Monarchie institutionelle, prémices de la démocratie moderne. De l'ancienne à la nouvelle histoire du gouvernement du peuple


Texte Universitaire, 2019
27 Pages

Extrait

Table des matières

INTRODUCTION

I. LES INSTITUTIONS DE LA MONARCHIE ÉGYPTIENNE
1. LA NAISSANCE D’UNE MONARCHIE
2. LE FONDEMENT DES INSTITUTIONS

II. LA MONARCHIE INSTITUTIONNALISEE, LES PREMIERS SIGNES DE LA DÉMOCRATIE Á L’AFRICAINE
1. LE ROYAUME DU SIIN : UN EXEMPLE DE GESTION « DÉMOCRATIQUE » PRÉCOLONIALE
2. LE POIDS DU CONSEIL DES SAGES

III. LA DÉMOCRATIE FACE AUX AUTRES FORMES DE GOUVERNEMENT
1. LA DÉMOCRATIE, UNE NOTION AMBIGUЁ
2. L’ÉVOLUTION DE LA DÉMOCRATIE DE L’ANCIENNE Á LA NOUVELLE FORME

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

INTRODUCTION

Libre de choisir d’être campagnard ou citadin, sahélien ou amazonien cela va de soi. Qui que vous soyez et quelles que soient vos conditions sociales d’existence, ou quelle que soit la forme de gouvernement sous laquelle vous vivez, l’évidence est que vous ne pouvez pas échapper à l’emprise de la démocratie.

Un jour un grand islamologue sénégalais dans une émission radiophonique ne pouvait pas s’empêcher de dire : « La démocratie, une notion toujours actuelle et très ambiguë dont j’ignore encore sa signification »1. Ainsi, quel que soit le régime politique, la notion de démocratie est désormais partout car elle apparaît et réapparaît en filigrane dans tous les sujets et évènements pouvant affecter la vie quotidienne2.

Nous avons constaté qu’au Sénégal, le substantif de la « démocratie » et son dérivé adjectival « démocratique » sonne comme des refrains dans la dénomination de beaucoup de partis politiques3 crées dans ce pays des années 1960-19814. Son omniprésence est peut-être liée à son histoire et à son ambiguïté. Justement, la notion de démocratie laisse apparaître plusieurs signes de contradictions qui suscitent diverses interprétations. Osons dire que c’est l’une des conceptions les plus contradictoires et paradoxalement considérée comme le régime politique le plus parfait des temps modernes. Il y a plus d’un siècle dans le passé, cette acception de la démocratie moderne n’a jamais été envisageable. Les philosophes grecs l’ont toujours considérée comme la pire des formes de gouvernement que l’humanité n’ait jamais créé.

Est-ce réellement le régime démocratique est aussi mauvais comme l’ont voulu décrire les philosophes grecs ?

Ainsi, nous réfléchirons sur ce que nous pouvons appeler Démocratie d’Ici et Démocratie d’Ailleurs : Ici dans le royaume du Siin où elle est toujours appelée « monarchie institutionnelle ». D’Ailleurs, aux États-Unis5 par exemple, où elle a évolué et a atteint sa maturité à l’ère numérique au point que l’on pourrait l’appeler « démocratie 2.0 »6

A-t-on l’habitude d’entendre que « l’Africain aime le pouvoir » ? Cette façon de juger le rapport que l’Africain entretient avec le pouvoir, peut être fausse d’une part. Si on se réfère au modèle démocratique occidental, on risquerait de fausser, en amont, le jugement que beaucoup d’intellectuels africains et occidentaux font sur le lien entre l’homme africain et le pouvoir politique. Cette démocratie de chez nous n’est pas comparative à la démocratie occidentale ni du point de la typologie ni de la maturité.

