Une étude qualitative du débat "Sarkolène". Langue en action et en interaction


Travail d'étude, 2017

26 Pages, Note: 1,0

Anonyme


Extrait

SOMMAIRE

1 Introduction

2 Le discours et son analyse
2.1 Deux distinctions fondamentales pour une typologie des discours
2.1.1 Discoursoral vsécrit
2.1.2 Discours « monologal » vs « discours en interaction »
2.2 Le discours politique
2.3 Eléments de définition et d’analyse du débat politique télévisé
2.4 L’éthos - une stratégie du discours politique

3 Démarche méthodologique et corpus
3.1 Implications méthodologiques
3.2 Remarques et réflexions sur la transcription
3.3 Constitution du corpus

4 Analyse
4.1 Gestion des tours de parole et interruptions
4.2 Marquagedel’ironie
4.3 La gestuelle en action
4.4 L’éthos dans l’interaction

5 Remarques finales

6 Références

7 Annexes
7.1 Conventions de transcription
7.2 Corpus

I Introduction

« Toute parole prononcée dans le champ politique doit être prise à la fois pour ce qu’elle dit et pour ce qu’elle ne dit pas [...], comme résultat d’une stratégie dont l’énonciateur n’est pas toujours le maître1 ». Dans cette intention de communiquer, il y a évidemment un objectif à atteindre : agir verbalement sur un destinataire pour l’influencer. Au sein de ces enjeux interlocutoires opèrent des tactiques langagières et non langagières mises en place pour séduire et persuader l’audience réceptrice.

Le débat politique de l’entre-deux-tours des présidentielles qui nous intéressera dans cette étude constitue un discours bien particulier : il s’agit d’un rituel à intervalles réguliers où s’affrontent les deux finalistes, une synergie de règles rigides du déroulement du débat et de normes implicites du fonctionnement discursif.

II nous semble donc primordial de comprendre ce discours d’influence, cette interaction médiatique qui obéit à des formes d’expression propre à son genre et où la parole est intégrée à l’action.

Pour ce faire, nous allons nous pencher sur un extrait du débat de 2007, opposant Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Loin de moi la prétention d’analyser exhaustivement toutes les dimensions de la séquence choisie ; cette étude s’apparentera à une étude de cas dans laquelle nous traiterons de façon exemplaire quatre aspects différents étant considérés comme pertinents pour le but de notre recherche.

Dans cette optique, il s’agira dans un premier temps de présenter les différents éléments de définitions et notions ayant servi de base à notre analyse. La deuxième partie sera consacrée à la méthodologie adoptée pour réaliser cette étude.

Afin d’expliciter dans quelle mesure le débat politique télévisé engendre des conséquences particulières sur l’usage de la langue, nous proposerons dans la troisième partie de notre étude une analyse de la gestion des tours de parole, du marquage de l’ironie, de la gestuelle et de l’éthos, soit des catégories faisant ressortir les particularités du débat politique.

Nous terminerons ce travail par quelques remarques finales, faisant le point sur les observations dégagées au cours de notre analyse.

2 Le discours et son analyse

Le discours est de prime abord caractérisé par la diversité des formes qu’il peut adopter au sein d’une société donnée. Selon les spécificités de cette forme, des approches et des méthodologies différentes sont requises. A travers la diversité des formes existantes, nous pouvons cependant dégager des convergences liées à leur essence commune qui est le langage, ce qui nous permet d’effectuer une typologie reposant sur deux dimensions de base : le caractère écrit ou oral du discours soumis à l’analyse, et son caractère dialogué ou non dialogué (Kerbrat-Orecchioni 2012 : 25).

Dans un premier pas, nous allons donc insister sur ces deux dimensions, sans pour autant perdre des yeux ce qui nous intéresse vraiment : le discours politique télévisé se déroulant en contexte électoral, et plus particulièrement le débat de l’entre-deux-tours des élections présidentielles françaises de 2007.

