Les déterminants de l’abandon du coton biologique au Bénin. Cas des communes de Glazoué, Kandi et Péhunco


Mémoire (de fin d'études), 2017

71 Pages


Extrait

Table des matières

DEDICACE

REMERCIEMENTS

LISTE DES TABLEAUX

LISTE DES FIGURES

LISTE DES SIGLES ET ABBREVIATIONS

RESUME

ABSTRACT

Introduction

Chapitre 1 : Problématique, objectifs, hypothèses de l’étude et la revue littéraire
1-1- Problématique et justification
1-2- Objectifs
1-3- Hypothèse de recherche
1-4- Revue littérature
1-5- Points des travaux antérieurs

CHAPITRE 2 : Cadres théorique, analytique et méthodologique
2-1- Cadre théorique
2-2- Cadre analytique
2-3- Cadre Méthodologique

Chapitre 1 : Caractéristiques sociodémographiques des producteurs, historique sur le coton biologique, état des lieux sur le coton biologique et le dispositif de la chaine de production du coton biologique.
1-1- Caractéristiques sociodémographiques des enquêtés
1-2- Analyse socioéconomique de la chaîne de valeur coton biologique

Chapitre 2 : facteurs sociologiques déterminant l’abandon du coton chez cotonculteurs du centre et du nord.
2-1- Connaissances et impressions des producteurs enquêtés par rapport au prix et classement des cotons biologique et conventionnel
2-2- Connaissances et impressions des producteurs enquêtés par rapport aux intrants de production.
2-3- Connaissances et impressions des producteurs enquêtés sur la production du coton biologique et conventionnel
2-4- Perception des producteurs sur la connaissance inconvénients et avantages de la production du coton biologique et conventionnel suivant les itinéraires techniques
2-5- Perception des producteurs sur la connaissance des inconvénients et avantages de la production du coton biologique et conventionnel suivant les normes humaines et environnementales
2-6- Perception des producteurs sur la connaissance de la production du coton biologique et conventionnel suivant les normes sociales
2-7- Perception des producteurs sur la rentabilité de la production du coton biologique et conventionnel suivant les normes économiques
2-8- Classification de la perception des producteurs sur l’abandon du coton biologique
2-9- Classification des perceptions des producteurs suivant le niveau d’éducation formelle

Chapitre 3 : Les facteurs influençant l’abandon du coton biologique dans les zones d’étude
3-1- Matrice de corrélation des variables introduites dans le modèle de régression Logit
3-2- Estimation du modèle de régression d’identification des déterminants

4- Discussion

Conclusion et suggestions

Références bibliographiques

Annexes

DEDICACE

Je tiens particulièrement à dédier ce mémoire :

- à ma très chère maman, Françoise NOUMINAKPON.

REMERCIEMENTS

Nous adressons nos sincères remerciements à tous ceux qui de près ou de loin nous ont apporté leurs soutiens techniques, matériels, moraux et/ou financiers.

Nous tenons particulièrement à témoigner tous nos sincères remerciements :

- au Dr. Ir. Sourou Guy NOUATIN, notre superviseur, pour avoir accepté volontairement diriger ce mémoire, pour sa disponibilité permanente tout au long de ce travail, malgré ses multiples occupations administratives et professionnelles, pour sa générosité permanente et pour toutes les aides qu’il nous a apportés pour la réalisation de ce travail. Qu’il retrouve ici toutes nos sincères reconnaissances.
- au Dr. Epiphane SODJINOU, qui en dépit de toutes ses occupations a accepté de co-superviser ce travail. Ses commentaires, ses judicieux conseils et ses encouragements nous ont considérablement aidé à mener à terme nos travaux de recherche. Je vous dis sincèrement merci cher Docteur.
- aux Parents Patrice et Euphrème KOUGBLENOU, pour leur assistance pendant nos cursus scolaire et universitaire, pour leur générosité permanente et pour toutes les aides qu’ils nous ont apportées pour la réalisation de ce travail. Qu’ils retrouvent ici toutes nos sincères reconnaissances.
- à ma fille KOUGBLENOU Hortense et ma femme Ruth ADOMASSE pour vos chances qui m’ont toujours accompagné.
- aux enseignants de la Sociologie des Ressources Naturelles pour avoir accepté nous accompagner dans le processus de la recherche scientifique dans ledit département.
- à toutes les autorités de l’EDSAE de l’Université de Parakou, en particulier le chef département SRN, le directeur et son adjoint.
- au projet Sustainability of Cotton Production in Africa” (SCOPA) qui a financé cette recherche. Nous remercions particulièrement les responsables du Suivi-Evaluation dudit projet.
- à tous les Enseignants-chercheurs et tout le personnel administratif de l’EDSAE
- à mon oncle Paulin BA-DJOUSSOU pour sa contribution technique, morale et financière pour la réalisation de ce travail.
- à mes frères et sœurs de la famille KOUGBLENOU et BA-DJOSSOU.
- aux Ingénieurs Bienvenu DAGOUDO, Floriane ORYICHAN, Ruban BANKOLE pour leurs contributions à la rédaction de ce document.
- à tous les amis de la promotion pour leur collaboration.
- aux amis Asaël DOSSA, Hermann TIMPOTE, Sénou TOUDONOU et tous les membres de l’AJEUP.