Le continent africain n’est nullement la seule contrée à avoir connu de grands empires et royaumes mais c’est l’une des parties du monde qui a, aujourd’hui le plus, gardé des survivances de la culture traditionnelle du pouvoir. La preuve dans le langage politique sénégalais on entend souvent certains mots qui renvoient à cette lointaine époque où la gestion du pouvoir était caractérisée par l’aristocratie, l’autoritarisme ou l’absolutisme politique : Buur7, Nguur, Nguuru8, Nguurgui 9 ; des termes très ambigus et qui laissent apparaître dans une certaine mesure l’autocratie politique10. Cela constitue peut-être les traces des grandes monarchies qui ont régné pendant longtemps sur le continent. Le professeur Cheikh Anta Diop le reconnaît lorsqu’il écrit dans l’Afrique noire précoloniale que « les Africains n’ont donc jamais vécu l’expérience d’une République laïque (…) »11. La démocratie africaine est, certes, à ses balbutiements, mais il est important de savoir que l’Afrique a sa propre démocratie et, donc vouloir la ramener coûte que coûte à celle de l’Europe serait une grave erreur.

Peut-on considérer ces « monarchies institutionnelles » à des démocraties antiques ou précoloniales ?

La réponse à cette question convoque nécessairement une bonne compréhension des régimes politiques dits monarchies institutionnelles nées depuis l’unification de l’Égypte et l’installation du premier régime politique qui a survécu pendant plusieurs dynasties sous le règne des Pharaons. Ces institutions égyptiennes ont donné naissance à la première monarchie institutionnelle du monde. De la monarchie unitaire de Narmer, elle passe à la monarchie institutionnelle. Et ces mêmes types d’organisation ont continué d’être perpétués en Afrique au Sud du Sahara après des milliers d’années de la fin du régime pharaonique.

Notre présent article se propose de montrer comment ces monarchies institutionnelles pourraient être les prémices de cette démocratie moderne ? Les principales questions qui méritent, ici, des réponses très particulières sont les suivantes : Peut-on parler de démocratie en Égypte pharaonique ou en Afrique précoloniale particulièrement au royaume seereer du Siin ? Au cas contraire, ces monarchies institutionnelles par exemple d’Égypte pharaonique et du reste de l’Afrique noire ne sont-elles pas les prémices de la vraie démocratie d’aujourd’hui ?

La méthode comparative nous semble être la plus évidente pour cette étude. Une étude qui part du principe de montrer les similitudes frappantes qui lient les régimes politiques antiques de l’Égypte pharaonique en passant par les entités politiques du Moyen âge à savoir Grèce et Rome sans oublier celle plus récente du XIVe siècle en Sénégambie jusqu’à la démocratie la plus « mature ». Même si ce système politique a fait l’objet de plusieurs critiques de la part des philosophes grecs, il est depuis un bon moment, comparé aux autres régimes politiques comme la monarchie ou la tyrannie et considéré comme la forme la plus enviée.

I. LES INSTITUTIONS DE LA MONARCHIE ÉGYPTIENNE

1. LA NAISSANCE D’UNE MONARCHIE

Par définition la monarchie est un régime politique dans lequel le roi est considéré à un monarque et sa fonction de roi est héréditaire. Dans certain régime politique, cette monarchie est absolue car le roi a tous les pouvoirs de sa fonction qu’il soit politique, social, économique ou institutionnel. En Égypte pharaonique l’absolutisme de ce monarque est tellement important qu’on lui doit naturellement « une vénération toute particulière. Devant lui, on ne dit, par exemple, jamais ‘’je’’, mais, humblement, « le serviteur que voici »12 ».

Quand on parle de monarchie, il est judicieux, à notre avis, de remonter le cours de l’histoire de l’Égypte antique à partir de la période thinite qui a vu naître les premières conditions de l’existence d’une monarchie. Celle-ci est née à la protohistoire égyptienne allant de 3300 à 3100 avant J.-C. avec l’unification de l’Égypte par le roi d’Hiérakonpolis du nom de Narmer13.