2.1 Deux distinctions fondamentales pour une typologie des discours

2.1.1 Discours oral vs écrit

La langue ne peut se réaliser que sous deux formes, soit orale (nature phonique), soit écrite (nature graphique), et il n’existe aucun continuum entre ces deux systèmes. Certes, nous pouvons concéder que l’écrit et l’oral partagent certaines propriétés, que la communication peut mobiliser simultanément du matériel écrit et oral et que les deux dimensions sont mutuellement convertibles, mais on ne peut tout de même pas parler de discours inter­médiaires entre les deux systèmes (Kerbrat-Orecchioni 2012 : 25).

Le débat politique télévisé est, quant à lui, un discours oral à caractère multimodal. L’approche multimodale considère le langage comme étant un système de communication multicanal qui exige une analyse envisageant à la fois les canaux auditif et visuel, et s’inscri­vant dans une perspective interactionniste. En outre, le caractère multimodal fait appel à une logique plurisémiotique, c’est à dire regroupant à la fois des aspects linguistiques, mimo- posturo-gestuels et voco-prosodiques (Stukenbrock 2013 : 252).

Il est à préciser que pour pouvoir être analysé, le discours oral doit être transcrit, c’est-à-dire transformé en un objet graphique. Cette analyse s’effectue en comparant minutieusement les données primaires (l’enregistrement de l’évènement) et secondaires (sa transcription), et, à défaut des données brutes (l’évènement lui-même) nous devons nous fier à la prise de vue effectuée par l’équipe de tournage (Kerbrat-Orecchioni 2012 : 25).

2.1.2 Discours « monologal » vs « discours en interaction »

Il faut souligner que tout discours a une dimension dialogique, si ce n’est que par extension, car il s’avère que tout discours prend en compte un destinataire supposé et incorpore de façon générale d’autres voix énonciatives que celle du locuteur ou du scripteur. Cependant, une véritable situation d’interaction exige la présence d’au moins deux participants qui co- construisent en temps réel le discours, régulent constamment leur comportement dans une praxéologie d’agir sur l’autre et modulent ainsi la situation d’interaction en lui donnant du sens par des actes langagiers. Tandis qu’il n’y a pas de continuum entre l’oral et l’écrit, nous l’avions mentionné auparavant, nous pouvons constater que l’axe de l’interactivité est effectivement graduel, le degré d’interactivité maximal étant représenté par les conversations familières. Ainsi, certaines formes de l’écrit peuvent être fortement interactives contre certaines formes de l’oral n’étant que peu interactives (Kerbrat-Orecchioni 2012 : 26).

En ce qui est de notre débat de l’entre-deux-tours télévisé, nous devons concéder qu’il ne s’agit pas d’une forme de discours que Goffman qualifierait de fresh talk (Goffman 1981 : 171-172), dans la mesure où les intervenants du débat ont beaucoup travaillé au préalable sur ce qu’ils allaient dire et de quelle façon, mais il n’empêche que, et notre corpus illustrera très bien ce phénomène, la situation d’interaction donnera toujours lieu à des parties où l’improvisation est nécessaire. Et c’est ainsi que le degré d’interactivité varie fortement au cours du débat, faisant alterner des passages monologals (comme c’est particulièrement le cas pour les conclusions des fins de débat) avec des zones empreintes de perturbations et chevauchements où les débatteurs répondent du tac au tac avec une alternance des tours de parole plus rapide. Nota bene : Les zones de disruptions et de chevauchements se sont accrues avec l’évolution du discours politique, avec en ce qui est du degré d’interactivité comme point culminant le débat de 2007, duquel est tiré notre corpus (Kerbrat-Orecchioni 2012 : 26).

2.2 Le discours politique

Qu’entendons-nous alors par discours politique ? La réponse à cette question n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît, d’où la nécessité fondamentale de faire le point sur la terminologie.

