Le Canada de Stephen Harper et les processus d'intégration en Amérique du Nord

2006 - 2009


Dossier / Travail, 2010
20 Pages, Note: 1,0

Extrait

Table de matières

Introduction

I. Les débuts du gouvernement Harper et le libre-échange

II. Le Canada, les Etats-Unis et l’ALENA

Conclusion

Sources primaires

Sources de la presse écrite

Bibliographie

Sources électroniques (Internet)

Introduction

« Canada’s Conservatives are back after decade in cold. »[1] Après le succès électoral inattendu du Parti conservateur canadien en janvier 2006, ce titre du DAILY TELEGRAPH britannique démontre le caractère exceptionnel de cette victoire du leader conservateur, Stephen Harper[2], après 12 ans de gouvernance du Parti libéral – parti dominant la scène politique canadienne depuis la Deuxième Guerre mondiale. Ce résultat témoigne également d’une évolution importante du système politique canadien, développement qui se confirmera lors de l’élection générale d’octobre 2008.[3]

Le retour des conservateurs au pouvoir à Ottawa après une décennie troublée (« wasted decade » du conservatisme canadien[4]) et seulement deux ans après l’unification de l’Alliance réformiste-conservatrice canadienne[5] et le Parti progressiste-conservateur du Canada (fondé en 1942 comme successeur du vieux Parti conservateur canadien) dans le Parti conservateur du Canada en 2004, symbolise un renouvellement considérable du paysage politique – quelques observateurs croient même qu’une révolution conservatrice s’impose de nouveau au Canada comme durant les années 1980.[6] Les décisions importantes du gouvernement conservateur de Brian Mulroney (1984-1993) ayant fortement marquées le pays, Stephen Harper aspire ouvertement à continuer d’œuvrer dans le même sens voire même à dépasser cet héritage.[7]

« The new Mulroney administration shared many ideological affinities with the conservative Reagan and Thatcher governments of Canada’s most important allies. That shared neo-conservatism included a faith in the marketplace as the main locomotive for economic growth and prosperity. Given also the apparent decline in public support for state intervention, Mulroney concluded it was time or a change in priorities and a “downsizing” of state control through privatization, deregulation, and free trade. »[8]

Les membres actuels Parti conservateur d’aujourd’hui croient en les mêmes principes politiques de base que les conservateurs des années 1980[9] sont convaincus de l’importance d’engager une nouvelle « révolution Mulroney » (Steven K. Holloway) pour l’avenir du Canada. Une grande partie de cette révolution a inspiré l’accord de libre-échange signé en 1988 entre le Canada et les Etats-Unis, politique qui met fin au protectionnisme traditionnel des conservateurs et qui contrecarre l’approche strictement multilatérale en matière de négociations de commerce du Parti libéral qui a voulu ainsi assurer l’autonomie du Canada face aux Etats-Unis.[10]

Pour le gouvernement Mulroney le libre-échange entre les deux pays est d’abord une nécessité face à la dépendance économique de son voisin qui s’est développée dès l’après-guerre. Puis, l’intégration de l’économie canadienne avec la plus grande économie mondiale est considérée comme un grand succès de la politique étrangère canadienne qui réussit à contrecarrer ainsi les tendances protectionnistes aux Etats-Unis – danger permanent pour l’économie canadienne.[11] L’accord garantit ainsi l’accès au marché états-unien et par conséquent la prospérité future du Canada ; en outre, il force l’économie canadienne à se moderniser afin de la rendre plus productive et efficace. L’autonomie culturelle du Canada par contre n’est pas touchée.[12]

Ces données et la peur de perdre les marchés des Etats-Unis encouragent le Canada à rejoindre également les négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en 1992.[13] L’ALENA entrant en vigueur en 1994 – accompagné par des accords supplémentaires – est fondamentalement semblable à l’accord de libre-échange canado-américain. Cependant, les réalités de commerce en Amérique de Nord font de lui un accord basé sur un « bilatéralisme double » entre les Etats-Unis et le Canada d’un côté et les Etats-Unis et le Mexique de l’autre.[14]

L’alternance politique de 1994 fait que les premières années de l’ALENA au Canada sont marquées par les libéraux – au début très sceptiques vis-à-vis l’accord. Le retour au pouvoir des conservateurs en 2006 grâce à Stephen Harper et ses convictions libre-échangistes[15] – directement issue de la révolution Mulroney – justifie ainsi de se poser la question des conséquences de ce « comeback politique » des conservateurs sur l’approche du pays vis-à-vis de la coopération économique en Amérique du Nord.

Pour répondre à cette problématique, deux questions seront analysées à travers ce travail : Est-ce que le gouvernement de Stephen Harper a eu une position différente de celle des libéraux en ce qui concerne l’ALENA au début de son mandat ? Quelles impactes les relations bilatérales avec les Etats-Unis eurent sur pour l’approche canadienne à l’intégration nord-américaine jusqu’en 2009?