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1: Récapitulatif des différentes informations sur les zones d’étude

Tableau 2 : Répartition du Niveau de fertilité des sols, de la classe d’âge et Contact avec la vulgarisation par type de coton

Tableau 3 : Répartition des variables quantitatives des caractéristiques socioéconomiques par type de coton

Tableau 4: Perception des producteurs par rapport au prix et classement

Tableau 5 : Perceptions des producteurs par rapport aux intrants de production

Tableau 6 : Analyse AFCM des perceptions des producteurs du coton

Tableau 7: Paramètres d’estimation de l’AFCM

Tableau 8: Matrice de corrélation entre les variables

Tableau 9 : Facteurs d’abandon du coton biologique

LISTE DES FIGURES

Figure 1: Niveau d’éducation des enquêtés, données terrain avril 2018

Figure 2 : Maitrises de la langue locale par les enquêtés, données terrain avril 2018

Figure 3: Dispositif du coton biologique pratiqué dans les communes d’étude, données terrain avril 2018

Figure 4 : Inconvénients et avantages de la production du coton biologique et conventionnel suivant les itinéraires techniques, données terrain avril 2018

Figure 5: Perceptions des producteurs suivant les normes humaines et environnementales, données terrain avril 2018

Figure 6 : Perceptions recueillies chez les producteurs suivant les normes sociales de la production du coton, données terrain avril 2018

Figure 7 : Perceptions recueillies chez les producteurs sur la rentabilité du coton suivant les normes économiques, données terrain avril 2018

Figure 8 : Positionnement des classes d’impacts socio-économiques et techniques de la production du coton biologique dans un système d’axes de l’analyse factorielle des correspondances selon le type de coton, données terrain avril 2018

Figure 9 : Positionnement des classes d’impacts socio-économiques et techniques de la production du coton biologique dans un système d’axes de l’analyse factorielle des correspondances selon le niveau d’éducation, données terrain avril 2018

LISTE DES SIGLES ET ABBREVIATIONS

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RESUME

Ce mémoire analyse les facteurs de l’abandon du coton biologique au Bénin, dans les communes de Glazoué, Kandi et Péhunco. Pour y arriver les données ont été recueillies auprès de 337 producteurs de coton qui auparavant avaient reçu une formation sur le coton biologique. A l’aide d’un échantillonnage spécifique et raisonné, les agriculteurs biologiques identifiés sont retenus comme unité d’enquête. Les données ont été collectées avec des entretiens semi-structurés et structurés. L’analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM) des données a été utilisée pour faire ressortir les différents groupes de producteurs selon leur appréciation du type de coton pratiqué : ceux qui préfèrent le coton conventionnel à celui non conventionnel, ceux qui préfèrent le coton conventionnel et ceux qui montrent qu’il n’y a pas de différence entre les types de coton. Le modèle de régression logistique binaire a été faite grâce aux logiciels SPSS et XLSTAT pour déterminer les facteurs à la base de l’abandon du coton biologique. A cela s’ajoutent les différentes phases d’appréciation de l’adoption de Rogers pour analyser les données. Il ressort alors des différentes analyses que le pouvoir explicatif des variables introduites dans le modèle est de 0,311 (R2 = 0,311). Ce qui signifie que la variation des variables introduites dans le modèle explique 31,11% de la variation de la variable dépendante qui est l’abandon du coton biologique. Par ailleurs, les résultats d’estimation du modèle montrent que les facteurs significatifs qui influencent l’abandon du coton biologique par les producteurs au bénin sont : contact avec les services/agents de vulgarisation, satisfaction par rapport au prix, niveau de fertilité du sol et l’alphabétisation. Ces facteurs sont significatifs au seuil de 5%. Il serait alors important d’orienter des séances de formation pratique à l’endroit des producteurs sur les techniques de production du coton biologique et des gestions des terres.

Mots clés: Déterminants, Coton biologique, coton conventionnel, abandon, Bénin

ABSTRACT

This thesis analyzes the factors of the abandonment of organic cotton in Benin, in the communes of Glazoué, Kandi and Péhunco. To do this, data were collected from 337 cotton producers who had previously been trained on organic cotton. Using specific and reasoned sampling, the identified organic farmers are selected as the survey unit. The data was collected with semi-structured and structured interviews. The Multiple Correspondence Factor Analysis (AFCM) of the data was used to highlight the different groups of producers according to their appreciation of the type of cotton practiced: those who prefer conventional to unconventional cotton, those who prefer conventional cotton and those who show that there is no difference between the types of cotton. The binary logistic regression model was done using SPSS and XLSTAT software to determine the factors underlying the abandonment of organic cotton. Added to this are the different phases of Rogers' adoption assessment to analyze the data. It appears from the different analyzes that the explanatory power of the variables introduced into the model is 0.311 (R2 = 0.311). This means that the variation of the variables introduced in the model explains 31.11% of the variation of the dependent variable which is the abandonment of organic cotton. In addition, the model estimation results show that the significant factors influencing the abandonment of organic cotton by farmers in Benin are: contact with extension services / agents, price satisfaction, soil fertility level and literacy. These factors are significant at the 5% level. It would then be important to provide practical training sessions for producers on organic cotton production techniques and land management.

