui ne saurait laisser indifférents tous ceux qui entendent construire l’avenir de la société (Alcaras & al. 2011 ; Laville, 2009). Pour Charles Gide (1847 – 1932), l’économie sociale, représente un outil pour dépasser les hasards des marchés et construire une société mieux organisée et plus juste. C’est certainement ce qui explique le regain d’intérêt que connait, depuis toujours, le secteur de l’économie sociale.

Les premières ébauches d’expériences coopératives se sont dessinées à la fin du 18e et au début du 19e siècle au Royaume-Uni. Elles s’étaient manifestées sous forme d’une réaction spontanée des ouvriers de l’industrie à la pénibilité de leurs conditions de vie (Monzón, 1989). Par ailleurs, la pensée socialiste développée par Robert Owen et les anticapitalistes ricardiens tels que William Thompson, George Mudie, William King, Thomas Hodgskin, John Gray et John Francis Bray, a aussi rapidement exercé une influence sensible sur le mouvement coopératif. Dès l’époque de Rochdale en Angleterre (Monzón, 2003), les coopératives ont attiré l’attention de plusieurs courants de pensée. La transcendance des frontières idéologiques et le pluralisme analytique figuraient parmi les thèmes récurrents de la littérature traitant de ce phénomène (Monzón & Chaves, 2012). Les socialistes utopistes, les socialistes ricardiens, les sociaux-chrétiens (à la fois catholiques et protestants) et les sociaux-libéraux, de même que d’éminents économistes classiques, marxistes et néoclassiques, ont abondamment analysé ce type de société hétérodoxe.

Au cours de la première partie du 20e siècle, l’économie sociale va connaître une relative éclipse, du moins en apparence, dans les pays européens voire dans le monde (Alcaras & al., 2011). La profonde crise financière de 1929 et les deux guerres mondiales, ont créé des situations particulières modifiant ainsi les priorités par l’urgence, et l’exacerbation des pouvoirs publics. Par ailleurs, le développement d’un Etat providence élargissant régulièrement les domaines d’intervention (maladie, retraite, chômage, logement, pauvreté) dans la plupart des pays développés, contraint à voiler en partie, la continuité des initiatives de l’économie sociale aussi bien avec les fondations que la coopération, la mutualité et les associations aux Etats-Unis (Borza, 2001 ; Chopart, 2006 ; Alcaras & al. 2011).

Mais l’après seconde guerre mondiale verra se bâtir et se transformer des organisations de l’économie sociale ; chaque famille se développant dans son champ particulier d’intervention. La mutualité s’adapte très vite à l’existence de la sécurité sociale qu’elle vient alors compléter (Alcaras & al. 2011). Les coopératives agricoles accompagnent le développement de l’agriculture notamment dans le cadre du marché commun (Gaiger, 2007). Les banques coopératives et les assurances mutualistes continuent de tisser leur réseau (Chopart, 2006 ; Draperi, 2007). Le mouvement associatif se propage aussi bien dans le domaine sanitaire et social, dans la culture, les loisirs et le sport. (Alcaras & al. 2011).

b) L’émergence du concept de l’économie solidaire

Le vocable d’économie solidaire peut être considéré comme le résultat d'un mouvement plus récent puisqu’il date en réalité du dernier quart du 20e siècle, en Europe et dans certains pays d’Amérique latine. Il est fortement lié à l’importance croissante prise par le « troisième secteur »[6] dans des organisations qui produisent et distribuent ce que l’on appelle des «biens sociaux ou tutélaires» (SEACAM, 2000). Les biens tutélaires sont les biens qui, d’après un large consensus social et politique, sont indispensables à une vie décente et doivent donc être mis à la disposition de l’ensemble de la population sans distinction de revenu ou de pouvoir d’achat (Monzón & Chaves, 2012). En effet, pendant la période d’apogée et de consolidation de l’Etat-providence, la plupart des pays développés manifestaient de nombreux problèmes. Ces problèmes ont trait à l’ascension de chômage (Monzón & Chaves, 2012 ; Omrane & Fayolle, 2010), qui conduit à la mise en place d’organisations qui visent l’insertion par l’activité économique (Parodi, 2001 ; Avise, 2011) ; à la crise frappant plus durement certaines régions de l’Europe (Draperi, 2011 ; Alcaras & al. 2011) et qui pousse à prospecter des stratégies de développement local à partir de nouvelles activités (Alcaras & al. 2011) ; et enfin, aux conditions de vie moderne (People In Aid, 2007) et le vieillissement des populations (Akouangou, 2009) qui favorisent l’invention de nouveaux services de proximité facilitant la vie quotidienne des personnes et des familles (Alcaras & al. 2011).

