Les fonctions de la virgule en français et en allemand


Thèse de Bachelor, 2009
39 Pages, Note: 2,3

Extrait

Sommaire

1 Introduction
1.1 La ponctuation
1.2 Définition de la virgule
1.3 Corpus

2 Recherche sur la virgule
2.1 Histoire de la virgule dans les deux langues
2.2 Travaux sur la virgule

3 Fonction syntaxique de la virgule
3.1 Fonctions communes aux deux langues
3.2 Spécificités de la virgule morphématique en français
3.3 La virgule morphématique en allemand

4 Fonction sémantique de la virgule
4.1 Fonctions communes aux deux langues
4.1.1 Juxtaposition et énumération
4.1.2 Marquage d’une ellipse
4.2 Spécificité de la virgule lexématique en français

5 Fonction pragmatique de la virgule
5.1 Fonctions communes aux deux langues
5.1.1 Apposition
5.1.2 Apostrophe
5.1.3 Incise
5.1.4 Interjection
5.1.5 Style et effets
5.2 Spécificité de la virgule taxématique en français
5.2.1 Circonstance
5.2.2 Mise en relief
5.2.3 Redondance
5.3 Spécificité de la virgule taxématique en allemand

6 Conclusion

7 Résumé en allemand – Zusammenfassung auf deutsch
7.1 Syntaktische Funktion des Kommas
7.2 Semantische Funktion des Kommas
7.3 Pragmatische Funktion des Kommas
7.4 Schluss

Bibliographie

1. Introduction

1.1 La ponctuation

La ponctuation fait partie intégrante du système de signes que constitue la langue écrite. Grevisse signale que la ponctuation est «l’ensemble des signes conventionnels qui servent à indiquer, dans l’écrit, des faits de la langue orale comme les pauses et l’intonation, ou à marquer certaines coupures et certains liens logiques»[1]. D’après Catach, c’est un « système de renfort de l’écriture, formé de signes syntaxiques, chargés d’organiser les rapports et la proportion des parties du discours et des pauses orales et écrites. Ces signes participent ainsi à toutes les fonctions de la syntaxe, grammaticales, intonatives et sémantiques»[2]. C’est donc un élément essentiel de la communication écrite, d’ordre visuel.

Le rapport entre l’oral et l’écrit domine les études sur la ponctuation française, puisqu’elle sert à rapporter un phénomène de l’oral dans la langue écrite. Elle souffre par là de l’apprentissage normatif d’une pratique dévolue à l’écrit et de la relative absence de référence à la mélodie de la langue orale. En allemand, l’écriture de la virgule est plus systématisée et relève de règles bien définies, indépendantes des pratiques orales.

1.2 Informations générales sur la virgule

Selon Drillon, «de tous les signes de ponctuation, la virgule est le plus intéressant[…], le plus subtil, le plus varié»[3]. La virgule est un signe de ponctuation qui relève de la phrase, c’est-à-dire qu’on la trouve uniquement à l’intérieur de la phrase, pour en distinguer les différentes parties: c’est donc une ponctuation faible, par opposition à la ponctuation forte, telle que le point, le point d’exclamation, d’interrogation et les points de suspension, qui, eux, clôturent la phrase. La virgule est un signe universel[4], c’est-à-dire qu’elle existe dans toutes les langues. Elle obéit à deux principes[5], celui de la rhétorique, qui est l’ensemble des moyens d’expression, des procédés stylistique propres à une personne ou à un groupe de personnes, et celui de la grammaire, qui est l’étude de la morphologie et de la syntaxe d’une langue. Elle est donc à la fois personnelle et collective. La virgule relève par là, comme tous les autres signes de ponctuation, de la sémiotique, qui est l’étude d’une ou de plusieurs langues comme systèmes structurés de signes. Ce domaine de la linguistique se divise en trois directions: celle de la syntaxe, celle de la sémantique et celle de la pragmatique.

Les signes de ponctuation autres que la virgule sont, à quelques nuances près, utilisés de la même manière en allemand et en français. Ils peuvent avoir trois fonctions[6]: l’organisation syntaxique, le marquage de traits oraux et la précision sémantique du message écrit.

Quelles sont les fonctions de la virgule en allemand et en français? A-t-elle des fonctions différentes dans ces deux langues? Afin de répondre à ces questions, nous étudierons la virgule d’après les trois domaines de la sémiotique: nous nous concentrerons d’abord sur la fonction syntaxique, puis sur la fonction sémantique et enfin sur la fonction pragmatique de la virgule dans ces deux langues. Ces trois catégories sont présentes chez Catach[7] et Duden[8] et révèlent l’utilité de la virgule tant pour la syntaxe que pour la sémantique et pour la pragmatique.