Key words: Determinats, Organic cotton, conventional cotton, abandon, Benin

Introduction

Le Bénin, pays de l’Afrique de l’ouest, a pour première activité économique l’agriculture. Cette agriculture contribue pour 37,2 % au PIB et emploie 70 % de la population active (INSAE, 2017). Elle regroupe plusieurs filières sensibles au développement du pays, à l’amélioration des conditions de vie, de sécurité alimentaire et à la réduction de la pauvreté. Essentiellement caractérisée par la production vivrière et la prédominance d’exploitation cotonnière agricole au Bénin. Cette dernière est une activité stratégique, un des poumons de l’économie béninoise et à ce titre, elle reste incontournable dans les politiques de développement du pays. Avec une croissante évolutive de 61619 tonnes en 2011 à 172 002 tonnes en 2015 soit un taux d’accroissement de 179% sur les cinq années, avec une moyenne annuelle de 106 171 tonnes. Le cumul de ces exportations de 2011 à 2015, s’élèvent en termes monétaires à 423 877 millions de FCFA, soit une moyenne annuelle de 84 775 millions de FCFA (PRSDSA ,2017). Malgré cet apport dans la balance économique du pays, seulement, le cotonnier est très fragile et laisser face aux diverses maladies liées à l’utilisation des produits chimiques. Selon (Katary et al, 2012) les producteurs sont les plus vulnérables à l’utilisation des produits chimique, à la baisse de la fertilité des sols et ravageurs arthropodes dont le plus redoutable est Helicoverpa armigera. Pour (Bengaly; 2013) la baisse de fertilité des sols est due à l'effet dévastateur des intrants chimiques de synthèses, ont été autant de facteurs qui ont provoqué chez les producteurs des maladies nuisibles à la santé. Face ces problèmes sanitaires, environnementaux et sécurités alimentaires, plusieurs organisations et structures de recherche essaient de mettre en place des techniques et innovations d’accompagnement des producteurs en matière d’agriculture biologique. Ainsi, depuis une décennie d’année, les ONG suisse, allemande, hollandaise et l’organisation béninoise pour la promotion de l’agriculture biologique (OBEPAB) au Bénin dans le cadre de sa recherche de solution alternative a proposé aux agriculteurs cotonniers béninois le mode de production biologique. Le coton biologique est cultivé d’une manière qui utilise des méthodes et des matériaux qui réduisent l’impact sur notre environnement. Il maintient la fertilité des sols et construit une agriculture biologique diversifiée. Le coton organique utilise beaucoup moins d’eau. Malheureusement, aujourd’hui, peu de producteurs s’intéressent au coton biologique. Selon (Hougni et al, 2013) moins d’un pour cent (1%) du coton cultivé est biologique. Le plus grand bénéfice du coton écologique reste l’aspect environnemental : les cultures ne sont pas traitées avec des pesticides, des insecticides, des herbicides. Ce mode exclut tout usage de produire chimique de synthèses de, les organismes génétiquement modifiés (OGM) et limite d’emploi d’intrants externes à l’exploitation. Le travail étant fondé sur le recyclage des matières organiques naturelles et la rotation des cultures. Dans le cas de la production du coton biologique, les études existantes traitent souvent la faiblesse des performances au non-respect des itinéraires techniques recommandées, les rentabilités économiques et financières, l’amélioration du système de production et d’accompagnement des producteurs. A Glazoué, à Kandi et à Péhunco, un programme de culture biologique a été lancé au profit des producteurs du coton de ces différentes localités. Il vise l’amélioration des conditions de vie des producteurs, la réduction des intrants chimiques et la réduction les coûts de production. S'avère meilleur pour la santé des paysans, les sols sont mieux traités. Les producteurs semblent être les principaux gagnants, d'autant plus qu'elles associent la culture du coton avec celle du maïs et du sorgho, en rotation. Le problème à résoudre est celui de l’adhésion massif des producteurs de ces différentes localités à la pratique du coton biologique. Avec l’avènement de tel projet dans les communes rurales de Glazoué, Kandi et Péhunco, la culture du coton biologique est devenue une source de revenu et la protection de l'environnement pour les producteurs. Il contribue au renforcement de capacités des producteurs à travers de l'alphabétisation. La question principale de notre recherche peut être formulée comme suite - Quels sont les facteurs qui entravent l’adhésion des producteurs ? -Quels sont les facteurs qui motivent les producteurs à abandonner ? - Qui sont les acteurs de la chaine agricole du coton biologique ?- Quels sont les avantages et les inconvénients de la culture du coton biologique dans les communes rurales précitées ? Cette étude vise à mieux comprendre les déterminants de l’abandon du coton biologique au Bénin à travers les communes de Glazoué, Kandi et Péhunco. Le présent document est structuré en deux parties. La première partie aborde la problématique, cadres conceptuel et théorique et la méthodologie et la deuxième partie traite les résultats, conclusion et suggestions

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Chapitre 1 : Problématique, objectifs, hypothèses de l’étude et la revue littéraire

1-1- Problématique et justification

Le secteur agricole constitue la base du développement économique et social du Bénin. En effet, le déterminant de la croissance économique du Bénin dépend largement de ce secteur qui occupe environ 70% de la population active, contribue pour près 37,2 % au PIB, fournit environ 75% des recettes d’exportation et 15% des recettes de l’Etat (INSAE, 2017). Vu cette importance dans la balance économique du pays, le gouvernement a adopté depuis 2017 le Plan Stratégique de Développement du Secteur Agricole pour garantir, préserver un environnement sain et favorable au développement dudit secteur (PSDSA, 2017) qui fixe la diversification des productions agricoles comme l’une de ses priorités. Cette diversification met l’accent sur la promotion de 13 filières majeures dont le coton. Toutefois, « la recette d’exportation des différentes filières, reste largement dominée par la culture du coton qui représente environ 44 % des marchandises du Bénin à l’extérieur» (INSAE ,2016). Ce qui place, le Bénin à la troisième position derrière le Mali et le Burkina Faso des pays exportateurs de coton en Afrique de l’Ouest. La quasi-totalité de la production du coton fibre est destinée à l’étranger, représentant 80% des recettes d’exportation, participe de manière significative à l’amélioration de la balance commerciale nationale (ONS, 2013). Cette filière reste d’ailleurs de loin celle la mieux organisée du pays, Ceci n’offre pas de perspectives de durabilité pour l’économie nationale vu les crises auxquelles la filière coton est confrontée, notamment la tendance à la baisse des cours sur le marché international et utilisation forte des intrants agricoles. Selon (Batamoussi et al., 2015) l’or blanc béninois est accusé de contribuer à la dégradation des ressources naturelles. Pour (Houndekon, 2012), la production du coton conventionnel est la plus grande consommatrice des pesticides et fertilisants chimiques. Elle a accéléré une augmentation des rendements avec une utilisation accrue des produits chimiques. Mais cette montée en flèche de l’utilisation de ce type d’intrants est considérée comme la seule alternative pour augmenter les rendements et la production afin de répondre efficacement à la demande sans cesse grandissante des industries textiles (Cocou et al ; 2012). Cette pratique du coton conventionnel, consomme un important lot des produits chimiques et assimilés. Selon (CCI, 2017), la filière cotonnière consomme environ 9% des pesticides agrochimiques, environ 20% des insecticides et 8% des engrais chimiques utilisés dans le monde, pour (CNUCED, 2016) le coton conventionnel représente 5,7% de la valeur de l’ensemble des produits chimiques de protection des plantes vendus en 2013, 16,5% de la valeur des ventes totales d’insecticides en 2013 et 1% des ventes de fongicides dans le monde. Or, l’application de produits chimiques à la culture du coton a une incidence sur la santé humaine des producteurs et ouvriers, l’environnement et l'écosystème mondial. En dehors de ces problèmes, le secteur agricole est confronté aux effets néfastes induits par une pratique d’une agriculture productive cotonnière conventionnelle (CNUCED, 2016). On note ces dernières années le développement des systèmes palliatifs de production au nombre des desquels le système de production biologique (Assogba, 2014). Ce système vient comme des solutions adéquates et crédibles aux pratiques conventionnelles pour une agriculture économiquement, écologiquement et socialement saine et durable (Darier, 2007). Malgré ça, les études sur les techniques de production et l’acceptation des innovations révèlent que ces systèmes, à l’égard de l’agriculture africaine, doivent faire face à certaines difficultés qui ralentissent l’expression de leur potentiel. Pour (Jouve, 2006) et (Rigobert et al., 2014) la durabilité des systèmes alternatifs de production passe par une amélioration des moyens d’existence des producteurs en vue de favoriser leur investissement dans des pratiques durables de production.

