Positivisme et victoire sur le surnaturel - Maupassant et le fantastique


Dossier / Travail, 2005
19 Pages, Note: 2,0

Extrait

Table des matières

1. Introduction

2. Positivisme
2.1 Définition
2.2 Rôle de la science
2.2.1 Expériences scientifiques
2.2.2 Perception

3. Le fantastique
3.1 Définition
3.2 Motifs dans les contes fantastiques de Maupassant
3.2.1 Phénomènes surnaturels
3.2.2 Le doute
3.2.3 La peur
3.2.4 La folie
3.2.5 La solitude

4. Victoire sur le surnaturel
4.1 Le récit fantastique
4.1.1 Les liens originels
4.1.2 Le merveilleux
4.1.3 La psychiatrie - nouvelle religion?

5. Conclusion

6. Bibliographie

1. Introduction

Qu'est-ce que la littérature fantastique? En entendant ce nom, l'on pensera très sûrement aux oeuvres littéraires fantastiques, telle que « Le Seigneur des Anneaux », c'est à dire à tout récit contenant un peu d'invraisemblance, de magie ou de créatures monstrueuses. Mais la littérature fantastique dont il s'agit dans ce travail est différente.

Celle-ci est née au XIXe siècle, à l'époque de Mérimée, de Cazotte, de Maupassant et bien d'autres écrivains bien connus. C'est sur le dernier de ces auteurs que se concentrera ce travail, afin de faire ressortir les traits caractéristiques de la littérature fantastique, ses motifs principaux et les techniques d'écriture qui y sont appliquées. Tout d'abord nous verrons une définition du positivisme, philosophie qui dominait le XIXe siècle et qui a stimulé la naissance d'une littérature fantastique. Car, le fantastique s'oppose bien au positivisme, ce dernier fut très influencé par le Siècle des Lumières, marqué par l'essor des sciences naturelles et un abandon d'une vision du monde qui mystifient tout ce que l'on n'arrive pas à comprendre.

L'importance de la littérature fantastique à notre époque devient claire lorsqu'on se rend compte que nous, hommes du XXIe siècle, sommes profondément influencés par les idées des positivistes. Nous nous fions exclusivement aux sciences naturelles, à des faits bien établis, en suivant les règles bien définis de la logique. La littérature fantastique a donné naissance à des genres littéraires populaires que nous sont très familiers de nous jours. Sans les auteurs fantastiques du XIXe siècle, il n'y aurait pas de littérature fantastique moderne dont la naissance a été stimulée par son pendant du XIXe siècle.

2. Le positivisme

2.1 Définition

Le positivisme est une école philosophique dérivant ses principes de l'interprétation d'épreuves positives qui ont été vérifiées au sens des sciences physiques et naturelles. Les racines de cette école philosophique remontent au XIXe siècle lorsque Auguste Comte lui a donné ce nom et l'a institutionnalisée. Du point de vue historique, le XIXe siècle se trouvait sous l'influence du Siècle des Lumières, il a été marqué par l'essor des sciences naturelles, et l'on est passé d'une vision mystique et non scientifique du monde à une vision fondée sur des principes scientifiques. Le positivisme s'est transformé au cours des années en un substitut de religion, global et humaniste, qui se passait d'instances transcendantes. L'humanité a pris la place de Dieu, la sociologie est devenue une science au sens propre, consacré à l'étude des êtres humains et de leur organisation. Dans le domaine littéraire, ce changement de mentalité s'exprime par la littérature dite fantastique. Les auteurs confrontent le lecteur à des phénomènes à caractère apparemment surnaturel, auxquels les protagonistes ainsi que les lecteurs cherchent à trouver une explication raisonnable.