Face à cette situation, les autorités de la plupart des pays développés d’Europe ont essayé de garantir la jouissance universelle des biens tutélaires les plus importants, tels que la santé et l’éducation qui concernent de larges pans de la population menacés d’exclusion sociale (Monzón & Chaves, 2012). C’est dans ces créneaux que certaines organisations traditionnelles de l’économie sociale (coopératives et associations) ont enregistré une expansion considérable (Alcaras & al. 2011). Cette éclosion d’initiatives, mise dans une perspective internationale, sera réunie sous le vocable d’«économie solidaire » puisqu’elle raffermit la cohésion sociale (Laville, 1994) et appuie le développement économique et social (Alcaras & al. 2011 ; Monzón & Chaves, 2012). Le concept d’«économie solidaire» s’est développé en Europe et particulièrement en France à partir des années 1980 sur la base de trois propriétés : i) les exigences sociales qu’il s’efforce de combler ; ii) les acteurs sous-jacents à ces initiatives; et iii) la volonté expresse de changement social. Cette notion correspondrait à une économie dans laquelle le marché constituerait la composante la plus importante, mais certainement pas la seule (Monzón & Chaves, 2012). L’économie s’établit autour de trois pôles qui correspondent aux principes du marché, de la redistribution et de la réciprocité (Polanyi, 1983)[7]. Il s’agit notamment du marché, de l’Etat et de la réciprocité. Ce dernier correspond à un échange non monétaire dans le domaine de la sociabilité primaire, identifiée, surtout, à l’associationnisme (Laville, 1994). Pour la première fois, l’économie solidaire tente de relier les trois pôles du système. Ces différentes expériences de l’économie solidaire qui renouent en réalité avec les origines de l’économie sociale (Alcaras & al. 2011), composent des formes hybrides d’économies de marché, non marchandes et non monétaires (Monzón & Chaves, 2012). Elles réussissent à démontrer que les entreprises à but lucratif n’ont pas le monopole de l’initiative, et que les pouvoirs publics, pas davantage, celui de la solidarité (Alcaras & al. 2011).

En complément de ce concept d’économie solidaire, une autre conception de l’économie solidaire bien implantée dans certains pays d’Amérique latine la perçoit comme un moteur de changement social, le vecteur d’un projet aspirant à une société alternative à la mondialisation néolibérale (Boulianne, & al. (2003). C’est certainement ce qui a permis aux auteurs comme Alcaras & al. (2011) et Leville (1994) de dire que l’économie solidaire apparaît comme un facteur de cohésion sociale. A la différence de l’approche européenne, qui considère que l’économie solidaire est compatible avec le marché et l’Etat, ses partisans en Amérique latine souhaitent développer le concept pour en faire une alternative globale au capitalisme (Monzón & Chaves, 2012). Le vocable qui porte aujourd’hui, les initiatives de l’économie solidaire est celui d’« entreprises sociales ». Ces entreprises qui naissent d’un projet partagé dont le sens est donné par les promoteurs qui créent ainsi un espace de réciprocité et un potentiel d’émancipation collective (Alcaras & al. 2011), ne se superposent cependant pas, au stéréotype marchand d’orthodoxie économique (Eme & Laville, 1999) ; et leurs ressources proviennent aussi d’origines diverses : marchandes (vente de biens et fourniture de services), non marchandes (subventions publiques et dons) ou non monétaires (Alcaras & al. 2011). Un corpus considérable de travaux sur les entreprises sociales au cours de ces dernières années, distingue deux approches principales de l’entrepreneuriat social : l’une anglo-américaine et l’autre propre à l’Europe continentale.