L’avènement du « bio » en culture cotonnière avait pour objectif de faire des économies sur le coût des produits agrochimiques et de participer à la protection de l’environnement. Ainsi, le coton biologique se cultive sans recours aux produits chimiques de synthèse (engrais synthétiques inorganiques, fongicides, herbicides, insecticides, régulateurs de croissance et défoliants) avec l’idée que cela va réduire les coûts de production des fibres de coton (Cocou et al ; 2012). Au terme de la campagne 2015-2016, la production du coton biologique au Benin s’est estimée à 889 tonnes avec plus de 2682 producteurs (2ème plus grand nombre de producteurs derrière le Burkina Faso en Afrique de l’ouest) et une valorisation nette avoisinant 278 millions de FCFA (Batamoussi et al ; 2015). S’il y a de cela 20 ans le coton « bio » n’avait qu’une poignée d’adhérents, les récentes statistiques témoignent de l’engouement des producteurs à s’approprier progressivement ce système de production d’une part et d’autre part l’abandon de certains producteurs de la pratique biologique au profit du coton conventionnel. Ainsi, on se demande malgré, les différentes sensibilisations des producteurs à la production biologique, l’importance à une rémunération équitable, ouverture de nouvelles perspectives de marché dans le domaine agricole ; quels sont les déterminants à l’origine de l’abandon cette nouvelle pratique agricole ? Le projet bio-coton porté par Helvetas à l’endroit des producteurs agricoles du coton des communes de Glazoué, Kandi et Péhunco a multiples objectifs. Les objectifs de ce projet sont le développement de la filière coton, le renforcement des organisations professionnelles agricoles, la recherche de la durabilité dans la filière coton tout en préservant les aspects d’opportunité économique pour des organisations de base paysannes. Ce projet met l’accent sur l’intérêt pour une culture cotonnière moins coûteuse en intrants et plus respectueuse de l’environnement sont des conseils agricoles portés au profit des acteurs de l’exploitation cotonnière desdites communes. En se basant sur ces constats et expériences positives avec le coton biologique, c’est-à-dire un coton produit sans l’emploi d’intrants chimiques, on se demande quels sont les obstacles qui freinent l’adhésion des paysans à la pratique du coton biologique au détriment de la pratique conventionnelle malgré l’importance et la préservation de l’environnement de la pratique biologique. Pour répondre à cette question que l’étude est initiée. Elle a pour objectif d’analyser les déterminants de l’abandon du coton biologiques par les producteurs du Bénin : dans les communes de Glazoué, Kandi et Péhunco. Le but spécifique de ce travail se trouve dans le fait qu’il permettra d’avoir des données de base pour l’amélioration des systèmes de production du coton biologique, les facteurs en prendre en compte pour une adhésion massive des producteurs la culture biologique de coton dans les zones rurales et contribuera à l’atteinte des objectifs du développement durable à la base.

1-2- Objectifs

1-2-1- Objectif global

L’objectif global de cette étude est d’analyser les déterminants de l’abandon du coton biologique au centre et Nord du Bénin.

1-2-2- Objectifs spécifiques

De façon spécifique il s’agit de

OS1 - Décrire le dispositif de la chaine de production du coton biologique dans les communes d’étude.

OS2- Analyser la perception des producteurs sur les facteurs de production du coton biologique.

OS3 - Analyser l’influence des facteurs sociologiques économiques déterminant l’abandon du coton biologique chez les cotonculteurs du centre et du nord.

1-3- Hypothèse de recherche

H1 : Le dispositif de la chaine de production du coton biologique dépend de l’importance attribuée à chaque acteur.

H2 : la perception des producteurs dépend de l’estime de soi à la fertilité du sol, à la santé, satisfaction à la production, condition de vie, l’expérience en production cotonnière et satisfaction au prix de vente.

H3: les facteurs sociologiques et économiques déterminant l’abandon du coton biologique dépendent du classement du coton, distance entre ménage et champ, satisfaction au prix, fonds pour l’achat des intrants, niveau de rentabilité, revenu et contact avec les services/agents de vulgarisation agricole chez les cotonculteurs du centre et du nord.

1-4- Revue littérature

1-4-1- Clarification des concepts

1-4-1-1- Coton

Le coton est une fibre végétale qui est généralement transformée en fil puis tissée pour fabriquer des tissus. Le coton est la plus importante des fibres naturelles produites dans le monde et représente plus de la moitié de la consommation mondiale de fibres textiles. Il faut savoir que la culture conventionnelle du coton est aussi la plus polluante de la planète. Elle utilise environ un quart des pesticides vendus dans le monde alors qu'elle ne représente que 2,4 % de la surface agricole (Marion et al; 2016). Ce coton est nocif pour ceux qui le portent comme pour ceux qui le cultivent. Et l'achat d'engrais est la principale source d'endettement et de dépendance des petits producteurs. Le coton biologique est quant à lui cultivé avec du compost naturel qui remplace les engrais chimiques et les pesticides. Il est sans OGM et la consommation d'eau nécessaire pour sa culture est réduite de moitié par rapport au coton conventionnel. Sa fibre est blanchie à l'eau oxygénée et non au chlore. Les teintures sont réalisées sans métaux lourds ou autres substances cancérigènes (Leroux B. 2006).

Plus douce et plus souple, la fibre de coton bio est plus épaisse et anallergique. La culture biologique du coton permet aux producteurs, en réduisant leurs investissements, de sortir de l'engrenage de l'endettement. Elle améliore leurs conditions de travail, leur santé et celle de leur entourage. La rotation des cultures dans l'agriculture biologique permet d'oxygéner la terre et d'en préserver la richesse.

