Explication du texte "Moderato Cantabile" et "L'Amant" de Marguerite Duras


Dossier / Travail de Séminaire, 2019
10 Pages, Note: 1,7

Extrait

Tables des matières

1. Explication du texte Moderato Cantabile
1.1. Introduction
1.2. En dedans: La société du spectacle
1.3. En dehors: les rêves et la nature
1.4. Conclusion

2. Explication du texte L’Amant
2.1. Introduction
2.2. Les amant.e.s
2.3. La fille et sa mère
2.4. Les amant.e.s et le monde
2.5. Conclusion

Bibliographie

1. Explication du texte Moderato Cantabile

1.1. Introduction

Le roman Moderato Cantabile de Marguerite Duras est l’une de ses œuvres plutôt anciennes qui a été publiée en 1958. Cet ouvrage raconte l’histoire d’une femme, Anne Desbaresdes, de provenance bourgeoise qui se trouve à imaginer la vie amoureuse perdue d’une femme assassinée, aux côtés d’un homme du prolétariat. Au fil de l'histoire, le lecteur devient le témoin des forces sociales qui déterminent sa vie répétitive: être l'épouse de quelqu'un et appartenir à une classe dans une société qui ne permettrait pas une relation qui transcende de telles fins.

L’extrait à analyser se trouve au septième chapitre et tourne autour d’une soirée dans la maison dans laquelle Anne habite avec son mari et son fils. Au cours de cette soirée, se déroule un dîner chic qui « est la quintessence de la mondanité (tradition aristocratique puis bourgeoise d’au moins trois siècles) et repose en grande partie sur la bienséance »1. Ce dîner forme une acmé dans laquelle on peut voir les forces qui conditionnent la vie d’Anne – une société patriarcale qui succombe au fétichisme de la marchandise –, mais où l’on trouve également une petite fenêtre de liberté mineure: l’imaginaire d’Anne.

Pour soutenir cette hypothèse des contraintes de la société et de l’espace d’une liberté extraterritoriale, on suivra de tout près le texte des évènements intérieurs vers l’extérieur et comment ce qui se trouve à l’extérieur est à la fois inextricablement lié à l’imaginaire d’Anne et au mode de narration. Cela nous mènera finalement à voir qu’Anne est prise entre deux classes sociales: elle ne peut pas se libérer de la sienne ni véritablement transgresser vers une autre, celle à laquelle son amour réel mais imaginaire appartient.

1.2. En dedans: La société du spectacle

L’extrait commence par « On rit »2 (p. 69), une expression qui illustre la distance et l’anonymat de la société bourgeoise dans laquelle Anne se retrouve ce soir-là. « Les femmes » (p. 70 l. 2), « Les hommes » (p. 70 l. 3), « L’un d’eux » (p. 70 l. 4). « Elles » (p. 70 l. 15). Un groupe qui émet « un chœur des conversations » (p. 69) indéterminé, qui se transforme dans « une conversation généralement partisane et particulièrement neutre. » (p. 69-70) Ce qui pourrait se raconter reste vide, commenté ainsi: « La soirée réussira. » (p. 70) Aucune subjectivé n’apparaît, simplement le comportement générique d’« une société quelconque. » (p. 69)

Ce comportement est en fait la seule chose que nous voyons réellement, et qui se focalise sur la consommation de Pommard, le saumon et l’importance de l’apparence. Il y a une assurance de soi, une « certitude de son droit » (p. 70) qui découle – à part de bienséance – des mœurs et des pratiques de présentation de soi: « Les femmes sont au plus sûr de leur éclat. Les hommes les couvrirent de bijoux au prorata de leurs bilans. » (p. 70). Les épaules nues qui luisent (p. 70 l. 10) indiquent que le genre est en place et que les femmes ont une fonction pour les hommes: elles « font leur bonheur. » (p. 70 l. 19) Tout cela est accompagné d’une consommation incessante: l’alcool coule à flots et des délices sont tendus et dévorés. Néanmoins il s’agit d’un lieu restreint par des règles – mise en place par l’éducation – qui régissent même les excès et le libertinage.3