I. Les débuts du gouvernement Harper et le libre-échange

Quand l’ALENA entre en vigueur en 1994, les libéraux canadiens ont largement accepté le traité négocié par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney.[16] L’addition des deux accords supplémentaires[17] et le fait que l’ALENA était fondamentalement semblable à l’accord de libre-échange canado-américain de 1988 facilita le consensus politique au Canada.[18] Le gouvernement libéral dû surtout reconnaître l’intensivité croissante des relations intensives avec les Etats-Unis, se rendant compte de la proximité géographique, de la dépendance économique accrue vis-à-vis de la superpuissance mondiale et les avantages compétitifs non-négligeables en faveur du Canada.[19]

« NAFTA has been more than a scorecard for trade and investment. It is about more than dollars and percent signs. NAFTA has fundamentally changed the North American economic space. The new opportunities and competitive pressures created by NAFTA have contributed significantly to the reorientation of Canada’s industrial structure, as they have to those of our US and Mexican partners. This has, in turn, led to a sustained high rate of economic growth in the region. »[20]

Les gouvernements libéraux respectifs entre 1994 et 2006 s’alignèrent ainsi à l’agenda de l’ALENA et contribuèrent à l’approfondissement de l’accord. Cependant, ils espéraient toujours que l’inclusion des Etats-Unis dans un tel accord de commerce multilatéral forcerait son grand voisin d’accepter quelques règles du jeu internationales liées à l’interdépendance des économies continentales.[21] Dans le même temps, le Canada réalisa rapidement que l’ALENA ne pouvait pas résoudre tous les conflits bilatéraux sur le plan commercial et de politique ; le conflit continu avec les Etats-Unis concernant le bois d’œuvre reste l’exemple le plus notoire.[22]

Suite à l’élection générale de 2006 et son résultat surprenant, le Canada et les partenaires en Amérique de Nord durent faire face à la question suivante : Est-ce qu’une « révolution conservatrice » engendrerait également une approche nouvelle du Canada vis-à-vis de l’ALENA et de l’intégration nord-américaine impulsée principalement par le Canada[23] ?

Malgré la mise en place d’un programme vaste de réorientation des politiques fédérales, le gouvernement de Stephen Harper suit largement les traces des gouvernements précédents en ce qui concerne la politique de commerce, à savoir encourager les négociations dans la cadre de l’OMC et dynamiser la coopération avec les partenaires dans l’ALENA. Influencé par la « révolution Mulroney », le Premier ministre et son cabinet sont convaincus que l’ALENA crée les fondements nécessaires de la prospérité future du Canada – position qui se trouve en ligne avec les positions du Parti conservateur énoncées à plusieurs reprises depuis 2006. Les chiffres avancés par les bureaux de statistiques nationaux illustrent l’importance économique du libre-échange nord-américain au début du XXIe siècle, avec une population totale en 2008 de 444,1 millions d’habitants, un produit intérieur brut total de 17 billions de dollars américains et un commerce entre les partenaires de 946,1 milliards de dollars américains.[24]

[...]


[1] Francis HARRIS, Canada’s Conservatives are back after decade in the cold, in THE DAILY TELEGRAPH, 25 janvier 2006.

[2] Né le 30 avril 1959 à Toronto ; député pour Calgary Ouest ; président du Parti conservateur du Canada depuis 2004 ; 22e premier-ministre du Canada depuis le 6 février 2006.

[3] Pour des informations supplémentaires voir : Election Canada, 39e élection générale, 23 janvier 2006 (http://www.elections.ca/content.asp?section=pas&document=index&dir=39ge&lang=f&textonly=false ) et

40e élection générale, 14 octobre 2008 (http://www.elections.ca/content.asp?section=pas&document=index&dir=40ge&lang=f&textonly=false) (sites consultés le 30 décembre 2009).

[4] Voir Stephen BROOKS, Canadian democracy, Don Mills, OUP, 2007, 5e édition, p. 198.

[5] Parti conservateur radical de l’ouest du Canada (2000-2003), présidé par Stephen Harper ; successeur du Parti réformiste du Canada (1987-2000).

[6] Voir Tasha KHEIRIDDIN & Adam DAIFALLAH, Rescuing Canada’s Right – Blueprint for a Conservative Revolution, Mississauga, Wiley and Sons, 2005.

[7] Un commentaire récent de cette compétition sous-jacente entre les deux figures phares du conservatisme canadien se trouve par exemple dans : Andrew STEELE, Harper v. Mulroney, in THE GLOBE AND MAIL, 16 mars 2009.