1-4-1-2- Innovation

Le terme innovation a été défini par plusieurs auteurs. Pour (Gonod, 1972) l’innovation comme "la première application de la science et de la technologie dans une nouvelle direction, avec un succès commercial". Il distingue l’innovation de l’invention. L’invention pour lui est l'idée d'une nouvelle application de la science et l'innovation consiste à mener à bien, pour la première fois, 1'utilisation commerciale de 1'invention. Groff (2009), partant des racines du mot, à savoir "innovare", propose une définition du concept. Pour lui, « L’innovation est la capacité à créer de la valeur en apportant quelque chose de nouveau dans le domaine considéré tout en s’assurant que l’appropriation de cette nouveauté se fasse de manière optimale » Selon (Daude, 2002), l’innovation peut être un objet matériel ou immatériel tel un concept ou une idée .Qu’elle soit matérielle ou immatérielle, une innovation est considérée au sens de Rogers (2003) comme « une idée, pratique ou un objet perçu comme nouveau par les individus ». Larry et Michael (1978) disent qu’une innovation c’est un changement organisationnel à travers lequel des nouveaux produits, technologies ou structures sont introduits dans l’organisation avec l’objectif d’améliorer son efficacité. Selon Fernez-Walch et Romon (2010) c’est un processus organisationnel, intra et inter organisationnel, délibéré, qui conduit à la proposition et à l’adoption, sur un marché ou à l’intérieur d’une entreprise, d’un produit nouveau. Dans le cadre de cette étude, les définitions de Groff et de Rogers sont seront utilisées au sens de travail. L’innovation est perçue ici comme l’information bio-coton contenue dans le dispositif d’appui conseil et le domaine considéré ici est le domaine agricole. La diffusion de l’innovation revient donc à l’adoption et l’analyse des abandons au cours du temps des messages véhiculés à travers les différentes formations sur le bio-coton.

1-4-1-3- Agriculture biologique

C’est un système de production agricole, basé sur la gestion rationnelle de la fraction du sol, dans le respect des cycles biologiques et de l'environnement, tenant compte des connaissances en écologie, pour une production de qualité, équilibrée, plus autonome, plus économe et non polluante. En France, le décret du 10 mars 1981 la définit comme étant une « agriculture n'utilisant pas de produits chimiques de synthèse ».L'agriculture biologique est, au sens propre, un pléonasme (il n'existe pas d'agriculture non biologique). Le terme est apparu vers 1950, par opposition au système de production qui s'est mis en place à partir du XIXe siècle, qualifié de chimique en raison de son usage d'intrants chimiques, c'est-à-dire des produits de synthèse : engrais, produits phytosanitaires (pesticides tels que herbicides, insecticides ou fongicides …) ou qualifié de système productiviste par sa logique. Ce système étant souvent considéré comme dangereux pour la Terre (pollution des nappes phréatiques …), et non durable. On parle maintenant d'agriculture "conventionnelle", face à l'agriculture biologique. Selon (Jacques et al ; 2011) l'agriculture biologique se caractérise principalement par son refus d'utiliser des produits chimiques. Les fondements théoriques de l'agriculture biologique utilisent les notions suivantes :

- système : il ne s'agit pas de nourrir directement la plante, mais de fonctionner avec tout l'écosystème air-eau sol- plantes-animaux sans le forcer;
- respect des éléments naturels : nourrir une vache avec de l'herbe, et non avec des concentrés contenant des sous-produits animaux; la terre est un milieu vivant que l'on "nourrit" par la pratique du compostage des matières organiques pour assurer sa fertilité.

De tels fondements s'appuient sur des notions :

- D'équilibre : tout acte ou toute pensée doit veiller à respecter un équilibre avec l'environnement. Le développement réside dans le déplacement des équilibres naturels.
- De diversité : les systèmes techniques ou philosophiques dépendent des contextes locaux spécifiques avant de répondre à des fondements immuables.
- D'autonomie: En fonction du contexte et des équilibres en place, l'action ou la pensée vise aussi à ne pas priver les êtres humains de leur autonomie. Ces fondements, dans leur version contemporaine ayant rationalisé sa démarche, conduisent à une forte recherche d'amélioration qualitative par une recherche constante d'alternatives aux comportements de l'agriculture en s'appuyant sur des expertises pluridisciplinaires (biologiste, agronome, écologiste, pédologue, géologue…) et le partage des expériences. L'agriculture biologique s'est distinguée d'une part en refusant la production à tout prix et a également permis de renouer avec un savoir agricole empirique totalement nié dans la production à tout prix, et a donné naissance à de nouvelles pratiques respectant ces idéaux. L'agriculture biologique est en plein développement et comprend tout un éventail de techniques allant de l'agriculture biologique intensive à des pratiques agricoles basées sur une vision plus sensible de la nature comme par exemple l'agriculture biodynamique qui prend en compte le cycle des saisons, le cycle lunaire et des planètes de façon très précise afin d'augmenter le rendement des cultures et de permettre leur développement de manière naturelle et plus efficace.

