Une langue ne peut être dominante sans que les idées qu’elle transmet ne prennent un grand ascendant sur les esprits, et une nation qui parle une autre langue que la sienne perd insensiblement son caractère.
Quelle influence les anglicismes et américanismes exercent-ils sur les langues française et allemande – et ainsi sur l’esprit des locuteurs?
Ce petit exposé ne peut guère prétendre offrir une réponse à cette vaste question. Il faut constater, en outre, que « chacun a son point de vue sur ce qui constitue un anglicisme »– et il n’y a pas réellement de consensus. Définir ou redéfinir ce qu’est un anglicisme, tout comme analyser en détail le problème des anglicismes en général dépasse le cadre de cet exposé. Pour l’instant, on est obligé de se contenter de l’opinion la plus répandue : le Nouveau petit Robert caractérise le terme anglicisme comme « locution propre à la langue anglaise ; emprunt à l’anglais » et le Duden. Die deutsche Rechtschreibung constate qu’il s’agit d’une « engl. Spracheigentümlichkeit in einer anderen Sprache ».
Par contre, cette étude a pour objectif d’aborder dans ses grandes lignes les différences existant entre les anglicismes des langues française et allemande et de formuler une hypothèse de travail. Il s’agit donc d’observer comment les deux langues en question intègrent des mots anglais : l’apparition des anglicismes, le respect de leur sens et l’attitude des locuteurs à leur égard.
Table des matières
Introduction
1. Le français et les anglicismes
1.1 Réaction face aux anglicismes
1.2 L’apparition et l’intégration des anglicismes dans la langue française
2. L’allemand et les anglicismes
2.1 Attitude face aux anglicismes
2.2 L’apparition et l’intégration des anglicismes dans la langue allemande
3. Une comparaison : comment traite-t-on les anglicismes dans les langues française et allemande ?
4. Conclusion
Objectifs et thématiques
Cette étude vise à comparer l'influence de l'anglais sur les langues française et allemande, en analysant particulièrement la manière dont ces deux langues intègrent les anglicismes et comment leurs locuteurs respectifs perçoivent ce phénomène linguistique.
- Comparaison des stratégies d'intégration linguistique.
- Analyse des différences dans les politiques linguistiques nationales.
- Étude de la perception sociolinguistique des anglicismes.
- Classification typologique des emprunts et des pseudo-anglicismes.
- Évaluation de l'attitude des institutions et des locuteurs ordinaires.
Auszug aus dem Buch
1.1 Réaction face aux anglicismes
Les relations entre le français et l’anglais sont décrites par Walter comme une « […] histoire d’amour-haine qui n’est pas terminée »6. Cette histoire ambivalente de deux langues qui appartiennent toutes les deux à la famille indo-européenne se caractérise par une certaine réciprocité : plusieurs mots de ce qu’on appelle en France aujourd’hui le « franglais » sont des éléments d’origine française – empruntés par l’anglais à l’ancien français et, plus tard, alors que la supériorité des langues avait changé,7 empruntés par le français moderne à l’anglais.
En effet, dès le 17e siècle, l’influence de l’anglais sur la langue française a augmenté.8 Les Français se sont orientés vers les coutumes et, surtout depuis la Révolution française, vers le système politique anglais. En 1635, l’Académie française9 a été fondée pour établir en quelque sorte la norme du bon usage (à l’origine, le but était l’épuration du vocabulaire) qui se fixait au 17e siècle.10 Le fait que le bon usage et l’usage se séparaient de plus en plus au fil des années a fini par provoquer la « crise du français »11 dont on parle actuellement.
Pour la France et les Français, la politique linguistique a toujours été importante. Elle est traditionnelle.12 En 1977, la troisième loi linguistique, la loi Bas-Lauriol, entrait en vigueur ; en outre, il existe plus de mille organisations privées ou publiques qui s’occupent de la diffusion ou de la défense de la langue française,13 pour la purifier, mais avant tout pour la défendre contre les anglicismes.
Résumé des chapitres
Introduction : Présente la problématique de l'influence de l'anglais sur les langues française et allemande et pose le cadre méthodologique de l'exposé.
1. Le français et les anglicismes : Examine les réactions historiques et institutionnelles en France face à l'influence anglaise, tout en classant les différents types d'emprunts.
1.1 Réaction face aux anglicismes : Analyse l'histoire ambivalente des relations linguistiques entre la France et l'Angleterre et le rôle de l'Académie française.
1.2 L’apparition et l’intégration des anglicismes dans la langue française : Détaille les critères linguistiques de classification des anglicismes et leur niveau d'intégration dans le système français.
2. L’allemand et les anglicismes : Analyse la situation en Allemagne, marquée par une approche différente de la défense de la langue par rapport au modèle français.
2.1 Attitude face aux anglicismes : Explore l'évolution historique du purisme allemand, des mouvements nationaux du XIXe siècle jusqu'aux associations contemporaines.
2.2 L’apparition et l’intégration des anglicismes dans la langue allemande : Étudie les spécificités morphologiques et orthographiques de l'intégration des mots anglais dans le système allemand.
3. Une comparaison : comment traite-t-on les anglicismes dans les langues française et allemande ? : Propose une synthèse comparative des attitudes des locuteurs et des politiques linguistiques des deux pays.
4. Conclusion : Résume les conclusions majeures, soulignant la similitude des processus d'intégration linguistique face à la divergence des attitudes culturelles et politiques.
Mots-clés
Anglicismes, politique linguistique, français, allemand, emprunts, intégration linguistique, purisme, Académie française, américanismes, franglais, sémantique, sociolinguistique, comparaison, langue, néologismes.
Foire aux questions
Quelle est la thématique centrale de ce travail ?
L'ouvrage explore l'influence croissante de la langue anglaise sur les systèmes linguistiques français et allemand, tout en analysant comment ces deux nations réagissent différemment à cette pénétration lexicale.
Quelles sont les méthodes de recherche utilisées ?
L'auteure s'appuie principalement sur une analyse comparative basée sur des travaux de recherche en linguistique et en sociolinguistique, notamment en exploitant les théories de Nicole Plümer.
Quelle est la différence fondamentale entre la France et l'Allemagne face aux anglicismes ?
La France adopte une approche étatique et très centralisée de défense de la langue, tandis que l'Allemagne privilégie une approche plus libérale sans intervention gouvernementale directe.
Quels types d'anglicismes sont abordés ?
L'analyse couvre les locutions propres à l'anglais, les emprunts lexicaux, les mots hybrides, les pseudo-anglicismes, ainsi que les troncations et les emprunts sémantiques.
Qu'est-ce que l'intégration complète selon l'étude ?
L'intégration complète est définie comme le stade où un anglicisme s'adapte orthographiquement et morphologiquement aux règles de la langue d'accueil, rendant le mot indiscernable d'un terme natif.
Quel est le but de la comparaison ?
L'objectif est de formuler une hypothèse sur la manière dont ces langues absorbent des mots étrangers tout en préservant leur identité et leur structure interne.
Comment le rôle de l'Académie française est-il perçu dans le texte ?
L'Académie est présentée comme l'incarnation de la politique linguistique traditionnelle française, chargée de veiller à la pureté de la langue et de contrer les influences étrangères.
Quelles sont les spécificités allemandes mentionnées pour l'intégration des emprunts ?
L'emploi des majuscules pour les noms et la facilité de créer des mots composés (les Mischkomposita) sont identifiés comme des mécanismes spécifiques à l'allemand facilitant l'intégration des anglicismes.
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- Silvia Bannenberg (Author), 2002, Les anglicismes dans les langues francaise et allemande - une comparaison, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/54801