La perspective qui a été retenue pour orienter cette étude est celle des théories grammaticales contemporaines, qui veulent observer et décrire un phénomène de langue, et non prescrire des règles, ce qui est l’apanage des grammaires traditionnelles. En effet, le but que nous nous sommes fixé est bien celui de l’observation et de l’analyse et non celui de la normalisation.

D’un point de vue pragmatique, la ponctuation appartient aussi bien à l’auteur de l’énoncé qu’à son transmetteur et à son lecteur[9]. Elle peut être écrite, influencée ou interprétée différemment par ces trois instances décisives pour elle. Cette étude se place sur le plan de la troisième et dernière instance, afin de pouvoir observer la virgule à la fin de son processus de génération.

1.3 Corpus

Le corpus sur lequel nous nous appuierons pour mener cette étude à bien a été écrit et publié dans une période contemporaine: les publications vont de 1827 à 2009, ce qui nous permet de nous concentrer sur une ponctuation récente, et toujours d’actualité. Ce corpus est composé, d’une part, d’articles de journaux. Ces journaux sont le Schaufenster du 27 mai 2009, journal publié à Bonn, la Süddeutsche Zeitung du 3 septembre 2009 et Le Monde du 1er-2 mars 2009, les Thalyscope de mai-juin (signalé sous la forme « Thalyscope 1») et de juillet-août 2009 (signalé sous la forme « Thalyscope 2»). Le Thalyscope présente la particularité d’avoir des articles écrits en français, en allemand, en néerlandais et en anglais. D’autre part, le corpus est constitué d’œuvres littéraires: Alcools d’Apollinaire et le Buch der Lieder de Heine pour ce qui est de la poésie, Le Rouge et le Noir de Stendhal, Une Page d’amour de Zola, Enfance de Sarraute, Tod in Venedig et Meerfahrt mit Don Quijote de Thomas Mann pour ce qui est du genre narratif. Enfin, un extrait de message posté sur un forum Internet, ainsi qu’un extrait de panneau explicatif et préventif d’une campagne anti-poux seront également utilisés.

La diversité des genres du corpus nous aidera à découvrir la multiplicité des emplois de la virgule. Les exemples ont été choisis en ce qu’ils représentent un phénomène qui fait presque la règle dans la langue, ou alors qui se rencontre plusieurs fois et de façon curieuse.

2 Recherche sur la virgule

2.1 Apparition de la virgule

Dans l’Antiquité, la ponctuation servait d’aide générale à la lecture et à la diction, d’aide à l’établissement et au traitement du texte, et d’aide au chant et à la récitation chantée. Cette aide se manifestait par la division du texte en unités lisibles ou unités de sens: la ponctuation servait donc à la rhétorique et à la musique. Cependant, la ponctuation ne connaissait aucune régularité dans son utilisation. Le «comma» marquait alors une division rythmique, c’était un signe qui ressemblait au point-virgule puis qui est devenu la virgule.

Au début du Moyen-Age, la division du texte en unités lisibles se systématise et les marques d’organisation des textes apparaissent. Ces marques ont pour fonction de lutter contre l’équivoque dans l’acte de lire, pour mieux comprendre les passages difficiles; de libérer l’énonciation ou la diction de toute ambiguïté; et enfin de comprendre le texte. C’est Etienne Dolet[10], au XVIème siècle, qui parle le premier de «virgule». Aux XVIIème et XVIIIème siècles, la virgule supplante le «colon», autre signe de ponctuation qui lui est proche, dans la terminologie et acquiert une nouvelle fonction, celle d’intervenir comme signe de ponctuation dans la syntaxe. Ces siècles voient donc le passage d’un signe purement intonatif à un signe également syntaxique, tel que nous le connaissons aujourd’hui.

La notion de «komma», qui est à l’origine du terme allemand, remonte donc à l’Antiquité grecque, tandis que le mot «virgule», qui est, lui, à l’origine du terme français, n’apparaît que beaucoup plus tardivement en France. La fonction de la virgule et du Komma n’apparaît de façon bien définie qu’au XVIème siècle.