1.3. En dehors: les rêves et la nature

À cette soirée d’une société qui se dévore en laissant derrière toute l’autonomie à la porte de l’entrée désirée en échange de son statut et sa bienséance Anne arrive en retard et déjà ivre. L’ivresse qui auparavant a permis un rapprochement entre elle et Chauvin, la personne avec laquelle Anne a commencé une relation platonique en imaginant une relation amoureuse, devient un inconvénient au moment où elle entre en société. Cette ivresse met une distance entre elle et eux et plus tard elle va vomir toute ce qui elle consommé. Mais simultanément cette même ivresse déclenche son imaginaire – et l’emporte loin de ce qui ce passe à l’intérieur.

« L’époque dans laquelle le roman est écrit nous laisse penser qu’il s’agit du Nouveau Roman, mouvement littéraire qui remet en question la place de l'intrigue, la déconstruction du personnage et la réflexion sur le point de vue. »4

Implicitement la narration crée le point de vue d’imaginaire d’Anne, qui est assise physiquement autour de la table, mais avec laquelle nous sommes emportés en dehors. Juste avant que le saumon (un être vivant mort et devenu un objet symbolique) « repasse dans une forme encore amoindrie » (p. 70 l. 8-9), on apprend que « dans le parc correctement clos, les oiseaux dorment d’un sommeil paisible et réconfortant, car le temps est au beau. » (p. 70 l. 5-7) Ici on reçoit des autres signes, des signes de vie, des signes d’un ordre différent – et ça continue.

Anne « contrevient ce soir à l’appétit général. » (p. 70 l. 20) Elle sort avec son esprit. Vers un endroit « où un homme lui a offert du vin jusqu’à la déraison. » (p. 70 l. 25) La déraison comme un autre type de raison dont elle a « excepté(e) de la règle » (p. 70 l. 26-27), des règles qui règnent ce soir. Il existe ici une logique différente: une logique qui comprend « la nuit » (pas le soir), « la mer », « le parc » encore, « L’encens des magnolias », « le vent » et « une seule fleur » (p. 70 l. 28-34) qui est peut-être, qui pourrait être une allusion à Anne. La flore et le faune, le temps, le vent: les forces naturelles, la nature qui ne peut pas exister dans la société, pas en soi, seulement entant que fonction, seulement entant que marchandise. À cause de cela « On a dû fermer les vitres (…) de crainte de l’odeur excessive, la nuit, des fleurs. » (p. 71) En ce sens, nous pouvons comprendre ce que les actions d’Anne signifient pour le dîner: « her affect violates it by gesturing beyond its boundaries. (…) Anne is an intruder in the affective space of her own party. »5

Après la fermeture de cette fenêtre – une fenêtre que la narration a d’abord ouverte pour nous, pour Anne – elle « boit, et ça ne cesse pas, le Pommard continue d’avoir ce soir la saveur anéantissant des lèvres inconnues d’un homme de la rue. » (p. 70) L’alcool et Anne elle-même construisent un pont vers un autre monde auquel elle ne peut jamais vraiment accéder dans l’agencement social dans lequel elle est détenue pour le moment. Cela résonne avec ce que Calvert écrit: « The text of Moderato Cantabile escapes the world of relativity by exploring a parallel existence fueled by fantasy, drunkenness, madness, love and death. »6

1.4. Conclusion

Dans l’analyse de l’extrait, nous avons vu comment Anne est captée dans sa propre classe qui fabrique une aliénation sociale suite à une conscience qui traite des personnes comme des choses et des choses comme des symboles qui existent surtout pour signaler un statut. En plus nous avons découvert qu’il s’agit d’une société patriarcale dans laquelle les femmes assument souvent des rôles pour les hommes, qu’il s’agisse de la figure de beauté et de la luminosité, de l’épouse qui s’occupe du ménage (le travail reproductif impayé) ou qui sont finalement censées apporter le bonheur aux hommes.