Il s’agit là d’un phénomène qui est au centre de diverses disciplines : la philosophie, la sociologie, la psychologie sociale, l’anthropologie sociale, les sciences politiques et les sciences du langage s’y intéressent toutes sans pour autant parvenir intégralement au bout de son objet d’étude. Pourtant, on ne peut nier que d’un point de vue linguistique, le langage émanant du discours politique ne donne du sens que si l’on le considère dans un certain contexte psychologique et social. Et plus précisément, il faut prendre position sur le rapport de langage et action, étant deux éléments de l’échange social caractérisés d’un côté par leur indépendance vis-à-vis de l’autre et de l’autre côté par leur relation d’interdépendance réciproque et non symétrique. Ainsi, tout acte de langage provient d’un sujet qui ne peut se définir que par rapport à sa relation à l’autre, suivant un principe d’altérité. Ce dernier, dans un effet de synergie avec le principe d’influence et le principe de régulation représente la base de l’acte du langage, l’inscrivant dans un cadre actionnel. L’acte de langage est donc lié à l’action à travers les rapports de forces construisant une relation sociale entre les sujets (Charaudeau 2005 : 11-12).

Et comme nous le rappelle Charaudeau, le discours politique n’est pas le tout du politique, mais il n’est pas de politique sans discours politique. Celui-ci est constitutif de celui-là. La politique relève de l’action, et le langage est ce qui motive l’action, l’oriente et lui donne du sens (id. : 29).

Ceci étant, il importe d’insister sur le fait que ce n’est pas le discours ni son contenu en lui- même qui est politique, mais que la politisation émane de la situation d’interaction (id. : 30). Dans cette approche, est politique tout discours qui s’inscrit dans un type de situation de communication (conférence de presse, débat, allocution partisane, etc.) dont la synergie du cadre spatio-temporel, des statuts et des rôles des acteurs, des finalités et des actions permet à des effets politiques de se produire (Constantin de Chanay/Turbide 2011 : 5).

Le discours est alors modelé à la fois par le dispositif d’interaction de l’activité de communication et par ses intervenants, le dispositif étant avant tout d’ordre conceptuel. Il peut être définit comme ce qui structure la situation d’échanges langagiers selon les positions qu’occupent les acteurs de l’échange, garantissant une signification au discours politique et régulant le champ d’énonciation selon des normes de comportement (Charaudeau 2005 : 40-41). Dans cette perspective, partagée par Augé :

l’intervention politique [...] obéit à un certain nombre de contraintes formelles [...] ; elle ouvre une attente et escompte des résultats ; elle traite une altérité (celle du public en général et des adversaires politiques en particuliers) et tente d’établir [...] « un consensus » ou une majorité (Augé 1994 : 99).

2.3 Eléments de définition et d’analyse du débat politique télévisé

Le débat politique télévisé n’est pas, nous l’avions déjà abordé, limité à son caractère langagier mais doit être étendu à des dimensions audiovisuelles et somatiques, seule manière de ne pas aboutir à une définition réductrice du terme. D’un point de vue langagier, le débat appartient à une catégorie très générale comportant également la conversation, la discussion, l’entretien et la conférence.

Les travaux d’analyse conversationnelle proposent de déterminer le débat comme phéno­mène langagier selon des contraintes systémiques, un encadrement rituel et des paramètres de situation, faisant de lui un processus dialogique : Les contraintes systémiques incluent que le débat est un système de structures d’échanges hiérarchisées qui se fonde sur un certain degré de formalisation. Par encadrement rituel, nous comprenons que le débat est intégralement gouverné par un réglage institutionnel, des normes et une doxa de conduite propres à son genre. Et enfin, par paramètres de situations, nous entendons que le débat dépend d’un contexte plus ou moins fixe qui est relatif au site, aux intervenants et à des éléments implicites et présupposés (Nel 1989 : 1).