Il est important de savoir que les conditions géographiques et de peuplement ont, sans doute, joué un grand rôle dans la formation de la monarchie égyptienne. Pour rappel, l’Égypte ancienne est entourée de deux déserts : le désert d’Arabie et le désert de Lybie. Ces deux déserts sont séparés par un fleuve capricieux qui forme tout le long de son cours une oasis qui donne la vie14 appelée Égypte. Ces deux déserts l’isolent du reste du monde par conséquent oblige les peuplades à créer une certaine unité tout autour du fleuve Nil. Ces populations venues du sud se caracolaient au Nord et se sédentarisaient en pratiquant l’élevage et quelques activités agricoles leur permettant de vivre. C’étaient quelques activités puisque les méthodes d’irrigation n’étaient pas encore maîtrisées. Cependant si des populations à l’époque osaient mettre les pieds sur cette immense marécage qui n’offrait aucunement la possibilité de résidence, c’est parce que le Nil pouvait offrir d’autre part de nouvelle perspectives à ces premiers occupants. Dans ces marécages hostiles, l’agriculture n’était pas encore possible et ces populations étaient obligées de chasser, de pêcher ou de faire un élevage rudimentaire pour survivre. Ceci avait finalement attiré les populations des steppes environnantes.

De même au Siin, les premières vagues migratoires seereer installées après les Soos, les impératifs de la vie agricole commune les motivèrent à développer un système socio-économique combinant la vie agricole et pastorale. Ces nouveaux occupants du Siin avait mis en place dès les premières heures « un système de production intégrant intimement la présence permanente du bétail et de l’exploitation des champs »15. Contrairement aux Wolofs qui, eux se limitaient exclusivement à l’exploitation des terres sèches sous pluies par la culture du gros et du petit mil16. Idem pour la monarchie guelwar, ces migrants mandings avaient privilégié les villages côtiers et ceux des terres fertiles comme Koular, Djonk et les environs de Mbiisel. Mais ils avaient surtout jeté leur dévolu au pays de Hirena, les îles et les estuaires du Saloum. Puisque l’on sait qu’en pays seereer, les moyens de survie étaient naturellement basés sur l’agriculture.

Par ailleurs, la crue du Nil oblige ces quelques tribus qui se sont converties en agriculteurs grâce aux terres fertiles à créer des villages sur les hauteurs. Finalement disons que l’Égypte n’existe pas sans le Nil17 pour ne pas plagier Hérodote. Ce fleuve crée un véritable label de vie à ses alentours. Pour Daumas ce qui fait l’importance de ce cours d’eau si merveilleux est le fait qu’il ne se limite pas seulement à alimenter les terres de la vallée mais sert de route navigable à tout moment18. À partir de ce moment pour que le fleuve soit profitable à tous, les attributs ont initié de « gigantesques travaux de terrassement impliquant une coordination de la main-d’œuvre. Cette nécessité à organiser imposa une monarchie de type patriarcal »19. C’est ainsi que le pouvoir politique était devenu le propriétaire de la terre et des moyens de production comme ce fut le cas des Lamanes seereer, propriétaires des terres du Siin dont le droit de feu et de hache leur revenait.

Il est important de savoir que les conditions géographiques et de peuplement ont, sans doute, joué un grand rôle dans la formation de la monarchie égyptienne. Puisque depuis le début de civilisation égyptienne, la géographie, l’économie et la politique sont indissolublement liées20.