2.2 Travaux sur la virgule

Pour ce qui est de la recherche française, Catach s’est beaucoup penchée sur la question de la ponctuation. Cette étude s‘appuie donc en grande partie sur ses travaux, ainsi que sur celui qui a été publié par les Editions Duden, pour ce qui est de la recherche comparée, bien que cet ouvrage s’inscrive dans une perspective prescriptive.

3 Fonction syntaxique de la virgule

Le premier rôle de la ponctuation évoqué par Catach[11] est celui de l’organisation syntaxique, ce qui rejoint le concept de «virgule morphématique» de Duden[12].

La syntaxe est un domaine de la sémiotique. C’est l’ensemble des combinaisons, des relations qui existent effectivement entre les unités linguistiques soit dans la langue considérée comme système abstrait, soit concrètement dans le discours, et qui font que ces unités peuvent constituer un énoncé.

La virgule qui relève de la syntaxe est appelée «virgule morphématique»[13]. Elle sert à indiquer des fonctions ou des relations grammaticales sur l’axe syntagmatique du discours: elle est donc d’ordre purement grammatical. Ce type de virgule n’a pas pour fonction de séparer du reste de la phrase tel groupe de mots, l’écarter, l’isoler, mais simplement en souligner la cohérence interne: c’est donc une «virgule-borne»[14].

Ce type d’emploi de la virgule est au service de la syntaxe: ce signe de ponctuation peut par conséquent être rapproché, dans son usage, des morphèmes[15]. Nous allons voir que la fonction morphématique de la virgule est plus fréquente en allemand qu’en français, puisque la virgule est présente, en allemand, dans chaque phrase complexe, et peut l’être dans les phrases simples également.

3.1 Fonctions communes aux deux langues

Nous ne traitons pas ici de la juxtaposition de deux propositions indépendantes et/ou matrices[16], mais bien de la dépendance de type paratactique. Le lien de subordination est implicite entre les deux propositions et la valeur de la relation est la condition ou la concession, voire l’hypothèse.

Appelait-elle, il ne répondait pas.

La proposition «subordonnée» est ici celle qui arrive en premier dans la chaîne syntaxique. Elle possède une valeur concessive. La virgule sert donc de démarcation entre les deux propositions et marque un lien hiérarchique entre elles, lien renforcé par l’inversion du verbe et du sujet dans la première proposition.

Comme en français, il existe une forme de dépendance paratactique en allemand:

Stimmt das Gericht zu, unterliegen sämtliche „Class“-Angehörige, also die Buchautoren weltweit, bezüglich ihrer Urheberinteressen in den USA dem Vergleich. (Süddeutsche Zeitung: «Berlin contra Google»)

Will er zum Beispiel den Zoo der Stadt besuchen , muss er an der Kasse nur seine Ehrenbürgerurkunde vorzeigen, dann kommt er kostenlos rein, und zwar auf Lebenszeit. (Süddeutsche Zeitung: «Das Streiflicht»)

Cette dépendance paratactique a les mêmes aspects qu’en français: l’inversion du sujet et du verbe dans la première proposition, la valeur d’hypothèse, et la virgule marque la hiérarchie entre les deux propositions.

3.2 Spécificités de la virgule morphématique en français

En français, la virgule morphématique peut se trouver entre le sujet et son verbe. Ce phénomène, de plus en plus fréquent aujourd’hui, s’explique par le principe de la rhétorique: il s’agit ainsi de délimiter deux unités de sens distinctes, à savoir le thème et le prédicat. Les théories grammaticales traditionnelles refusent absolument cet emploi de la virgule en français, en soutenant qu’un tout sémantique ne doit pas voir ses parties séparées.

Fin XIXe, le grand dessein balnéaire du roi bâtisseur Léopold II , fut de transformer l’ancien port franc en Monaco du Nord. (Thalyscope 2 p. 36)

Dans cet exemple, le sujet «le grand dessein balnéaire du roi bâtisseur Léopold II» est long puisque composé d’un syntagme nominal qui contient trois expansions du nom, dont l’une est elle-même un syntagme prépositionnel complément du nom. La virgule sert ici à marquer la limite du syntagme comme unité de sens, limite qui est aussi celle du sujet.