2.2 Rôle de la science

Le rôle qui incombe à la science dans la vision du monde positiviste est de trouver des explications plausibles aux événements et phénomènes évidemment surnaturels, qui, à première vue, semblent ne pas avoir d'explication logique ou naturelle. C'est en se livrant à leurs expériences que les positivistes essaient de prouver dans quel degré 'un phénomène peut être considéré comme réel, ou bien de découvrir ses vraies origines et de l'imputer à une illusion des sens ou une autre explication raisonnable. Une fois confronté à une telle situation, on doute de la véracité de ce que l'on vient de vivre. Celui qui est de l'avis des positivistes va se livrer à des expériences scientifiquement fondées. Si, ce faisant, il n'arrive pas à trouver une solution ou une explication raisonnable, le doute persiste. Voilà un sujet de la littérature fantastique qui sera traité plus loin dans ce travail.

2.2.1 Expériences scientifiques

Les expériences scientifiques servent à produire une solution raisonnable dans la situation de doute décrite auparavant. C'est les impressions que la personne concernée réussit à avoir à travers ses observations soumises à des conditions

scientifiques bien définies qui forment le point de départ de toute réflexion ultérieure. Parmi ces conditions comptent la précision des expériences effectuées, l'élimination de facteurs nocifs à l'authencité de l'épreuve et la réalisation d'une série de tests d'après le principe du doute et de l'erreur. Au cas où les expériences ne produisent pas de résultat convenable, celui qui s'y livre continue à être dans le doute. Le doute va pouvoir se transformer en peur devant des phénomènes que la raison ne parvient pas à comprendre, ce qui est un autre thème central de la littérature fantastique.

« La peur [...], c'est quelque chose d'effroyable, une sensation atroce, comme une

décomposition de l'âme [...] dans certaines circonstances anormales, sous certaines

influences mystérieuses [...], comme une réminiscence des terreurs fantastiques

d'autrefois ». (Maupassant, La Peur).

Quand la peur persiste, la personne manque de plus en plus de confiance en sa propre perception. Elle peut aller jusqu'à douter de sa propre santé mentale, elle va se demander si elle n'est pas folle. Si la situation se poursuit ou se répète, le doute s'aggrave. La personne devient si désespérée dans ses essais pour se libérer de ce phénomène qu'elle finit ou bien par se croire folle ou bien par commettre des actes qui touchent à la folie, motif souvent traité dans les oeuvres fantastiques.

2.2.2 Perception

Ainsi la perception joue-t-elle un rôle central dans les idées du positivisme. Les cinq sens sont les instruments dont le positiviste se sert afin d'effectuer ses expériences. Il faut quand même rester dans le doute sur la véracité des impressions, car selon les idées des positivistes, également exprimées dans les oeuvres fantastiques, les cinq sens de l'homme sont insuffisants. Selon Montesquieu « un organe de plus ou de moins dans notre machine nous aurait fait une autre intelligence ». (Maupassant, Lettre d'un fou) L'homme est donc restreint aux impressions qu'il peut obtenir à l'aide de ses cinq sens.

« Il [l'oeil] ne peut nous révéler que les objets et les êtres de dimension moyenne, en proportion avec la taille humaine, ce qui nous a amenés à appliquer le mot grand à certaines choses et le mot petit à certaines autres, uniquement parce que sa faiblesse ne lui permet pas de connaître ce qui est trop vaste ou trop menu pour lui. D'où il résulte qu'il ne sait et ne voit

presque rien, que l'univers presque entier lui demeure caché, l'étoile qui habite l'espace et l'animalcule qui habite la goutte d'eau. » (Maupassant, Lettre d'un fou).

Dans ce passage, on trouve également ce que les positivistes appelaient les deux

infinis, c'est à dire des choses soit trop petites ou soit trop grandes pour que l'oeil

puisse les percevoir. «[...] il existerait encore des nombres infinis de races de bêtes plus petites et des mondes tellement lointains qu'il ne les atteindrait pas. » (Maupassant, Lettre d'un fou). Il en va de même pour les autres sens. L'ouïe se trompe également. Ce que nous entendons, ce ne sont que les vibrations de l'air que nos oreilles transforment en informations que le cerveau interprète comme son. Dans « La peur » de Maupassant, un homme raconte les événement étranges qui lui sont arrivés dans le désert. On entendait « le mystérieux tambour des dunes » à la suite duquel « son compagnon [...] tomba de cheval, la tête en avant, foudroyé par une insolation » (Maupassant, ibid.) et finit par mourir de peur. Le tambour se révèle enfin comme illusion des oreilles, issue d'un phénomène tout à fait naturel. En conclusion, le seul sens absolument nécessaire à l'homme est la vue, instrument important du scientifique et du positiviste.