Nous avons montré au-dessus que les marécages avec son environnement hostile étaient difficilement habitables. Ce qui faisait les premières populations, dès leur installation, s’étaient lancées dans des « entreprises et une activité générale communes »21 dans toutes les provinces mêmes les plus reculées pour dompter la nature. Pour réussir cette grande ambition tribale, il fallait de bonne heure « l’existence d’une autorité temporelle, coordinatrice qui ne tarda pas à transcender la société pour prendre un caractère supranational, divin »22. C’est dans cette situation que le roi Narmer est venu en Égypte. Ainsi l’histoire de l’Égypte dynastique nègre débute lorsque le Pharaon Narmer unifie les royaumes de Haute-Égypte et de Basse-Égypte vers 3300 avant notre ère après un très long balbutiement. Donc « l’unification de la vallée du Nil et du Delta est l’acte constitutif de l’Égypte pharaonique, dénommée les « Deux Terres », car la dualité du pays restera affirmée : Pharaon est roi de Haute et Basse-Égypte »23. Á partir de ce moment il va se faire distinguer par sa coiffure : le pschent. Il se coiffe ainsi car c’est lui qui réunit la couronne blanche de Haute-Égypte et la couronne rouge de Basse-Égypte. Narmer avait balisé le terrain à ses successeurs ce qui leur permettait d’instaurer la première dynastie avec le roi Aha24 où la première monarchie nègre du monde avait vu le jour. Ceci a existé grâce aux conditions préalablement établies par le roi Narmer surtout avec l’instauration de l’organisation du système d’irrigation, la fondation de la ville de Memphis en Basse-Égypte, installation d’un système politique institutionnalisé et aussi le début de l’utilisation de la pierre taillée. Alors il est important de savoir que le Pharaon est à la base de cette monarchie.

Le Pharaon c’est l’Égypte. Geneviève Husson et Dominique Valbelle le confirment. C’est lui et lui seul qui est l’État car c’est le Pharaon qui doit en assurer face aux dieux les fonctions importantes25 durant son règne. Ainsi Adolf Erman et Hermann Ranke vont plus loin :* « le roi est le seul maître du pays et que son pouvoir est illimité »26. Tout le monde se range derrière lui. Toutes ces peuplades nichées autour de la vallée du Nil sont des citoyens de seconde zone autrement dit ses sujets. Et ils sont forcément ses « domestiques »27 pour utiliser l’expression d’Erman et de Ranke28.

2. LE FONDEMENT DES INSTITUTIONS

Quand on parle de l’Égypte pharaonique, il ne s’agit pas d’un État né au hasard autour de la vallée du Nil. L’État égyptien n’est pas né d’une forme de pouvoir « naturel » comme le nomme Philippe Braud, mais un pouvoir qui pourra exister au sein de n’importe quelle société et qui apparaîtra à l’issue d’un long processus historique déterminé29. Lequel processus et projets sont chapotés par des chefs de tribus et de clans qui mènent leur population à des perspectives d’avenir. C’est ainsi que des leaders comme Narmer sont apparus pour diriger la destinée de leur peuple. L’on sait dans une monarchie comme l’Égypte ancienne, en principe, le roi était toujours le maître absolu30 de la Haute à la Basse Égypte, mais en réalité son pouvoir est « partagé ». Il ne faut pas perdre de vue que cet État égyptien avait sérieusement évolué et ce grand « empire était devenu si puissant que le roi avait été obligé de se décharger de ses hautes prérogatives sur un certain nombre de grands fonctionnaires »31. Donc le pouvoir du Pharaon n’était pas absolu comme on pouvait l’imaginer car il faisait tout le temps recours à sa cohorte de fonctionnaires32 qui l’aidaient dans ses charges administratives.

Parmi ces fonctionnaires il y a le vizir qui dirige, d’ailleurs, les autres fonctionnaires comme les ministres car il est le premier ministre et chef du gouvernement. À côté du gouvernement, une administration décentralisée au niveau des gouvernorats, un vice-roi du Nubie qui, lui aussi, commandait un vaste empire méridional de l’Égypte, un grand prêtre d’Amon et des prêtres dans les différents lieux de culte à travers les nomes. Le scribe aussi jouait un rôle incontournable dans l’administration égyptienne. Le roi dans sa grande maison royale est bien entouré par une cour palatine qui s’occupe de lui, de sa famille et de ses différents harems. Sur le plan juridique, au-delà des prérogatives du vizir en tant que chef de la justice ou « prêtre de Maât33 », des juges faisaient la justice dans les grands tribunaux. Dans le domaine sécuritaire, d’éminents généraux aussi dirigeaient l’armée égyptienne avec ses nombreuses conquêtes pour agrandir son territoire dans les contrées voisines.