La sphère anglo-américaine comprend plusieurs courants, qui donnent différentes perceptions de l’entreprise sociale. En effet, pour les théoriciens, les entreprises sociales sont l’équivalent, sous la forme d’entreprises marchandes, d’organisations à but non lucratif à finalité sociale (Monzón & Chaves, 2012). D’autres mettent plutôt l’accent, exclusivement sur l’innovation sociale et la satisfaction de besoins sociaux (Defourny, 2004 ; OCDE, 1998 ; Sibille, 2011 ; Reis, 1999), dans la définition du concept d’entreprise sociale, qu’il s’agisse d’entreprise de propriété publique, privée ou correspondant au terme d’«économie sociale» en Europe (Defourny & Nyssens, 2011). Dans la tradition européenne continentale, la principale approche des entreprises sociales est résumée dans les études et propositions du réseau EMES (Emergence of Social Entreprises) qui lui a défini trois séries d’indicateurs : la structure économique, la structure sociale et la gouvernance (Monzón & Chaves, 2012).

1.1.2. Champs et étendue du secteur de l’économie sociale et solidaire

L’économie sociale solidaire (ESS) en tant que secteur d’activité, apparaît liée aux associations populaires et aux coopératives, qui en constituent l’épine dorsale (Monzón & Chaves, 2012). Une meilleure compréhension de champs et étendue de ce secteur nécessite que l’on l’analyse dans une double dimension : d’abord, une analyse de son étendu à travers sa reconnaissance institutionnelle ; et ensuite une analyse de son champ d’activité.

a) Etendue et reconnaissance institutionnelle de l’économie sociale et solidaire

Si l’économie sociale et solidaire a occupé, durant le premier tiers du 19e siècle, une place prépondérante dans tous les pays du monde, le modèle européen de croissance de 1945 à 1975 qui a constitué la pierre angulaire de l’Etat-providence, a plutôt fait la part belle au capitalisme privé traditionnel et au secteur public (Monzón & Chaves, 2012). Cet Etat-providence qui a admis les défaillances avérées du marché, a réussi à déployer un arsenal de politiques en s’appuyant sur le modèle keynésien, et qui se sont révélées extrêmement efficaces pour y remédier : redistribution des revenus, allocation des ressources, etc.

Dans les pays européens de la partie centrale et orientale, l’Etat, alors unique acteur économique notamment sous la tutelle du régime soviétique, ne laissait aucune place aux acteurs de l’économie sociale et solidaire. Les seules coopératives assez répandues dans certains pays du bloc soviétique, étaient amputées de plusieurs de leurs principes traditionnels, tels que l’adhésion volontaire et libre et le fonctionnement démocratique (Monzón & Chaves, 2012). Toute planification de l’économie était centralisée. Cet affermissement des systèmes d’économie mixte n’a cependant pas empêché l’éclosion d’un éventail diversifié d’organisations (coopératives, mutuelles et associations) qui ont contribué à lutter contre des problèmes d’intérêt général et importants sur le plan social (Monzón & Chaves, 2012) ; même si d’aucuns pensent qu’au cours de cette période, l’économie sociale et solidaire a perdu une grande part de son statut d’acteur significatif dans la quête d’harmonisation entre la croissance économique et le bien-être social.

En effet, pendant la crise des systèmes d’Etat-providence et d’économie mixte au cours du dernier quart du 19e siècle, certains pays européens ont été le théâtre d’un regain d’intérêt pour les organisations sociales sous la forme d’alternatives commerciales aux modèles des secteurs capitaliste et public, notamment des coopératives et des mutuelles, des associations et des fondations (Monzón & Chaves, 2012). Ce regain d’intérêt a pris en réalité, sa source dans les difficultés des économies de marché à trouver des solutions satisfaisantes à de graves problèmes de chômage de longue durée de masse, de l’exclusion sociale, du bien-être aussi bien un milieu rural que dans les quartiers urbains délabrés, de santé, de l’éducation, de la qualité de vie des retraités ou encore de la croissance durable (Alcaras & al. 2011 ; Monzón & Chaves, 2012). Cette croissance considérable du secteur de l’économie sociale et solidaire est par ailleurs attestée le Manuel pour l’établissement des comptes satellites des entreprises de l’économie sociale[8] publié par la Commission européenne (2007) ; malgré la démutualisation d’une série de coopératives et de mutuelles importantes dans certains pays européens, au cours de ces dernières décennies (Barea & Monzón, 2006).

