Évaluation de l'inclusivité de la croissance économique dans la zone CEEAC


Mémoire (de fin d'études), 2021

107 Pages, Note: 60/70


Extrait

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1.1 : Principales dimensions de la croissance inclusive

Tableau 2.1 : Evolution du taux de croissance de l’Angola (2000-2018)

Tableau 2.2 : Evolution du taux de croissance de la RCA (2000-2018)

Tableau 2.3 : Evolution du taux de croissance du Congo-Brazza (2000-2018)

Tableau 2.4 : Evolution du taux de croissance de la RDC (2000-2018)

Tableau 2.5 : Evolution de la croissance économique au Tchad (2000-2018)

Tableau 2.6 : Taux de pauvreté en Afrique Centrale (seuil de 1.90 USD)

Tableau 2.7 : Inégalités de revenu en Afrique Centrale

Tableau 2.8 : Taux de croissance du PIB/habitant en ASS par catégorie géographique et par décennie

Tableau 2.9 : Fragmentation ethnolinguistique dans les pays d’Afrique Subsaharienne

Tableau 2.10 : Indices de la corruption

Tableau 3.1 : Minima et maxima des variables dans les formules de normalisation

Tableau 3.2 : Liste des domaines, composantes et variables retenues

Tableau 3.3 : Trois dimensions et 18 variables retenues après contrôle des données

Tableau 3.4 : Dimensions, Indicateurs et Poids pour la construction de l’ICI

Tableau 3.5 : Choix des indicateurs

Tableau 3.6 : Liste définitive des indicateurs retenus

Tableau 3.7 : Résumé du poids de chaque dimension en pourcentage

Tableau 3.8 : Valeurs agrégées

Tableau 3.9 : Scores et rangs obtenus après agrégation des valeurs N-pondérées

Tableau 3.10 : Gain et perte de positionnement des pays sous-analyses

Tableau A1-1 : Répartition par année du nombre total des données disponibles pour l'Angola

Tableau A1-2 : Répartition par année du nombre total des données disponibles pour la Centrafrique

Tableau A1-3 : Répartition par année du nombre total des données disponibles pour le Tchad

Tableau A1-4 : Répartition par année du nombre total des données disponibles pour le Congo

Tableau A1-5 : Répartition par année du nombre total des données disponibles pour la RDC

Tableau A3-1 : Présentation annuelle des données des variables de l'Angola

Tableau A3-2 : Présentation annuelle des données des variables de la RCA

Tableau A3-3 : Présentation annuelle des données des variables du Tchad

Tableau A3-4 : Présentation annuelle des données des variables de la République du Congo

Tableau A3-5 : Présentation annuelle des données des variables de la RDC

Tableau A4-1 : Calcul des valeurs standardisées et normalisées pour l'ensemble des données de nos variables

LISTE DES GRAPHIQUES

Graphique 2-1 : Taux de croissance sous-régionale africaine de 2000 à 2018 (en % annuel)

Graphique 2-2 : Evolution de la croissance économique en Angola de 2000 à 2018 (en % annuel)

Graphique 2-3 : Evolution de la croissance économique en RCA de 2000 à 2018 (en % annuel)

Graphique 2-4 : Evolution de la croissance économique au Congo de 2000 à 2018 (en % annuel)

Graphique 2-5 : Evolution de la croissance économique en RDC de 2000 à 2018 (en % annuel)

Graphique 2-6 : Evolution de la croissance économique au Tchad de 2000 à 2018 (en % annuel)

Graphique 2-7 : Taux de croissance du PIB réel de l’Afrique centrale de 1961 à 2018 (% annuel)

Graphique 2-8 : Solde de la balance commerciale de la sous-région d’Afrique centrale de 1977 à 2018

Graphique 2-9 : Evolution des IPC

Graphique 3-1 : Classification des pays après détermination des résultats

LISTE DES FIGURES

Figure 1-1 : Les modèles de croissance endogène

Figure 2-1 : Contribution sectorielle à la croissance en Afrique Centrale (en %)

Figure 2-2 : Part du secteur industriel dans le PIB

Figure A2-1 : Carte de la sous-région centrale africaine

LISTE DES ABRÉVIATIONS, SIGLES ET ACRONYMES

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INTRODUCTION GENERALE

1. ETAT DE LA QUESTION

La croissance économique a toujours été considérée comme le fondement et la condition nécessaires du développement social et humain d'un pays. En effet, selon le Programme des Nations Unies pour le Développement, aucune amélioration du bien-être humain n'est possible sans une croissance économique. L'absence de croissance explique le fléchissement de l'indicateur du développement humain et l'incapacité de bien des pays et régions à combattre la pauvreté monétaire et humaine1.

De nos jours, cette thèse est mise en cause et paraît dubitable et discutable. En effet, dans bien des pays africains, il a été enregistré de hauts taux de croissance économiques sans qu'une amélioration des conditions sociales et économiques s'en suive. La réalité avait indiqué que la croissance n'était pas pro-pauvre, c'est-à-dire qu'elle n'avait pas réglé les problèmes des personnes vulnérables et des plus défavorisés et n'avait pas été non plus bénéfique à tout le monde. Bref, c'était une croissance sans effets redistributifs1 2.

Par conséquent, la croissance économique positive ainsi observée avait profité à certaines couches sociales au détriment des autres. Il en est résulté des inégalités sociales perceptibles et les populations ont continué à vivre les affres de la pauvreté. Ainsi, des taux de croissance économique élevés peuvent être une condition nécessaire mais non suffisante à la réduction de la pauvreté3.

C'est pourquoi, la plupart des chercheurs ont milité pour la théorie de la croissance économique inclusive et une remise à niveau des indicateurs de son évaluation, l'importance étant de réduire les inégalités et entamer le développement social et économique. Cette question est tellement importante qu'elle mobilise plusieurs recherches tant chez les économistes que dans les autres domaines.