En Égypte ancienne certes il y avait des institutions fortes et démocratiques mais nous ne parlerons pas de démocratie comme à l’Occident mais ce qu’il faut retenir en Égypte ancienne et contrairement à certaines idées véhiculées par certains auteurs, que le Pharaon est l’alpha et l’oméga du pouvoir n’est pas tout à fait exact. Cette idée n’est pas exacte d’autant plus que la royauté était basée sur une gestion collégiale. C’était un pouvoir centralisé où les tâches étaient bien partagées entre les différents membres du gouvernement. À côté du Pharaon, « se trouvent les vieux conseillers qui ont servi à son père et auxquels l’armée des scribes et des fonctionnaires a coutume de témoigner une obéissance sans réserve… »34 Au-delà de ses sujétions de se partager son pouvoir, le roi a, également, des obligations car « il doit ménager la susceptibilité des ministres, canaliser, par des voies périlleuses, l’ambition des généraux et veiller scrupuleusement à ce que ses fonctionnaires ne se rapprochent pas trop de la noblesse, il doit surtout s’ingénier à se concilier les bonnes grâces du clergé. »35 C’est ce qui va, évidemment, lui permettre « s’il réussit à faire la part de toutes ces exigences, et si, en même temps, il s’entend à contrebalancer chacune de ces influences, l’une par l’autre et aussi à les paralyser, qu’il pourra espérer un règne long et prospère. S’il n’y parvient pas, c’en est bientôt fait de lui ; car dans son entourage même, durant toute sa vie, il est épié par son ennemi le plus redoutable : sa famille »36. C’est juste pour dire que le roi, contrairement à ce que l’on a voulu nous faire croire, a les mains liées et les contraintes maâtiennes ne lui ont jamais laissé le champ libre. Ce qui faisait que son pouvoir était contrebalancé par ceux du vizir et des autres fonctionnaires. Ce système présageait déjà une démocratie naissante puis le régime pharaonique était un régime démocratie même si nous ne pouvons pas écarter quelques abus nés souvent d’un changement de régime ou de système.

II. LA MONARCHIE INSTITUTIONNALISEE, LES PREMIERS SIGNES DE LA DÉMOCRATIE Á L’AFRICAINE

1. LE ROYAUME DU SIIN : UN EXEMPLE DE GESTION « DÉMOCRATIQUE » PRÉCOLONIALE

Il serait difficile dans nos sociétés précoloniales de parler de démocratie à l’occidentale mais, évidemment, ces sociétés avaient instauré un système politique qui exigeaient une gestion démocratique des affaires de la cité. L’exemple que nous allons prendre ici sera les systèmes démocratiques que l’on pouvait retrouver en Afrique précoloniale. Le Siin37 pourra être un point d’appui pour cet exemple de gestion démocratique. Le Siin où la monarchie institutionnelle guelwar qui, paradoxalement avait connu une gestion démocratique, avait été commandé depuis le XIVe siècle par les Manding, venus du Gaabu. Ces Manding avait créé une dynastie appelée Guelwar puis s’étaient « seereerisés » en adoptant la langue seereer et en pratiquant des alliances avec les familles paysannes38. On note que la structuration du pouvoir locale et de la société avait donné au Siin toutes les prédispositions d’une gestion démocratique des affaires politiques. Même avec l’arrivée des étrangers guelwar les villages anciens continuaient à être diversement commandés par des « chefferies politiques détenues par les descendants des fondateurs, chefferies foncières, chefferies religieuses instaurées à des moments variables de l’histoire des localités »39.

