La sociologie des sciences et les Science and Technology Studies (STS) constituent depuis plusieurs décennies un corpus théorique fondamental pour comprendre la production et la légitimation du savoir scientifique. L'historien des sciences Thomas Kuhn (1962), dans La Structure des révolutions scientifiques, a montré que la science n’est pas une progression linéaire et cumulative, mais qu’elle se construit autour de paradigmes dominants, qui définissent ce qui est considéré comme valide et légitime. Ces paradigmes ne sont pas neutres ; ils sont des constructions sociales, historiques et culturelles, régies par des normes collectives, des hiérarchies institutionnelles et des jeux de pouvoir entre acteurs académiques et non académiques. Michel Foucault (1966), de son côté, a approfondi cette analyse en démontrant que le savoir et le pouvoir sont intrinsèquement liés, que toute production de connaissance est une opération de positionnement dans un réseau de relations de force, et que certaines vérités deviennent « acceptables » parce qu’elles sont institutionnellement sanctionnées et socialement reproduites.
Bruno Latour (1987) et Michel Callon (1986) ont enrichi cette perspective en développant la théorie de l’acteur-réseau (Actor-Network Theory), qui considère la science comme un réseau hétérogène d’acteurs humains et non humains, où les faits scientifiques émergent à travers des processus complexes de négociation, d’inscription et de traduction. Dans ce cadre, les connaissances ne sont pas simplement découvertes ; elles sont co-construites par des interactions sociales, techniques et matérielles. Cependant, malgré ces avancées théoriques majeures, les paradigmes traditionnels restent largement centrés sur les institutions académiques, les laboratoires formels et les réseaux économiques et politiques dominants, reproduisant souvent des hiérarchies de pouvoir et marginalisant des savoirs vernaculaires (Nowotny et al., 2001).
C’est précisément ici que le Mode 4 se distingue. Il ne se contente pas de reconnaître la dimension sociale de la science, mais réinvente la notion même de production des connaissances en y intégrant des acteurs historiquement marginalisés : communautés locales, peuples autochtones, mouvements sociaux, acteurs culturels, artistes et citoyens engagés dans la co-construction des savoirs. [...]
Table des matières
1. Cartographie d’un champ émergent : disciplines, systèmes et paradigmes – Analyse du paysage théorique et des systèmes d’innovation.
2. Objet d’étude de l’Innovationologie : processus, systèmes et transformation – Définition et portée de l’innovationologie.
3. Méthodologies de recherche en Innovationologie – Méthodes transdisciplinaires et intégratives.
4. Ancrage interdisciplinaire – Dialogue entre sciences dures et sciences sociales.
5. Approches transdisciplinaires et co-créatives – Pratiques collaboratives et co-construction des savoirs.
6. Épistémologie de la transdisciplinarité – Théories et principes de connaissance intégrative.
7. Ontologie de l’innovation – Nature et processus de l’innovation dans le vivant.
8. Perspectives spirituelles et artistiques – Rôle de l’art et de la spiritualité.
9. Études sociotechniques et Innovationologie – Interfaces entre technologie et société.
10. Décoloniser et post-coloniser l’innovation – Justice cognitive et épistémique.
11. Ethos de libération et transformation sociale – Valeurs et pratiques éthiques.
12. Science post-normale et paradigmes intégratifs – Nouvelles approches scientifiques.
13. Épistémologies plurielles – Diversité des savoirs et cosmologies.
14. Innovationologie et durabilité – Innovation pour un futur durable.
15. Interdisciplinarité et défis – Défis de la pratique transdisciplinaire.
16. Limites et défis de l’Innovationologie – Obstacles et perspectives.
17. Savoirs autochtones et créativité – Apports des traditions africaines et globales.
18. Dimension internationale et comparative – Comparaisons mondiales.
19. Humanités numériques – Interfaces numériques et innovation.
20. L’apport de l’art – Créativité et imagination.
21. Souveraineté numérique – Technologies et contrôle local.
22. Science-fiction et imagination prospective – Vision et prospective.
23. Questions éthiques – Déontologie et responsabilité.
24. Applications pratiques – Cas concrets et interventions.
25. Impact sur le développement économique et sociétal – Résultats mesurables.
26. Brevets, patentes et enjeux de propriété – Propriété intellectuelle.
27. Ingénierie de l’innovation – Techniques et outils.
28. Prospective stratégique – Anticipation et planification.
29. Conclusion – Vers une science transformatrice – Synthèse et perspectives.
Objectifs et thèmes de recherche
L'ouvrage a pour objectif principal de présenter l'Innovationologie, une science transdisciplinaire et systémique destinée à transformer radicalement les approches dominantes de l'innovation. La recherche interroge la pertinence des paradigmes actuels centrés sur la technologie et l'économie, tout en proposant une architecture cognitive inclusive et décoloniale orientée vers la justice sociale, la durabilité et l'épanouissement humain.
- Critique des paradigmes dominants et de la rationalité instrumentale.
- Développement d'une science transdisciplinaire et systémique.
- Intégration des arts, de la spiritualité et des savoirs autochtones.
- Promouvoir la justice cognitive et la durabilité écologique.