Rappelons tout de même que le débat se fonde sur des stratégies d’argumentation qui ne sont pas propres à son genre et que l’on retrouve donc également dans les autres genres discursifs. Le débat télévisé est par ailleurs un phénomène audiovisuel répertoriable dans la catégorie des genres télévisuels. Il place les débateurs en face-à-face sous les yeux des téléspectateurs, la gestion des tours de paroles étant réglée par le ou les animateurs. Nous pouvons donc inférer que cette relation de face-à-face force constamment les débateurs à tenir compte de questions d’image et à faire des choix par rapport à leur regard ; ils doivent prendre en considération qu’ils ne s’adressent pas qu’aux personnes en face d’eux, en l’occurrence les animateurs et l’adversaire de l’entre-deux-tours, mais aussi au public, celui qui peut être présent en chair et en os sur le plateau et évidemment celui qui se distingue par son absence physique mais qui est présent devant l’écran et ne peut donc être atteint que par le regard-caméra.

La retransmission télévisée des débats politiques permet au chercheur d’y avoir un accès illimité mais cela signifie a contrario que tout énoncé ou acte, favorable ou nuisible au candidat, peut être revécu par le grand public en quantité ad libitum. Autrement dit : un candidat qui perd la face a très bien conscience que cette défaite symbolique est enregistrée, d’où la nécessité de longuement préparer son intervention (id. : 2).

En ce qui concerne l’analyse du plan d’expression : Le cadrage du débat télévisé favorise le gros plan qui rend possible de montrer l’échange en qualité et en puissance. Le découpage s’effectue dans le direct, ce qui explique l’impression du rapport transparent au monde et d’un traitement non fictionnel (id. : 3).

On entend souvent le terme de « combat » ou de « duel » lorsqu’on en vient à parler du débat politique télévisé. Ceci est particulièrement pertinent pour le débat de l’entre-deux- tours qui voit s’affronter les deux finalistes en tête-à-tête pour la première fois pendant la campagne électorale. L’enjeu est d’autant plus grand dans la mesure où il ne s’agit plus de s’adresser librement aux électeurs via des discours monologals mais de construire ensemble avec l’adversaire les références qui mèneront à bout la distinction. Il s’agit donc d’établir un échange conflictuel et d’offrir aux électeurs un terrain de comparaison, le but étant de se positionner par rapport à son adversaire pour démontrer les différences.

Evidemment, un accord sur les thèmes à aborder sera fait au préalable entre les débateurs, mais des zones d’improvisation ne pourront pas être évitées, forçant les duellistes à co- construire l’alternance, tributaire des propos adverses.

L’encadrement rituel, auquel nous avons déjà fait référence, est particulièrement valable pour le débat de l’entre-deux-tours qui comme toute situation de communication est contractualisé. Cela exige entre autres le respect des tours de parole, de l’adversaire et du temps de parole réglementé, toute infraction risquant de desservir le candidat et son image (Dupuy/Marchand 2009 : 105).

2.4 L’éthos - une stratégie du discours politique

La question de l’éthos est extrêmement importante dans le cadre du débat politique, notamment lors des périodes électorales, car l’image que les débateurs construisent d’eux crée l’enjeu même de l’interaction, la prémisse étant évidemment d’être convaincant aux yeux du public.

En ce qui concerne nos données, les deux duellistes du débat de l’entre-deux-tours doivent se construire une image positive et sincère pour persuader les téléspectateurs jusqu’à l’échéance électorale (Sandré 2014 : 69). En outre, les débateurs peuvent parallèlement déconstruire l’image de l’autre, les interruptions et les attaques verbales directes étant autorisées. Cela aboutit à un duel d’image, dans lequel chacun essaye de renforcer son propre éthos discursif et en même temps de dévaloriser celui de l’adversaire (Dupuy/Marchand 2009 : 105-106).