« La nature est muette. [...] L'humanité pourrait exister cependant sans l'oreille, sans le goût et sans l'odorat, c'est-à-dire sans aucune notion du bruit, de la saveur et de l'odeur. » (Maupassant, Lettre d'un fou).

Tout de même, les sens ou plutôt nos yeux sont les seules choses auxquels nous pouvons nous fier afin de juger ce qui passe autour de nous.

3. Le fantastique

3.1 Définition

D'emblée, il faut se rappeler que le fantastique est un genre sérieux, qui s'adresse à des esprits rationnels et perspicaces. Il ne s'agit donc pas d'amuser le lecteur par des fantaisies de toutes sortes, ni de faire peur en évoquant des morts-vivants ou des vampires. Le fantastique veut faire réfléchir en jouant sur les limites de notre univers. S'il effraye, c'est qu'il laisse entrevoir le monde d'une manière moins simple que celle que l'on envisage habituellement, c'est qu'il bouleverse notre tranquillité d'esprit en mettant à l'épreuve notre compréhension, nos idées reçues, notre instinct.

Le fantastique n'est pas fondamentalement une littérature morbide, noire ou tragique. Il est au contraire porteur d'espoir : en évoquant la possibilité que des forces surnaturelles puissent exister, ou que les lois de la nature puissent connaître des exceptions, il fait reculer d'autant les limites du genre humain et nous laisse imaginer de nouvelles avenues pour toutes les sciences, tous les arts et même l'amour. En ce sens, le fantastique peut être qualifié de genre libérateur, libertaire et libertin, car il défie toutes les morales, tous les dogmes, tous les systèmes contraignants. Il n'est à la solde d'aucune cause, ni celle du bien, ni celle du mal, il travaille pour lui-même. Lorsqu'il se fait horrible ou scandaleux, c'est pour mieux affirmer sa liberté, c'est pour forcer le lecteur à passer outre les tabous. Le fantastique est un genre anarchiste, un fauteur de trouble, un révolutionnaire qui se moque du bon sens et de l'ordre social, qui rit au nez de la justice.

Et pourtant le fantastique reste un genre sérieux qui a une portée philosophique importante. Platon disait que l'origine de la philosophie est l'étonnement, or l'étonnement est au coeur du fantastique. Le philosophe Karl Jaspers, dans sa définition de la philosophie, montre encore plus explicitement la relation entre le fantastique et la philosophie : « L'étonnement engendre l'interrogation et la connaissance ; le doute au sujet de ce qu'on croit connaître engendre l'examen et la claire certitude ; le bouleversement de l'homme et le sentiment qu'il a d'être perdu l'amène à s'interroger sur lui-même. » N'est-ce pas là justement le cheminement intérieur de tout personnage placé en face d'un événement fantastique: l'étonnement, le doute, puis le bouleversement ? Ce qui fait le fantastique, c'est de chercher à éveiller l'esprit à coups d'électrochocs intellectuels.

[...]


Fin de l'extrait de 19 pages

Résumé des informations

Titre
Positivisme et victoire sur le surnaturel - Maupassant et le fantastique
Université
Johannes Gutenberg University Mainz  (Institut für Romanistik)
Cours
Fantastische Erzählungen in Frankreich
Note
2,0
Auteur
Année
2005
Pages
19
N° de catalogue
V58832
ISBN (ebook)
9783638529242
ISBN (Livre)
9783638820035
Taille d'un fichier
490 KB
Langue
Français
mots-clé
Positivisme, Maupassant, Fantastische, Erzählungen, Frankreich, Hauptseminar
Citation du texte
Jochen Schäfer (Auteur), 2005, Positivisme et victoire sur le surnaturel - Maupassant et le fantastique, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/58832

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