L’économie sociale et solidaire (ESS) a su également faire reconnaître son essor dans la sphère politique et juridique. La France a été le premier pays à accorder une reconnaissance politique et juridique au concept moderne d’économie sociale en adoptant, en décembre 1981, le décret qui a donné naissance à la Délégation interministérielle à l’économie sociale (DIES). Le champ de l’économie sociale et solidaire a également acquis ses lettres de noblesse dans d’autres pays européens, comme la Grèce, le Portugal et l’Espagne, qui a été en 2011 le premier pays d’Europe à se doter d’une loi sur l’économie sociale Monzón & Chaves, 2012). A l’échelon européen, la Commission Européenne a publié en 1989 une communication intitulée « Les entreprises de l’économie sociale et la réalisation du marché européen sans frontières ». La même année se déroulait à Paris, la première conférence européenne de l’économie sociale et une unité économie sociale était créée au sein de la direction générale XXIII Politique d’entreprise, commerce, tourisme et économie sociale. De nombreuses autres conférences européennes ont été organisées depuis lors, dont les deux dernières à Tolède en mai 2010 et à Bruxelles en octobre 2010 (Monzón & Chaves, 2012).

b) Champs d’activités du secteur de l’économie sociale et solidaire

Le champ d’activité de l’économie sociale solidaire (ESS) rassemble des organisations très diverses et la définition de son périmètre exact fait encore parfois l'objet de débats. De façon globale, le secteur de l’économie sociale et solidaire regroupe les organisations privées ou publiques (entreprises, coopératives, associations, mutuelles ou fondations) qui cherchent à concilier activité économique et utilité sociale[9]. De ce point de vue, plusieurs auteurs sont unanimes que le champ d’activité de l’économie sociale et solidaire (ESS) constitue le « secteur du non-profit ou de volontariat » (dans les pays anglo-saxons), ou encore de l’économie sociale populaire (en Amérique Latine) et enfin « entreprises sociales » plus récemment des deux côtés de l’Atlantique (Alcaras & al., 2011).

Le système de valeurs et les lignes de conduite du mouvement associatif, tel que cristallisé dans le coopératisme historique, ont également articulé le concept moderne d’économie sociale et solidaire, structuré autour de trois grandes familles d’entités : les coopératives, les mutuelles et les associations, auxquelles se sont récemment ajoutées les fondations (Monzón & Chaves, 2012). Ces grandes familles incarnaient à leur avènement l’expression polymorphe d’un seul et même phénomène : la réaction des franges sociales les plus démunies et vulnérables, par le biais d’organisations d’entraide, aux nouvelles conditions de vie induites par la montée en puissance de la société industrielle des 18e et 19e siècles (López Castellano, 2003). Coopératives, sociétés de secours mutuel et sociétés de résistance étaient les trois formes revêtues par cet élan associatif (Lenancker & Roirant, 2013).

Après l’effondrement du bloc soviétique qui a favorisé la dislocation et le dédain de nombreuses coopératives d’Europe centrale et orientale (Monzón & Chaves, 2012), une résurgence d’initiatives citoyennes pour la réalisation de projets d’économie sociale et solidaire a vu le jour récemment et s’est traduite par des propositions législatives destinées à stimuler les organisations de ce secteur. Un développement spectaculaire de l’économie sociale et solidaire est observé au niveau des organisations actives dans la production de biens dits sociaux ou tutélaires (Monzón & Chaves, 2012), principalement l’intégration sociale et professionnelle, les services sociaux et les soins de proximité. A ce niveau, il semblerait que le coopérativisme et l’associationnisme ont retrouvé, un terrain d’entente et de coopération dans nombre de leurs projets et activités, notamment dans des coopératives, qui sont déjà juridiquement reconnues dans plusieurs pays comme l’Italie, le Portugal, la France, la Belgique, l’Espagne, la Pologne, la Finlande et le Royaume-Uni (CECOP, 2006).

L’identification sous la forme actuelle de l’économie sociale et solidaire a commencé dans les années 1970 (en France) lorsque les organisations représentatives des coopératives, des mutuelles et des associations ont créé le CNLAMCA[10] (Comité national de liaison des activités mutualistes, coopératives et associatives). Lors de son 10e anniversaire, en juin 1980, le CNLAMCA publia un document titré «Charte de l’économie sociale», selon lequel l’économie sociale et solidaire désignait l’ensemble d’organisations qui n’appartiennent pas au secteur public, qui appliquent un mode de fonctionnement démocratique caractérisé par l’égalité des droits et des devoirs entre les membres, qui ont un régime particulier de propriété et de distribution de leurs bénéfices, et qui affectent leurs excédents à leur propre agrandissement et à l’amélioration de leurs services à leurs membres et à la société (Economie Sociale, 1981; Monzón, 1987). Cette forme actuelle est globalement présente dans l'économie de trois manières différentes : i) soit par la propriété collective d'adhérents à des structures alternatives (mutuelles, coopératives...) s'inscrivant dans le régime concurrentiel de l'économie de marché ; ii) soit par le financement direct d'entreprise(s) ou de fondation(s) ; iii) soit par le financement de l'impôt ou de cotisations sociales.