Parmi ces principales études économiques, nous avons pu consulter les travaux ci-après :

- MEYER D. F. et al.A: Dans leurs articles portant sur l'évaluation comparative du niveau de performance de la croissance des pays du BRICS, ces auteurs ont conclu que ces différentes nations ont atteint un niveau moyen de croissance inclusive, à l'exception de l'Afrique du Sud. Ce diagnostic a été élaboré sur base de huit indicateurs. Le résultat final de leurs études fournit un système de pondération en deux étapes simplement pour le fait que celle-ci a utilisé deux indices globaux dans l'évaluation de la croissance par pays faute de certaines données relatives à certains indicateurs ;
- VELLALA P. et al.4 5 : ont proposé une analyse comparative de l'ampleur de l'inclusivité de la croissance atteint par les quinze Etats formant la République Parlementaire Fédérale de l'Inde à l'aide d'un indice composite construit sur base de trois critères, à savoir l'étendue géographique des lacs indiens occupée par Km2, le pourcentage de la population et la part contributive de chaque Etat dans la formation du PIB. Cette étude classifie les Etats en fonction des résultats obtenus selon les dimensions de l'inclusivité de la croissance à savoir l'économie, les commodités, le développement humain, l'équité financière, le genre, la durabilité et la gouvernance. En tenant compte de la seule dimension économique, l'Etat du Kerala a obtenu un succès considérable en matière de réduction de la pauvreté suivi de Pendjab et de l'Haryana. Tandis que les autres Etats ont été les moins performants ;
- VELLALA P. et al6 : ont élaboré un indice composite permettant de mesurer la croissance inclusive dans les principaux États indiens à l'aide de 20 variables socioéconomiques différentes regroupées en six dimensions : économique, commodités, développement humain, équité entre les sexes et inclusion financière, gouvernance et durabilité sur base des données transversales pour la période 2001 à 2011. L'étude a utilisé une analyse en composantes principales pour attribuer une pondération à ces variables dans la construction de l'indice composite. Les résultats indiquent que les États du Kerala, du Tamil Nadu, du Maharashtra et du Karnataka sont les plus performants, tandis que ceux d'Uttar Pradesh, du Bengale occidental, du Bihar, d'Assam et d'Odisha sont les moins performants et que ceux d'Andra Pradesh, Gujarat, Haryana, Le Rajasthan et le Madhya Pradesh sont des États modérément performants ;
- UDAH et al 1: ont essayé de contribuer à la conception des politiques de croissance inclusive en construisant un indice composite de croissance inclusive pour évaluer en série chronologique l'évolution de la croissance économique du Nigeria de 1981 à 2013. L'indice composite a été construit sur un score pondéré de 0 à 10 pour chaque année de 1981 à 2013, en fonction de la performance de chacun des indicateurs choisis en termes de classement de sa croissance et de la pondération qui lui est attribuée. Les résultats ont démontré que la croissance moyenne incluse sur la période 1981-2013 était de 3,67. Comparativement, le Nigéria a enregistré de meilleurs résultats en termes de croissance inclusive sur la période 2000-2013 (13 premières années de règne démocratique - 13 ans d'OMD) avec un indice moyen de 4,492, par rapport au régime militaire de 13 dernières années dont l'indice moyen a été de l'ordre de 3,019. Néanmoins, la croissance inclusive de la création d'emplois a été catastrophique. La croissance des revenus montre des progrès considérables mais reste en dessous du seuil ;
- KHAN et a/.7 8: ont développé une mesure unifiée de la croissance inclusive à l'aide des données de séries chronologiques annuelles (1990-2012), intégrant la croissance, les inégalités, l'accessibilité et la gouvernance en une seule mesure. Leurs résultats démontrent que le Pakistan affiche un niveau de performance satisfaisant en ce qui concerne sa performance en matière de croissance inclusive. D'autres résultats de l' ARDL (Décalage distribué autorégressif) montrent que la stabilité macroéconomique et l'approfondissement des finances sociales sont des déterminants importants pour qui renforcent l'inclusivité et réduisent la pauvreté et les inégalités, tandis que des réformes du secteur commercial sont nécessaires pour accroître leur efficacité en termes d'inclusivité.

Cependant, les différents travaux cités ci-haut ont présenté des véritables limites. En effet, l'absence dans leurs publications d'un indice composite de croissance inclusive9 et l'indication du degré d'inclusivité de la croissance économique des pays de certaines sous- régions du continent africains ont rendu leurs études partielles et limitées. Par ailleurs, il est indéniable que le choix des variables et leur pondération dans toutes ces études ont été inscrits sur base des fondements théoriques défendables pour permettre une interprétation normative des résultats.

C'est pourquoi, notre présente étude se démarque de ces travaux en essayant de proposer un indice composite susceptible d'appréhender et d'évaluer le niveau d'inclusivité atteint par les pays de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC).

2. PROBLEMATIQUE

Le retard enregistré dans le développement social et économique des pays de l'Afrique centrale a été différemment expliqué à travers l'histoire et est apparu comme un véritable paradoxe lorsqu'on sait que les ressources du sol et du sous-sol que ces pays regorgent devraient constituer des atouts solides pour la croissance et le développement de la sous-région. En effet, l'Afrique centrale a longtemps été considérée comme une plaque tournante et une pierre de relance du développement économique de l'ensemble du continent.

Depuis le début du 21ème siècle, précisément durant les seize premières années, la croissance économique enregistrée par les Etats à travers le monde n'a pas laissé en marge ceux du continent africain. On a observé que la majorité des économies de la sous-région centrale d'Afrique ont accompli une prouesse économique considérable marquée par une dynamique de forts taux de croissance inscrits dans le long terme consolidée en moyenne autour de 5,6 % l'an10 11.

Toutefois, cette croissance rapide réalisée en termes d'augmentation substantielle du produit intérieur brut (PIB) n'a d'autant pas permis de révéler certaines disparités auxquelles ces pays de la sous-région ont dû faire face durant ces seize premières années du 21eme siècle. En effet, les inégalités de revenus enregistrées dans la sous-région africaine ont fait d'elle la partie du continent la plus inégalitaire en termes de richesses d'une part, où « le coefficient de Gini stagne à 42 depuis 2000, le niveau le plus élevé du continent »11. D'autre part, Tchakounté et al. (2016) ont souligné que « la proportion des [sic] personnes vivant dans une situation de pauvreté excessive, c'est-à-dire moins de 2 dollars par jour, s'est accrue [pour se fixer] au-delà des 70 % »12.

Eu égard aux aspects susmentionnés, il sied de noter que maints auteurs ont démontré durant le dernier siècle « ([à l'instar de] Person et Tabellini, 1994 ; Alesina et Rodrik 1994 ; Bourguignon, 1993 ; Birsdall et Sabbot, 1995 ; Clarke, 1995 ; Perotti, 1996; Galor et Zang, 1997), l'existence d'une relation négative entre les inégalités ‘initiales' et la croissance de long 13 terme » .

Toutefois, en dépit de l'importance de ces études, « le concept de croissance pro-pauvre a rapidement gagné en popularité [au lendemain de la grande récession de 2008] tant du côté des chercheurs que des bailleurs et des décideurs suite à la lenteur de la réduction de pauvreté observée dans certains pays en développement [notamment dans tous les pays du sud]»13 14. De toute évidence, « cette nouvelle conception, portée par des auteurs comme Anand and Kanbur (1993b), Bourguignon (2003), Kakwani (1993), Klasen (2005), discute des conditions sous lesquelles la croissance profite aux plus pauvres »15.

Par conséquent, les débats entamés autrefois en matière de croissance pro-pauvre ont permis de formuler l'idée d'une nouvelle conception de croissance « qui ne se limite pas à celle des agrégats monétaires usuels (OCDE, 2014) c'est-à-dire celle d'une croissance incluant l'ensemble des déterminants de la qualité de vie des individus, et celle d'une croissance qui profite à tous sans laisser personne sur le bord de la route »16.