Une virgule peut également s’intercaler entre d’autres sortes de constituants, comme, par exemple, entre un verbe et son complément d’objet direct:

Désinfecter avec un aérosol anti-poux , les objets (peigne, peluche, fauteuil…) ayant été en contact (panneau explicatif pour pharmacies de la marque PARA Département)

Cet exemple, qui contient, lui, une virgule placée entre un groupe verbal, «désinfecter avec un aérosol anti-poux» et son complément d’objet direct «les objets (peigne, peluche, fauteuil…) ayant été en contact», fonctionne sur le même principe que le premier exemple, dont le verbe était séparé du sujet par la virgule. Celle-ci sert en effet ici à délimiter les différents composants de la phrase pour faciliter la lecture ou la compréhension de la phrase, par exemple, en décomposant l’énoncé en unités de sens distinctes.

3.3 Spécificités de la virgule morphématique en allemand

La virgule morphématique allemande délimite la proposition matrice de la ou des propositions subordonnées, que ces-dernières soient des propositions subordonnées relatives, interrogatives indirectes, complétives conjonctives ou infinitives[17].

Wenn es in der Welt eine Institution gäbe , die globale Ehrenbürgerschaften verleihen könnte, wäre er ein Kandidat für diesen Titel. (Süddeutsche Zeitung: «Das Streiflicht»)

Cet exemple présente une proposition subordonnée relative. La virgule s’intercale entre l’antécédent, ici «Institution», et la proposition subordonnée relative «die globale Ehrenbürgerschaften verleihen könnte», qui qualifie l’antécédent.

Aber weil Ali viel mehr ist als ein alter Boxer, kann man sich die Frage stellen , ob die Gemeinde Ennis tatsächlich ihn feiern wollte oder vor allem sich selbst. (Süddeutsche Zeitung: «Das Streiflicht»)

Cet exemple contient une proposition subordonnée interrogative indirecte en «ob». Elle dépend de la proposition subordonnée précédente, de laquelle elle est séparée par la virgule, et elle est le complément d’objet direct du syntagme verbal «kann […] sich die Frage stellen».

Dass es nicht so kommen wird , weiβ auch Lafontaine. (Süddeutsche Zeitung: «Der weite Weg in die Realität »)

L’exemple nous présente une proposition subordonnée complétive conjonctive en «dass». La virgule se trouve entre la proposition subordonnée et la proposition matrice et, par là, les sépare l’une de l’autre.

Sie müssen überzeugt werden , die Allianz aufzulösen. (Süddeutsche Zeitung: «Der weite Weg in die Realität»)

Cet exemple contient une proposition infinitive, «die Allianz aufzulösen», qui est séparée de la proposition matrice, «sie müssen überzeugt werden», par la virgule.

D’après la nouvelle réforme de l’orthographe allemande, des propositions subordonnées infinitives qui ne se réfèrent pas à un syntagme nominal peuvent ne pas être séparées de la proposition matrice par une virgule:

[...]


[1] Grevisse / Goosse (2008) : 130

[2] Catach (1996) : 7

[3] Drillon (1991) : 145

[4] Catach (1991) : 65

[5] Afflerbach (1997) : 45

[6] Catach (1991) : 16

[7] Catach (1991) : 16

[8] Duden (1978) : 830

[9] Defays / Rosier / Tilkin (1998) : 16 f.

[10] Dolet, Etienne : Commentarius Linguae Latinae (1536-1538)

[11] Catach (1991) : 16

[12] Duden (1991) : 845

[13] Duden (1978) : 394 ff

[14] Duden (1978) : 849

[15] Nous entendons ici «morphème» au sens d’une unité minimale grammaticale, c’est-à-dire au sens de «morphème grammatical» et non de «morphème lexical».

[16] Nous utiliserons la terminologie « proposition matrice» et non «proposition principale», conformément au terme employé par les théories grammaticales contemporaines.

[17] Nous entendons ici par «proposition subordonnée infinitive» en allemand un syntagme infinitif comportant «zu», un syntagme verbal à l’infinitif, lui-même comportant au moins un complément. Les syntagmes infinitifs «réduits», c’est-à-dire sous la forme du seul «zu» et d’un syntagme verbal à l’infinitif ne sont pas comptés ici comme «propositions subordonnées infinitives».

Fin de l'extrait de 39 pages

Résumé des informations

Titre
Les fonctions de la virgule en français et en allemand
Université
University of Bonn
Cours
Linguistique comparée
Note
2,3
Auteur
Année
2009
Pages
39
N° de catalogue
V187339
ISBN (ebook)
9783656109518
ISBN (Livre)
9783656109778
Taille d'un fichier
584 KB
Langue
Français
Citation du texte
Bérénice Lafont (Auteur), 2009, Les fonctions de la virgule en français et en allemand, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/187339

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