1.2. Approche conceptuelle de l’entrepreneuriat en économie sociale et solidaire

Le concept de l’entreprenariat en économie sociale et solidaire, encore connu sous le vocable de l’entrepreneuriat social, est une jeune notion qui a fait son émergence des deux côtés de l’Atlantique avec notamment la « Social Enterprise Initiative » programme de recherche et d’enseignement lancé en 1993 par la Harvard Business School. Cette rubrique aborde sous plusieurs angles, le concept de l’entreprenariat social, ainsi que quelques caractéristiques d’ordre conceptuel qui leur sont généralement reconnues.

1.2.1. Approches de définitions du concept de l’entreprenariat social

Le concept de l’entrepreneuriat social est pluridimensionnel et difficile à définir. En effet, la diversité des formes et des pratiques qui caractérise le champ n’en autorise guère une définition simpliste unanime (CESE, 1986 ; 2008). Cependant des études portant sur l’entrepreneuriat social, en tant que thématique de l’entrepreneuriat, soulignent une prolifération des définitions et des conceptions (Bacq & Janssen, 2008).

a) Définition du concept de l’entreprenariat

Au sens étymologique, entreprendre signifie « se décider à faire une chose et s’engager dans son exécution ; chercher à gagner, à séduire quelqu’un ». Ainsi, l’entreprenariat est perçu de façon générale comme l’action de créer de la richesse et/ou de l'emploi par la création ou la reprise d'une entreprise. En réalité, L’entrepreneuriat n’est donc pas un métier, mais plutôt le trait de caractère d’une personne ou d’un groupe de personnes. Il ne se manifeste pas uniquement sous la forme de nouvelles créations d’entreprises (CCE, 2010).

Paturel (2007) dans son ouvrage « Grandeurs et servitudes de l’entrepreneuriat » propose une définition syncrétique de l’entrepreneuriat ; celui-ci « est, à partir d’une idée, l’exploitation d’une opportunité dans le cadre d’une organisation impulsée, créée de toute pièce ou reprise dans un premier temps, puis développée ensuite, par une personne physique seule ou en équipe qui subit un changement important dans sa vie, selon un processus qui aboutit à la création d’une valeur nouvelle ou à l’économie de gaspillage de valeur existante ». Dans cette perspective, l’entrepreneuriat est indissociable de l’approche projet.

Inspiés par des ouvrages antérieurs, Wennekers & Thurik (1999) proposent la définition suivante de l’entrepreneuriat : “Entrepreneurship is the manifest ability and willingness of individuals, on their own, in teams, within and outside existing organisations to perceive and create new economic opportunities (new products, new production methods, new organisational schemes and new product-market combinations), and to introduce their ideas in the market, in the face of uncertainty and other obstacles, by making decisions on location, form and the use of resources and institutions”.

Se fondant sur sa perception de l’entrepreneur comme une personne qui veut et qui est capable de transformer une idée ou une invention, en une innovation réussie, Schumpeter (1950), affirme que l’entrepreneuriat conduit à une « destruction créatrice » dans les marchés et les secteurs de l’économie parce que de nouveaux produits et modèles économiques arrivent et remplacent les anciens. Ainsi, la destruction créatrice est à l’origine du dynamisme industriel et de la croissance à long terme. Pinchot (1985), introduit le terme d' intrapreneuring (transposé en « intrapreneuriat » en français) pour décrire les activités entrepreneuriales au sein même d’une grande organisation.

b) Le concept de l’entreprenariat social : quelques approches de définition

Dans la littérature spécialisée en entrepreneuriat social, plusieurs auteurs soulignent l’absence d’un paradigme fédérateur dans ce champ de recherche (Dees, 1998)[11]. Cependant, les débats suscités ces dernières décennies sur l’entrepreneuriat en économie sociale et solidaire, ont favorisé l’émergence de plusieurs approches de définition du concept, permettant ainsi de mieux cerner les réalités que recouvrent ce champ (Defourny & Nyssens, 2011; Bacq & Janssen, 2008 ; Boutillier, 2011 ; Draperi, 2010.).