En d'autres termes, il s'agit plus précisément d'évaluer la qualité de la croissance économique atteinte par les pays de la sous-région africaine, sachant qu'une croissance est dite « de qualité », lorsqu'elle est forte, stable et soutenue, de manière à accroître la productivité et permettre l'atteinte des objectifs relatifs à l'amélioration du bien-être social et à la réduction de la pauvreté.

Si, certains auteurs et organismes, notamment le PNUD et la Banque Mondiale ont mis en place l'indice de la qualité de croissance, IQC en sigle, comme indicateur composite qui prend en compte les éléments « fondamentaux de la croissance » (la vigueur, la volatilité, la diversification économique et l'orientation externe de la demande) ; les « retombées sociales de la croissance » en termes d'éducation et de santé, notre étude voudrait aller au-delà pour construire un indice composite susceptible d'évaluer le niveau de la croissance atteint par les pays de la sous-région choisis.

Jusqu'à ce jour, plusieurs analystes se sont intéressées sur cette question. Ali et Son (2007), Ianchovichina et Lundstrom (2009), Rauniyar et Kanbur (2010), Klasen (2010), Anand et al. (2013), Ncube (2015) sont les plus cités et leurs travaux sont la base de la notion de croissance inclusive. Parmi ces études, rares sont celles qui se consacrent à l'Afrique plus particulièrement à la sous-région centrale de l'Afrique.

Eu égard à ce qui précède, il convient de se poser les questions suivantes :

- Comment peut-on expliquer les taux de croissance élevés enregistrés par les pays de la CEEAC pendant la période sous étude ?
- Cette croissance a-t-elle été inclusive ?
- Comment mesurer cette inclusivité ?

L'éventuelle réponse à cette interrogation nous amène à formuler l'hypothèse du sujet.

3. HYPOTHESES D’ETUDE

Une hypothèse du travail est constituée des réponses provisoires que le chercheur entend fournir aux questions qui ont suscité son investigation. Toutefois, ces réponses peuvent être corroborées ou infirmées à l'issue de ses recherches sur terrain.

Dans le cadre précis de cette étude, notre hypothèse se formule de la manière suivante :

- Les taux de croissance élevés enregistrés par les pays de la sous-région centrale de l'Afrique s'expliqueraient par l'existence des ressources minières que possèdent lesdits pays ;
- Pareille croissance aurait été inclusive et de qualité si elle serait évaluée par des indicateurs solides qui tiendraient compte de sa qualité ceux utilisés ayant mis au centre l'augmentation du PIB comme le seul moyen d'évaluation alors que la qualité en serait exclue ;
- Pour mesurer cette inclusivité, notre étude s'efforcerait d'élaborer un indice composite qui évaluerait le niveau et la qualité de croissance atteint par les pays retenus au sein de notre échantillon d'étude.

4. CHOIX ET INTERETS DU SUJET

La croissance inclusive est à ce jour l'une des questions les plus étudiées par les chercheurs. Cependant, l'accroissement des inégalités et du chômage, le sous-emploi, le manque des ressources, les crises socioéconomiques, alimentaires et sécuritaires de tout genre, l'appauvrissement récurrent de la population rurale et urbaine dans certains pays de la sous- région d'Afrique centrale font partie des éléments qui nous ont poussé à nous lancer sur cette question car étant devenue un contraste saisissant dans ladite région.

5. METHODES ET TECHNIQUES

La méthode est l'ensemble de règles ou de procédés pour atteindre dans les meilleures conditions (temps, argent, hommes. ) un objet : vérité, expérience, vérification, apprentissage17. La méthode est aussi une tentative d'explication, elle est rattachée à une théorie appliquée à la réalité.18 Le choix des méthodes de recherche constitue un élément capital dans la mesure où elles permettent au chercheur d'aboutir aux résultats escomptés de son investigation.

Dans le cadre précis et restreint de cette étude, le choix d'une méthode idoine s'avère capitale. L'étude consistant à comparer les différentes croissances économiques des pays de l'Afrique Centrale, nous avons fait usage des méthodes comparative et économétrique. Alors que la première nous offre des outils susceptibles d'assurer la comparaison sur un certain nombre de critères et d'indicateurs ; la seconde nous permet de construire un indice, outil souhaité pour évaluer le niveau de la croissance atteint par les pays de la sous-région.

Quant aux techniques, deux principales seront d'usage, à savoir :

1. La technique documentaire : elle nous a permis à lire les ouvrages, les articles et autres publications relatifs au sujet mis sous analyse ;
2. La technique d’entretien : elle nous a permis de recueillir les points de vue des chercheurs compétents autour des points importants de notre travail dont les ouvrages y afférents n'ont pas pu nous apporter les lumières nécessaires. Les points de vue des experts en matière de croissance économique, ceux des animateurs des institutions nationales et internationales peuvent être évoqués et inscrits dans le cadre de cette étude tant que les moyens nous le permettraient.

6. DELIMITATION SPATIO-TEMPORELLE

Notre étude est dans le temps et l'espace. Dans l'espace, elle se propose d'analyser l'inclusivité de la croissance du groupe de pays choisis à savoir l'Angola, la Centrafrique, le Tchad, la République du Congo et la République Démocratique du Congo, cinq pays de la sous-région d'Afrique centrale, membres de la CEAAC. Les raisons qui ont milité au choix de ces pays résident en ceci que la plupart ont connu ou connaissent encore de périodes de conflits, entremêlées par des situations de crise dues à certaines variations de cours des matières premières. Par conséquent, cette étude contribuera à la littérature existante sur la base de la construction d'un indice composite de croissance inclusive.

Quant à la période de temps, nous retenons celle qui couvre les années 2000 à 2016. Le choix de cette période se justifie par le fait que la dynamique de croissance de la sous-région a été globalement positive durant la période sous-examen.

7. CANEVAS

Toute recherche scientifique aussi pertinente soit-elle, se développe toujours par étapes. Excepté la présente note introductive faisant office de prélude ainsi que la conclusion générale, la nôtre s'organise en trois chapitres. Le premier portera sur les généralités théoriques sur la croissance économique ; le deuxième fera un état des lieux de la dynamique de la croissance, de la pauvreté et du développement social et économique de la sous-région de l'Afrique centrale. Et enfin, le troisième sera axé sur la construction (élaboration) de l'indice composite de croissance inclusive pour les pays de la zone CEAAC (Angola, Centrafrique, Tchad, République du Congo et République Démocratique du Congo).