1-4-1-4- Déterminant

Un déterminant est tout élément qui participe à la réalisation de quelque chose (Dictionnaire Encarta, 2011). Les déterminants socioéconomiques sont donc des éléments qui ont rapport au social et à l’économie, en tant que ces deux moments sont liés. Des études sur l’adoption et l’abandon des technologies, d’une nouvelle pratique, ont montré que certaines variables socioéconomiques sont jugées déterminantes dans l’abandon ou l’acceptation d’une technologie (Rogers, 1983). Elles incluent la zone agro-écologique, l’âge, le genre, la taille du ménage, l’équipement agricole, expérience agricole, le coût de la technologie, condition d’accès, la taille de l’exploitation, actif agricole, contenu de la technologie etc Ces variables qui caractérisent la situation socio-économique des producteurs peuvent être déterminantes dans l’abandon des innovations agricoles. Beaucoup d’auteurs ont montré que les caractéristiques individuelles sont déterminantes dans l’abandon des pratiques agro écologiques. Les plus citées parmi ces caractéristiques sont notamment l’âge, le niveau d’éducation, un revenu supérieur à la moyenne, l’appartenance à un réseau social, l’alphabétisation (Conte, 1999 ; Nguyen et Phan, 2000 ; Pohjola, 2003 ; Singh, 2004; Chin et Fairlie, 2004 ; Bagchi et Udo, 2007 ; Farrell et Shafika, 2007 ; Kovačić et Vukmirović, 2008). D’autres travaux encore ont montré que le nombre d'années d’expérience acquise en agriculture en tant que chef de ménage est une variable continue qui devrait influencer positivement la probabilité d’adoption ou abandon des nouvelles technologies (Adesina, et al., 2000). De même, le coût de la technologie (Afomassè et al, 2004), le genre (Singh, 2001; Lethiais et Poussing, 2004; Gefen et Stratiff, 1997; Vankatesh et Morris, 2000) et l’activité socioprofessionnelle (Allegressa et Di Maria, 2003) sont aussi déterminants chez les producteurs pour un choix ou non. En résumé, la zone agro-écologique, l’âge, le genre, la taille du ménage, l’équipement agricole, la taille de l’exploitation, le niveau d’éducation, un revenu supérieur à la moyenne, le nombre d'années d’expérience acquise en agriculture, le coût de la technologie, et l’activité socioprofessionnelle, l’actif agricole, appartenance à une association, l’alphabétisation sont déterminants dans l’abandon ou adoption d’une technologie. Il faut retenir que dans le cadre de ce travail, les facteurs socio-économiques identifiés ci-dessus sont ceux qui à la fois sont susceptibles de déterminer l’abandon de la pratique du coton biologique.

1-4-2- Place de l’agriculture biologique dans la politique agricole du début du XXIe siècle

Selon l'Agenda 2000, les agriculteurs sont tenus de respecter certaines normes environnementales de base, sans recevoir de compensation financière. Ils sont également soumis au respect du principe de pollueur-payeur. Cependant, les mesures agro-environnementales proposent de rémunérer les agriculteurs souscrivant à des engagements allant au-delà des bonnes pratiques agricoles. En particulier, la pratique de l'agriculture biologique permet de percevoir des primes. De plus, l'agriculteur biologique peut recevoir des aides aux investissements. Ces actions devraient tendre à favoriser l'adoption de pratiques d'agriculture biologique. Depuis l'adoption du règlement de 1992, de nombreuses exploitations se sont converties à ce nouveau type de production agricole.

La Conférence internationale ONU/FAO de mai 2007 sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire a conclu qu'à échelle mondiale, l’agriculture biologique, si elle est soutenue par une volonté politique, peut :

- contribuer à la sécurité alimentaire, dont des pays riches également menacés par la crise des énergies fossiles, les changements climatiques et certaines faiblesses de la chaîne alimentaire.
- atténuer les impacts de nouveaux problèmes (dont changements climatiques, grâce à une fixation améliorée du carbone du sol et une meilleure résilience).
- renforcer la sécurité hydrique (qualité de l’eau, moindres besoins en irrigation, restauration humique du sol, meilleurs rendements en cas de stress hydrique dû aux aléas climatique.
- protéger l’ agro biodiversité , et en garantir un usage durable.
- renforcer la suffisance nutritionnelle (diversification accrue des aliments biologiques plus riches en micronutriments).
- stimuler le développement rural (dans des zones où le seul choix est la main d’œuvre, grâce aux ressources et savoirs locaux.

Le Président de la Conférence a appelé la constitution d'un réseau international de recherche et de vulgarisation en faveur de l'agriculture biologique et des sciences agro écologiques, en estimant que plus d'argent et moyens publiques devrait y être consacrés. Il estime aussi que les mêmes règles devraient être appliquées à tous.

1-5- Points des travaux antérieurs

Pour mieux comprendre l’émergence, mais aussi les fragilités de la filière du coton bio-équitable, il est nécessaire d’analyser les failles du «système coton conventionnel sous l’angle du développement rural durable. En effet, la filière bio-équitable dépend en partie de l’évolution du système coton conventionnel. Quelques traits marquants caractérisent la filière cotonnière au Mali : la production en culture pluviale dans le cadre d’exploitations familiales peu mécanisées, la mise en place progressive d’un système associant coton-céréales-élevage et l’encadrement en amont et en aval par une société (CMDT), qui permet de sécuriser l’environnement socio-économique des producteurs : prix garantis, approvisionnement en intrants, développement des services (Bonnassieux, 2002 ; Belières et al 2002, Dufumier et al, 2006 ; Devèze et al, 2004 ;Hugon, 2005). Cette filière du coton dit «conventionnel », c'est-à-dire cultivé selon le modèle technique dominant diffusé par les sociétés d’encadrement, a permis une profonde transformation du système agraire et des agricultures familiales. Il a été considéré comme une réussite en termes de développement, entraînant une hausse de la production cotonnière, mais aussi céréalière et une augmentation significative du niveau de vie des populations (Hussein et al, 2005). Le succès du développement de la production cotonnière jusqu’au 2000 a souvent été mise à l’actif de l’organisation verticale très intégrée de la filière avec un« système coton» favorisant l’approvisionnement en intrants (semences, engrais, pesticides), la commercialisation à un prix garanti, l’accès aux crédits et aux services d’appui et d’encadrement des producteurs notamment à travers leurs organisations, mais aussi la mise en place d’infrastructures économiques (routes) ou sociales (centre de santé). Ce mode d’organisation a fait l’objet de nombreuses analyses ; s’il présente beaucoup d’avantages, il présente aussi des inconvénients, tels que « la confusion des fonctions de services publics (vulgarisation et formation), des fonctions économiques, la rigidité liée à l'intervention de l'État ou la position dominante de la CMDT » (Hugon 2005a). Après avoir été le moteur de la transformation sociale et économique de toute une mondialisation, faisant vivre près des millions de personnes dans le monde, le « système coton » est entré dans une crise particulièrement grave. Si le principal déclencheur a été la baisse des prix d’achat du coton-graine au producteur, les pratiques culturales amplifient la crise qui se manifeste par une dégradation de la terre, la courbe non réjouissante de la production et une augmentation de la pauvreté dans les zones cotonnières. Les études et analyses sur la crise du « système coton » étant nombreuses et très documentées, nous n’en soulignerons ici que quelque unes, vus sous l’angle de la durabilité.