[8] Steven K. HOLLOWAY, Canadian Foreign Policy – Defining the National Interest, Peterborough, Broadview Press, 2006, p. 166.

[9] Voir Parti conservateur du Canada, Enoncé de politique du Parti conservateur du Canada, http://www.conservative.ca/media/2008-PolicyDeclaration-f.pdf (consulté le 30 décembre 2009).

[10] Voir Steven K. HOLLOWAY, op. cit., p. 207.

[11] Voir Cynthia KITE et Douglas NORD, Canadian Foreign Policy, in Patrick JAMES et Mark KASOFF, Canadian Studies in the New Millennium, Toronto, TUP, 2008, p. 258.

[12] Idem, p. 210.

[13] Voir Patrick JAMES et Mark KASOFF, op. cit., p. 259.

[14] Voir Georg SCHEERER, Zehn Jahre NAFTA – Bilanz und Perspektiven, http://www.swp-berlin.org/common/get_document.php?asset_id=1704 (consulté le 30 décembre 2009).

[15] Voir John KIRTON, Harper’s Foreign Policy Success, in INTERNATIONAL INSIGHTS vol. 4 n° 4/2006 (version PDF : http://www.g7.utoronto.ca/scholar/kirton2006/kirton-harper-fp.pdf; consulté le 30 décembre 2009).

[16] Le rôle des partis canadiens dans la politique de commerce est analysé en détail par : Paul GECELOVSKY et Chris KUKUCHA, Do parties matter ? Canada’s trade policy with the United States 1968-2008, http://www.allacademic.com/meta/p_mla_apa_research_citation/2/6/8/3/0/p268301_index.html (consulté le 30 décembre 2009).

[17] A savoir l’Accord nord-américain de coopération dans le domaine du travail et l’Accord nord-américain de coopération dans le domaine de l’environnement.

[18] Voir Steven K. HOLLOWAY, op. cit., p. 210.

[19] Voir George HOBERG, Canada and North American Integration, http://qed.econ.queensu.ca/pub/cpp/SE_english/Hoberg.pdf (consulté le 30 décembre 2009).

[20] Pierre PETTIGREW lors de la conférence « Beyond Free Trade: Strengthening North America » à Montréal, le 28 mars 2003; cité dans : Michael HART, From Pride to Influence – Towards a New Canadian Foreign Policy, Vancouver, UBC Press, 2008, p. 267.

[21] Voir Patrick JAMES et Mark KASOFF, op. cit., p. 260.

[22] Voir Steven K. HOLLOWAY, op. cit., p. 210-215 pour des précisions sur ce conflit.

[23] Les gouvernements libéraux ont espéré qu’une intégration intensifiée évitera que les relations politiques et commerciales se compliquent après le 11 septembre face aux mesures de sécurité nouvelles. Voir Miguel PICKARD, Trinational Elites Map North American Future in NAFTA plus, http://americas.irc-online.org/pdf/articles/0508pickard.pdf (consulté le 30 décembre 2009).

[24] Voir ALENA, Vue d’ensemble de l’ALENA, http://www.alenaaujourdhui.org/facts/default_fr.asp (consulté le 30 décembre 2009).

Fin de l'extrait de 20 pages

Résumé des informations

Titre
Le Canada de Stephen Harper et les processus d'intégration en Amérique du Nord
Sous-titre
2006 - 2009
Université
University of Strasbourg  (Institut des Hautes Etudes Européennes)
Cours
Les processus d'intégration dans les Amériques
Note
1,0
Auteur
Année
2010
Pages
20
N° de catalogue
V155801
ISBN (ebook)
9783640685813
ISBN (Livre)
9783640685752
Taille d'un fichier
430 KB
Langue
Français
Annotations
Die Arbeit befasst sich mit der Haltung und Positionierung der konservativen kanadischen Regierung Stephen Harpers zu den wirtschaftlichen Integrationsprozessen in Nordamerika, vor allem im Rahmen der NAFTA. Dabei wird besonders die Evolution der kanadischen Position zu diesen Entwicklungen beleuchtet und die im Laufe der Jahre veränderte Herangehensweise des Landes an diese Kooperation thematisiert und erklärt.
mots-clé
regionale Integration, Kanada, USA, NAFTA
Citation du texte
Andreas Ludwig (Auteur), 2010, Le Canada de Stephen Harper et les processus d'intégration en Amérique du Nord, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/155801

Commentaires

  • Pas encore de commentaires.
Lire l'ebook
Titre: Le Canada de Stephen Harper et les processus d'intégration en Amérique du Nord


Télécharger textes

Votre devoir / mémoire:

- Publication en tant qu'eBook et livre
- Honoraires élevés sur les ventes
- Pour vous complètement gratuit - avec ISBN
- Cela dure que 5 minutes
- Chaque œuvre trouve des lecteurs

Devenir un auteur