Le choix d’étudier la problématique du couple mixte dans la littérature maghrébine, à travers une étude comparative des deux récits : Agar d’Albert Memmi et À l’ombre de Jugurtha de Nadia Chafik n’est pas gratuit. Il s’agit d’un intérêt personnel à découvrir ce qui peut ressortir du comparatisme entre la littérature tunisienne et la littérature marocaine, de l’ancienne et de la nouvelle génération, d’autant plus qu’il s’agit de l’un des grands ténors littéraires en Tunisie et qui a marqué l’arène littéraire maghrébine des années 50.
De l’autre côté, le choix d’aborder un texte marocain contemporain écrit par une femme s’intègre dans l’exploration des nuances entre deux écritures différentes, deux temps d’écriture différents, deux formations génériques différentes mais d’une même thématique, ce qui va nous permettre d’assurer un travail comparatif qui vacille entre deux époques et deux horizons différents.
L’interprétation des deux récits nécessite une agilité au niveau des outils d’approches que nous allons utiliser dans cette étude, dans la mesure où la fonction de chaque approche doit être configurée à la fois dans un univers textuel et extratextuel vu que tout texte est un contexte, un univers social, politique, idéologique… va nous amener à repérer ce que les récits n’assument pas au niveau de la littérarité, mais dans la phase intelligible, dans l’arrière-plan des textes.
La notion de l’étrangère en question se trouve au cœur d’une large théorie sur l’identité et l’altérité, le choix d’étudier cette problématique est justifié par la place qu’elle occupe dans l’imaginaire maghrébin, ce dernier qui est le centre de toute recherche qui touche la littérature maghrébine.
Ainsi, notre recherche a pour point de départ la problématique suivante : quelle est la nature de l’image de l’étrangère dans la fiction et dans l’imaginaire maghrébin ? Au cours de ce travail, nous avons l’objectif de montrer que la figure de l’étrangère proclame, au sein du mariage biculturel, un discours critique sur la formation psychosociale de la société marocaine et tunisienne à cette époque, il s’agit de la dimension interculturelle qui cadre pleinement le rapport d’identité et d’altérité. L’approche interculturelle des récits est justifiée par la présence de plusieurs cultures et appartenances dans les textes du corpus.
Table des matières
Partie I :
La littérature francophone au Maghreb et la question de l’Autre
Chapitre 1 : Le roman maghrébin de langue française : éléments de définition
Le contexte socio-historique :
Le roman marocain :
Le roman tunisien :
La mixité, thème sempiternel :
Chapitre 2 : Le couple mixte face à la nouvelle culture
La question de l’autre :
Traumatisme de l’espace étranger :
La Contre-acculturation :
Le traumatisme dans le discours :
Langage du corps :
Langage du langage :
Langage du silence :
Partie II :
De la psychanalyse dans le texte littéraire
Chapitre 1 : La problématique du désir chez l’étrangère
Le rêve du texte :
Le désir d’auto-proclamation :
Le discours en crise d'hystérie :
Le miroir brouillé :
Le corps, facteur fondamental dans le désir :
Chapitre 2 : Les troubles psychopathologiques
Les traces du Manichéisme dans les récits :
Ce que la phobie doit au texte :
Une névrose hystérique dans le texte :
Partie III :
Stéréotypes culturels et crise identitaire
Chapitre 1 : Contexte de domination et dérive identitaire
Dominant/dominé :
Français/Berbère :
Chapitre 2 : Crise de genre et éclatement textuel
L’éclatement textuel :
L’espace rhétorique :
Objectifs et thèmes de recherche
Cette étude vise à analyser la figure de l'étrangère au sein du mariage biculturel dans la littérature maghrébine, à travers une comparaison entre "Agar" d'Albert Memmi et "À l'ombre de Jugurtha" de Nadia Chafik, afin d'explorer la crise identitaire et les dynamiques de domination sociale.
- Analyse comparative de la littérature maghrébine (Tunisie et Maroc).
- Exploration du concept d'altérité et de l'image de l'étrangère.
- Étude des traumatismes de l'espace et de la contre-acculturation.
- Examen de la dimension psychanalytique des troubles et du désir.
- Déconstruction des stéréotypes culturels et coloniaux.