L’éthos, dans la tradition rhétorique d’Aristote, désigne « la manière dont l’orateur habite sa parole, de façon à inspirer la confiance et parachever la persuasion ». Ce « caractère oratoire » met en jeu le comportement verbal, le ton, la gestuelle et l’élocution et vient ainsi compléter le logos (la raison argumentative) et le pathos (l’appel aux valeurs émotionnelles) (Détrie et al. 2017 : 136). Les marqueurs de l’éthos peuvent être de nature verbale et de nature prosodique ou mimo-gestuelle. Ceci étant, il semble donc étonnant qu’Aristote localise l’éthos seulement dans l’inventio, car il semble que l’on pourrait également situerses marqueurs dans la dispositio, l’élocutio et l’actio. Cette dernière sera particulièrement importante quant à la performance du discours pendant lequel l’orateurtente d’« incorporer » tous les moyens (voix et gestes) que lui offre son corps. L’orateur construit donc sa propre image, son propre comportement corporel, qui comme une vraie prestation théâtrale, se veut toujours individuel, et pour ce faire, il ne ménagera pas ses efforts. Car effectivement, une présentation de soi pas assez travaillée, ergo non authentique et crédible aux yeux du public tournera à la tragédie. C’est ainsi qu’a contrario de ce qu’Aristote envisageait, l’éthos n’est pas forcément favorable pour l’orateur, mais peut également être désavantageux (Constantin de Chanay 2009 : 2).

Dans l’utilisation que nous en ferons, la notion sera adaptée à l’analyse du discours et au corpus, dialogué et médiatique. Nous devons cette définition revisitée à des chercheurs comme Goffman qui ont retravaillé le terme en y ajoutant une dimension interactive et en abordant la construction de I’« image de soi » ou de « présentation de soi » (Constantin de Chanay/Kerbrat-Orecchioni 2007 : 3). Si les points communs entre la notion « d’éthos » et celle de « présentation de soi » sont nombreux, la littérature interactionniste des années 70 ne se réfère pourtant pas explicitement à la tradition rhétorique, mais met plutôt l’accent sur « la façon dont le locuteur se présente dans son discours, en affichant un certain nombre de qualités et en se montrant soi-même sous certaines couleurs » (Kerbrat-Orecchioni 2002 : 183). Dans le cas des débats de l’entre-deux-tours, les duellistes tâcherons ainsi de présenter une image particulièrement positive d’eux-mêmes et d’affubler parallèlement celle de leur adversaire d’attributs négatifs (Constantin de Chanay/Kerbrat-Orecchioni 2007 : 3). Ainsi, le locuteur n’est pas seul à élaborer son image, elle reste constamment confrontée à celle qui lui est attribuée par son interlocuteur, ce qui conduit à la co-construction de l’éthos en interaction.

Dans la perspective interactionniste, l’orateur continue d’imposer son image, même lorsqu’il cesse de parler, car l’éthos est construit par l’ensemble de la situation discursive et pas uniquement lorsqu’il a la parole. En ce sens, l’attitude de l’interlocuteur pendant qu’il écoute contribue aussi à la construction de son image (Sandré 2014 : 70-72). L’éthos n’émane donc plus seulement du verbal mais également du corps parlant, dont les gestes, mimiques, regards, etc. trahissent une « véritable signature voco-corporelle » (Constantin de Chanay 2009 : 2).

Dans ce duel d’images, il est en outre nécessaire d’établir une distinction entre éthos discursif et éthos prédiscursif, car l’image de l’orateur est également déterminée par les at­tentes et représentations (positives ou négatives) de celui pour lequel le discours est produit (Maingueneau 1999 : 78). L’éthos prédiscursif ne peut être directement appréhendé par l’analyse du discours étant donné qu’il est construit par des discours préalables. Le locuteur imagine donc avant même de parler, l’image que son adversaire, et en l’occurrence les télé­spectateurs et futurs électeurs, pourraient avoir de lui, et développe son discours en fonction de celle-ci (Sandré 2014 : 70). Ainsi, « l’éthos est affaire de croisement de regards : regard de l’autre sur celui qui parle, regard de celui qui parle sur la façon dont il pense que l’autre le voit » (Charaudeau 2005 : 88).