Fabrice et al; 2018 ont montré que les caractéristiques socioéconomiques des producteurs ainsi que la distance entre les champs et les ménages des producteurs sont les principaux facteurs qui influencent leur choix de produire ou non le coton biologique. Les femmes préfèrent plus la production biologique que celle conventionnelle. Cela leur permet non seulement de ne plus dépendre de leur mari pour les intrants mais aussi d’avoir leurs propres champs. Les producteurs ayant pour activité principale l’agriculture, possédant un nombre d’actifs agricoles élevé, et accédant au crédit sont plus susceptibles d’adopter le coton biologique. De même, les producteurs ayant leurs champs proches de leur maison sont plus favorables à cette production que ceux dont les champs sont trop éloignés. Pour (Droy, 2009) cette alternative a rencontré une forte adhésion, notamment auprès des femmes qui ont été largement investies dans l’opération, alors qu’elles n’avaient pas le statut de producteur dans la culture conventionnelle et donc pas de pouvoir de décision. Si ce nouveau statut de productrices et le contrôle sur les revenus qu’il procure contribue à la transformation des relations sociales de genre, il faut néanmoins s’interroger sur les contraintes d’accès aux ressources (terre, matériel, travail etc.) que rencontrent les femmes de par leurs droits dans la société et leurs conséquences sur la production. Cette interrogation est d’autant plus cruciale que la filière de coton bio-équitable se trouve confrontée à des arbitrages délicats pour assurer sa durabilité économique, mais aussi environnementale (maintien de la fertilité), tout en gardant les objectifs de durabilité sociale du commerce équitable. Dans ce sens que (Hountondji, 2015 et Tovignan, 2014) trouvent que la production du coton biologique est économiquement et financièrement rentable avec une marge nette moyenne égale à 65171,12 FCFA à l’hectare. On note une productivité du capital moyenne de 2,15 francs avec un rendement moyen égal à 532,62 kg/ha. Les moyennes des indices d’efficacité technique, allocative et économique sont respectivement de 0,85; de 0,60 et 0,54. Les déterminants de ces efficacités techniques, allocatives et économiques de la production du coton biologique sont entre autres : le nombre de formations reçues, l’activité secondaire, le contact avec la vulgarisation, le niveau de fertilité, la taille du bétail et la rotation des cultures avec les légumineuses.

CHAPITRE 2 : Cadres théorique, analytique et méthodologique

2-1- Cadre théorique

2-1-1- Théorie de l’apprentissage

Processus par lequel un individu va acquérir une réponse ou un ensemble de réponses qu'il ne possédait pas dans son répertoire. Ces informations nouvelles " sont de types variés : comportementales, cognitives, émotionnelles, physiologiques. L’apprentissage est un ensemble de mécanismes menant à l'acquisition de savoir-faire, de savoirs ou de connaissances (Philippe Ariès, 1975). Dans l’un ou l’autre des cas, on note l’existence d’un côté d’une personne de qui provient le savoir et de l’autre côté la personne qui reçoit le savoir donné. Les nombreuses théories de l'apprentissage vont de modèles privilégiant les variables de l'environnement aux modèles intégrant les variables cognitives entre l'individu et son environnement. Les plus anciennes reposent sur les divers modèles de conditionnement (classique et opérant). Construites sur les bases de la psychologie expérimentale, les plus récentes sont constituées essentiellement de l'apprentissage social et de la psychologie cognitive. L’apprentissage met donc aux prises le donneur de la connaissance ou du savoir (personne physique ou abstraite) et la personne qui acquiert la connaissance. La connaissance peut directement être transmise à l’acquéreur en cas de contact direct ou par le biais d’un support de communication. L'ensemble de ces théories sert de base conceptuelle aux problèmes comportementaux, cognitifs, dont l'efficacité dans de nombreux cas est un autre argument de poids en faveur de leur pertinence. Legendre (1993) va plus loin et le définit comme un « acte de perception, d’interaction et d’intégration d’un objet par un sujet ». La perception, c’est d’abord être interpellé par l’objet et mettre en branle un processus de collecte de données ; l’interaction, c’est la construction d’une représentation de l’expérience ; elle exige qu’une action s’engage dans un processus d’aller-retour entre l’objet à connaître et la personne qui veut apprendre ; l’intégration, c’est la génération d’une connaissance qui permet de faire siennes les informations issues des opérations précédentes (Bourassa, Serre et Ross, 1999) et l’apprentissage décrit au sens de la taxonomie de Bloom (Bloom et Krathwohl, 1956).

La première étape qu’est la connaissance, consiste à utiliser l'information à la base. C’est-à-dire trouve des opérations simples comme : arranger, définir, dupliquer, étiqueter, lister, mémoriser, nommer, ordonner, identifier, relier, rappeler, répéter, reproduire. L'étape de la compréhension, correspond à un traitement de l'information. Un apprenant qui a compris est capable de restituer l'information en la reformulant ou en donnant un exemple. Le niveau de l’application consiste pour l'apprenant à mettre en pratique une règle, une méthode, ou à mobiliser des connaissances dans une situation ordinaire. A l’étape de l’analyse, on travaille au niveau de l'outil : la règle, la méthode. On cherche à comprendre quelles sont ses composantes et comment elles fonctionnent. Le niveau de la synthèse est spécifique aux règles et les méthodes habituelles ne fonctionnent plus, il faut rectifier les outils existants ou en proposer des nouveaux. L’évaluation relève du jugement. L'apprenant s'exerce ici à faire des hypothèses et à estimer les qualités d'un produit à partir de critère. Il sera donc en mesure d’arranger, argumenter, évaluer, rattacher, choisir, comparer, justifier, estimer, juger, prédire.

2-1-2- Théorie de la diffusion des innovations

Plusieurs auteurs ont abordé le phénomène de diffusion et l’adoption des innovations. Nous aborderons les travaux de Rogers Everett, Van den ban, Daude, Morvan dans ce cadre théorique.