Dans de telles circonstances, l’imaginaire d’Anne s’évade dans un autre monde, ce qui signifie non seulement rêver d’une personne appartenant à une autre classe, mais aussi apporter des sensations complètement différentes qui appartiennent pour la plupart au domaine des forces naturelles qui avaient été bannies de la bourgeoisie. La question qui reste est dans quelle mesure ce jeu de l’imaginaire libère son être actuel. Sachant que l’amour platonique entre Anne et Chauvin n’avancera plus, il semble que l’aspect tragique de l’histoire réside dans le fait qu’Anne n’est pas en mesure de se libérer de la situation qui la retient. En même temps, on pourrait se demander si la façon dont Anne agit – rencontrer une autre personne, imaginer une relation amoureuse ensemble, échanger un baiser en public –, est déjà un vaste déplacement des normes sociales en place – un premier pas possible vers une autre vie.

2. Explication du texte L’Amant

2.1. Introduction

Avec le roman L’Amant, Marguerite Duras a écrit « un livre largement autobiographique reprenant la trame de son enfance en Indochine. »7 Il s’agit de l’histoire d’une jeune fille de 15 ans qui vit avec sa mère et ses deux frères plus âgés dans ce qui s’appelait alors l’Indochine. Cette histoire est racontée par la fille elle-même en tant que narratrice. Un jour lors d’un passage d’un bac sur le Mékong, elle rencontre un riche chinois – plus âgé qu’elle – avec qui elle entre en relation. Leur relation est accompagnée par plusieurs obstacles et contraintes sociales: aucune de leurs familles n’approuve leur relation; leur différence d’âge étant un tabou et au seuil de la légalité; le fait qu’elle soit française et qu’il soit chinois, ce qui non seulement n’est pas accepté par leurs familles mais aussi socialement stigmatisé; et enfin, un autre déséquilibre des pouvoirs entre en jeu, le chinois étant un homme riche pouvant potentiellement aider la jeune fille avec son argent puisqu’elle vient d’une famille pauvre dans laquelle l’argent a un impact considérable sur les relations sociales.

L’extrait à analyser se déroule dans la garçonnière du chinois où la jeune fille a son premier rapport sexuel avec lui. Après avoir couché ensemble pour la première fois, ils se retrouvent dans une conversation qui révèle à la fois la dynamique de leur relation – les rôles qu’ils prennent chacun et les rêves qui sont rêvés –, ainsi que la relation complexe que la jeune fille entretient avec sa famille. De plus, la scène révèle une narration spatiale de l’espace appartenant aux deux et la ville (une métaphore du monde) qui entre de différentes manières dans leur espace.

[...]


1 http://www.berlol.net/fac/2014/06/08/cours-sur-moderato-cantabile-de-marguerite-duras/

2 L’édition du livre utilisé dans cette analyse:

Marguerite Duras, Moderato Cantabile, Paris, Editions de Minuit, 1980.

Toutes les citations directes sont indiquées entre parenthèses directement dans le texte.

Les citations indirectes sont indiquées comme une note de bas de page.

3 cf. Moderato Cantabile, p. 70.

4 https://www.ladissertation.com/Archives-du-BAC/BAC-Fran%C3%A7ais/Commentaire-litt%C3%A9raire-Moderato-Cantabile-Le-canard-%C3%A0-254097.html

5 Murray, Piper: «What's written above the score». The power of mood in Duras «Moderato Cantabile» In: Comparative Literature LIV ('02), Comparative Literature. Eugene, OR. P. 182.

6 Calvert, Joanna, “Coherence and chaos in narratives of crime”, French Studies Bulletin, 83, 2002, p. 5.

7 https://www.marguerite-duras.com/L-amant.php

Fin de l'extrait de 10 pages

Résumé des informations

Titre
Explication du texte "Moderato Cantabile" et "L'Amant" de Marguerite Duras
Note
1,7
Auteur
Année
2019
Pages
10
N° de catalogue
V458843
ISBN (ebook)
9783668903548
ISBN (Livre)
9783668903555
Langue
Français
mots-clé
explication, moderato, cantabile, amant, marguerite, duras
Citation du texte
Natalie Paggel (Auteur), 2019, Explication du texte "Moderato Cantabile" et "L'Amant" de Marguerite Duras, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/458843

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