Les théories anthropologiques, en particulier le structuralisme et le fonctionnalisme, proviennent de la tension de l'idéalisme subjectif de Kant, qui les éloigne d'une explication vraiment scientifique de la culture; mais cela les rapproche d'une théorie phénoménologique de la culture. Cet essai réfléchit sur ce problème épistémologique, de la critique hégélienne à la théorie kantienne de la connaissance, que Hegel qualifie de conscience ordinaire. De ce point de vue, structuralisme et fonctionnalisme, n'expliqueraient pas le phénomène de la culture, mais en le recréant phénoménologiquement, ils constitueraient une pensée sauvage de l'anthropologie.
"On voit, quand on regarde de près, qu'un bon nombre de nos doctrines philosophiques ne sont qu'une reproduction de l'ancienne métaphysique. On trouve ici une pensée sans critique et telle qu'elle est présentée à l'intelligence de n'importe qui". C'est ainsi que Hegel se réfère surtout à l'idéalisme subjectif de Kant, qu'il critique impitoyablement dans sa Logique, car il ne dépasse pas la conscience ordinaire. Il se réfère à cela comme la science de l'immédiat, par opposition à la connaissance médiatisée, ce qui caractérise la science. Hegel soutient que le système de Kant est similaire à celui de la pensée magique.
Table des matières
1. Introduction
2. La culture comme boîte noire
3. Magie, science et religion
4. Magie vue par magie
5. Kant dans le structuralisme
6. Agnosticisme
Objectifs et thèmes de l'ouvrage
Cet essai examine les fondements épistémologiques de l'anthropologie, en se concentrant sur la manière dont l'idéalisme subjectif de Kant a influencé des courants majeurs comme le fonctionnalisme et le structuralisme. L'auteur soutient que cette influence a éloigné l'anthropologie d'une explication scientifique rigoureuse pour la diriger vers une approche phénoménologique, caractérisée par une "pensée sauvage" qui traite la culture comme une boîte noire inaccessible à la raison pure.
- La critique hégélienne de la philosophie kantienne appliquée aux sciences sociales.
- L'analyse du fonctionnalisme de Malinowski et du structuralisme de Lévi-Strauss sous l'angle du criticisme.
- La tension entre le déterminisme pragmatique et les structures mentales.
- Les limites épistémologiques de l'anthropologie face à la connaissance de la réalité objective.
- Le passage vers des théories phénoménologiques et postmodernes.
Extrait du livre
La culture comme boîte noire
Malinowski était un homme formé aux sciences naturelles, plus précisément à la physique, mais aussi à la psychologie, ce qui l'amène à être l'un des premiers anthropologues à appliquer les méthodes des sciences naturelles à l'analyse socioculturelle. L'influence de Kant sur Malinowski n'est pas directe, elle passe par l'un des fondateurs de la psychophysique: le scientifique autrichien Ernst Mach.
Pour les empirio-critiques, tout ce qui est à l'intérieur du moi (umgrenzung) est du domaine de la psychologie, et ce qui est à l'extérieur, de la physique. Cela a conduit Malinowski à expliquer les phénomènes de la culture à partir d'un déterminisme psycho-subjectif, objectivé en transcendant l'umgrenzung. En tant qu'idéaliste, il considère que la connaissance de la réalité est subjective et que l'objectivité est possible en tant qu'intersubjectivité, et surtout, que nous ne voyons qu'en réalité, ce que nous y mettons nous-mêmes. Cela conduit à une contradiction qu'elle résout grâce aux méthodes du behaviorisme, puisque la standardisation du comportement humain permet la formulation de lois statistiques de la culture.
Cela implique l'étude du comportement humain, indépendamment de la conscience; la construction d'une immense boîte noire de culture, où il n'est pas possible de voir les processus culturels comme un phénomène conscient, mais comme un comportement manifeste déterminé par les besoins.
Résumé des chapitres
Introduction : L'auteur expose la critique hégélienne du système kantien, soulignant comment la pensée de Kant, perçue comme une science de l'immédiat, influence les fondements épistémologiques de l'anthropologie.
La culture comme boîte noire : Ce chapitre analyse le fonctionnalisme de Malinowski, montrant comment, à travers l'influence de Mach, il traite la culture comme un comportement manifeste régi par des besoins biologiques.
Magie, science et religion : L'auteur explore la reconstruction du monde religieux mélanésien par Malinowski, où la sacralisation de la nourriture devient un mécanisme central.
Magie vue par magie : Ce chapitre traite de la place de la foi et de la raison dans les croyances, en examinant la perspective de Malinowski sur la fonction psychologique de la magie.
Kant dans le structuralisme : L'analyse se déplace vers Lévi-Strauss, défini comme "hyperkantien", qui déplace le problème de la magie du terrain des besoins vers celui de la raison pure.
Agnosticisme : Le chapitre conclusif souligne l'incohérence logique de l'anthropologie contemporaine, tiraillée entre la science et l'idéalisme, menant à une forme de solipsisme.
Mots-clés
anthropologie, Kant, fonctionnalisme, structuralisme, Malinowski, Lévi-Strauss, phénoménologie, épistémologie, idéalisme, magie, culture, besoin, raison pure, déterminisme, postmodernisme.
Foire aux questions
De quoi traite principalement cet ouvrage ?
L'ouvrage traite des racines philosophiques kantiennes des théories anthropologiques modernes et de leurs conséquences sur la scientificité de la discipline.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes centraux incluent l'application de la phénoménologie à la culture, la critique des approches idéalistes et le rapport entre magie, science et besoin.
Quel est le but principal de l'analyse ?
Le but est de démontrer comment l'anthropologie a délaissé une ambition scientifique classique pour une approche phénoménologique qui, selon l'auteur, limite la compréhension réelle des phénomènes culturels.
Quelle méthode scientifique est ici questionnée ?
L'auteur questionne l'application des méthodes des sciences naturelles et de l'idéalisme subjectif à l'analyse ethnographique.
Quels aspects sont traités dans le corps du texte ?
Le texte examine le fonctionnalisme de Malinowski, le structuralisme de Lévi-Strauss et l'influence philosophique de penseurs comme Hegel, Mach et Husserl.
Quels mots-clés caractérisent le mieux ces recherches ?
Les termes fondamentaux sont l'anthropologie, le kantisme, le structuralisme, la phénoménologie et l'épistémologie.
En quoi Malinowski applique-t-il un système kantien à l'anthropologie ?
Malinowski adopte un cadre où le chercheur, limité par la conscience, ne peut accéder qu'aux phénomènes et non à la réalité objective, forçant une lecture de la magie uniquement à travers ses effets pragmatiques.
Comment Lévi-Strauss se différencie-t-il dans son approche kantienne ?
Contrairement à Malinowski qui se concentre sur les besoins (raison pratique), Lévi-Strauss s'intéresse aux structures mentales et à la classification (raison pure).
Pourquoi l'auteur utilise-t-il l'expression "pensée sauvage de l'anthropologie" ?
Elle désigne la tendance de ces théories à recréer phénoménologiquement le monde sans le transcender scientifiquement, s'enfermant dans une logique de solipsisme.
Quelle critique est adressée au postmodernisme dans le texte ?
Le texte critique le postmodernisme pour avoir instauré un "baroque idéologique" qui permet à des discours non scientifiques de se masquer derrière des théories complexes.
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- Javier Flórez Miranda (Autor), 2021, La pensée sauvage de l'anthropologie. Kant en théorie anthropologique, Múnich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/993567