L'analyse de « Phèdre »; Les trois aveux de Phèdre; Jean Racine


Exposé Écrit pour un Séminaire / Cours, 2006
9 Pages, Note: 1,7

Extrait

Table des matières page

Introduction

I. Le premier aveu (acte I, scène 3)

II. Le deuxième aveu (acte II, scène 5)

III. Le troisième aveu (acte V, scène 7)

IV. Bibliographie

Jean Racine est considéré comme un des plus grands dramaturges classiques français. Né en 1639, il reçoit une éducation janséniste à l’école du « Port Royal ». Après avoir écrit des poèmes, il se consacre finalement au théâtre. Dès l’année 1664, il écrit des tragédies (ainsi qu’ une comédie « Les Plaideurs », en 1668) qui le mèneront au succès, notamment à travers ces grands noms : Alexandre (1665), Andromaque (1667), Britannicus (1669), Bajazet (1672), Mithridate (1973), Iphigénie (1974) et enfin Phèdre (1677). Au 17ème siècle, la tragédie est le genre majeur du théâtre. Elle est codifiée par la doctrine classique dérivée d’Aristote : L’unité de temps, de lieu et d’ action, la bienséance, la vraisemblance et la catharsis. C’est toujours un héros qui commet une faute, qui subit le conflit de base, il est déchiré entre la passion et la raison. En plus, on trouve régulièrement le triangle amoureux qui cause la dépendance des personnages et de leurs actions. Tout ces critères se retrouvent dans la pièce « Phèdre ». Jean Racine a réécrit une histoire tirée de la mythologie grecque, celle de l’amour incestueux de Phèdre pour son beau-fils Hippolyte. Phèdre est l’épouse du roi d’Athènes, Thésée, qui est parti pour un voyage aux Enfers. Déchirée entre la raison et la passion, elle éprouve un amour interdit pour son beau-fils, se sent coupable et préfère mourir plutôt que d’avouer cet amour. Hippolyte prétend aller chercher son père mais à vrai dire il fuit devant l’amour qu’il éprouve pour Aricie. C’est un amour réciproque mais également interdit parce qu’ Aricie est l’ennemie de son père à cause de ses ancêtres. L’annonce de la mort de Thésée est la première étape du dénouement de la tragédie. La question de la succession du trône se pose et les trois personnages espèrent réaliser leurs désirs amoureux : ils font des aveux, c’est-à-dire qu’ils cessent de se taire et entrent en contact avec le monde. La deuxième étape de cette fin tragique est le retour de Thésée. Tous cachent la vérité, Thésée est aveugle et son seul dessein est de rétablir l’ordre. Mais c’est impossible : Œnone, pour protéger sa maîtresse, accuse Hippolyte d’avoir voulu violer sa belle-mère et de l’aimer. Thésée, en rage, demande à Neptune de le venger : Hippolyte va mourir. Les essais d’Hippolyte et d’Aricie pour rétablir la vérité échouent. Œnone se suicide et Phèdre, après avoir appris l’amour qu’Hippolyte portait sur Aricie, devient folle de jalousie et s’empoisonne finalement avant de faire un aveu à Thésée où elle se repend et lui dit la vérité. Dès le début, Phèdre est soumise à son destin et se laisse guider par la passion. Ses aveux tiennent un rôle important dans la pièce: ils la structurent et déclenchent la tragédie. Dans mon travail je vais révéler les trois aveux de notre héroïne et les analyser tout en tenant compte de l’approche sociocritique de Lucien Goldman, « le dieu caché », de l’approche plutôt structuraliste de Roland Barthes, « Sur Racine », puis de l’analyse très complexe (il unifie plusieurs approches) de Christian Biet, « Le destin dans Phèdre, ou l’enchaînement des causes ».

I) Le premier aveu (acte I, scène 3)

Dès le début de la scène le lecteur remarque que Phèdre a déjà la volonté de mourir. Puis au fil des étapes il en apprend la cause : Elle garde un secret pour lequel elle préférait mourir plutôt que de dévoiler. Œnone voudrait connaître ce secret mais Phèdre refuse de le lui confier et c’est finalement la nourrice qui le devine et qui en prononce l’objet : Hippolyte. C’est alors qu’on s’aperçoit qu’ Œnone n’est pas seulement la confidente de Phèdre, elle est aussi une vraie actrice. Tout d’abord, elle est l’instrument qui permet au lecteur d’avoir des renseignements sur l’état d’âme de Phèdre ensuite, elle incarne le principe de la réalité et de l’instinct de survivre que Phèdre rejette: elle la pousse à vivre (p.ex. vers 209 et suivant l’anaphore - renforçant - « Vivez »). En plus, elle formule ce que Phèdre se refuse à dire, elle nomme l’innommable. Puis, c’est elle, qui, une fois encore, fait croire qu’après la mort de Thésée, l’amour incestueux serait possible. Enfin, elle cherche à réaliser les aspirations de sa maîtresse et fait tout pour son « bonheur » en accusant Hippolyte.

