Les anglicismes dans les langues francaise et allemande - une comparaison


Dossier / Travail, 2002
12 Pages, Note: 1+

Extrait

Table des matières

Introduction

1. Le français et les anglicismes
1.1 Réaction face aux anglicismes
1.2 L’apparition et l’intégration des anglicismes dans la langue française

2. L’allemand et les anglicismes
2.1 Attitude face aux anglicismes
2.2 L’apparition et l’intégration des anglicismes dans la langue allemande

3. Une comparaison : comment traite-t-on les anglicismes dansles langues française et allemande ?

4. Conclusion

Références bibliographiques

Introduction

Une langue ne peut être dominante sans que les idées qu’elle transmet ne prennent un grand ascendant sur les esprits, et une nation qui parle une autre langue que la sienne perd insensiblement son caractère.[1]

Quelle influence les anglicismes et américanismes[2] exercent-ils sur les langues française et allemande – et ainsi sur l’esprit des locuteurs ?

Ce petit exposé ne peut guère prétendre offrir une réponse à cette vaste question. Il faut constater, en outre, que « chacun a son point de vue sur ce qui constitue un anglicisme »[3] – et il n’y a pas réellement de consensus. Définir ou redéfinir ce qu’est un anglicisme, tout comme analyser en détail le problème des anglicismes en général dépasse le cadre de cet exposé. Pour l’instant, on est obligé de se contenter de l’opinion la plus répandue : le Nouveau petit Robert caractérise le terme anglicisme comme « locution propre à la langue anglaise ; emprunt à l’anglais » et le Duden. Die deutsche Rechtschreibung constate qu’il s’agit d’une « engl. Spracheigentümlichkeit in einer anderen Sprache »[4].

Par contre, cette étude a pour objectif d’aborder dans ses grandes lignes les différences existant entre les anglicismes des langues française et allemande et de formuler une hypothèse de travail.[5] Il s’agit donc d’observer comment les deux langues en question intègrent des mots anglais : l’apparition des anglicismes, le respect de leur sens et l’attitude des locuteurs à leur égard.

1. Le français et les anglicismes

1.1 Réaction face aux anglicismes

Les relations entre le français et l’anglais sont décrites par Walter comme une « […] histoire d’amour-haine qui n’est pas terminée »[6]. Cette histoire ambivalente de deux langues qui appartiennent toutes les deux à la famille indo-européenne se caractérise par une certaine réciprocité : plusieurs mots de ce qu’on appelle en France aujourd’hui le « franglais » sont des éléments d’origine française – empruntés par l’anglais à l’ancien français et, plus tard, alors que la supériorité des langues avait changé,[7] empruntés par le français moderne à l’anglais.

En effet, dès le 17e siècle, l’influence de l’anglais sur la langue française a augmenté.[8] Les Français se sont orientés vers les coutumes et, surtout depuis la Révolution française, vers le système politique anglais. En 1635, l’ Académie française [9] a été fondée pour établir en quelque sorte la norme du bon usage (à l’origine, le but était l’épuration du vocabulaire) qui se fixait au 17e siècle.[10] Le fait que le bon usage et l’usage se séparaient de plus en plus au fil des années a fini par provoquer la « crise du français »[11] dont on parle actuellement.

Pour la France et les Français, la politique linguistique a toujours été importante. Elle est traditionnelle.[12] En 1977, la troisième loi linguistique, la loi Bas-Lauriol, entrait en vigueur ; en outre, il existe plus de mille organisations privées ou publiques qui s’occupent de la diffusion ou de la défense de la langue française,[13] pour la purifier, mais avant tout pour la défendre contre les anglicismes.

La citation suivante de Voriol peut résumer l’attitude générale des Français à l’égard des anglicismes :

Il n’y a plus de langue ‘pure’ […]. Toutes les langues doivent quelque chose aux autres, et ces deux-là [l’anglais et le français, commentaire de l’auteur] en particulier : le français a nourri l’anglais, l’anglais a enrichi le français. Mais depuis un demi siècle, la ‘balance linguistique’ entre les deux langues est devenue lourdement déficitaire au détriment du français.[14]

1.2 L’apparition et l’intégration des anglicismes dans la langue française

Pour classifier les anglicismes[15], on les distingue dans les grosses lignes par les critères suivants :

- les mots d’une locution propre à l’anglais (anglais : bar – français : bar)[16]
- les emprunts à l’anglais (to put stress on sth.mettre l’accent sur qc.)
- les mots hybrides (privatisation de masse, du mot anglais privatization)
- les pseudo-anglicismes (auto-stoppeur, du mot anglais to stop; anglais : hitch-hiker)

En outre, il existe des pseudo-anglicismes qui ont changé morphologiquement. Parmi ce type de mot on trouve des troncations (anglais : pullover – français : pull; anglais : smoking jacket – français : smoking) et aussi de faux anglicismes lexicaux (sur le modèle de sportsman, l’expression anglaise tennis player devient tennisman en français) et sémantiques.

