Contact de langues en Alsace


Dossier / Travail de Séminaire, 2006
21 Pages, Note: 1,3

Extrait

Table des matières

1. Introduction

2. Histoire de l’Alsace

3. Classification géolinguistique et politique linguistique
3.1. Classification géolinguistique
3.2. Politique linguistique

4. Situation actuelle du contact linguistique
4.1. Une situation de diglossie?
4.2. Situation linguistique dans différents domaines de la vie publique
4.2.1. L’administration
4.2.2. La justice
4.2.3. La presse et les médias
4.2.4. La langue de l’enseignement

5. Les interférences linguistiques
5.1. La phonologie
5.2. Le lexique
5.3. La morphologie, la sémantique et la syntaxe

6. Conclusion

7. Bibliographie

1. Introduction

Dans la recherche linguistique, les régionalismes de la langue française ont traditionnellement une position importante. Parmi ces régionalismes, le dialecte alsacien qui ne fait pas partie de la famille des langues romanes (ainsi que la variété régionale basque), mais qui est considéré comme un dialecte allemand, est un cas spécifique. Etant une région française, on trouve en Alsace trois systèmes de langue: la langue officielle française, l’allemand standard (Hochdeutsch) et le dialecte alsacien. Cela et le fait qu’en Alsace deux cultures se rencontrent et où le développement linguistique est fortement influencé par les événements historiques sont les raisons pour lesquelles l’intérêt des linguistes est particulièrement grand. C’est pourquoi sera donné dans le deuxième chapitre un survol de l’histoire de la région en question, qui est tourmentée et marquée par l’appartenance à l’Allemagne et à la France.

La communauté linguistique en Alsace perd de plus en plus de cohésion. Depuis des décennies, nombre de chercheurs éprouvent une inquiétude face à l’avenir du dialecte. Une organisation active qui s’engage pour l’alsacien est le «René-Schickele-Kreis» qui publie le périodique Land un Sproch dans lequel est décrite en français, en allemand et en alsacien la situation linguistique de la région. André Weckmann, un membre connu de ce cercle, écrit en mai 1989 dans ce magazine:

"es grifft in letschter Zit e fatali Untergangsstimmung um sich, was unseri Sproch anbelangt. Des bsundersch in unsere Kreise: es het ken Sinn meh – ´s isch alles verlore ... Mer kenne nume noch eins: Unsere Sproch e scheens Begräbnis mache" (d’après Weckmann 1989, dans Bister-Broosen 1998: 91)[1]

Pour pouvoir comprendre ce scepticisme sera traitée, dans le troisième chapitre, après une classification géolinguistique des différents dialectes, la politique linguistique en Alsace. Le centralisme, un attachement étroit à Paris et surtout la politique linguistique après la Seconde Guerre Mondiale font créer un sentiment de cohésion linguistique dans la population.

Dans le quatrième chapitre sera abordée la situation actuelle du contact linguistique. Premièrement, la question est de savoir s’il s’agit d’une situation de diglossie en Alsace. Ensuite suivront les analyses de la situation linguistique dans quatre domaines de la vie publique (l’administration, la justice, la presse et les médias, la langue d’enseignement) pour montrer les mesures de l’aménagement linguistique de l’Etat français dans la région.

Finalement, dans le cinquième chapitre, les interférences linguistiques seront étudiées aux niveaux de la phonologie, du lexique, de la morphologie, de la sémantique et de la syntaxe.

2. Histoire de l’Alsace

Le français en tant qu’une seule langue homogène n’existe pas. A cause des différents sous-systèmes qui connaissent beaucoup de variations, il faut toujours parler des français. Parmi les facteurs extralinguistiques auxquels appartient aussi la variation, j’accentuerai la variation régionale tandis que les facteurs sociaux, situationnels ou pragmatiques, ne seront pas d’importance dans ce travail.