L’éthos prédiscursif est particulièrement important dans le cas des débats de l’entre-deux- tours puisqu’il s’agit de personnalités de la vie politique très connues, dont chaque discours contribue à la construction de leur identité politique. Et rappelons aussi, qu’en ce qui concerne nos données, même si l’éthos est construit entre les duellistes en interaction, le véritable destinataire de l’échange reste pourtant le téléspectateur-électeur. Le dévelop­pement de l’image de soi est donc doublement orientée et nous devons prendre en compte la présence de ce public tout au long de l’analyse (Sandré 2014 : 71).

3 Demarche méthodologique et corpus

3.1 Implications méthodologiques

Généralement, on peut distinguer trois différents types de méthodes : les méthodes qualitatives, les méthodes quantitatives et une combinaison des deux. Ceci étant, la question de recherche détermine dans un certain sens la méthode et non inversement. En ce qui concerne notre étude, la méthode choisie sera de type qualitatif, ce qui entraîne une analyse approfondie de la séquence choisie. Cette dernière est un extrait du débat de présidentielle de l’entre-deux-tours entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal en 2007. Tout au long de cette analyse, que l’on peut ainsi considérer comme une étude de cas, nous tenterons d’approcher les différents aspects de manière systématique mais non quantitative ou exhaustive.

Nous accorderons cependant une grande importance à la rigueur de la transcription, notre question de recherche nécessitant la prise en compte de la totalité du matériel qui compose la séquence analysée (mimogestualité inclue) et donc un travail à partir d’une transcription fidèle des données.

3.2 Remarques et réflexions sur la transcription

Avant d'analyser le corpus, nous avons transcrit l’intégralité des discours tenus par les deux candidats au cours de la séquence choisie selon les conventions de transcription ICOR2, en conservant les répétitions et amorces de mots, les fautes de langage, les chevauchements de discours, les tours de parole, les pauses (mentionnons que nous n’avons pas utilisé de logiciel et que les pauses ont donc été mesurées par estimation perceptuelle), la prosodie, les onomatopées et interjections ainsi que les éléments mimo-posturo-gestuels ; bref, nous avons essayé de d’établir une transcription aussi fidèle que possible de ce qui a été dit et vu tout au long de l’épisode choisi de la vidéo.

Dans ce contexte, il semble banal de rappeler que la transcription est la représentation d’éléments acoustiques (et visuels) du langage sous forme écrite. Pourtant, ce passage de l’oral à l’écrit est compliqué par le fait que les normes et règles appliquées à ces deux médiums ne sont pas les mêmes et ne peuvent donc pas simplement être transposées ; chevauchements, erreurs d’accord et de langage, amorces de mots, interjections, éléments dialectaux, etc. ... tous ces phénomènes sont à l’ordre du jour dans les conversations quotidiennes mais sont considérés comme des fautes en langue écrite. L’analyse de l’oral, et en l’occurrence la transcription, doivent donc faire l’objet de prescriptions particulières, adaptées au sujet de l’étude et au groupe-cible (Deppermann 2008 : 39). Ces derniers déterminent la fidélité et le degré de précision de la transcription, ce qui explique la grande divergence entre la transcription du débat de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal parue le lendemain dans Libération3 et celle faite pour cette étude.

[...]


1 Citation de Charaudeau (2005), p. 5.

2 La transcription et les conventions principales utilisées sont en annexe du mémoire et peuvent y être lus en entier.

3 Elle est encore disponible à l’adresse suivante: http://www.liberation.fr/france/2007/05/02/la-transcription- exhaustive-du-debat_9771 (dernière consultation le 13 novembre 2017).

Fin de l'extrait de 26 pages

Résumé des informations

Titre
Une étude qualitative du débat "Sarkolène". Langue en action et en interaction
Université
University of Lyon 2
Note
1,0
Année
2017
Pages
26
N° de catalogue
V899792
ISBN (Livre)
9783346701015
Langue
Français
Mots clés
sarkolène, langue
Citation du texte
Anonyme, 2017, Une étude qualitative du débat "Sarkolène". Langue en action et en interaction, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/899792

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