L'identité personnelle dans "l’Africain" de Jean-Marie Gustave Le Clézio

À travers les théories d’Eduard Glissant


Texte Universitaire, 2019
11 Pages, Note: 16

Extrait

TABLE DES MATIERES

Introduction

I- Les maques d’une culture composite
1- A la rencontre de l’autre
2- Le culte du social en Afrique
3- L’errance

II- L’expression de l’ailleurs
1- L’onomastique
2- La gastronomie
3- La contemplation de la nature

III- Manifestation de l’atavisme
1- Posture du narrateur par rapport à sa terre d’origine
2- Un rémanent atavique pour la nouvelle terre
3- Un rémanent atavique conduisant à la perte identitaire

Conclusion

Références bibliographiques

Résumé

Ce travail présente les résultats d’une recherche concernant la lecture faite sur la notion de la culture et de la construction de l’identité personnelle dans l’Africain de Jean-Marie Gustave Le Clézio à travers les théories d’Eduard Glissant.Cet auteur (Le Clézio) cosmopolite, qui appartient lui-même à plusieurs cultures et parle plusieurs langues, s’accentue sur le statut de l’étranger, dont notre corpus reconstitue progressivement l’identité aux multiples facettes. Il montre clairement son attachement à l’Afrique, mais également son désir de quête perpétuelle d’une nouvelle terre.

Mots clés: identité, culture composite, rémanent atavique, tout-monde, l’autre, l’ailleurs.

Introduction

Eduard Glissant, né le 21 septembre 1928 à Sainte-Marie à la Martinique, est un écrivain, poète et philosophe martiniquais. Fondateurs des concepts d’«antillanité», de «tout-monde» et de «relation», entre autres, Glissant repense également la créolisation mais aussi les catégories de la métaphysique, ainsi les modalités du dialogue des cultures. Dans son ouvrage Introduction à une poétique de la relation paru en 1996, il établit les théories en histoire culturelle tels que la créolisation, la culture et l’identité, l’écrivain face aux chaos du monde. Dans l’optique d’appliquer ces théories dans un corpus précis, nous nous retrouvons avec Jean-Marie Gustave Le Clézio prix Nobel de littérature 2008, dans son roman intitulé l’Africain1 . Dans ce roman autobiographique publié en 2004 aux éditions Mercure de France, on fait une lecture de ces théories de Glissant. Notre tâche étant celle de présenter les éléments tirés de notre lecture du roman, nous nous baserons fondamentalement sur la notion de l’atavisme, de l’identité et la culture. Ainsi, nous nous attarderons sur trois points à savoir les marques d’une culture composite, l’expression de l’ailleurs et enfin, la manifestation de l’atavisme. Il faut le rappeler, notre travail se fera autour des théories d’Eduard Glissant.

I- Les maques d’une culture composite

La culture composite est selon Glissant, celle qui est ouverte à d’autres; elle exclut la pensée unique dont celle atavique. La culture composite ou celle rhizome prône «la poétique de la relation». Dans le corpus, nous avons à faire aux personnages pris entre passé et présent, entre leurs cœurs et l’image que leur renvoie la société; ils sont à la recherche de leur véritable identité, celle qui leur permettra de vivre en accord avec la société entière et avec eux-mêmes. Cette partie ayant trois points principaux, nous montre comment les personnages partent à la rencontre de l’autre, de quelle manière ils vouent un culte à la société africaine et enfin leur souhait de se jeter dans errance pour connaitre le tout-monde.

1- A la rencontre de l’autre

Le désir de rencontrer l’autre reste une grande priorité de l’auteur. Pour lui, découvrir l’autre, c’est voyager hors de soi, «de l’autre côté du monde2 »comme il l’avait ainsi précisé dans Onitsha. Si entrer en contact avec autrui, s’associer à la culture de l’autre est une étape la plus difficile de l’étrangéité, l’auteur montre quant à lui le contraire. Nous pouvons l’entendre ainsi: «en partant pour l’Afrique, nous avions changé de monde3 ». La rencontre du nouveau monde et la nouvelle humanité amène l’auteur à avoir un regard dédaignant de son ancienne vie. Le Clézio pense que l’ancienne vie qu’il avait, était la privation de la liberté, une vie enfermée et contrôlée par l’autre qui représente la mainmise:«Une grand-mère avec ses contes, un grand-père avec sa voix chantante de Mauricien, des camarades de jeu, de classe, tout cela s’était glacé tels des jouets qu’on enferme dans une malle, telles les peurs qu’on laisse au fond des placards4 ». Dès lors, il considère l’autre, l’africain comme un homme dure, un être plein de caractères, voire la masculinité:«Le voyage en Afrique met fin à tout cela. Un changement radical: […] ce qui eut pour résultat de m’infliger un extraordinaire coup de soleil sur les oreilles, et de me faire rentrer dans le rang de la normalité masculine.[…]. L’arrivée en Afrique a été pour moi l’entrée dans l’antichambre du monde adulte5 ». La rencontre avec l’autre permet de se découvrir soi-même et de mieux comprendre les autres.