- Méthodologies de recherche-action pour des futurs régénératifs.
Auszug aus dem Buch
1. Contexte scientifique et sociologique
La sociologie des sciences et les Science and Technology Studies (STS) constituent depuis plusieurs décennies un corpus théorique fondamental pour comprendre la production et la légitimation du savoir scientifique. Thomas Kuhn (1962), dans La Structure des révolutions scientifiques, a montré que la science n’est pas une progression linéaire et cumulative, mais qu’elle se construit autour de paradigmes dominants, qui définissent ce qui est considéré comme valide et légitime. Ces paradigmes ne sont pas neutres ; ils sont des constructions sociales, historiques et culturelles, régies par des normes collectives, des hiérarchies institutionnelles et des jeux de pouvoir entre acteurs académiques et non académiques. Michel Foucault (1966), de son côté, a approfondi cette analyse en démontrant que le savoir et le pouvoir sont intrinsèquement liés, que toute production de connaissance est une opération de positionnement dans un réseau de relations de force, et que certaines vérités deviennent « acceptables » parce qu’elles sont institutionnellement sanctionnées et socialement reproduites.
Bruno Latour (1987) et Michel Callon (1986) ont enrichi cette perspective en développant la théorie de l’acteur-réseau (Actor-Network Theory), qui considère la science comme un réseau hétérogène d’acteurs humains et non humains, où les faits scientifiques émergent à travers des processus complexes de négociation, d’inscription et de traduction. Dans ce cadre, les connaissances ne sont pas simplement découvertes ; elles sont co-construites par des interactions sociales, techniques et matérielles.
Résumé des chapitres
1. Cartographie d’un champ émergent : disciplines, systèmes et paradigmes – Analyse du paysage théorique et des systèmes d’innovation : Ce chapitre analyse les fondements théoriques actuels et le paysage des systèmes d'innovation pour préparer l'émergence d'une nouvelle discipline.
2. Objet d’étude de l’Innovationologie : processus, systèmes et transformation – Définition et portée de l’innovationologie : Il définit l'Innovationologie comme champ d'étude, ses processus, systèmes et sa portée transformatrice.
3. Méthodologies de recherche en Innovationologie – Méthodes transdisciplinaires et intégratives : Présente les approches méthodologiques nécessaires à la recherche en Innovationologie, privilégiant la transdisciplinarité.
4. Ancrage interdisciplinaire – Dialogue entre sciences dures et sciences sociales : Explore le dialogue nécessaire entre les domaines des sciences dures et des sciences sociales pour une compréhension globale de l'innovation.
5. Approches transdisciplinaires et co-créatives – Pratiques collaboratives et co-construction des savoirs : Met l'accent sur les pratiques collaboratives impliquant divers acteurs dans la création de connaissances.
Mots-clés
Innovationologie, transdisciplinarité, justice cognitive, décolonisation, savoirs autochtones, durabilité, recherche-action, co-construction, systèmes d'innovation, science post-normale, épistémologie, transformation sociale, éthique, co-création, holisme.
Foire aux questions
De quoi traite principalement cet ouvrage ?
L'ouvrage présente l'Innovationologie, une nouvelle science transdisciplinaire qui vise à repenser l'innovation non plus comme un simple outil de compétitivité, mais comme un moteur de transformation sociale, écologique et cognitive.
Quels sont les thèmes centraux explorés ?
Les thèmes incluent la décolonisation des savoirs, l'intégration des arts et de la spiritualité dans la science, la transdisciplinarité radicale et la nécessité d'une justice cognitive mondiale.
Quel est le but ultime de la recherche ?
Le but est de proposer un cadre opérationnel pour transformer les institutions de recherche et les politiques publiques afin de favoriser des futurs équitables et régénératifs.
Quelle approche méthodologique est préconisée ?
L'ouvrage préconise une approche systémique et transdisciplinaire radicale, dépassant les cloisonnements disciplinaires pour inclure des acteurs historiquement marginalisés.
Que contient le corps principal du livre ?
Il couvre 29 chapitres explorant les fondements théoriques, les méthodologies de recherche, les enjeux éthiques, ainsi que des études de cas sur l'applicabilité du "Mode 4" de production de connaissances.
Quels sont les termes clés caractérisant cette approche ?
Justice cognitive, décuple hélice, co-construction, savoirs autochtones, transdisciplinarité radicale, écologies de la connaissance et post-colonialisme.
Qu'est-ce que le "Mode 4" mentionné dans l'ouvrage ?
Le Mode 4 est un nouveau paradigme épistémologique qui élargit radicalement le cercle des acteurs impliqués dans la science, intégrant communautés locales, artistes, mouvements sociaux et spiritualités pour une co-création inclusive.
Comment le livre valorise-t-il les savoirs africains ?
Il valorise les savoirs africains en les replaçant au centre de la réflexion sur l'innovation, défiant les paradigmes occidentaux dominants et proposant des solutions adaptées aux réalités du continent et du Sud global.
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- Pitshou Moleka (Author), 2025, Le mode 4 de la production des connaissances. Réinventer la science pour la justice cognitive et l’innovation sociale, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1611236