CHAPITRE I : CONSIDERATIONS THEORIQUES ET DEFINITIONELLES SUR LA CROISSANCE ECONOMIQUE

Essentiellement théorique, ce chapitre préliminaire de l'étude s'assigne pour objectif principal de définir les concepts phares susceptibles d'aider à la compréhension de la suite du travail. Deux concepts sont retenus, notamment la croissance économique et la croissance inclusive. En vue d'atteindre cet objectif, ce chapitre est divisé en deux sections consacrées respectivement à ces deux concepts.

SECTION 1 : NOTIONS SUR LA CROISSANCE ECONOMIQUE

La notion de croissance économique reste au centre de la théorie économique. Définie de manières diverses, la croissance économique possède plusieurs facteurs à son amont. La première section de ce chapitre définit d'abord le concept de la croissance économique, indique ses mesures et présente les différents modèles de croissance économique.

I.1.1. Définitions de la croissance économique

La notion de croissance économique revêt plusieurs acceptions et est définie de plusieurs manières. Toutefois, des principales définitions attribuées à ce concept, celles de Simon Kuznets et de François Perroux nous semblent les plus persuasives.

En effet, selon Simon Kuznets, « la croissance économique d'un pays peut être définie comme une augmentation à long terme de la capacité d'offrir une diversité croissante des biens à la population, cette capacité croissante étant fondée sur le progrès de la technologie et les ajustements institutionnels et idéologiques qu'elle requiert »19.

Et au sens strict, selon François Perroux, la croissance économique correspond à « l'augmentation soutenue [durant] une ou plusieurs périodes longues (chacune de ces périodes comprenant plusieurs cycles quasi-décennaux) d'un indicateur de dimension : pour une nation, le produit global net en termes réels »20.

Au vu de ces définitions, la croissance économique est un phénomène de longue période, quantitatif et mesurable qui se distingue du développement qui est un phénomène de nature qualitative. Ainsi, la croissance économique est l'accroissement durable de la production globale d'une économie21.

I.1.2. Mesures de la croissance économique

La croissance économique se mesure année par année. Le passage d'une période annuelle à une autre permet de trouver un indicateur juste pour la mesurer. En pratique, l'indicateur le plus utilisé pour la mesure de la croissance est le produit intérieur brut, PIB en sigle. Il s'agit d'une mesure quantitative du volume de la production au sein de la nation. En effet, le PIB regroupe et opère une sommation de l'ensemble de la production réalisée au sein d'une économie, quelles que soient les nationalités des producteurs (nationaux ou étrangers)22.

Dans la suite de cette section du chapitre, nous définissons d'abord le PIB, en indiquons les approches, et enfin, en présentons des limites dans sa qualité de mesure de la croissance économique.

A. Notion du Produit Intérieur Brut (PIB)

Le Produit National Brut (PIB) peut être défini comme étant « la valeur marchande de tous les biens et services finaux produits dans un pays au cours d'une période »23. En d'autres termes, le PIB « est une estimation de la valeur de la production d'un pays. Il prend pour base le territoire national »24. La croissance correspond donc au taux de croissance du PIB.

L'expression suivante donne la relation qui mesure la croissance économique :

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L'expression (1.1) pourrait être positive, négative ou nulle :

- Si r >0 : la croissance est positive indiquant que le PIB de l'année en cours est supérieur à celui de la période antérieure ;
- Si r< 0: la croissance est négative indiquant que le PIB de l'année en cours est inférieur à celui de la période antérieure ;
- Si r = 0 : la croissance est nulle.

Toutefois, le plus souvent, l'expression précédente est exprimée en pourcentage. Elle ind ique ainsi le taux de variation relative du PIB de la période t par rapport à celui de la période t-1. De cette façon précédente devient :

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La théorie économique rassemble et regroupe un bon nombre d'approches en rapport avec la croissance économique.

B. Différentes approches du PIB

Le PIB est appréhendé suivant trois principales approches comptables:

a) Approche de la production : suivant cette approche, le PIB est la somme des valeurs ajoutées créées par les unités économiques résidentes25.
b) Approche par la demande (ou par les dépenses) : sous cet angle, le PIB est la somme de « la dépense totale consacrée à l'acquisition des biens et services produits par cette économie »26 au cours d'une période bien définie.

Cette approche se résume par l'équation comptable suivante :

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Dans l'expression (1.3) :

- Cp = consommation privée ;
- Cg = consommation publique ;
- FBCF = Formation Brute du capital Fixe ;
- VS = Variation du stock ;
- X et M = exportation et importation

c) Approche par le revenu national : ici le PIB est la somme du « revenu total [salaires, rentes et profits] de l'ensemble des membres de l'économie »27 payé par les firmes pendant une période bien déterminée. Cette approche est représentée par l'expression suivante :

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Dans l'expression (1.4) :

- TI = Taxes indirectes ;
- SUB= Subventions ;
- EBE= Excédent Brut du capital Fixe.

C. Limites du PIB comme mesure de la croissance

Les contestations faites du choix de Produit Intérieur Brut comme mesure de croissance sont multiples. En effet, « [bon nombre] d'économistes et des comptables nationaux se disent parfaitement conscients de ses limites »28. Par conséquent, plusieurs raisons ont amené certains auteurs à l'instar de Simon (2007) à considérer que « le PIB ne reflète pas le degré de croissance d'une zone géographique au cours d'une longue période »29. Tandis que d'autres, comme Pierre Lachaize, voient en cet outil de mesure un indicateur qui n'est en soi ni bon ni mauvais.

En effet, selon les critiques, le PIB n'est qu'une mesure quantitative, globale et une moyenne s'appuyant que sur ce qui est déclaré à l'Etat sans tenir compte effectivement des contributions importantes qui présentent de la valeur au sein de la société en l'occurrence les travaux ménagers, les activités licites mais non déclarées (travail au noir), les activités illicites (prostitution, drogues), etc.

Par ailleurs, le PIB reflète de moins en moins l'évolution du bien-être au sein d'une économie : le PIB ignore l'aspect qualitatif de la vie. Par conséquent, le PIB est donc un indicateur imparfait pour mesurer la production de richesses et le bien-être. Aujourd'hui, il est à la fois trompeur et incertain de croire que le niveau de vie d'une économie subit une nette amélioration lorsque cet indicateur est en constante évolution.

I.1.3. Modèles de croissance économique

Les principaux modèles fondamentaux de la croissance économique ont vu le jour vers la première moitié du vingtième siècle. Ils établissent des cadres cohérents d'analyse qui permettent de saisir le processus de croissance économique à long terme.

En effet, les modèles de croissance théoriques constituent un vaste champ de recherche dont nous ne saurions avoir la prétention d'aborder en totalité au cours de cette étude. In fine, d'après l'étude présentée par Balasubramanyam, Salisu et Sapsford (1996), la vaste littérature sur les modèles de croissance peut être scindée en 3 groupes distincts, à savoir les modèles postkeynésiens, les modèles néo-classiques et les nouveaux modèles de croissance.