En effet, de façon globale, l’entrepreneuriat social est perçu comme toute initiative privée dont la finalité sociale (réponse à un besoin social) est supérieure ou égale à la finalité économique. Partant de cette définition, plusieurs auteurs s’accordent que le concept de l’entrepreneuriat social recouvre l’ensemble des initiatives économiques dont la finalité principale est sociale ou environnementale et qui réinvestissent la majorité de leurs bénéfices au profit de cette mission (Barthélémy & Slitine, 2011). S’accrochant au principe que "toutes les entreprises du monde partagent l’affirmation d’un projet économique et la nécessité de dégager des excédents", Boussaguet (2009), entend par entrepreneuriat social, la même chose que par entrepreneuriat tout cours ; c'est-à-dire une prise d’initiative, une création d’activité, d’emplois, la construction d’un projet économique avec une dimension, une finalité qui va différer en tout cas dans l’intention première qui va être sociale voire sociétale.

Abordant le sujet, Barthélémy & Slitine (2011), auteurs d'un ouvrage de référence affirment que « l’entrepreneuriat social recouvre l’ensemble des initiatives économiques dont la finalité principale est sociale ou environnementale et qui réinvestissent la majorité de leurs bénéfices au profit de cette mission » (Barthélémy & Slitine, 2011). Selon cette définition, l’entrepreneuriat social a pour principale vocation, outre la création d’entreprise, la réponse à des besoins sociaux, non encore satisfaits par l’Etat et/ou par le secteur marchand (Thompson, 2002 ; Alvord & al., 2004). A l’encontre d’une économie marchande et capitaliste qui plaide pour la réalisation d’objectifs strictement financiers, l’entrepreneuriat social s’inscrit plutôt dans une logique solidaire, se donnant pour priorité la cohésion sociale (Omrane & Fayolle, 2010 ; Avise, 2007).

Pour Mort & al (2002), l’entrepreneuriat social est un construit multidimensionnel qui comprend l’expression d’un comportement entrepreneurial afin d’accomplir une mission sociale. ... Il désigne, en outre, l’aptitude à reconnaitre la valeur sociale via la création d’opportunités et la détention de caractéristiques clés de prise de décision axées sur l’innovation, la proactivité et la prise de risque. Zahra & al (2008) restent dans cette même logique en définissant l’entrepreneuriat social comme « processus liés à la découverte d’occasions afin de créer de la richesse sociale et les processus organisationnels développés et utilisés pour atteindre les fins désirées » (Zahra & al., 2008 ; 12). Pour ces derniers, l’entrepreneuriat social « englobe les activités et les processus entrepris pour découvrir, définir et exploiter les opportunités afin d’augmenter la richesse sociale en créant de nouvelles entreprises ou en gérant les organisations existantes d’une manière innovante » (Zahra & al., 2008 ; 5).

Du point de vue de l’analyse de Martin & Osberg (2007), l’entrepreneuriat social comprend trois éléments fondamentaux à savoir : (i) l’identification d’un équilibre stable mais injuste qui exclut, marginalise ou cause de la souffrance à un groupe qui n’a pas les moyens de transformer l’équilibre, (ii) l’identification d’une opportunité et le développement d’une valeur sociale nouvelle proposée afin de défier l’équilibre et enfin (iii) le développement d’un nouvel équilibre stable afin d’alléger la souffrance du groupe visé à travers l’imitation et la création d’un écosystème stable autour du nouvel équilibre afin d’assurer un meilleur futur pour le groupe et la société. Cette dernière dimension s’accorde bien avec l’analyse de Boussaguet qui voit en entrepreneuriat social, un catalyseur de changement social qui, pourvoyant aux besoins humains basiques d’une manière durable, pourrait de ce fait constituer un levier fondamental pour le développement durable (Boussaguet, 2009).