Quand on parle de démocratie dans une monarchie institutionnelle comme le Siin, on fait référence principalement à la participation maximale des différentes catégories de la population, à la limitation et au partage du pouvoir ainsi que la solidarité40 sociétale. Dans son ouvrage publié en 2013, intitulé À quand l’Afrique ? Entretien avec René Holenstein, Joseph Ki-Zerbo reste intransigeant sur la question de l’existence de la démocratie dans les empires et les royaumes africains. Il expliquait que les principales références de la démocratie « existaient sous des formes variées selon les pays et selon les structures mises en place par les peuples africains, que ce soit des royautés, des empires, des systèmes du type primordial et clanique ou des démocraties du type villageois »41. Quant à Cheikh Anta Diop, il a émis un peu de réserve même si toutefois il reconnaît l’existence de régimes démocratiques en Afrique. L’égyptologue sénégalais montre que « les Africains n’ont donc jamais vécu l’expérience d’une République laïque, bien que les régimes aient été presque partout démocratiques, avec des pouvoirs équilibrés »42. Il a introduit ce bémol et est réconforté par Jean-François Bayart car dans certaines sociétés africaines (un fait très rare d’ailleurs), il existait une « forte hiérarchisation des statuts où seules certaines catégories sociales (notamment les hommes les plus âgés) avaient accès à la parole et à la décision »43. Ainsi Ki-Zerbo rejette cet état de fait et explique que dans toutes les catégories d’organisation du pouvoir, « il y a à la base du système africain une puissante organisation autogestionnaire par les peuples eux-mêmes »44. Beaucoup d’auteurs confortent Joseph Ki-Zerbo dans sa position.

[...]


1 Emission radiophonique de Sud FM avec le prêcheur Alioune SALL.

2 Sylla N S., La démocratie contre la République. L’autre histoire du gouvernement du peuple, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 13.

3 Parmi ces partis politiques on peut citer, entre autres, le PDS (Parti Démocratique Sénégalais), le RND (Rassemblement National Démocratique), l’UDS (Union Démocratique Sénégalaise), l’UDP (Union Démocratique Populaire).

4 Daff M., « Réglage de sens du concept « démocratie » au Sénégal », in Politique africaine, n°3, Dakar, p. 33.

5 Le modèle démocratique des États-Unis est toujours cité en exemple comme le système démocratique le plus performant. D’ailleurs l’exemple qu’Alexis De Tocqueville a pris ici lorsque qu’il démontre que « la constitution politique des États-Unis me paraît l’une des formes que la démocratie peut donner à son gouvernement ; mais je ne considère pas les institutions américaines comme les seules ni comme les meilleures qu’un peuple démocratique doive adopter » (Alexis De Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Paris, Les Éditions Gallimard en 1992 cité ici par Ndongo Samba Sylla, 2015, op.cit., p. 41).

6 « La démocratie 2.0 » peut se résumer aux initiatives de gouvernement ouvert souvent désigné comme l’e-gouvernement, l’administration numérique ou la démocratie 2.0, visent à rétablir le lien entre les citoyens et les fonctionnaires en augmentant la transparence et la collaboration (« Démocratie 2.0 », in https//www.coe.into,wet,democracy-2).

7 Buur viendrait du bër qui signifiait « maître de terre ». D’ailleurs le titre de Buur existerait au début du second millénaire et pour Pathé Diagne cette époque « marque la naissance du pouvoir et de l’État rassembleur de chefs de territoires et de laman jusqu’alors disséminés. L’existence du Buur ou Buurba comme souverain de plusieurs entités est à l’origine de la notion et du type de pouvoir politique que ce dernier exercera.» (Diagne P., « Le pouvoir en Afrique », in Le concept de pouvoir en Afrique, 1981, p. 41.)