Lorsqu’il s’agit de décrire une variété diatopique, le terme de français régional s’est imposé en linguistique française. Ces langages régionaux en France sont le flamand, le catalan, le corse, le breton, le basque, l’occitan et l’alsacien qui est le résultat de contact entre le français commun et les dialectes historiques allemands. Lorsque au 12e siècle, le francien, la variété de l’Ile-de-France, s’est étendue dans la Galloromanie, il s’est superposé aux autres variétés du latin vulgaire. Les raisons politiques jouaient un rôle important dans ce processus: le francien était la variété de la Cour qui s’était installée à Paris dès la deuxième moitié du 12e siècle et c’est pourquoi, tout en étant une variété plutôt insignifiante, le francien pouvait s’imposer face à des variétés régionales qui avaient plus de tradition (le normand, le picard et le champenois). Ainsi est née dans les zones dialectales une nouvelle variété:

Au cours de la lente avance du «français», les locuteurs ont reporté sur lui les modèles phonétiques, morphologiques, syntaxiques de leur dialecte ou langue régionale; ils ont donc fini par créer, avec les éléments empruntés à ces différents sous-systèmes régionaux, un niveau supplémentaire, intermédiaire, entre la langue régionale qu’ils parlaient et le français commun qu’ils voulaient parler. (d’après Muller 1985: 158s. dans Pöll)

Pour éclaircir le développement du contact du français et de la langue germanique en Alsace, je donnerai un brève aperçu de l’histoire de cette région.

Au 3e siècle, les Alamans qui s’étaient installés dans la région alsacienne et les Francs vivaient ensemble en territoire romain. L’ensemble de l’aire alémanique (l’Alsace, le Pays de Bade, la Suisse alémanique, la Souabe, l’Allgäu, le Vorarlberg autrichien) et de l’aire francique (le Palatinat, la Hesse, la Franconie, la Sarre, la Lorraine thioise, une partie de la Belgique, le Luxembourg) présentait une unité linguistique et culturelle. En 842, quand les petits-fils de Charlemagne se sont disputés des possessions territoriales, Louis le Germanique et Charles le Chauve ont scellé leur alliance contre leur frère Lothaire par les Serments de Strasbourg. En 959, le duché de Lorraine a été divisé en duché de Basse-Lorraine et duché de Haute-Lorraine et la Souabe a annexé l’Alsace. Après une période de misère avec la Guerre de 100 ans, la famine et la peste, l’Alsace connaissait un essor économique du 14e au 16e siècle dû à l’artisanat, l’agriculture et le négoce. En outre, la région était de plus en plus intégrée aux territoires des Habsbourg. Après la Guerre de 30 ans, le Traité de Westphalie (1648) accordait l’Alsace habsbourgeoise aux possessions de la France, le reste demeurait dans le Saint Empire Romain Germanique. Pendant la Révolution Française, 40000 artisans et paysans fuyaient le pays, mais en général, cette période de bouleversement avait surtout des effets positifs sur l’Alsace: l’économie prospérait grâce à la suppression des péages et à l’introduction du système métrique et c’est «de cette époque que date le rattachement de cœur de l’A.-L. [i.e. l’Alsace-Lorraine] à la F [i.e. France]» (Petit 1997: 1225)

En 1871, les arrondissements de l’Alsace et de la Lorraine ont été annexés par l’Allemagne et formaient le Reichsland Elsaß-Lothringen. Pour combattre le mouvement autonomiste qui s’est tout de suite créé, le ministère d’Alsace-Lorraine a été transféré à Strasbourg. Quand l’Allemagne voulait mobiliser la population en 1914 pour entrer dans la Première Guerre Mondiale, il y avait environ 300 hommes qui ont fui en France ou en Suisse pour ne pas devoir combattre dans l’armée allemande. L’entre-deux-guerres (1918 – 1940) était une grande déception pour la population. La France, un Etat centraliste, ignorait l’ancienne autonomie allemande des deux provinces. Les dirigeants politiques de l’Alsace-Lorraine ont été nommés par Paris et n’avaient aucune idée des problèmes spécifiques de la région. Le mouvement autonomiste exigeait une certaine indépendance, en particulier le droit du bilinguisme, mais la France centraliste, sans faire des concessions, a condamné tous les autonomistes. Après l’annexion par le Troisième Reich en 1940, l’Alsace et la Lorraine souffraient de la politique antisémite. Les synagogues ont été détruites et 8000 juifs ont été déportés dans les camps d’extinction. Le reste des francophiles de la population ont été expulsés. La dénazification après 1945 n’était ni bien organisée ni surveillée et les conséquences négatives qui en résultaient n’ont pas disparu qu’avec les lois d’amnistie en 1951 et 1953.