Auszug aus dem Buch
Traumatisme de l’espace étranger :
Les contextes que nous allons étudier dans les deux récits manifestent une complexité impliquée par excellence dans la notion du traumatisme, traumatisme de l’espace dans un premier plan. La première rencontre avec un espace étranger relate un certain ostracisme qui fait de l’être un organe exclu par nature : « L’altérité se cristallise alors en pur ostracisme : l’étranger exclut avant d’être exclu, davantage même qu’on ne l’exclut. » Dans Agar, l’espace traumatique résulte d’un discours de doute fantasmagorique propulsé depuis la première ligne : « Dès l’entrée du canal je fus incapable de cacher mon anxiété » (Agar, p.23), le doute provient du préconçu de l’auteur, par le procédé de l’impact de son expérience casé dans la couleur fresque que porte cette focalisation théâtralisée sur l’espace, c’est dire aussi que cette anxiété qui domine l’espace s’infiltre dans l’image d'Alexandre Benillouche dans La Statue Du Sel, son premier texte, or, dans Agar, cette image se cache derrière l’omniprésence de l’auteur par voie d’un « je » à fonction de pseudonyme : « le « je » n’était qu'un procédé littéraire entre autres. Cependant, ayant lui-même réalisé un tel mariage, il est bien parti dans ce récit de son expérience personnelle ; cette expérience vécue est « le meilleur point de départ, dit-il, pour la compréhension d'une condition ». Il s’agit d’une mise en place d’un traumatisme intégré par une force intertextuelle : « Cessant d'être, à l'image d'Alexandre Benillouche, un assoiffé de la révolte, le Juif tunisien d'Agar mûri par l'âge et l'expérience du séjour parisien, se heurte à ses propres rigueurs. »
Résumé des chapitres
Chapitre 1 : Le roman maghrébin de langue française : éléments de définition: Analyse le parcours historique de la littérature maghrébine à travers les époques coloniales, postcoloniales et modernes, en soulignant le poids du fait historique.
Chapitre 2 : Le couple mixte face à la nouvelle culture: Explore la crise du mariage biculturel sous l'angle du traumatisme spatial, de la contre-acculturation et des obstacles liés aux langages du corps, du silence et de la langue.
Chapitre 1 : La problématique du désir chez l’étrangère: Utilise les outils de la psychanalyse pour interpréter le texte littéraire comme une manifestation de l'inconscient et du désir non réalisé ou violenté des personnages.
Chapitre 2 : Les troubles psychopathologiques: Examine les manifestations concrètes du manichéisme, de la phobie et de la névrose hystérique en tant que réponses aux chocs identitaires dans les récits.
Chapitre 1 : Contexte de domination et dérive identitaire: Analyse le stéréotype du colonialisme et le rapport dominant/dominé dans la construction des identités culturelles des personnages.
Chapitre 2 : Crise de genre et éclatement textuel: Étudie les ruptures formelles et génériques, notamment l'aspect autobiographique et la carnavalisation du récit chez les deux auteurs.
Mots-clés
Littérature maghrébine, mariage biculturel, altérité, identité, psychanalyse, traumatisme, stéréotype, colonialisme, Agar, À l'ombre de Jugurtha, Albert Memmi, Nadia Chafik, genre, domination, désir.
Questions fréquemment posées
Quel est le sujet principal de ce mémoire ?
Le mémoire analyse la figure de l'étrangère et la problématique du couple mixte au sein de la littérature maghrébine, en comparant les récits "Agar" d'Albert Memmi et "À l'ombre de Jugurtha" de Nadia Chafik.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes incluent le choc des cultures, la crise identitaire, le traumatisme de l'exil, les stéréotypes coloniaux et la dimension psychanalytique des rapports humains.
Quel est l'objectif de la recherche ?
L'objectif est de démontrer comment la figure de l'étrangère au sein d'une union mixte révèle les tensions psychosociales et les structures de pouvoir à l'œuvre dans les sociétés maghrébines de l'époque coloniale.
Quelle méthodologie est employée ?
L'auteur utilise une approche comparative, une lecture psychanalytique des textes et une analyse des structures génériques et rhétoriques propres au roman maghrébin.
Qu'est-ce qui est traité dans le corps de l'ouvrage ?
Le corps de l'ouvrage explore la dynamique du couple mixte, le traumatisme spatial, le rôle de la langue dans la domination, ainsi que la dimension psychopathologique et les crises d'identité des personnages.
Quels sont les mots-clés définissant ce travail ?
Les mots-clés majeurs sont : littérature maghrébine, altérité, identité, psychanalyse, mariage mixte, stéréotype, traumatisme et domination.
Comment Nadia Chafik traite-t-elle la question de l'étrangère par rapport à Memmi ?
Alors que Memmi explore le traumatisme à travers une perspective autobiographique et un langage axé sur le doute, Chafik privilégie une approche de "carnavalisation" du récit, intégrant des éléments de récit de voyage et de journal intime pour dénoncer la violence raciste.
Quelle est l'importance du concept de "contre-acculturation" dans cette étude ?
Ce concept est fondamental pour expliquer comment, face à une société d'accueil perçue comme hostile, les personnages réagissent par un rejet conscient de l'Autre, ce qui conduit inévitablement à l'échec de l'union mixte.
- Citation du texte
- Ahmed Lahyani (Auteur), 2018, Figure de l’étrangère dans "Agar" d’Albert Memmi et "À l’ombre de Jugurtha" de Nadia Chafik, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/474969