Les différents stades de l’intégration d’un anglicisme peuvent être étudiés à partir de différents critères d’adaptation.[17] Si un anglicisme se comporte orthographiquement et morphologiquement comme un mot français, on parle d’une intégration complète (coalition et parlement en fournissent des exemples). Le mode de composition d’un mot peut également être influencé par l’anglais ou par des anglicismes. Ainsi, les composés, eux aussi, peuvent indiquer le degré de l’intégration d’un anglicisme : l’expression vidéo-club se compose à la manière germanique ou anglaise (déterminant + déterminé) alors que film vidéo est une juxtaposition française (déterminé + déterminant). En ce qui concerne les composés du type adjectif + adjectif qui sont formés à la manière anglaise, on peut expliquer leur productivité ou leur raison d’être par le critère économique (sud-africain ; africain du sud).[18]

[...]


[1] De Meilhan, L’Emigré, cité par Etiemble, René : Parlez-vous franglais ?, Paris : Gallimard, 1980, p. 5.

[2] Désormais, le terme « anglicisme » représentera tout de même le terme « américanisme » même si de nos jours l’influence des Etats Unis et de l’américain est beaucoup plus grande que celle de l’Angleterre et de l’anglais.

[3] Mackenzie, cité d’après Nicole Plümer, Anglizismus – Purismus – Sprachliche Identität. Eine Untersuchung zu den Anglizismen in der deutschen und französischen Mediensprache, Frankfurt a. M.: Peter Lang, Europäischer Verlag der Wissenschaften, 2000, p. 17.

[4] Voir Rey-Debove, Josette et Rey, Alain (éditeurs) : Le nouveau petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris : Dictionnaires Le Robert, 2000, p. 93 et Wissenschaftlicher Rat der Dudenredaktion (éditeur) : Duden. Die deutsche Rechtschreibung, Augsburg: Weltbild Verlag, 1999, p. 113.

[5] La base principale de cet exposé sera l’œuvre de Plümer, voir la note 3.

[6] Walter, Henriette : Honni soit qui mal y pense : L’incroyable histoire d’amour entre le français et l’anglais, Paris : Robert Laffont, 2001, p. 289.

[7] Voir en particulier Walter, 2001, pp. 89-102 et 149-161, sur l’histoire ambivalente du français et de l’anglais.

[8] La première référence du terme « anglicisme » remonte à l’an 1652 ; il était défini comme « façon de parler, locution propre à la langue anglaise qui est transportée dans une autre langue » (Höfler, tiré de Plümer, 2000, p. 19).

[9] « Le rôle de l’Académie française est double : veiller sur la langue française et accomplir des actes de mécénat. » L’Académie Française, voir http://www.academie-francaise.fr/role/index.html.

[10] Juste après la fondation de l’Académie française en 1635, on avait formulé comme fonction principale de cette institution « … de travailler avec tout le soin, et toute la diligence possible ; à donner des règles certaines à nostre langue, et à la rendre pure, éloquente, et capable de traiter des Arts et les Sciences. » (Article 24 des statuts de l’Académie française, tiré de Plümer, 2000, 35.)

[11] Winkelmann constate « … aus der immer größer werdenden Diskrepanz zwischen sprachnormativem Sollzustand und alltagssprachlichem Istzustand [entstand] ein schwelender Dauerkonflikt, der in der sogenannten Krise des Französischen einmündete, die mit Unterbrechungen bis in unsere Gegenwart dauert. » Tiré de Plümer, 2000, p. 36.

[12] Voir Plümer, 2000, pp. 45-65.

[13] Voir Plümer, 2000, pp. 36-41.

[14] Voriol, d’après Plümer, 2000, p. 27.

[15] Voir Plümer, 2000, p. 154, sur la classification des anglicismes dans la langue française.

[16] Tous les exemples sont tirés de : Rey-Debove, Josette et Rey, Alain (éditeurs) : Le nouveau petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris : Dictionnaires Le Robert, 2000 et de : Wehmeier, Sally (éditrice) : Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English, Oxford: Oxford University Press, 2000 ; voir aussi : Plümer, 2000, surtout pp. 155-188.

[17] Voir Plümer, 2000, pp. 189-211, sur les critères d’intégration : le genre, la déclinaison, la conjugaison et l’orthographe des anglicismes.

[18] Spence, cité par Plümer, 2000, p. 213 : « Il est probable que c’est sur l’anglais South American/North American que ces composés ont été calqués, mais ce genre de construction est non seulement germanique, mais aussi roman, dans la mesure où les mots du type nord-ouest etc., sont courants depuis des siècles en français, en italien, en espagnol etc. Le composé est évidemment plus économique, et c’est sans doute ce trait qui a favorisé son extension pas seulement en français. »

Fin de l'extrait de 12 pages

Résumé des informations

Titre
Les anglicismes dans les langues francaise et allemande - une comparaison
Université
University of Marburg  (Institut für Romanische Philologie)
Cours
La politique linguistique de la France
Note
1+
Auteur
Année
2002
Pages
12
N° de catalogue
V54801
ISBN (ebook)
9783638499170
Taille d'un fichier
408 KB
Langue
Français
mots-clé
France
Citation du texte
Silvia Bannenberg (Auteur), 2002, Les anglicismes dans les langues francaise et allemande - une comparaison, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/54801

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