8 Selon Pathé Diagne, le Nguuru est en fait « la forme ultime d’un procès qui témoigne des luttes d’intérêts matériels et immatériels de classe et d’idéologies dont tout État est l’enjeu » et l’auteur ajoute que « la notion de Nguur transcendera, elle, le simple pouvoir royal. Le concept de Nguur s’est si bien identifié à la notion de pouvoir qu’il ne rend plus la notion de royauté, sauf dans l’expression Nguuru Buur, littéralement pouvoir royal, pouvoir des rois, par opposition à d’autres pouvoirs ou régimes politiques, pour affirmer l’existence du pouvoir politique en soi », (Diagne P., « Le pouvoir en Afrique », in Le concept de pouvoir en Afrique, 1981, p. 41.)

9 Des expressions qui renvoient à l’absolutisme du pouvoir politique : Buur : roi, Nguur : le pouvoir, Nguuru : le pouvoir absolu et manipulation personnelle du pouvoir, Nguurgui : le ou les représentant (s) du pouvoir.

10 Selon le professeur Cheikh Anta Diop, ceci est lié à l’histoire du continent car « À l’époque précoloniale, en effet, tout le continent était couvert de monarchies et d’empires. Aucun coin où vivent des hommes, fût-ce en forêt vierge, n’échappait à une autorité monarchique » (Diop C A., L’Afrique noire précoloniale, Paris, Présence Africaine, 1960, p. 57).

11 Diop C A., L’Afrique noire précoloniale, Paris, Présence Africaine, 1960, p. 57.

12 Erman A. et Ranke H., La civilisation égyptienne, Paris, Payot, 1963, p. 223.

13 Rachet G., Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Paris, 1998, (Chronologie générale VIII).

14 « L’Égypte antique », in jfbradu.free.fr, {consulté le 2 février 2019}

15 Barry B., La Sénégambie du XVe au XIXe siècle. Traite négrière, Islam et conquête coloniale, Paris, Cahiers d’Études africaines, 1988, p. 44.

16 Ibid.

17 Étienne Drioton et Jacques Vandier notent que « Les eaux n’arrivent en Égypte qu’en Juillet, en pleine saison chaude, elles recouvrent, alors, la vallée, y déposent le limon fertile, et, lorsqu’elles se retirent, en octobre il suffit à l’homme de semer pour récolter » (Drioton E et Vandier J., L’Égypte des origines à la conquête d’Alexandrie, Paris, PUF, 1938, p. 4)

18 Daumas F., La civilisation de l’Égypte pharaonique, Paris, Arthaud, 1977, p. 18.

19 « L’Égypte antique », in jfbradu.free.fr, {consulté le 2 février 2019}.

20 Lalouette C., Au royaume d’gypte. Le temps des rois-dieux, Paris, Arthème Fayard, 1991, p. 20.

21 Diop C A., L’unité culturelle de l’Afrique noire. Domaine du patriarcat et du matriarcat dans l’Antiquité classique, Paris, Présence Africaine, 1960, p. 135.

22 Diop C A., op.cit., p. 142.

23 Dictionnaire de l’Antiquité sous la direction de Jean Leclant, Paris, PUF, 2005, p. 1916.

24 D’après les mythes égyptiens Aha est le premier homme à avoir régné sur l’Égypte après le dieu Horus et aux demi-dieux (www.egypte-antique.com) Pour GUY RACHET Aha serait le fils de Narmer donc il aurait régné après lui à la période thinite allant de 3100 à 2686 (Rachet G., Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Paris, 1998, (Chronologie générale VIII)).

25 Husson G. et Valbelle D., L’État et les institutions en Égypte, Paris, Armand Colin, 1992, p. 19

26 Erman A. et Ranke H., La civilisation égyptienne, Paris, Payot, 1976, p. 200.

27 Les sujets du roi lui doivent respect et obéissance car « personne sauf le roi lui-même n’a autorité pour délier de ces obligations, et celui qui agit contre la volonté du roi est frappé de peines sévères et même des peines qui peuvent l’atteindre par-delà le tombeau » (Erman A. et Ranke H., La civilisation égyptienne, Paris, Payot, 1976, p. 201).