A. Les modèles de croissance postkeynésiens

Les modèles de croissance postkeynésiens sont des modèles qui mettent l'emphase sur l'épargne et l'investissement. Les premiers modèles de croissance keynésiens ont été construits autour de l'hypothèse selon laquelle l'accroissement quantitatif de la production est fonction de l'augmentation de la quantité de capital et de travail disponible.

Roy Harrod (1939) et Evsey Domar (1946) sont les pionniers qui ont formalisé cette approche dans la littérature sur les modèles de croissance. En l'occurrence, le modèle Harrod-Domar30, mis au point au départ de façon autonome dans les années 1940, est l'un des premiers modèles formalisé de la croissance. Selon ce modèle, la fonction de production est exclusivement linéaire et dépend uniquement du capital et de la main-d'œuvre disponible (tiré de Ray, 1998):

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En effet, la formalisation d'Harrod-Domar se fixe pour objectif de déterminer le taux de croissance nécessaire au maintien du plein-emploi. Ainsi, le taux de croissance du capital investi, AK, se détermine par le taux d'épargne ainsi que par la productivité marginale de ce capital :

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En tenant compte de l'hypothèse énoncée ci-dessus, trois cas de figures peuvent se présenter au sein d'une économie fermée, à un seul secteur, dépourvu d'Etat :

- Si n = s/v : on a une croissance équilibrée de plein emploi ;
- Si n> s/v : la production augmente à un rythme inférieur à celui de la population active croissance+chômage ;
- Si n< s/v : la production ne pourra être atteinte, car les investissements ne peuvent être réalisés (crise et déséquilibres permanents).

En somme, la pertinence de la réflexion présentée par Harrod-Domar a été cependant très critiquée par les néoclassiques. Pour ces derniers, « le modèle tient ses limitations essentielles aux hypothèses rigides et restrictives qu'il adopte sur les ratios fixes capital/travail, capital/production et travail/production impliquant une souplesse extrêmement réduite sur la durée »31. Dans ce modèle, la croissance économique se révèle être un processus fondamentalement instable (« sur le fil du rasoir »), qui ne peut être maintenu qu'à l'aide de l'intervention de l'Etat. Toutes ces limites vont être endiguées par les néo-classiques.

B. Les modèles néo-classiques

L'approche néoclassique de la croissance, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, est jalonnée des contributions successives des auteurs tels que Ramsey (1928), Solow (1956), Swan (1956), Cass (1965) et Koopmans (1965). Les modèles néoclassiques ne se limitent plus au seul processus d'accumulation des facteurs et se proposent d'inclure « un autre processus comme essentiel à la persistance de la croissance, à savoir l' accroissement de la productivité des facteurs » 32. Par conséquent, la fonction de production néoclassique se définit de la manière suivante :

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En adoptant la thèse néoclassique, Robert Solow (1956) construit un modèle sur base des idées fondatrices énoncées ci-dessus. A cet égard, il identifie un troisième facteur qu'il nomme le « résidu » qui est assimilé au progrès technique. Ce dernier est à la base de l'augmentation de la productivité des facteurs et permet donc une augmentation qualitative et non plus seulement quantitative des facteurs de production. Dans ce cas, la croissance économique est intensive dont le taux de croissance économique se présente comme suit :

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Au regard de ce qui précède, le modèle de Solow est considéré comme l'archétype des modèles de croissance néoclassique. Bien qu'ils soulignent l'importance du rôle de l'évolution technique dans le processus de croissance en permettant le paramètre technologique de varier, les modèles de croissance néoclassiques « n'indiquent pas précisément de quelle façon ce paramètre fluctue »33 34. En plus, les théoriciens de la croissance néoclassiques situent les sources de croissance économique en dehors du champ économique. Cette conception de la croissance exogène sera contestée par les théoriciens de la croissance endogène. Ces derniers chercheront justement à endogénéiser la théorie néoclassique.

C. Les nouveaux modèles de croissance

Les nouveaux modèles de croissance ont été élaborés pour faire évoluer la théorie de croissance exogène défendue par les néoclassiques à une autre dite de croissance endogène. Ces modèles se fondent sur l'hypothèse selon laquelle la croissance économique est auto-entretenue sous l'effet de l'accumulation de capital c'est-à-dire elle est endogène.

Dans ces conditions, la croissance économique est le fruit de l'accumulation de différentes formes de capitaux (technologie, expérience et savoir-faire, éducation et formation professionnelle, infrastructures publiques...) émanant de la rationalité du comportement des agents économiques. De ce fait, le comportement rationnel des agents économiques produit des « externalités positives ». Il résulte dès lors que la croissance a un caractère auto entretenu et n'est plus soumise à la loi des rendements décroissants du fait de la présence d'externalité positive et de rendement d'échelle croissant (ex. : découvertes scientifiques médicales vont améliorer l'état de santé d'une population, cette amélioration va permettre une augmentation de l'efficacité des travailleurs favorisant la croissance économique).

La figure 1.1 ci-dessous illustre mieux la conception endogène de la croissance présentée par tous les théoriciens de cette thèse :

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Figure 1-1 : Les modèles de croissance endogène

Source : S. Phocas (s.d.), « Quelles sont les sources de la croissance économique? » - Sources de la croissance , chapitre 1, p. 14.

En s'inspirant du modèle de Romer (1986), Lucas (1988) propose un modèle fermé de croissance de type Cobb-Douglass (en omettant l'indice temporel) où il identifie à côté du facteur travail, N, et du capital physique, K, un troisième facteur de production : le capital humain, qui impacte non seulement la productivité, mais aussi la croissance. En combinant ces trois facteurs, il obtient une fonction de production qui se définit comme suit35:

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Outre l'accumulation du capital humain, il distingue un quatrième facteur, « le savoir », qui est également à l'origine de la productivité et de la croissance. Dans ce cas, Lucas conçoit le savoir comme un bien rival et à exclusivité d'usage36. A contrario, Romer (1990) considère le savoir comme un bien non rival c'est-à-dire un bien (connaissance) qui peut être utilisé simultanément par plusieurs agents économiques.

Selon le modèle de Lucas, la croissance de long terme est un arbitrage réalisé par les agents économiques entre sacrifier leur utilité présente, tout en sachant que plus ils se consacrent à la formation, plus leurs productivités et revenus seront accrus.

Au regard de ce qui précède, il résulte que les théoriciens de croissance endogène tentent d'expliquer la croissance économique de façon plus efficace que ceux de croissance exogène grâce à la connaissance, au capital et à l'innovation. Les modèles développés dans ces théories distinguent différents facteurs de production de la croissance interne (capital humain, capital physique...) et externe (niveau des infrastructures publiques...) qui peuvent faire apparaitre des externalités positives, lesquelles vont profiter à l'ensemble des agents économiques.

La nouvelle optique ainsi adoptée de la croissance économique s'approche de la croissance inclusive.