Le dialogue entre Phèdre et Œnone passe à deux niveaux. C’est Œnone qui la pousse à parler pendant la scène mais, du début jusqu’au passage où Œnone prononce le nom d’Hippolyte (v. 205), Phèdre ne parle pas avec Œnone mais avec les Dieux. Elle s’adresse à eux, se plaint et les accuse de l’avoir ravi l’esprit, c’est-à-dire la raison (v. 161 « Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire. »). Mais à ce moment là, Œnone veut savoir ce qui occupe Phèdre et elle prononce par hasard le nom d’Hippolyte, en tant qu’ « ennemi » (v. 203) quand elle voulait rappeler à Phèdre qu’elle avait deux fils et que la question de la succession du trône allait se poser. Ensuite, il y a un court passage où Phèdre répond directement à Œnone (v. 208 - v. 246) et où elle dit préférer mourir que d’avouer la vérité tandis qu’ Œnone lui reproche de garder le silence. Enfin, Phèdre va lui confier son secret, l’ amour dont elle se sent coupable. Ce premier aveu semble être un évènement solennel (v. 246 « Lève-toi. »), bien qu’il soit seulement adressé à sa confidente. Enfin, elle s’adresse de nouveau aux Dieux, notamment à Vénus qu’elle accuse de l’avoir maudite, elle et sa famille (v. 249). Mais après elle retourne vers Œnone et lui explique son amour coupable, en se justifiant d’être le jouet de Vénus (v. 306). Elle décrit l’amour physique qu’elle éprouve et ses tentatives pour se protéger de l’amour que Vénus lui inflige. Elle admet qu’elle a commis un crime (voir aussi v. 241s.) mais elle se voit soumise à sa destinée (v. 301) et par conséquent elle n’a pas d’autre solution que de mettre fin à ses jours. Jean Racine a créé un héros moyen. Il nous dit dans sa préface que « Phèdre n’est pas tout à fait coupable, ni tout à fait innocente. »1 et Christian Biet appuie cette idée: « Passionnée et consciente, elle se voit aimer, souffrir, mourir. » et soumise à sa destinée elle ne peut pas « s’opposer au déroulement des choses ».2 L’aveu de Phèdre est suscité après plusieurs annonces. Il est évident dès le début que Phèdre est agitée par qqc., mais la première chose que provoque l’aveu à la fin, c’est quand Œnone prononce le nom d’Hippolyte pour la première fois (v. 205 - v. 208). Phèdre réagit, puis donne des indications (v. 221s. v. 225s. v. 238s. v. 241s. ) qui mènent à cet aveu. Elle hésite encore une fois (v. 248) mais l’avoue finalement après qu’ Œnone prononce le nom d’Hippolyte une deuxième fois. Et puis, l’amour n’est pas seulement décrit comme un amour psychique, c’est aussi un amour physique. (« Je sentis tout mon corps et transir et brûler. » v. 276). L’amour et la passion pèsent sur elle comme une maladie et sont une punition des Dieux (« D’un incurable amour remèdes impuissants ! » v. 282). Les termes sont liés aux « fureurs » (v. 259), « horreurs » (v. 261), et à « Mon mal » (v. 269). La couleur rouge qu’on peut considérer comme la couleur de l’amour passionnel (mais aussi comme celle du sang) joue un rôle important (la rougeur dans le visage, v. 182, « je rougis » v. 273), de même que les yeux. Avec eux on peut voir le jour, la lumière ce qui représente la vie (v. 155, v. 172). En opposition à ces notions, on trouve la nuit, l’ombre et l’obscurité, représentant la mort. En plus ce sont par eux que l’amour passe (v. 273-275, v. 290) ce qui constitue « un sujet » dans la tragédie racinienne, que l’on va retrouver dans le deuxième aveu.

Le silence est évidemment un terme clés dont il est question de rompre ou non. Comme on ne sait pas encore que Thésée va mourir, dans cette scène parler ou se taire conduirait à la mort. Roland Barthes insiste sur l’importance de la parole et affirme que l’apparition de la parole est plus important que son sens: l’aveu de Phèdre est plus tragique que son amour.3 On pourrait consentir à cela et trouver une justification dans la préface de « Phèdre ». Racine y relate que « Les moindres fautes [y] sont sévèrement punies. La seule pensée du crime [y] est regardée avec autant d’horreur que le crime même. ».4 La conclusion de Barthes correspond également à celle de Racine: une chose est coupable du moment où elle est cachée. D’après lui la faute de l’être humain racinien est de ne pas se dénouer, de ne pas parler de ses sentiments: Phèdre tombe malade tellement elle souffre de son secret.5

II) Le deuxième aveu (acte II, scène 5)