2- Le culte du social en Afrique

La culture composite, perçue selon Glissant comme celle qui se produit grâce à l’ouverture sur les autres, celle qui se créolise et tend à remettre en question le statut de leur identité première, est présente dans AF de Le Clézio à travers l’éloge que le narrateur fait dela société en Afrique. En effet, le culte du social estla rencontre avec l’autre mais également la mise en avant des bonnes relations. Ce phénomène est perceptible à travers le père de Le Clézio qui entretient de bonnes relations avec son assistant Ahidjo et le «docteur» Jeffries qui, même après son départ, lui envoient des lettres jusqu’à leur mort. Le corpus présente un homme qui s’insurge contre le système colonial, se moque de la grandeur des uns et des autres:«C’est cette image que mon père a détesté. Lui qui avait rompu avec Maurice et son passé colonial […] et ses épouses officielles pouffant de chaleur et faisant rejaillir leur rancœur sur leurs serviteurs pour une question de gants, de poussière ou de vaisselle cassée6 ». Ceci montre sa répugnance pour la maltraitance, la discrimination et son adoption pour le culte du social qui se vit en Afrique.

3- L’errance

La notion de l’errance est développée par Glissant dans ses théories. Elle traduit la dérive, c’est-à-dire la disponibilité à toute sorte de migration possible. L’errance selon Eduard Glissant, est le désir de connaître le« tout-monde». Appliquant cette définition à notre corpus, nous estimons que l’Africain dont parle le narrateur est un nomade, un être voué à une quête perpétuelle. Tout en précisant que l’Africain est d’abord le père, nous pouvons lire en lui une personne mobile:«Mon père est arrivé en Afrique en 1928, après deux années passées en Guyane anglaise comme médecin itinérant sur les fleuves.7 ». Face à cette errance, nous pouvons estimer que la guerre est d’une part la cause directe:«[…] c’est lorsqu’en plein guerre, il traverse le désert jusqu’en Algérie, pour tenter de rejoindre sa femme et ses enfants et les ramener à l’Afrique8 ». Nous pouvons ainsi comprendre que le père de Le Clézio voulait quitter pour mettre sa famille à l’abri de la guerre. Cependant, le désir de se lancer dans l’errance découle également d’une part, d’un sentiment personnel. Il veut découvrir le monde, être attentif à toutes les cultures qui se présentent sur son parcours:«Il écrit:«A présent, je n’ai plus qu’un seul désir, partir très loin d’ici et ne jamais revenir». La Guyane, c’était effectivement l’autre extrémité du monde, les antipodes de Maurice9 ».Ce groupe du père et de fils, à l’identité multiple et instable mis en route par leur désir de liberté, et facilités par une grande indépendance d’esprit, finiront par être des vrais autochtones faisant d’eux des Africains et leur donnant un enracinement. «Si je n’avais pas reçu cet héritage de ma vie avant ma naissance, que serais-je devenu?10 » se demande le narrateur. Cependant, la terre d’adoption elle-même ne parvient pas à les garder, parce que «le voyageur, une fois le voyage entamé, est pour toujours en marche11 ». Au retour, l’auteur comme ses personnages se découvrent à nouveau étrangers, Africains exilés d’où la mobilité identitaire.

II- L’expression de l’ailleurs

«L’étranger est l’écho de l’ailleurs. Il noue parfois des relations sentimentales sur la terre d’accueil.12 » Dixit le critiqueNgetcham. L’ailleurs est une notion bien développée par Glissant; il se perçoit comme un nouveau monde, un lieu loin de la terre d’origine. L’ailleurs est un territoire à étudier, à apprécier, aimer ou détester. L’expression de cette nouvelle vie peut se faire par plusieurs moyens dont l’onomastique, la gastronomie, la contemplation de la nature, la lecture de l’histoire, entre autres.

1- L’onomastique

L’onomastique se défini ici comme l’étude des noms propres. Elle se subdivise en deux grandes catégories à savoir l’anthroponymie qui étudie les noms des personnes d’une part et la toponymie qui étudie les noms des lieux d’autre part. Eduard Glissant, dans sa théorie, pense que l’onomastique fait partie intégrante des procédés par lesquels on peut exprimer l’ailleurs. En ce qui concerne l’anthroponymie, nous pouvons relever dans AF, le nom comme le roi Njoya:«A l’est, il y a Banyo et pays bororo, au sud l’antique culture des Bamouns de Foumban qui pratiquent l’échange, sont maîtres dans l’art de métallurgie et utilisent même une écriture inventée en 1900 par le roi Njoya13 ». Le roi Njoya susmentionné est véritablement le roi des Bamouns, lequel roi inventa plusieurs choses dont l’une des plus célèbres reste l’invention de l’écriture en 1900. A côté de l’anthroponomie, la toponymie est monnaie courante dans le corpus. Le fragment ci-dessus peut en effet illustrer cette assertion par la présence des noms propres des villes comme Banyo, pays bororo, Foumban, d’où nous pouvons ajouter à cette liste Bamenda, Ogoja, Onistha, Adamawa, Kano, etc. qui représentent réellement les villes et les lieux géographiques camerounais et nigérians.