SECTION 2 : NOTIONS SUR LA CROISSANCE INCLUSIVE

A travers cette section de notre étude, nous définissons d'abord le concept de la croissance inclusive; puis, nous en présentons ses mesures et enfin, nous en développons les dimensions.

I.2.1. Définitions de la croissance inclusive

La croissance inclusive demeure encore aujourd'hui une notion difficile à définir en toute objectivité. C'est pourquoi, certains économistes parviennent seulement à saisir l'essence du concept qu'à travers ses effets perceptibles sans toutefois dire exactement ce qu'elle est en réalité.

Tout au long de ce point, nous énumérons quelques définitions en rapport avec la notion de la croissance inclusive, sachant que celles qui sont les plus marquantes sont à présenter. D'abord, nous commençons par donner les définitions officielles, c'est-à-dire celles proposées par les institutions internationales (BAD, PNUD, ADB...) et celles les plus reprises dans la littérature économique.

A. Définitions officielles

En 2012, la BAD propose un premier essai de définition du concept. D'après elle, la croissance inclusive peut se définir « comme étant une croissance économique dont le résultat est ou a plus de possibilités de développement socio-économique durables pour le plus grand nombre de personnes, de régions et de pays, protégeant en même temps les groupes vulnérables, tout ceci dans un environnement d'équité, de justice [...] [sociale], et de pluralité politique »37

Pour sa part, le PNUD considère que la croissance inclusive est à la fois comme un résultat et comme un processus. « D'une part, elle permet à chacun de participer au processus de croissance, en intervenant dans la prise des décisions et en étant acteur de la croissance. D'autre part, [elle] [...] procure des avantages qui sont équitablement partagés [c'est-à-dire] elle implique donc une participation et une mise en commun des avantages »38.

Par ailleurs, la Banque Asiatique de Développement définit la croissance inclusive « comme étant un concept qui va au-delà d'une croissance à large assise. Il s'agit d'une ‘croissance' qui, non seulement crée de nouvelles possibilités économiques, mais qui assure aussi l'égalité d'accès à ces opportunités à tous les segments de la société, et notamment aux pauvres »39.

Les définitions des institutions internationales présentées ci-dessus revêtent aussi bien des similitudes que des divergences. Elles indiquent que lorsqu'une société s'engage dans la démarche de croissance inclusive, celle-ci obtient plus de possibilités en matière de développement socio-économique durable pour le compte du plus grand nombre de personnes et non pas seulement pour les pauvres.

B. Selon la littérature économique

D'abondantes définitions attribuées au concept de la croissance économique inclusive dans la littérature économique, seules celles de Klasen, de McKinley, d'Ianchovichina et de Lundstrom sont présentées dans ce point du chapitre.

Selon Klasen (2010), la croissance inclusive se définit « comme une croissance économique qui profite dans une large mesure à des groupes de personnes autrement défavorisés. Par exemple, une croissance qui réduirait des désavantages liés à la région, à l'appartenance ethnique ou au genre pourrait être considérée comme inclusive »40.

De sa part, McKinley (2010) a relevé « deux aspects de la croissance inclusive : d'une part, le fait de parvenir à une croissance durable qui ouvre des possibilités économiques, et d'autre part, le fait d'assurer un accès plus large à ces possibilités afin que les membres de la société puissent participer à la croissance et en bénéficier »41.

Pour les deux derniers auteurs, enfin, Ianchovichina et Lundstrom (2009), « pensent que toute croissance qui est accompagnée d'une baisse de l'inégalité des revenus est une croissance de nature inclusive »42. Ainsi ressortissent par ailleurs, les différents facteurs importants pour une croissance inclusive à savoir :

- une croissance soutenue et équitable qui est basée dans les secteurs ou régions qui créent plus d'emplois, des infrastructures de bonne qualité ;
- une infrastructure rurale et les technologies agriculturales pour permettre aux pauvres de se développer ;
- un système de sécurité sociale améliorée pour les groupes vulnérables ;
- le respect des lois43.

De ce qui précède, nous retenons des définitions ci-dessus que la croissance inclusive est un mode de production qui met en relation tous les agents économiques autour d'une même table afin que ces derniers soient en mesure de se choisir le modèle de croissance adéquat pour leurs économies, et ensuite les faire participer au processus de création de richesse et de redistribution de celle-ci de manière équitable sans discrimination de sexe, de rang ou de position sociale.

Quand bien même les différentes définitions présentées ci-dessus convergent et présentent des points assez communs, une question les divergent : celle de trouver une mesure commune de la croissance économique inclusive.

I.2.2. Mesures de la croissance inclusive

Les points de vue des économistes sur les mesures de la croissance économique inclusive ne sont ni unanimes ni convergents. C'est pourquoi, au regard des différents points de vue sous- tendus par les auteurs et les écoles, quatre principales mesures sont proposées, en l'occurrence la mesure unifiée, les indicateurs de tableau de bord, l’indice à valeur unique et le cadre analytique. Toutefois, les approches de mesure unifiée sont les plus référencées dans la littérature dans la mesure où la plupart d'entre elles présentent non seulement l'avantage d'être utilisées dans la comparaison entre pays, mais également du fait qu'elles recourent à moins des données. Cependant, l'analyse approfondie consacrée à ces approches, notamment celles des indices synthétiques, révèle l'existence de certaines limites lors de l'élaboration.

Dans le cadre de notre étude, seule l'approche de mesure unifiée sera utilisée. C'est pourquoi, il est indispensable de présenter d'abord, dans les sous-sections qui suivent les avantages et les inconvénients issus dans l'élaboration des indices composites de croissance inclusive. Ensuite, seront analysées les différentes mesures alternatives phares au PIB qui ont favorisé la florescence de toute une série d'indicateurs composites (IC) au début des années 90. Notons, toutefois, qu'il n'existe pas de méthodologie standard à suivre pour la construction desdits indices.

A. Avantages et inconvénients de l’utilisation de l’indice composite de croissance inclusive

Les avantages issus de l'utilisation de l'indice composite sont multiples44:

- Un résumé d'information sur des phénomènes complexes et un appui conséquent aux décideurs dans leurs tâches ;
- Une interprétation assez aisée, comparée à l'alternative de chercher à déceler des tendances à partir de plusieurs indicateurs ;
- La comparaison aisée des pays, relativement à des phénomènes complexes ;
- Le suivi des performances des pays sur des phénomènes multidimensionnels ;
- Une communication facilitée avec le public (société civile, média, etc.). Saisana et Tarantola (2002), cités par la BAD (2013), ont recélé cinq conséquences découlant de la mauvaise construction d'indices composites45, notamment le fait qu'(e):
- les IC pourraient fournir des messages trompeurs s'ils sont mal construits, mais surtout mal interprétés ;
- ils pourraient conduire à des décisions politiques simplistes ;
- ils pourraient être mal utilisés si le processus de construction n'est pas transparent et si les principes conceptuels et statistiques adoptés sont légers ;
- ils pourraient déguiser de sérieuses faiblesses pour certaines dimensions du phénomène mesuré et augmenter par voie de fait la difficulté d'identification des mesures pour y remédier ;
- ils pourraient conduire à des politiques économiques inappropriées si les dimensions difficiles à mesurer sont ignorées.