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Tableau1: Les rattachements étatiques depuis le XVIIe siècle.[2]

De 1870 à 1945, l’Alsace-Lorraine a changé quatre fois d’appartenance à une nation et cela a naturellement laissé des traces dans la situation linguistique que j’examinerai dans la suite.

3. Classification géolinguistique et politique linguistique

3.1 Classification géolinguistique

L’Alsace et la Lorraine font partie de l’espace dialectal germanophone. Mais contrairement à d’autres régions, comme la Belgique, le Luxembourg, la Suisse et le Tyrol du Sud, l’allemand n’a pas le statut de langue nationale ce qui le met dans une position particulière.

[Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten] Tableau 2: Carte linguistique d’Alsace-Lorraine d’après Petit: 1223.

L’alsacien et le lorrain se composent de deux aires dialectales qui ne sont pas homogènes: la plupart de la population fait partie de l’aire alémanique. Cette zone comprend l’aire haut-alémanique qui est formée de la petite région du Sundgau à l’ouest de Bâle. L’aire bas-alémanique est beaucoup plus grande et va d’Altkirch et Mulhouse par la ville de Strasbourg jusqu’au-delà de Haguenau. Plus au nord se trouve l’aire francique qui comprend le sud-francique, le francique rhénan et le francique mosellan. L’aire sud-francique entoure les deux villes de Lauterbourg et Wissembourg. L’Alsace Bossue est au sein du francique rhénan qui est limité par Forbach, St. Avolde et Faulquemont. La partie de l’aire francique mosellane qui est encore à l’intérieur de la Lorraine va de Boulay, dans le sud jusqu’à Sierck et Volmerange dans le nord, mais comme toutes les autres zones linguistiques, l’aire francique mosellane s’étend sur une superficie beaucoup plus vaste. Dans ce travail, ne sera traitée que la région d’Alsace. Ainsi, comme ils appartiennent à la Lorraine, l’espace du francique mosellan et une partie du francique rhénan ne seront pas d’importance.

Dans cette classification, je me réfère surtout à la description de Jean Petit qui me semble être très précise. En revanche, Bernard Cerquiglini utilise une autre dénomination pour les aires dialectales (cf. Cerquiglini 2003).

[...]


[1] En mai 1989 André Weckmann a publié une «Lettre ouverte à mes amis» dans le journal Land un Sproch.

[2] Le tableau est repris de l’article de Tabouret-Keller (1985): La situation linguistique en Alsace: Les principaux traits de son évolution vers la fin du XXe siècle

Fin de l'extrait de 21 pages

Résumé des informations

Titre
Contact de langues en Alsace
Université
University of Bayreuth  (Allgemeine und Romanische Sprachwissenschaft)
Cours
Französischer Sprachkontakt
Note
1,3
Auteur
Année
2006
Pages
21
N° de catalogue
V67053
ISBN (ebook)
9783638593489
Taille d'un fichier
903 KB
Langue
Français
mots-clé
Contact, Alsace, Französischer, Sprachkontakt, Elsass, Sprachpolitik, Diglossie, Interferenz, Phonologie, Lexik, Semantik, Syntax, Linguistik
Citation du texte
Bachelor David Münch (Auteur), 2006, Contact de langues en Alsace, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/67053

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