2- La gastronomie

La gastronomie est une composante qui, dans le Schéma théorique de Glissant, peut manifester l’ailleurs. La gastronomie est la «connaissance de tout ce qui se rapporte à la cuisine, à l’ordonnancement des repas, à l’art de déguster et d’apprécier les mets14 ». Si l’on s’en tient à la définition, nous constatons que celle-ci est récurrente dans AF; le narrateur nous montre l’attirance de toute sa famille à la gastronomie africaine. Nous pouvons l’entendre ainsi:«[…], et surtout le cuisinier que ma mère aimait bien, et avec qui elle préparait des plats, non à la française, mais la soupe d’arachide, les patates rôties, ou le «foufou», cette pâte d’igname qui était notre ordinaire15 ». Cet extrait illustre non seulement la particularité de la gastronomie africaine mais étale une préférence des mets africains qui sont devenus le quotidien du narrateur et sa famille. L’éloge de l’art culinaire africain se poursuit avec Le Clézio en ces termes:«De temps en temps, ma mère se lançait avec lui dans des expériences, de la confiture de goyaves ou de la papaye confite, ou des sorbets qu’elle tournait à la main16 ». Étudiant certains européens qui ont toujours la pensée civilisatrice, nous pouvons affirmer ici que l’auteur fait partie des Occidentaux qui ne veulent que s’appliquer à l’art culinaire africain.

3- La contemplation de la nature

Si l’onomastique et la gastronomie sont des composantes qui peuvent entre autres exprimer l’ailleurs, la contemplation de la nature n’en est pas du moins. La nature dans AF est prise comme un élément essentiel participant à l’épanouissement de l’être humain. Le narrateur, parlant de la nature, est sidéré et en même temps allègre de sa vue de l’univers africain dans lequel il vit. On peut entendre celui-ci s’exclamer ainsi:«La mémoire d’un enfant exagère les distances et les hauteurs. J’ai l’impression que cette plaine était aussi vaste que la mer. […], je suis resté des heures, le regard perdu dans cette immensité, suivant les vagues du vent sur les herbes, m’arrêtant de loin en loin sur les petites trombes poussiéreuses qui dansaient au-dessus de la terre sèche, scrutant les taches d’ombre au pied des irokos.17 ». Dans cet extrait qui démontre l’étendue de la nature, la plaine, le narrateur précise la grandeur et la hauteur de celle-ci en y attachant son admiration. La nature est considérée également ici comme le fondement d’une liberté absolue, du contact avec le monde et un moyen d’expression d’une domination quelconque. Le narrateur de dire:«ces journées à courir dans les hautes herbes étaient notre première liberté. […], j’aurais appris à parler avec les êtres vivants, à voir ce qu’il y avait de divin dans les termites.18 ». Dans le cas d’espèce, l’admiration précède l’exaltation de la nature, Le Clézio parle d’une connexion avec l’univers, une sorte de langage qui l’amène à communiquer avec la nature.

[...]


1 Dans la suite, les renvois à L’Africain se feront à l’aide de l’abréviation AF, suivi du numéro de la page d’où la citation est tirée.

2 LE CLÉZIO, Jean-Marie-Gustave, Onitsha (1991), Paris, Gallimard, p.17.

3 AF, 24.

4 AF, 35.

5 AF, 54.

6 AF, 68.

7 AF, 45.

8 AF, 46.

9 AF, 57.

10 AF, 103.

11 LE CLÉZIO, Jean-Marie Gustave, Onitsha (1991), Paris, Gallimard, p.164.

12 NGETCHAM, «Aimer l’étranger dans « L’Amant » de Marguerite Duras et « À la Vitesse d’un baiser sur la peau » de Gaston-Paul Effa», Université de Dschang, p-1.

13 AF, 83.

14 Selon le dictionnaire Larousse.

15 AF, 18.

16 AF, 18.

17 AF, 27.

18 AF ; 34-35.

Fin de l'extrait de 11 pages

Résumé des informations

Titre
L'identité personnelle dans "l’Africain" de Jean-Marie Gustave Le Clézio
Sous-titre
À travers les théories d’Eduard Glissant
Note
16
Auteur
Année
2019
Pages
11
N° de catalogue
V511001
ISBN (ebook)
9783346102034
ISBN (Livre)
9783346102041
Langue
Français
mots-clé
l'atavisme, la quête de l'identité, Le Clézio
Citation du texte
Bénaja Wanitoua (Auteur), 2019, L'identité personnelle dans "l’Africain" de Jean-Marie Gustave Le Clézio, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/511001

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