28 Ibidem

29 Braud P., Sociologie politique, Paris, Librairie général de droit et de Jurisprudence, 1994, p. 69.

30 Drioton E et Vandier J., Les peuples de l’Orient méditerranéen, Paris, PUF, 1938, p.436.

31 Ibidem

32 Il est essentiel de retenir que le titre jmj-r pr qui signifiait littéralement « administrateur », « intendant de maison/domaine » est très important en Égypte pharaonique. Selon Juan Carlos Moreno Gracia « jmj-r pr » « désigne d’abord le responsable d’un domaine, puis l’administrateur d’un nome, d’une localité ou d’une institution de l’État ». Gracia ajoute que ce titre « fut porté aussi par des dignitaires de haut rang, comme Rdj-Hnmw, qui dirigeait le domaine d’une reine », et il fut utilisé dans la formation de titre relatifs à des fonctions de grandes responsabilités que détenaient les agents autour du roi. (Garcia J C M., « Acquisition de serfs durant la première période intermédiaire : étude d’histoire sociale dans l’Égypte du IIème millénaire », in Revue d’Égyptologie, Tome 51, Paris, Édition Peeters, 2000, p. 124).

33 Maât est, dans la mythologie égyptienne, la déesse de l’ordre, de l’équilibre du monde, de l’équité, de la paix, de la vérité et de la justice. L’un des devoirs du Pharaon les plus important étant de faire respecter la loi de Maât dans toute l’Égypte.

34 Erman A et Ranke H., La civilisation égyptienne, Paris, Payot, 1976, p.70.

35 Ibidem.

36 Ibidem.

37 Le Siin « c’est un « pays » sereer exclusivement peuplé de sereer et comportant une majorité de villages anciens sauf sur les frontières du Baol, du Diéguem et du Saloum où les terroirs du Sine ont été prolongés au XXe siècle » (Becker C. et Mbodj M., « La dynamique du peuplement sereer. Les Sereer du Sine », in Paysans sereer. Dynamiques agraires et mobilités au Sénégal, Paris, IRD éditions, p. 47).

38 Becker C. et Mbodj M., « La dynamique du peuplement sereer. Les Sereer du Sine », in Paysans sereer. Dynamiques agraires et mobilités au Sénégal, Paris, IRD éditions, p. 47.

39 Ibidem.

40 Ki-Zerbo J., À quand l’Afrique ? Entretien avec René Holenstein, Lausanne, Édition d’en Bas, 2013, pp. 79-80.

41 Ibidem.

42 Diop C A., L’Afrique noire précoloniale. Étude comparée des systèmes politiques et sociaux de l’Europe et de l’Afrique noire, de l’Antiquité à la formation des États modernes, Paris, Présence Africaine, 1960, p. 40.

43 Bayart J F., « La problématique de la démocratie en Afrique noire. La Baule et après », 1991, p. 8.

44 Ki-Zerbo J., À quand l’Afrique ? Entretien avec René Holenstein, Lausanne, Édition d’en Bas, 2013, p.80.

Fin de l'extrait de 27 pages

Résumé des informations

Titre
Monarchie institutionelle, prémices de la démocratie moderne. De l'ancienne à la nouvelle histoire du gouvernement du peuple
Auteur
Année
2019
Pages
27
N° de catalogue
V513619
ISBN (ebook)
9783346115805
ISBN (Livre)
9783346115812
Langue
Français
mots-clé
monarchie
Citation du texte
Ousseynou Kama (Auteur), 2019, Monarchie institutionelle, prémices de la démocratie moderne. De l'ancienne à la nouvelle histoire du gouvernement du peuple, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/513619

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