1.2.2. Bref aperçu du concept de l’entrepreneur social

Si le développement durable se présente comme une finalité de l’entrepreneuriat social (Boussaguet, 2009), sa réalisation passe inévitablement par des personnes, notamment des entrepreneurs sociaux, qui facilitent à travers leurs comportements, motivations et initiatives, la transformation d’un rêve, la prise en compte d’un problème ou d’une opportunité en une ou plusieurs organisations viables (Bacq & Janssen, 2008 ; Sullivan Mort & al., 2003).

a) Définition du concept d’entrepreneur

Au sens étymologique, l’entrepreneur est perçu comme celui qui prend « en main » un projet ou une activité. Selon Schumpeter (1935), l’entrepreneur est un agent de la destruction créatrice nécessaire aux grandes avancées économiques. Attribuant à l’entrepreneur la fonction d’innovation, Schumpeter souligne que ce dernier, est un vecteur essentiel du développement économique. Ainsi, il représente l’élément fondamental de l’entreprise nouvellement créée (Omrane & Fayolle, 2010).

Dans une logique centrée sur la création de valeur, Say (1767-1832) estime que l’entrepreneur désigne tout individu qui «fait passer des ressources économiques d’un état de faible productivité vers un état de productivité et de rendement supérieurs » (Omrane & Fayolle, 2010 ; 9). S’inscrivant dans la logique de Schumpeter, Drucker (1985) développe une approche axée sur l’innovation en mettant en exergue la capacité d’inspiration fonctionnelle de l’entrepreneur qui lui permet d’identifier les opportunités les plus prometteuses et de remplir sa fonction d’innovation.

Pour Drucker et Schumpeter, l’entrepreneur est quelqu’un qui innove aussi bien dans l’économie marchande que dans l’économie non marchande. C’est dans cette logique faisant l’éloge de l’innovation, qu’est née la notion d’entrepreneur social. De ce fait, si l’on considère les innovations comme une activité de résolution de problèmes suivant ainsi l’analyse évolutionniste (Nelson & Winter, 1982), le développement de l’entrepreneuriat social peut se concevoir comme une réponse à la crise de l’Etat providence et à l’apparition des nouvelles questions sociales comme l’exclusion, la pauvreté ou encore le vieillissement de la population, etc. (Esping-Andersen, 1999).

b) Notion de l’entrepreneur social

Selon une définition généralement admise, les entrepreneurs sociaux sont des individus qui portent des solutions innovantes à des problèmes pressants de la société. Pour Reis (1999), les entrepreneurs sociaux créent de la valeur sociale à travers l’innovation, les ressources financières… pour promouvoir le développement social et économique de la communauté.

Inscrivant l’entrepreneur social dans une dynamique de durabilité, Cornwall (1998) et Wallace (1999) montrent que ce dernier a une responsabilité sociétale envers la communauté à laquelle il appartient. Dans la même logique, Brinkerhoff (2001) soutient que les entrepreneurs sociaux sont des individus qui recherchent constamment de nouvelles manières de servir les membres de la société et de créer de la valeur ajoutée aux services existants. Ainsi, ils agissent différemment en apportant des solutions concrètes et innovantes à des problèmes sociaux qui apparaissent souvent insolubles au niveau de l’Etat ou de l’économie marchande (Omrane & Fayolle, 2010). C’est certainement ce qui a conduit les auteurs comme Hervieus & al. (2007) à affirmer que l’objectif premier de l’entrepreneur social est d’avoir une activité socialement utile, souvent parce qu’il détecte un manque, une lacune que ni le marché, ni le secteur public ne satisfont.

D’après l’organisation Ashoka, « les entrepreneurs sociaux semblent souvent possédés par leurs idées, sacrifiant leur vie pour changer l’orientation de leur domaine. Ils sont autant des visionnaires que des réalistes fondamentaux, préoccupés avant toute chose par la mise en œuvre pratique de leur vision. Bacq & Janssen (2008), vont dans la même logique en définissant l’entrepreneur social comme « un individu visionnaire, dont l’objectif premier n’est pas de faire du profit mais de créer de la valeur sociale, capable à la fois de saisir et d’exploiter les opportunités qui se présentent à lui, de rassembler les ressources nécessaires à la conduite de sa mission sociale, et de trouver des solutions innovantes aux problèmes sociaux de sa communauté, non traités par le système en place ». De son côté, l’organisation Echoing Green perçoit les entrepreneurs sociaux comme « ces individus exceptionnels qui osent rêver et assumer la responsabilité d’une idée novatrice qui n’a pas encore été testée, visant un changement social positif, et qui changent leur rêve en réalité. ... ».