B. Indicateurs synthétiques de croissance et inégalités

La liste des indicateurs de mesure de développement humain n'est pas exhaustive. C'est pourquoi, dans le cadre restreint de cette étude, nous énumérons ceux qui sont les plus utilisés. En effet, les indicateurs synthétiques de croissance et inégalités suivants ont été mis au point en vue d'appréhender le niveau de développement humain atteint par chaque pays : Indice de Développement Humain (IDH), Indice de Développement Humain ajusté aux Inégalités (IDHI) et l'indice de la Qualité de Croissance (IQC). Un détail sur chacun d'eux peut aider à appréhender leurs points communs ainsi que leur ampleur.

a) Indice de Développement Humain (IDH) :

Mis au point en 1990 par l'économiste indien Amartya Sen (prix Nobel d'économie en 1998) et l'économiste pakistanais Mahbub ul Haq, l'indice de développement humain (IDH) est un indicateur synthétique du PNUD qui mesure le niveau moyen du développement humain atteint par chaque pays en combinant ces trois aspects essentiels qui sont :

- La longévité et la santé, sur base de l'espérance de vie ;
- L'instruction et l'accès au savoir sur base du taux d'alphabétisation des adultes (deux tiers) et le taux brut de scolarisation combiné (pour un tiers) ;
- La possibilité d'accès à un niveau de vie décent sur base du RNB par habitant en PPA en USD.

b) IDH ajusté aux inégalités (IDHI) :

L'IDH est un indicateur moyen du niveau de développement humain de base atteint par un pays. Comme toutes les moyennes, l'IDH masque des inégalités dans la répartition des gains du développement humain entre l'ensemble des membres de la population d'une nation. Le Rapport de Développement Humain (RDH) a introduit l'IDHI, qui tient compte des inégalités dans les trois dimensions de l'IDH, en réduisant la valeur moyenne de chaque dimension en fonction du niveau des inégalités.

L'IDHI est essentiellement l'IDH diminué compte tenu des inégalités. La « perte » de développement humain due aux inégalités est obtenue en calculant la différence entre l'IDHI et l'IDH et peut être exprimée sous forme de pourcentage. Plus les inégalités s'accentuent dans un pays, plus la perte de développement humain augmente.

[...]


1 PNUD, « Rapport sur le développement humain », 1991, p. 2.

2 V. K. LOFOMA, « Conditions de la contribution de la croissance économique dans l’amélioration du bien-être en République Démocratique du Congo », Mémoire de licence présenté à l'Université de Kinshasa, Kinshasa, 2019, p. 3.

3 R. ISLAM, « Croissance économique et développement durable au Maroc » , éd. Steal, Rabat, 2005, p. 67.

4 D. F. MEYER et N. MEYER, « Assessment of Inclusive Growth Performance: A Comparative Analysis of the BRICS Countries », dans Oeconomica, Vol. 15, No4, 2019, pp. 191-207, (notre traduction), [En ligne], URL : http://www.journals.univ-danubius.ro/index.php/oeconomica/article/download/5723/5005 (Consulté le 29 mai 2020).

5 P. S. VELLALA et al., « Development of Composite Index for Inclusive Economic Growth: An Indian Perspective », dans Journal of Economic and Management Perspectives, Vol. 12, No1, 2018, pp. 142-153, (notre traduction), [En ligne], URL : https://mh.nirmauni.ac.in/wp-content/uploads/sites/22/2019/05/JEM-2018.pdf (Consulté le 29 mai 2020).

6 P. S. VELLALA et al., « Measuring Inclusive Growth Outcome in Major Indian States: Evidence from Cross Section Data », dans Research Journal of Economics & Business Studies, Vol. 6, No8, 2017, pp. 7-18, (notre traduction), [En ligne], URL : https://www.researchgate.net/publication/ (Consulté le 29 mai 2020).

7 B. E. UDAH et E. O. BASSEY, « Diagnosis of Nigeria Inclusive Growth: A Composite Index Approach », dans British Journal of Economics - Finance and Management Sciences, Vol. 12, No2, 2016, pp. 49-58, (notre traduction), [En ligne], URL : http://www.aioumal.co.uk/EFpdfs/EFvolume12(2)/EFVol.12%20(2)%20Article%205.pdf (Consulté le 29 mai 2020).

8 A. KHAN et al., « Measurement and Determinants of Inclusive Growth: A Case Study of Pakistan (1990-2012) », dans The Pakistan Development Review, 55:4 Part II (Winter 2016), pp. 455-466, (notre traduction), [En ligne], URL : https://www.pide.org.pk/pdr/pdf/PDR/2016/Volume4/455-466.pdf (Consulté le 29 mai 2020).

9 Les publications sur la croissance inclusive en Afrique sont peu nombreuses. Sur la toile, nous n'avons trouvé que cinq auteurs qui ont construit effectivement un indice composite de croissance inclusive en Afrique : Hakimian (2013), Anago et al. (2015), Ncube (2015), BAD (2016) et Udah et al. (2016).

10 CUA-OCDE, « Dynamiques du développement en Afrique 2018 : Croissance, emploi et inégalités », CUA, éd. OCDE, Paris, 2018, p. 124. [En ligne], URL : https://doi.org/10.1787/9789264302525-fr (Consulté le 28 novembre 2019).

11 CUA-OCDE, op. cit., 2018, p. 124. [En ligne], URL : https://doi.org/10.1787/9789264302525-fr (Consulté le 28 novembre 2019).

12 M. TCHAKOUNTE et al., « Inégalité, fécondité et croissance en Afrique Centrale », dans Journal of Economics and Development Studies, Vol. 4, No2, 2016, pp. 170-188. [En ligne], URL : http://jedsnet.com/journals/jeds/Vol 4No 2 June 2016/14.pdf (Consulté le 28 novembre 2019).

13 D. COGNEAU et C. GUENARD, « Les inégalités et la croissance : une relation introuvable ? », dans Working Papers, DT/2002/03, 2002, p. 4, [En ligne], URL: https://ideas.repec.org/p/dia/wpaper/dt200203.html (Consulté le 12 juillet 2020).

14 D. BOCCUNFUSO et C. MENARD, « La croissance pro-pauvre : un aperçu exhaustif de la ‘boite à outils’ », dans Cahier de recherche/Worhing Paper, No09-06, Département d'Economie de l'Ecole de gestion à l'Université de Sherbrooke, 2009, p. 2, [En ligne], URL: http://gredi.recherche.usherbrooke.ca/wpapers/GREDI-0906.pdf (Consulté le 28 novembre 2019).