- Les caractéristiques de l’innovation

Selon Van den ban (1984) la vitesse de dissémination des innovations dépend de la manière dont elles sont perçues par les agriculteurs. Morvan (1991) conçoit la diffusion comme le processus par lequel une innovation se propage. Cette vitesse ne dépend pas de caractéristiques de l’innovation mais de la manière dont ces caractéristiques sont perçues (Rogers, 1983). Les principales caractéristiques de l’innovation prises en compte par Rogers (1995) repris par Daude (2002) sont : l’avantage relatif, la comptabilité, la complexité, la divisibilité et la visibilité des résultats.

-L’avantage relatif correspond au supplément d’utilité perçue par l’individu entre l’innovation et ce qu’elle est supposée remplacer. Cet avantage peut être mesuré en termes économiques, en termes de prestige social ou en toute autre forme de satisfaction. A partir du moment où un avantage relatif existe, la diffusion devient envisageable, la vitesse de propagation étant alors en partie liée à l’importance de cet avantage.

Le degré de compatibilité avec les attentes des individus, avec les pratiques existantes et les expériences passées. Plus le degré de compatibilité est élevé, plus l’innovation aura tendance à se diffuser rapidement.

-La complexité : une innovation perçue comme complexe par un nombre important d’individus se diffusera moins rapidement qu’une innovation perçue comme simple d’utilisation. La complexité dans ce cas, fait appel à la facilité ou non de comprendre les informations du coton biologique diffusées.

-La divisibilité est la possibilité d’expérimentation de l’innovation par les producteurs. Ils feront leur choix en minimisant l’incertitude qui pèse sur la nouveauté, ce qui a une incidence sur le taux de propagation de l’innovation. Dans ce cas, il s’agit de voir les possibilités qu’ont les producteurs de mettre en pratique les informations liées à la culture du coton biologique ou d’entrer en contact de son contenu.

-La visibilité des résultats est la mesure dans laquelle les paysans peuvent voir les résultats d’une innovation. La visibilité des résultats stimule le comportement des producteurs et favorise les échanges d’opinions sur l’innovation. Une fois que les avantages d’une innovation sont perçues par un producteur, ce dernier, au lieu de chercher à cacher l’innovation aux autres membres de son système social, recherche plutôt à informer ses amis sur le bien- fondé de l’innovation et accélère ainsi le processus de diffusion de l’information. Dans ce cas, il s’agit de voir s’il est facile d’appliquer le système biologique et d’obtenir plus d’adoptants ou d’abandons du coton biologique.

2-1-3- Théories de l’adoption

Selon Lindner (1987), l’adoption est le processus par lequel un producteur individuel décide soit d’utiliser ou non la nouvelle technique ; ici conçue comme une innovation. Cette définition est proche de celle Rogers (2003) qui indique que l’adoption de l’innovation équivaut à la décision d’une utilisation totale (adoption is a decision of “full use of an innovation’’) et le rejet de l’innovation est la décision de ne pas adopter l’innovation (rejection is a decision “not to adopt an innovation”). Mais, Feder (1982) précise donc que l’adoption au niveau individuel peut être vue comme le degré d’utilisation de la nouvelle technologie. Notamment, lorsqu’il s’agit des innovations sous forme de paquets technologiques, les bénéficiaires peuvent adopter tout le paquet technologique, ou seulement quelques composantes de l’ensemble. On assiste dans ce cas à un ensemble de processus séquentiels ou complémentaires. Cette dernière approche de l’adoption est considérée dans le cadre de notre étude ; étant donné que, comme le soulignent ces auteurs, les innovations agricoles sont majoritairement des paquets technologiques qui regroupent plusieurs technologies complémentaires dont certaines peuvent être adoptées immédiatement, d’autres plus tard alors que d’autres encore ne le seront jamais. La mise en œuvre, lorsque le paysan expérimente sur son exploitation. Ce stade n’est plus seulement un processus mental, mais devient aussi un processus physique ; la confirmation, lorsque l’individu prend la décision finale d’accepter ou d’abandonner l’innovation. Plusieurs facteurs sont déterminants dans ce processus influençant diversement les différentes phases. L’analyse se circonscrit ici autour des facteurs sociologiques.

2-1-4- Forme de diffusion de l’innovation

Daude (2002) fait ressortir deux formes de diffusion : La diffusion par extension : elle représente un mouvement par lequel un phénomène apparaît en un lieu et se répand progressivement dans une plus large étendue, sans que diminue son intensité à la source. La forme spatiale de l’extension se traduit par une couverture progressive de l’espace, jusqu’à ce que l’ensemble des lieux susceptibles d’être atteints le soit effectivement. En termes d’information, elle représente un mouvement par lequel une information apparaît en un lieu et se répand progressivement dans une plus large étendue. La forme spatiale de l’extension se traduit par une couverture progressive de l’espace, jusqu’à ce que l’ensemble des personnes susceptibles d’être informées le soit effectivement. La diffusion par relocalisation : ce phénomène se caractérise par la migration une fois que les ressources nécessaires à sa survie en un lieu sont épuisées. Les incendies et certaines épidémies en sont représentatifs. En termes d’information, elle se caractérise par la migration de l’information vers d’autres endroits.

2-2- Cadre analytique

Cette étude met en exergue les facteurs sociologique de l’abandon à travers les étapes de l’apprentissage, la diffusion, l’adoption, de l’agriculture biologique (cas du coton bio). Dans un premier temps l’analyse des différents facteurs sociologique sur la diffusion et l’adoption en passant par l’apprentissage et secundo l’influence dans le processus d’abandon du système bio par les producteurs ayant adopté auparavant. La figure 2 suivante illustre le cheminement d’analyse.

[...]

Fin de l'extrait de 71 pages

Résumé des informations

Titre
Les déterminants de l’abandon du coton biologique au Bénin. Cas des communes de Glazoué, Kandi et Péhunco
Auteur
Année
2017
Pages
71
N° de catalogue
V958055
ISBN (ebook)
9783346326102
Langue
Français
mots-clé
bénin, glazoué, kandi, péhunco
Citation du texte
Oussou Kougblenou (Auteur), 2017, Les déterminants de l’abandon du coton biologique au Bénin. Cas des communes de Glazoué, Kandi et Péhunco, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/958055

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