Le premier aveu était plutôt une confession à la confidente tandis que le deuxième est plutôt une déclaration passionnée. De même que l’aveu précédent, celui-ci naît après des étapes différentes. Premièrement Phèdre va voir Hippolyte sous un prétexte politique et c’est encore Œnone qui la met sur le droit chemin. Phèdre demande à Hippolyte de protéger son fils (concrètement de ne pas l’écarter du pouvoir -> succession du trône). Puis, ils parlent de Thésée et de sa mort. Pour finir, la troisième étape est la comparaison entre Hippolyte et Thésée. Là, Phèdre parle indirectement à Hippolyte avant de lui avouer son amour directement. Dans la première étape elle se juge coupable si Hippolyte refusait de protéger son fils, elle avoue avoir été méchante pour se rendre aimable (v. 593s. v. 596s.). Mais Hippolyte lui enlève la charge et donne seulement des courtes répliques car il est pressé. Quand ils en viennent à parler de Thésée, Phèdre fait la première allusion en disant « Qu’un soin bien différent me trouble et me dévore ! » (v. 617). Mais Hippolyte, comme tout au long de la scène jusqu’avant l’aveu ne comprend pas ce qu’elle veut dire. Il y a des malentendus de son côté, ce qui l’empêche d’entendre ce qu’il ne veut pas savoir. Comme Phèdre ne croit pas au retour de son époux, elle commence à comparer celui-ci avec son fils. Elle parle de son époux, de ses traits aimables, et là, on aperçoit la passion qui s’élève en elle (« ma folle ardeur » v. 630 puis dès le v. 634 « je languis, je brûle »). Ceci marque une rupture dans le discours de Phèdre : elle va passer à l’aveu (dès v. 655 « C’est moi, Prince, c’est moi […] » jusqu’au v. 662). Dans ce discours très long de Phèdre, le « fil fatal » est évoqué. Cela fait référence à l’histoire du Minotaure que Thésée est venu abattre dans le labyrinthe. Il a pu s’en sortir avec l’aide d’Ariane, la sœur de Phèdre, mais après il l’a abandonné sur une île. Ici Phèdre se met à la place de sa sœur (v. 653), comme guide et « amante » et imagine comment elle aurait sauvé Hippolyte (« Un fil n’eût point assez rassuré votre amante » v. 658 jusqu’au v. 662). Ce labyrinthe peut être considéré comme un fantasme (image, vision) de la protagoniste: Il pourrait signifier la dimension tragique dans laquelle Phèdre plonge Hippolyte. Quoi qu’il se passe, « retrouvée ou perdue », c’est-à-dire survivre ou mourir, cela va concerner les deux « Se serait avec vous ». Dès cet aveu officiel, leurs destins sont inséparables ce qui constitue un principe de la tragédie racinienne : la dépendance des personnages. Toujours presque muet, Hippolyte, face à ce premier aveu, est choqué et veut s’enfuir (v. 670). Mais c’est à ce moment là qu’entre en scène le « monstre » Phèdre (dès v. 671). L’aveu commence par le passage de « vous » à « tu », puis, dans une seule ligne, de « J’aime » à « je t’aime ». Pendant cet aveu direct elle est dominée par la passion.

[...]


1 Jean Racine : Ph è dre. Stuttgart, Reclam, 1993, Préface, premier page.

2 Christian Biet : Le destin dans Ph è dre, ou l ’ encha î nement des causes. Paris, Honoré Champion Éditeur, 1997, p.98.

3 Roland Barthes : Sur Racine. Paris, Editions du Seuil, 1963, p.115.

4 Racine, op.cit. Préface, premier page.

5 Barthes, op.cit. p.122.

Fin de l'extrait de 9 pages

Résumé des informations

Titre
L'analyse de « Phèdre »; Les trois aveux de Phèdre; Jean Racine
Université
University of Freiburg
Cours
Textkompetenz III
Note
1,7
Auteur
Année
2006
Pages
9
N° de catalogue
V69995
ISBN (ebook)
9783638608220
Taille d'un fichier
445 KB
Langue
Français
mots-clé
Phèdre, Jean, Racine, Textkompetenz
Citation du texte
Claudia Bucher (Auteur), 2006, L'analyse de « Phèdre »; Les trois aveux de Phèdre; Jean Racine, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/69995

Commentaires

  • invité le 15/5/2007

    phedre.

    je veux un expose sur l'amour dans phedre

  • invité le 20/11/2007

    phedre de jean racine.

    je voudrais avoir des information a propos de lamour dans phedre une etude beaucoup plus detaillee.par exemple pourkoi dit on que la malediction a ete jete sur holios apres avoir decouvrir que venus etait amoureuse de mars

  • helene faye le 14/5/2011

    j veux un expose sur l'amour inceste dans phedre

  • invité le 19/6/2012

    j voudrai avoir des informations sur la malediction dans phede

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Titre: L'analyse de « Phèdre »; Les trois aveux de Phèdre; Jean Racine


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