15 N. KA, « Modélisation de la croissance pro-pauvre », Thèse de doctorat présentée à l'Université Montpellier, Montpellier, 2016, p. 17. [En ligne], URL : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01549528/document (Consulté le 28 novembre 2019).

16 D. LANCHET et M. FLEURBAEY, « Construire des indicateurs de la croissance inclusive et de sa soutenabilité : que peuvent offrir les comptes nationaux, comment les compléter ? », dans Economie et Statistique/INSEE, 2013, [En ligne], URL : https://www.insee.fr/ (Consulté le 28 novembre 2019).

17 A. M. MULUMBA et G. TIZI, « Le guide du chercheur en sciences sociales et humaines », éd. Sogedes, Kinshasa, 2003, p. 37.

18 Idem, p. 37.

19 S. KUZNETS, « Modern Economic Growth : Findings and Reflections », dans The American Economic Review, Vol. 63, No3, 1973, pp. 247-258, (notre traduction), [En ligne], URL : https://www. j stor. org/stable/1914358 (Consulté le 13 décembre 2019).

20 J. BREMOND et A. GELEDAN, « Dictionnaire des sciences économiques et sociales », Paris, Hatier, 2002, p. 1.

21 J-Y. CAPUL et O. GARNIER, « Dictionnaire d’Economie et des sciences sociales », Paris, Hatier, 2008, p. 113.

22 M. RAINELLI, « La nouvelle théorie du commerce international », Paris, La découverte, 2003, p. 28.

23 G. N. MANKIW et M. P. TAYLOR, « Principes de l’économie », Bruxelles, De Boeck, 2013, p. 630.

24 J. BREMOND et A. GELEDAN, op. cit., p. 466.

25 J. Y. CAPUL et O. GARNIER, « Dictionnaire d'Économie et de Sciences Sociales », Paris, Hatier, 2005, p. 136.

26 G. N. MANKIW, « Macroéconomie », Bruxelles, De Boeck, 1993, p. 23.

27 G. N. MANKIW, op. cit., p. 23.

28 D. MEDA et J. GADREY, « Les limites du PIB », dans Alternatives économiques, N°300, 2011, [En ligne], URL : https://www.alternatives-economiques.fr/limites-pib/00042355 (Consulté le 20 janvier 2020).

29 M. BELKACEM et N. DJEDDIS, « Impact des dépenses publiques sur la croissance économique en Algérie : étude économétrique sur la période 1985-2012 », Mémoire de Master, Université Abderrahmane Mira de Bejaïa, Bejaïa, 2013-2014, [En ligne], URL : http://www.univ-bejaia.dz/ (Consulté le 19 janvier 2020).

30 Le modèle de Roy Harrod est très proche de celui de son collègue du MIT Evsey Domar si proche pour que les manuels économiques présentent fréquemment un modèle dit « Harrod-Domar ».

31 D. H. PERKINS, et al., « Économie du développement », Bruxelles, De Boeck, 2008, p. 167. N. AMAN NDIKEU NJOYA, « Corruption et croissance économique au Cameroun : de l’effet direct et des effets indirects à travers la répartition des dépenses publiques », Thèse de doctorat présentée à l'Université Rennes

32 Rennes, 2017, p. 73, [En ligne], URL : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01622648 (Consulté le 10 juillet 2020).

33 Rennes, 2017, p. 73, [En ligne], URL : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01622648 (Consulté le 10 juillet 2020).

34 A. FORTIN, « Investissements directs étrangers, effets de débordements et croissance économique dans les pays en voie de développement », Mémoire de maîtrise présenté à l'Université de Montréal, Montréal, 2005, p. 41, [En ligne], URL : http://biblos.hec.ca/biblio/memoires/m2005no3.pdf (Consulté le 05 mars 2020).

35 T. MAZAMBA, « Le modèle de Lucas (1988) » [En ligne], URL : http://mazambatedie.free.fr/spip.php7pageUmprimir articulo&id article=14 (Consulté le 11 juillet 2020).

36 M. MONTEILS, « Le savoir moteur de la croissance économique: Tests empiriques des principaux modèles de la croissance endogène », Forum de la régulation, Paris, 2001, p. 2.

37 S. S. ANAGO et J-L D. HOUNGBEME, « Construction d’un indicateur synthétique de croissance inclusive », dans Analyse des politiques économiques et financières, Vol. 1, N° 1, 2015, pp. 73-74, [En ligne], URL : https://www.dgae.finances.bj/wp-content/uploads/2019/02/Construction-d (Consulté le 11 juillet 2020).

38 OCDE, « Rapport sur le cadre de l’OCDE pour une croissance inclusive », Paris, éd. OCDE, 2014, p. 10.

39 S. S. ANAGO et J-L D. HOUNGBEME, op. cit., pp. 73-74, [En ligne], URL : https://www.dgae.finances.bj/wp- content/uploads/2019/02/Construction-d (Consulté le 11 juillet 2020).

40 NU (s.d.). « Les moteurs de la croissance inclusive en Afrique », p. 10, [En ligne], URL : http://repository.uneca.org/ (Consulté le 18 janvier 2020).

41 Ibid. p. 10.

42 A. IZU, « Fort de sa vigueur, qu’en est-il de l’inclusivité de la croissance en RDC ? », dans Jeune Economiste, Vol. 26, No29, 2016, pp. 26-51, [En ligne], URL : https://mpra.ub.uni-muenchen.de/68868/ (Consulté le 4 mars 2020).

43 A. IZU, op. cit., [En ligne], URL : https://mpra.ub.uni-muenchen.de/68868/ (Consulté le 4 mars 2020).

44 BAD, « Construction d’un indice composite d’intégration économique : le cas de l’Afrique Centrale », 2013, p. 6, [En ligne], URL : https://www.afdb.org/uploads/tx llafdbpapers/ICIR13final.pdf (Consultée le 2 mai 2018).

45 BAD, op. cit., 2013, p. 8, [En ligne], URL : https://www.afdb.org/uploads/tx llafdbpapers/ICIR13final.pdf (Consultée le 2 mai 2018).

Fin de l'extrait de 107 pages

Résumé des informations

Titre
Évaluation de l'inclusivité de la croissance économique dans la zone CEEAC
Note
60/70
Auteur
Année
2021
Pages
107
N° de catalogue
V982795
ISBN (ebook)
9783346338563
ISBN (Livre)
9783346338570
Langue
Français
mots-clé
Croissance inclusive, croissance économique, Communauté Économique des États d'Afrique Centrale
Citation du texte
Randy Kambana (Auteur), 2021, Évaluation de l'inclusivité de la croissance économique dans la zone CEEAC, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/982795

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