Ces différentes définitions mettent en exergue que l’entrepreneur social, mû par un intérêt collectif plutôt qu’individuel, est un individu qui adhère aux valeurs de l’économie sociale et solidaire, en créant un projet d’entreprise durable ayant une finalité sociale. En effet, guidé par une mission sociale, l’entrepreneur social explore et reconnait les opportunités d’affaires pour créer de la valeur sociale aux clients, d’une manière proactive, innovante et modératrice du risque (Sullivan Mort & al., 2003). Pour ce faire, il a ou développe la capacité à recenser les besoins non encore explorés, à reconnaître des opportunités d’affaires et à prendre appui sur des manières innovantes pour mobiliser les ressources nécessaires à l’atteinte de ses objectifs sociaux (Barthélémy & Slitine, 2011 ; Ghezali & Sibille, 2010).

1.3. Analyse du cadre de développement de l’entrepreneuriat social

L’entrepreneuriat est revenu ces dernières années sur le devant de la scène. Alors que dans les années 1950 et 1960, les plus grandes attentes étaient placées dans les entreprises de très grande taille, aujourd’hui l’entrepreneuriat surtout dans le secteur de l’économie sociale et solidaire est considéré à nouveau comme le moteur du développement économique et social. Cette rubrique analyse le cadre général du développement de l’entrepreneuriat social dans le temps et dans l’espace, à partir d’une synthèse de la littérature disponible.

1.3.1. Les facteurs favorables au développement de l’entrepreneuriat social

L’entrepreneuriat social est de plus en plus considéré comme le moyen par excellence de surmonter les obstacles de la pauvreté absolue et de l’exclusion sociale au sein des communautés (Monzón & Chaves, 2012 ; Avise, 2007 ; Omrane & Fayolle, 2010). Outre leur rôle de vecteur d’innovation et de changement, les entreprises sociales forment aussi un guide important pour les transferts de connaissances (Carree & Thurik, 2002), en plus de la concurrence qu’elles augmentent en incitant les entreprises classiques à devenir elles-mêmes plus compétitives et plus efficaces. Cela a favorisé un regain d’intérêt de la part d’une grande majorité des acteurs du développement. La présente sous rubrique analyse les facteurs qui ont contribué au développement de l’entrepreneuriat social dans le temps dans l’espace.

[...]


[1] Plan stratégique de relance du secteur agricole (PSRSA) ; Août 2010

[2] Cité dans J. Cloutier (2003)

[3] Cité dans Wélé I. (2008)

[4] Jean-Claude Sabin est le Premier vice-président de l’Assemblée permanente des Chambres d’Agriculture (France).

[5] Repris en édition moderne en 1990. Etudes d’économie sociale : théorie de la répartition de la richesse sociale, Léon Walras, Economica, Paris, 1990

[6] Aux États-Unis, Levitt (1973) a figuré parmi les premiers à utiliser l’expression «troisième secteur», en l’assimilant au secteur sans but lucratif.

[7] Cité dans Monzón & Chaves, (2012)

[8] En 2003, les Nations unies ont également publié un manuel pour l’élaboration de statistiques homogènes sur le secteur non lucratif, répondant aux critères utilisés pour définir ce concept selon l’approche des organisations à but non lucratif. Ce secteur comporte un grand nombre d’entités relevant de l’économie sociale et solidaire, laquelle est constituée pour une bonne part d’associations et de fondations.

[9] Définition sur le site du gouvernement français : http://www.economie.gouv.fr/ess-economie-sociale-solidaire

[10] Créé le 11 juin 1970, le CNLAMCA est devenu, le 30 octobre 2001, l’actuel Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale (CEGES) (Davant, 2003)

[11] Cité dans Bacq et Janssen (2008 ; 4), « Définition de l’entrepreneuriat social : revue de la littérature selon les critères géographique et thématique », Association Internationale de Recherche en Entrepreneuriat et PME

Fin de l'extrait de 308 pages

Résumé des informations

Titre
Les déterminants de la pérennité des coopératives agricoles en milieux périurbain et urbain du Bénin
Note
18/20
Auteur
Année
2014
Pages
308
N° de catalogue
V428073
ISBN (ebook)
9783668733770
Taille d'un fichier
2740 KB
Langue
Français
mots-clé
Pérennité, Coopératives d’activités et d’emplois, Gouvernance, Performance
Citation du texte
Hamissou Affo Daoudou Y. Amadou (Auteur), 2014, Les déterminants de la pérennité des coopératives agricoles en milieux périurbain et urbain du Bénin, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/428073

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